Bibliothécaire

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La fin de notre civilisation pourrait ressembler à une société amputée de cette institution comme le déplore Akhenaton, chanteur du groupe IAM, sur son titre — La fin de leur monde — « le désert dans les bibliothèques ». Intéressons-nous à ces femmes, à ces hommes, qui œuvrent quotidiennement pour la culture et sa diffusion. Pour cela Françoise, responsable de la section jeunesse et ado d'une médiathèque de proche banlieue parisienne, nous ouvre grand les portes de son univers fait de pages remplies, d'échanges et de rencontres. Quand la culture devient fontaine de jouvence !
© Getty images
La bibliothécaire passe son temps à faire taire les adolescents trop bruyants et à ranger des livres sur de hautes étagères ?
En voilà un beau cliché comme je les aime ! Nos missions sont un tout petit peu plus complexes que cela. Nous nous affairons à l'acquisition et la constitution d'un fonds. Nous gérons des collections documentaires, nous aidons les lecteurs, mais nous avons également des fonctions d'administration générale telle que la gestion du personnel, l'informatique, les finances et l'action culturelle. Et au milieu de tout cela nous faisons taire les bavardages de certains lecteurs dissipés, en effet !
Pouvez-vous nous parler de vos fonctions ?
Pour moi le métier se divise en trois aspects. Le premier consiste à acquérir du contenu. Il peut s'agir de livres, de DVD, de CD, de visuels. Et bientôt de supports numériques. Cela se fait à partir de catalogues d'éditeurs, de la presse spécialisée, via l'actualité des médias, d'échanges, de débats, de discussions. Il nous faut être attentifs et réceptifs aux différentes demandes. Il peut s'agir autant d'actualité des parutions que des crédits disponibles dont nous disposons en fond.
En second lieu, vient la partie gestion. Nous sommes en charge des ouvrages commandés, depuis leur réception jusqu'à leur mise en rayon. Les différents titres sont catalogués, pour figurer sur notre logiciel et apparaître au lecteur lors de sa recherche. Ils sont ensuite « côtés ». Comprenez qu'on détermine à chaque référence, une localisation dans la collection afin de les retrouver facilement. Nous supervisons les opérations de reliure et d'estampillage avant qu'ils ne soient mis en circulation.
Enfin — et ce n'est pas rien — une partie très importante de cette profession concerne tout ce qui tourne autour de la relation avec le public. Nous accueillons le lecteur, l'accompagnons dans ses recherches et dans ses choix, aussi vastes soient-ils. Mais cela ne s'arrête pas là. Notre rôle consiste à mener une authentique politique de lecture publique, à savoir : organiser de nombreuses manifestations culturelles au sein de la bibliothèque, favoriser ainsi les rencontres avec le lecteur, organiser des échanges d'idées, ordonner des débats, monter des expositions. Personnellement, c'est la partie de mon métier que je préfère.
Quelles sont les structures dans lesquelles vous pouvez exercer ?
La majorité des emplois en bibliothèque relèvent de la fonction publique. La plupart des institutions et les personnes qui y travaillent sont donc dépendantes de l'État ou des collectivités territoriales. Le bibliothécaire œuvre donc dans des bibliothèques nationales, universitaires, des médiathèques municipales, des bibliothèques centrales de prêt des départements… Il existe même des structures privées, le plus souvent réservées aux entreprises ou aux associations. Il est peut-être intéressant pour les lauréats aux concours d'aller faire un stage ou rendre une simple visite dans ce genre de structure. Cela montre un autre aspect de la profession. Les réflexes et l'approche peuvent y être radicalement différents en fin de compte. J'ai pu constater que certains de nos confrères du privé, avaient anticipé de nombreuses tendances de consommation culturelle bien avant nous. Je pense à la numérisation de documents anciens, réédités à la demande, par exemple.
À ce propos, avez-vous le sentiment que le métier évolue ?
Évolue-t-il aujourd'hui particulièrement ou est-il en perpétuelle mutation ? C'est une question que beaucoup d'entre nous devraient se poser. Les œuvres sont figées. Les idées sont consignées au travers des innombrables documents que nous avons à la disposition des lecteurs. Mais le bibliothécaire — lui — ne devrait jamais l'être. Nous n'avons pas le droit de nous reposer sur nos lauriers et brasser de la poussière. L'arrivée du web, des nouveaux supports qui se multiplient, apportent une certaine nouveauté aujourd'hui, c'est vrai. Mais finalement au même titre que la VHS ou le CD à une autre époque. Nous sommes exposés aux nouvelles technologies, mises à la disposition du public. La société évolue. Théoriquement, nous en sommes les instructeurs et participons à ces révolutions culturelles.
Quelles sont selon vous les prédispositions pour faire ce métier ?
