Agent territorial spécialisé des écoles maternelles (ATSEM)

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L'agent territorial spécialisé des écoles maternelles, plus connu sous le sigle ATSEM, est un véritable chaînon pour le bon déroulement des classes. Très largement féminine, cette profession a pour vocation de seconder les enseignants. Par ses multiples qualités, l'ATSEM participe au développement et à l'autonomie des tout-petits. Qui se cache derrière ces gestes tendres et ce professionnalisme à toute épreuve ? Pour le savoir, Sonia qui exerce depuis bientôt 10 ans dans les Deux-Sèvres nous dévoile tous les secrets d'un métier profondément humain.
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« Quand je serai grande, j'assisterai la maîtresse », vous disiez-vous ?
En réalité, cette vocation m'est venue très tardivement. Je me suis orientée, sans trop savoir pourquoi vers l'hôtellerie. J'ai abandonné ce métier le jour où j'ai fondé une famille : il m'était impossible de cumuler les horaires de cette activité prenante, avec mon nouveau rôle de mère de famille. Je voulais surtout garder ma fille à la maison, la voir grandir. Très vite, je me suis occupée de l'enfant d'une amie, pour que ma petite voit du monde et n'ait pas une relation trop exclusive à sa maman. Cette expérience m'a beaucoup plu. J'ai alors commencé à me renseigner pour pouvoir en faire ma vie. Je me suis informée auprès de ma mairie et c'est ainsi que j'ai découvert le métier d'ATSEM.
Qu'est-ce qui vous intéressait particulièrement dans ce poste ?
Le contact avec la petite enfance d'abord. Grâce à la maternité, j'ai pris conscience de l'importance du développement des 0-3 ans. Cette tranche d'âge me passionne. J'adore préparer les activités, d'arts plastiques notamment. Découpage, collage, coloriage. Découvrir un nouveau métier et repartir de zéro me stimulait énormément. Venant de l'hôtellerie, je n'avais pas les bons diplômes. Je n'ai pas eu à passer le CAP petite enfance, en revanche j'ai tenu à passer les concours. Dans l'école, je suis la seule à les avoir obtenus. Deux ATSEM plus anciennes ont été recrutées parce qu'elles étaient mamans de plus de trois enfants, à une époque où l'on pouvait encore donner le titre d'office, sans concours.
Comment se déroulent vos journées ?
Nous arrivons bien sûr avant les enfants. Notre première mission consiste à les accueillir. Dès leur arrivée, nous les prenons en charge. Nous les déshabillons, nous les aidons à enlever leurs chaussures et à mettre leurs pantoufles. Nous les emmenons ensuite aux toilettes et leur faisons laver leurs mains. Puis nous les changeons en cas d'incidents au cours de la journée, les débarbouillons lorsqu'ils ont du chocolat (ou autre) sur la figure, nous désinfectons leurs bobos, les mouchons… Nous les accompagnons dans ces petits rituels, mais nous ne devons pas le faire à leur place. Une des tâches les plus importantes de ce travail consiste à reproduire plusieurs fois les mêmes gestes de façon à ce que les petits les intègrent. Je vérifie également les tickets de cantine et transmets les informations les plus importantes pour les parents grâce au cahier de liaison. Nous avons d'autres tâches comme préparer les activités, le goûter, nettoyer le matériel, surveiller la sieste, etc.
En quoi consiste votre rôle ?
Finalement, notre responsabilité consiste surtout à être à l'écoute des enfants. Nous leur servons de repère. Parfois, nous faisons preuve d'autorité, mais il est quand même assez rare de devoir hausser le ton ou de rentrer en conflit avec un tout petit. Il faut savoir s'adapter à chacun, les connaître individuellement. Je ne connais pas un bon ATSEM qui n'aime pas ces petits monstres. C'est pourquoi ce métier se fait tout naturellement : il faut être passionné ou faire autre chose.
Les plus, les moins ?
Ça n'engage que moi, évidemment. Les avantages consistent à être en accord avec ses convictions. Je serai trop malheureuse maintenant si je devais faire autre chose. Ce métier nous ouvre au monde merveilleux du développement des plus jeunes. Le jour où je vois les journées passer, je change de profession. Autre intérêt, celui de bénéficier des vacances scolaires et pouvoir récupérer. Et c'est là le point négatif : la fatigue ! Chaque jour est intense, nous sommes très concentrés, mais nous nous donnons à 140 %, dans le bruit, les cris, parfois les pleurs, mais heureusement aussi, les éclats de rire, les chants, les danses, les discussions…
Outre la passion de l'enfance, quelles sont les autres qualités d'un ATSEM ?
