Aide-soignant militaire

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Les médias évoquent beaucoup le contexte économique difficile. Mais on oublie qu'il existe des domaines qui recrutent et forment des professionnels. Parmi eux, les aides-soignants militaires. Aline, jeune fille volontaire et passionnée, nous ouvre les portes d'un univers méconnu.
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Pourquoi est-ce que l'on parle si peu de votre profession ?
Je pense que l'on ne parle pas des corps de métiers de l'armée tout court. On a bien vu avec les événements au Mali récemment que si l'on parle de militaires, on évoque les armes, les combats, la guerre… On oublie qu'autour des combattants, il existe beaucoup d'autres professionnels, qui sont sur le terrain également : des médecins, des infirmiers, des cuisiniers, des professeurs… Les lecteurs seraient surpris de l'étendue et de la diversité des métiers qui gravitent autour de l'armée.
Vous êtes amenée à être mobilisée sur des conflits type Afghanistan, Mali ?
Bien évidemment. Cela fait partie de nos missions et de notre formation. On appelle cela les OpEx(1). Nous sommes affectés dans une unité et travaillons sur le terrain. Mais nous avons d'autres affectations bien sûr. Cela fait 4 ans que je suis dans l'armée, et je ne suis jamais partie en zone de conflit. Je dis cela parce que je sais très bien que beaucoup de jeunes s'imaginent que l'on ne fait que du terrain. L'aide-soignant militaire peut également exercer dans une localisation administrative type bureau de gestion : SSA(2) ou un établissement de santé médico-social : SMU(3). (
Quelles sont vos différentes missions ?
À titre personnel, je travaille dans un hôpital militaire très connu à Paris au sein de l'équipe du SMU. Ma première mission est de faire ce que l'on appelle du « soutien santé ». Je travaille en étroite collaboration avec une équipe d'intervenants. Je contribue à la prise en charge d'une personne ou d'un groupe de personnes et administre des soins visant à répondre aux besoins d'entretien et de continuité des patients. Autre mission, nous sommes tournés vers la famille : militaire, mais aussi — contre toute idée reçue — civile. Nous devons compenser un manque ou une diminution d'autonomie de l'enfant ou du responsable de famille.
Je collabore également aux soins infirmiers et à la prise en charge psychologique des personnes et de leur entourage aussi bien en SMU, soutien santé que OpEx. Comme je l'ai dit plus haut, nous sommes également formés pour des missions sur le terrain. Cela consiste à collaborer avec les autres professionnels de santé généralement en urgence. Enfin, nous avons des tâches administratives, puisque nous participons au recueil des données cliniques, épidémiologiques et à des actions de prévention, de dépistage, de formation et d'éducation pour la santé.
Pouvez-vous nous raconter une journée type ?
Aucune journée ne se ressemble, je vais donc compiler mes différentes activités en une journée type. J'arrive très tôt dans la matinée et j'administre des soins préventifs d'hygiène et de confort auprès d'un enfant qui vient de subir une opération. Par ailleurs, je surveille les patients pris en charge dans la nuit en urgence. Qui sont-ils ? Des enfants, des familles, civils ou en mission humanitaire et OpEx. J'observe l'évolution de leur état et leur comportement. Je transmets mes informations à l'infirmière (IDE) ou à la puéricultrice, en vue d'une action adaptée, à laquelle ils vont apporter leurs concours, par la suite.
J'accompagne psychologiquement des personnes qui ont perdu leur autonomie de façon temporaire ou définitive ou même qui ne l'ont tout simplement pas encore acquise. Je participe à l'hygiène individuelle, corporelle et celle de l'environnement de chaque personne hospitalisée pendant leur séjour et après leur départ. Enfin, je remplis quelques tâches de gestion administrative, de communication, de relation d'encadrement, de formation et pourquoi pas, de participation à la recherche en soins infirmiers. Puis, je rentre chez moi, généralement harassée, mais comblée par cette journée bien remplie  !
Quelles sont les qualités intrinsèques pour exercer une profession dans un tel contexte ?
Avant toute chose, je pense qu'il faut être doté d'un véritable sens du devoir. Ensuite, il faut des prédispositions relationnelles et psychologiques. Beaucoup d'écoute. Un sens précis de la distance et une vraie ouverture d'esprit. Plus que dans n'importe quel domaine, il faut une capacité à se remettre en question et à actualiser ses connaissances pour rester au top. La moindre erreur peut coûter une vie. Ensuite il faut se montrer disponible, patiente et impartiale. J'aime beaucoup la discrétion professionnelle dont certaines personnes de mon équipe font preuve, je trouve que c'est signe d'une grande sagesse.
Quels conseils donneriez-vous aux jeunes lecteurs qui marchent dans vos pas ?
En premier lieu, la meilleure chose à faire est d'appeler un hôpital militaire et demander quelles sont les démarches à entreprendre pour intégrer ce monde à part. Je lis beaucoup de bêtises sur Internet, dans des journaux ou autres. La seule chose à faire, c'est de se rendre sur le terrain et de poser toutes les questions qui vous passent par la tête. C'est important, ne serait-ce que pour voir s'il n'y a pas une zone d'ombre à laquelle vous n'avez jamais songé.
Ensuite, je dirai qu'il faut se montrer et montrer que vous êtes organisé et méthodique. Dans tout ce que vous entreprenez, ayez un esprit d'analyse, de discernement et de synthèse. Très important également, mettez en lumière votre sens des responsabilités et des initiatives. Montrez-vous dynamique, n'attendez pas que les choses se passent et que l'on vous donne des ordres, vous risquerez de mal le vivre.
Un mot sur la formation et les concours ?
Pour moi, tout a été très limpide. Les parents d'une de mes proches amies sont tous les deux infirmiers dans l'armée. Ils ont décelé chez moi une aptitude à faire ce métier. Ils m'ont donc conseillé et encouragé, après le bac, à prendre contact avec le Centre d'Informations et de Recrutement des Forces Armées (CIRFA) le plus proche de chez moi. Une fois que j'ai pris contact avec eux, nous avons contrôlé ensemble, mon aptitude à un engagement militaire dans la spécialité d'aide-soignante. J'ai passé plusieurs épreuves : tests psychotechniques, culture générale, entretien, visite médicale…
Puis, le CIRFA m'a inscrite au concours d'entrée à l'EPPA (École du Personnel Paramédical des Armées). Le concours se déroule dans un premier temps à l'écrit. En deux temps : d'abord un commentaire d'un texte de culture générale portant sur un sujet d'actualité d'ordre sanitaire et social et une série de 10 questions sur des sujets portant sur la biologie, les mathématiques… Puis l'oral qui consistait en un exposé à partir d'un thème du domaine sanitaire et social suivi d'une discussion sur ma connaissance, mon intérêt et ma motivation pour la profession d'aide-soignant.
Vous êtes retenue au concours et ensuite ?
Par la suite, j'ai signé un premier contrat d'engagement dans l'armée. Puis j'ai rejoint l'école de formation militaire initiale avant de rejoindre l'EPPA de Toulon. À la sortie de cette école, nous avons un diplôme d'État infirmier. Nous effectuons des stages dans des hôpitaux civils et militaires. Nous bénéficions d'un véritable enseignement médical et d'une formation militaire. Puis nous décidons, une fois diplômés, en fonction de nos résultats, de l'endroit où nous allons être affectés. J'ai eu de bons résultats, donc j'ai pu choisir la destination chère à mon cœur : Paris.
En savoir plus :
Dossier réalisé par la MAIF, mars 2013.
(1)opérations extérieures.
(2)Services des Santés des Armées.
(3)Service Médecine d'Urgence.
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