Bien sûr, il faut faire preuve de rigueur, de méthode et d'organisation, qualités essentielles. Des aptitudes naturelles à l'accueil, à l'échange d'information et une bonne dose de patience, d'endurance sont vitales. Il est aussi de plus en plus important de bien maîtriser les outils multimédias qui vont prendre de plus en plus de place, dans les années à venir. Mais je voudrais surtout compléter ce que je viens de dire plus haut : la passion de la culture est un socle, mais elle ne suffit pas.
Il est impératif de faire preuve d'un dynamisme et d'un enthousiasme tout au long de sa carrière. J'aimerais tellement que l'on arrête de véhiculer l'image de la vieille bibliothécaire acariâtre, pleine de pellicules ! Notre métier devrait respirer la modernité, la pointe de ce qui se fait dans toutes les disciplines artistiques. Les futurs professionnels, jusqu'à leur retraite et même après, devraient être curieux, jusqu'au bout. Ne vous arrêtez pas, chemin faisant, considérant que « c'était mieux avant ». Jeunes, chassez les vieilles comme moi qui n'y connaissent rien et surtout, surtout ne vieillissez pas. Regardez, les beaux films, les bons livres, les belles chansons, ils ne prennent pas de rides eux.
Pouvez-vous décrire le bibliothécaire de demain à ces petits jeunes qui ne vieilliront pas ?
Le bibliothécaire de demain devra aimer le contact avec un public diversifié, sans préjugés, ni a priori. Il aimera rendre service et portera haut les valeurs du service public. Il ne donnera pas l'impression qu'on l'embête à lui demander un renseignement ou une information, même des plus tordues. Confronté à la dématérialisation des supports, il transmettra son amour du papier, son goût pour le support analogique, tout en maîtrisant tous les moyens de diffusion à sa disposition. Il ne passera peut-être plus sa carrière dans un seul établissement, il sera ouvert, disponible et à l'heure du « tout internet », de l'éloignement des plus jeunes d'une certaine forme de culture. Le bibliothécaire du futur sera un pont très précieux entre les différentes générations et les différentes époques. Exactement ce qu'il devrait être aujourd'hui en fait.
Un mot sur les concours ?
Comme vous l'aurez deviné, la période où j'ai passé les concours remonte à une époque lointaine ! Mais nous recrutons de jeunes pousses qui me tiennent à jour. À ce propos, le recrutement ne se fait pas uniquement par le biais d'un concours. Certains membres débutent leurs carrières comme contractuels et peuvent être titularisés au bout d'un an. Ils ne peuvent prétendre qu'au poste d'adjoint territorial du patrimoine. Titre pour lequel il faut être muni d'un diplôme reconnu. Théoriquement le brevet, bac minimum, sur le terrain et j'insiste sur le mot « minimum ».
Même tarifs pour les prétendants aux concours d'assistant : bac au minimum. Et j'insiste de nouveau sur le mot « minimum ». Sans vouloir décourager qui que ce soit, des personnes diplômées de grandes écoles concourent à ces examens. Il existe deux concours : celui de conservation du patrimoine et des bibliothèques (FPT) et celui d'assistant des bibliothèques (FPE).
Autre poste : celui d'adjoint spécialisé et assistant qualifié, ils requièrent un niveau bac +2. Là encore, le niveau des lauréats est souvent supérieur. Pour les jeunes diplômés d'un DUT information-communication option métiers du livre et/ou d'un DEUST métiers du livre, il est possible de tenter le concours d'assistanat qualifié de conservation du patrimoine et des bibliothèques (FPT) ou celui de bibliothécaire adjoint spécialisé (FPE).
Enfin, le grade le plus haut : celui de bibliothécaire et/ou conservateur. Après une licence, on peut y prétendre. Attention, là encore, les candidats sont très nombreux à se présenter pour peu de postes disponibles. Pour préparer ces concours, les aspirants préparent une formation spécialisée dans les métiers du livre. Une fois les concours obtenus, les candidats suivent une année de formation professionnelle à l'ENSSIB de Villeurbanne durant 18 mois. Bon courage à toutes et à tous, rien n'est impossible. Je suis responsable de la section jeunesse, alors que j'étais enseignante au départ. L'époque était très différente, mais sait-on jamais.
Une petite anecdote pour finir ?
On peut terminer sur une petite histoire qui illustre mes propos sur les ponts entre différentes générations. Un lecteur d'un certain âge cherchait l'album d'un groupe de musique dont personne n'avait entendu parler. Après un certain temps à chercher, les plus jeunes de mes confrères, se sont rendus compte qu'il s'agissait d'un groupe de « punk ». Il ne connaissait même pas ce terme, mais il avait entendu un titre d'eux dans un film. Et depuis, ce monsieur très distingué, vient régulièrement emprunter des groupes apparentés à ce style de musique. Il fait découvrir certains classiques du genre à mes confrères. À plus de 70 ans, se prendre de passion pour un mode d'expression aussi alternatif, je trouve ça fabuleux.
En savoir plus :
Dossier réalisé par la MAIF, février 2013.
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