Conseiller en économie sociale et familiale (CESF)

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Apprendre aux familles ou aux groupes en difficulté à gérer leur logement, leur budget, leur alimentation, leur santé… autant de champs de compétences pour lesquels intervient, au quotidien, le conseiller en économie sociale et familiale. Sa mission : aider les personnes en situation précaire à résoudre leurs difficultés. Pour mieux comprendre les enjeux, de cette profession, Éliane Marroc, Présidente de l'association France ESF, nous livre sa grande expertise de femme de terrain.
Pouvez-vous revenir sur votre parcours ?
Après l'obtention de mon bac scientifique, j'étais très attirée par le métier d'ESF, car il permettait de mettre en pratique mes connaissances pour les matières générales et surtout scientifiques. Et ce choix, en plus de son aspect technique, correspondait à mon goût très prononcé de l'accompagnement aux personnes. Suite à mon diplôme, j'ai décroché un poste au Conseil général des Bouches du Rhône en 1976. J'y suis depuis plus de 35 ans.
Quelles sont les missions du CESF au jour le jour ?
Elles varient en fonction de l'employeur et des familles. Il m'est impossible de généraliser. Je donne souvent cet exemple : tout le monde mange, mais personne ne se nourrit de manière similaire. Les aliments, les horaires différents… c'est la même chose pour notre profession. Notre cœur de métier consiste à accompagner les personnes, les familles, les groupes à partir de leur quotidien. Le CESF observe, puis il va essayer d'apporter des éléments de réponse dans le respect de la vie humaine.
Par le biais de quelles actions au jour le jour ?
Nous travaillons toujours pour un employeur. Il s'agit généralement de collectivités territoriales ou d'associations, au sens large du terme. Nous couvrons tous les domaines de la vie quotidienne. Nos champs d'action s'établissent au cas par cas. Pour agir très concrètement dans la vie des personnes en difficulté, nous possédons toutes et tous, des compétences techniques et pratiques diversifiées. Dans différents domaines, qu'il s'agisse du logement, de l'alimentation et de la santé, la vie sociale et culturelle, la gestion des ressources et de la consommation… et même pour l'habillement ! Mais c'est moins fréquent. Toutes ces actions peuvent se faire dans une fourchette de temps très variée, en fonction de la problématique.
À métier humain, qualités humaines ?
Bien sûr. Certaines sont essentielles. Je pense qu'il est impératif d'être très curieux intellectuellement. L'humilité, la patience et l'adaptabilité, sont impératives. J'ai la chance d'aimer mon métier, de le voir évoluer et je dois dire qu'une qualité que je n'aurais jamais mentionnée il y a dix ans, c'est le courage. Parce que les difficultés mettent du temps à être réglées. Il y a encore quelques années, subsistait un certain espoir de résolution des difficultés. Il est moins présent aujourd'hui. À cause du manque de travail, ou du peu de rémunération qui entraîne bien d'autres problèmes pour les personnes.
Qu'est-ce que vous conseilleriez aux plus jeunes qui se lancent dans ce parcours ?
Choisissez la voie dans laquelle vous êtes vraiment bien. Étudiez judicieusement votre domaine de compétence et soyez-y bien. La clé du succès, c'est d'être bien dans ses baskets. C'est un peu la galère après le diplôme pour décrocher un boulot, les deux premières années. Après il y a très peu de chômage et beaucoup de possibilités d'évoluer intellectuellement et professionnellement. Mesdemoiselles et messieurs soyez pragmatiques !
© Thinkstock
« Mesdemoiselles » ? Le métier est-il largement féminin ?
Oui. Très largement même. Il y a quelques hommes, et ils sont au top ! En fonction des situations, il peut être intéressant que le CESF soit un homme.
En 35 ans de carrière, le métier a dû considérablement évoluer ?
J'ai remarqué deux choses. On assiste depuis la réforme des diplômes, à une sorte de standardisation des professions sociales. Demain, on pourra passer d'un métier à l'autre. Cette harmonisation des carrières sociales se fait aussi chez certains de nos voisins européens. Je trouve cela regrettable, je suis pour un maintien des spécificités des corps de métier.
Autre changement, celui-là, fait froid dans le dos, c'est le côté entreprenariat de la profession qui gagne du terrain. Évidemment, Si on doit en arriver à une obligation de résultats, ça risque de changer considérablement la donne. Fondamentalement, nous ne sommes pas dans une logique de rentabilité, mais d'accompagnement. Après, c'est à chacun de protéger sa profession, les salariés et la personne pour laquelle nous sommes missionnés.
Et pour le protéger, il faut y adhérer, donc passer des concours. Pouvez-vous nous en dire un mot ?
Avant toute chose, je pense qu'il est préférable d'avoir un esprit scientifique pour se lancer dans ces études. La voie royale, est bien entendu le BTS économie sociale familiale, au cours duquel on apprend la technique durant deux ans. À la suite de son obtention, on devient d'ailleurs technicien. Ce n'est qu'après une troisième année, que l'on passe le DE(1) CESF, suite à quoi, l'on devient travailleur social. C'est à ce moment-là que l'on passe des concours, si l'on veut intégrer la fonction publique. Les épreuves se passent d'abord à l'écrit et ensuite à l'oral, sous forme de débat et/ou d'exposé. Les candidats sont testés sur leurs connaissances en politique sociale. Je recommande aux étudiants de mettre en avant un certain engouement, en plus, pour la culture générale. Il est très important de montrer que l'on s'intéresse à tout.
Pouvez-nous nous en dire plus sur France ESF ?
Nous ne sommes pas une association, au sens pyramidale. Il s'agit d'un réseau d'associations régionales, représentées par des délégués régionaux qui constituent le conseil d'administration de France ESF. Nous menons différentes missions autour de notre profession et de sa problématique. Que ce soit sous forme de veille sociale, de partenariats, de collaborations, de consulting… Pour vous donner un exemple d'un de nos dossiers : nous militons pour la reconnaissance du diplôme comme Bac + 3. Autre exemple, nous avons été sollicités par le ministère de l'Économie pour une mission ponctuelle concernant le budget des familles. Nous travaillons également avec le Comité National des Références Déontologiques. Comme notre profession, notre rayonnement peut être vaste.
Un mot de fin ?
Je suis en fin de parcours professionnel et pourtant j'y crois toujours…
En savoir plus :
Dossier réalisé par la MAIF, octobre 2011.
(1)Diplôme d'état.
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