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Douanier

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Petite mise en garde aux grands cinéphiles qui nous lisent. Oubliez l'univers bouffonnant de « Rien à déclarer » et l'incandescent Dany Boon. Ici, nous évoquons la vraie condition du douanier. Celle qui sent le chemin de fer et le danger, les gares malfamées et les trafics illégaux, les heures d'attente, le sang-froid et l'adrénaline. Fabien, contrôleur des douanes, répond à nos questions, sous une fausse identité, sécurité oblige. Ce jeune trentenaire, nous guide au cœur de son métier et livre un témoignage… stupéfiant !
C'est en traversant les frontières que vous vous êtes dit, enfant : « C'est ce métier que je veux faire » ?
Absolument pas. Mon parcours initial est un peu chaotique. J'obtiens un bac littéraire. Plutôt bon élève et plutôt studieux, en 1997, je passe les concours pour entrer à Sciences Po Aix-en-Provence. Quatre ans d'IEP plus tard, dont une année d'Erasmus en Irlande, me voici diplômé. Je complète mon CV et passe un DESS d'Anthropologie. Une fois tous ces beaux diplômes en poche, je ne sais pas quoi faire. La seule chose dont je suis persuadé, c'est que je ne veux pas travailler dans un bureau. Je reste donc 3 ans sans rien faire. Mon entourage s'inquiète et je me rends compte qu'il faut bien que je m'active. Je me renseigne sur les concours nationaux, j'en passe quelques-uns dont celui de contrôleur des douanes, catégorie B. Je l'obtiens, je pars me former 6 mois à l'École nationale de la brigade des douanes, à La Rochelle. Suite à ça, j'effectue un stage de 6 mois, à Paris et j'y reste pour épouser le métier. Voilà cinq ans que j'exerce cette profession, pour le meilleur et pour le pire !
Qu'est-ce que vous y faites ?
Avant toute chose, il faut bien comprendre qu'il existe deux types de douaniers. Le premier en civil travaille dans un bureau et s'occupe d'administration, d'enquêtes et de recouvrement de taxes douanières. Cette catégorie représente le plus grand nombre, je dirai peut-être deux tiers de mes confrères. Le second — c'est mon cas — fait partie de la branche surveillance, sur le terrain. J'effectue des contrôles sur les voies ferroviaires. Je lutte contre les stupéfiants, l'argent sale, les contrefaçons, le trafic d'animaux protégés par la convention de Washington. D'autres, effectuent des contrôles liés à la sécurité des personnes, ils sont chargés de prévenir les attentats dans les avions par exemple. Et ils sont experts en immigration clandestine et travail illégal. Il arrive que certains d'entre nous soient responsables de l'intégrité du Patrimoine national en luttant contre la sortie illicite d'œuvres de valeur et de trésors culturels. Tout cela s'effectue par de simples vérifications de passagers, ou via des enquêtes plus poussées.
Comment s'est déroulée votre journée par exemple ?
Comme vous allez le constater, l'action n'est pas toujours de mise. Habituellement, je dirige une équipe, mais depuis peu je suis affecté à une autre mission, je suis donc en phase d'apprentissage. Aujourd'hui, nous avons travaillé sur la ligne du Thalys, Paris-Bruxelles. Donc, je me lève tôt, je retrouve la brigade. Nous sommes trois contrôleurs et une équipe de maître-chien. Nous embarquons et patrouillons avec le chien tout au long du trajet. Cette fois-ci, nous n'avons rien trouvé. Pause dans la capitale européenne, puis nous repartons, avec la même équipe. Les contrôles dans le train, sont plus poussés. Nous inspectons, repérons les trajets, les voyageurs. L'objectif sur ces allers-retours, n'est pas forcément de débusquer les malfrats, mais plutôt d'observer. C'est très important. À quai, c'est-à-dire à l'arrivée et au départ des trains, notre façon de travailler est plus aléatoire. Nous devons rester attentifs au langage du corps, et aux milliers autres petits détails, que je ne peux pas dévoiler.
L'observation est la qualité première dans votre branche ?