La toute première corde à notre arc, la base, la fondation est la patience. Ensuite viennent la disponibilité, la douceur et une bonne dose de maternité. C'est pourquoi, ce métier attire les femmes. Il faut comprendre les chérubins, tenter d'intégrer les plus timides, accorder autant de temps aux uns et aux autres. J'essaie d'apprendre à ma classe, à ne laisser personne de côté. Il est important de posséder de bonnes facultés d'observation. La surveillance accrue pendant les récréations est notre quotidien. Ce qui nous permet d'analyser les situations, de savoir quand intervenir. Autre chose de très difficile à mettre en place : ne pas montrer ses préférences. Parfois c'est dur. Certains sont tellement mignons et nous ramènent à des souvenirs de parents. Il est impératif de mettre cela de côté. Enfin et pour moi c'est capital : connaître les premiers gestes de secours. En plus c'est sacrément avantageux pour l'oral de concours.
On parle souvent de la relation des ATSEM aux enfants, mais très peu à celle des parents…
En effet, et pourtant ce contact est un point important de notre profession. Il faut savoir commenter aux parents le comportement de leur enfant. S'intègre-t-il au groupe ? S'intéresse-t-il aux activités ? Quelle est sa conduite à la récréation ? Parfois, il est de notre devoir de signaler avec discrétion les petits problèmes, même si cette tâche incombe le plus souvent à l'enseignant.
Justement, quelle est votre relation à l'enseignant ?
Pour ma part, je n'ai jamais eu de conflits avec un instit'. On ne m'a jamais donné d'ordre. Nous ne sommes pas là pour ça. Nous les secondons. Cette confusion se produit très souvent. Il faut qu'eux, comme nous, ayons conscience de faire partie d'une équipe. Lorsqu'une certaine alchimie opère, le travail n'en est que plus efficace. Ce qui vexe beaucoup les maîtres et maîtresses, c'est que l'on se substitue à leur travail. Ils ont des qualités pédagogiques auxquelles nous ne sommes pas formés. C'est pourquoi, je reprends toujours un enfant lorsqu'il m'appelle « maîtresse ». Il faut faire attention à ne pas se supplanter l'un à l'autre, ne serait-ce que pour l'harmonie de la classe.
Qu'aimeriez-vous changer dans votre métier si vous le pouviez ?
J'aimerais changer le regard que la société porte sur notre boulot. Nous ne sommes ni des « bonnes », ni des feignasses tranquillement installées dans le fond la classe pendant que l'instituteur dispense un cours. Je travaille après les heures d'école. Je suis employée par la mairie et je dois assurer le même nombre d'heures que n'importe quel autre employé communal. Pendant mon temps de présence à l'école, je reçois les consignes des enseignants, mais en dehors, je dois assurer des fonctions déterminées par le maire. Nous ne sommes pas des femmes de ménage. Je ne dis pas ça par mépris pour ce métier difficile, mais simplement pour faire évoluer les choses. Nous sommes des professionnels de la petite enfance. Et beaucoup de personnes ont tendance à l'oublier. Nous avons passé des concours et méritons toutes nos places.
Transition toute trouvée, pouvez-vous nous parler des concours ?
Je peux d'autant plus en parler que j'ai passé trois fois ces concours ! Normalement, il est préférable d'avoir en poche un CAP petite enfance. Comme je l'ai déjà spécifié, ce n'est pas mon cas. Les concours se déroulent en deux temps. D'abord une épreuve d'admissibilité sous forme de QCM. Elle porte sur le fonctionnement des collectivités, l'organisation, le financement. Elle tourne aussi autour de la question des règles d'hygiène, de sécurité et sur la mise en situation de notre métier. Ensuite, si tout s'est bien passé, le candidat se présente face à un jury et débat sur plusieurs thèmes du genre : rôle de l'ATSEM, le travail d'équipe, la sécurité des enfants…
Je me suis beaucoup préparée sur internet, j'ai passé des QCM en ligne, j'ai échangé sur les forums. Attention d'ailleurs, on lit beaucoup d'âneries ! Parler de la petite enfance n'est pas un problème si l'on est sincère. Là où j'ai eu beaucoup de mal, c'est sur les collectivités territoriales. Il faut connaître chaque rouage par cœur. Je me suis donc présentée à la mairie de ma commune et j'ai demandé à rencontrer une personne capable de m'expliquer tout le fonctionnement interne. Cette démarche a été fort appréciée au moment de l'oral.
Pouvez-vous nous livrer une petite anecdote ?
Mes journées sont des ensembles de petites anecdotes. Mais si je devais en retenir une, ce serait la suivante : Je me suis blessée bêtement pendant le travail. Au début je ne voulais pas effrayer les enfants, mais finalement cela s'est avéré plus grave que prévu et l'école a dû faire intervenir les pompiers. Rien de grave, je vous rassure. J'ai été évacuée sous le regard des tout petits et suis revenue quelques heures plus tard. Et au moment où les petits élèves m'ont vu passer le portail, ils se sont rués vers moi et m'ont entourée de baisers et de câlins. En plus, ils m'ont tous fait de mignons petits dessins que je conserve précieusement chez moi. Constater à quel point tous ces chérubins s'attachent à nous, c'est la plus belle des récompenses.
En savoir plus :
Dossier réalisé par la MAIF, mars 2012.
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