Je dirai que l'intégrité et l'honnêteté sont les caractéristiques les plus importantes. Plus que bien observer, il faut surtout être vif d'esprit, réfléchir rapidement. C'est une profession où les dons de curiosité, de pugnacité et d'initiative sont amenés à s'exprimer. Il est important d'être résistant au niveau nerveux. Nous contrôlons des civils, nous les dérangeons, il arrive parfois que ça se passe mal… Autre capacité incontestable : la résistance physique. Nous effectuons un vrai métier de terrain. Il faut être fort physiquement et mentalement, lorsque l'on se lève tôt le matin pour passer une journée de huit heures dans le froid. Et pour la pratique quotidienne, parler plusieurs langues n'est pas un luxe. En ce qui concerne les douaniers dans les bureaux, on attend d'eux qu'ils aient de bonnes dispositions humaines, mais aussi des qualités de gestion, d'organisation et de diplomatie.
Que conseillez-vous aux futurs candidats ?
Avant de vous engager, réfléchissez bien à avoir fait le bon choix. Vous vous doutez bien qu'il ne s'agit pas d'une profession que l'on épouse à la légère. Autour de moi, plusieurs collègues, sont douaniers de père en fils sur des générations. Plus qu'une vocation, c'est une assignation ! Il est important d'assumer son engagement. De manière générale, il ne faut pas avoir de doutes, mais bien être clair dans sa tête, se blinder. Il est capital aussi de s'attendre à entrer régulièrement en conflit et être indestructible par rapport à ça. Lorsque vous êtes sur le terrain, le regard extérieur ne doit pas compter. Restez concentré, car tout peut aller très vite. Préparez-vous également à une mise en tension constante. Mais je ne veux décourager personne, les contreparties à cette rigueur, à cette forme de stress, sont très nombreuses. Et en premier lieu, je commencerai par citer le nombre important de vacances que l'on a dans l'année !!!
Mais pour en bénéficier, encore faut-il réussir les concours…
Parfaitement. Je tiens à rassurer les étudiants qui nous lisent. C'est jouable. Le douanier, quelle que soit sa spécialité et sa fonction, est un fonctionnaire du Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie. Il peut être recruté à 3 niveaux : A pour les bac + 3, B au niveau du bac et C avant le bac. Comme la plupart des concours, l'épreuve d'admissibilité se fait à l'écrit et elle débouche en cas de réussite sur une épreuve orale. On nous demande de rédiger une note de synthèse et une dissertation dans une matière que l'on a choisie au préalable. On peut en passer plusieurs. Par exemple : droit, culture, géographie économique, langues…cette première étape décide de l'admissibilité à l'oral. Une fois que c'est gagné, on se présente devant un jury composé de trois douaniers. On présente durant 15 minutes un exposé sur un texte, puis s'ensuit un enchaînement de question. Il s'agit d'une discussion autour du texte sur la culture générale, la capacité à se mettre en situation. Le jury juge le futur professionnel sur sa personnalité. Une fois que vous obtenez les concours, vous vous formez à la Rochelle, ou à Tourcoing, plus généralement pour les inspecteurs. Là, vous apprenez les fondements. Il y a beaucoup de juridique, de procédures en cas d'affaire. Vous êtes formé à l'usage de l'arme. On y enseigne les contrôles sécurisés Et après, tout s'apprend sur le terrain. Et là, l'aventure peut commencer.
Pouvez-vous nous en donner quelques bribes ?
Évidemment, je n'ai pas le droit de tout raconter. Il nous arrive, mon équipe et moi, souvent de nous retrouver dans des situations invraisemblables. C'est aussi pour cela que j'ai choisi ce métier. Une fois, nous avons interpellé et contrôlé un homme avec un sac rempli de chaussures. Nous pratiquons la fouille. Rien. J'étais pourtant persuadé que quelque chose de louche se tramait. On demande au suspect à qui appartiennent les baskets, il nous répond qu'elles sont à lui. Nous nous apprêtons à le relâcher, lorsqu'une idée me traverse l'esprit. Je lui fais essayer une des paires de tennis. Trop grande. Il transportait en réalité une grosse quantité d'héroïne, dissimulée dans les semelles. Une autre fois, il n'y a pas si longtemps, en transit entre Cologne et Paris, nous avons arrêté un homme qui voyageait avec des bébés crocodiles. Comme quoi, on ne peut jamais imaginer ce que les gens ont dans leur sac !
En savoir plus :
Dossier réalisé par la MAIF, janvier 2012.
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