Documentaliste

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À une époque pas si éloignée, il aurait été possible de cantonner la mission du documentaliste à la collecte, au classement et à la diffusion de documents, sous leurs différentes formes. Ces tâches incombent toujours à la profession, mais la révolution numérique et les nouvelles technologies ont considérablement changé la donne. Pour bien comprendre ce métier en pleine mutation, le chargé de projet numérisation de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, à Paris - Mathieu Andro - nous livre avec passion et énergie, son expertise très 2.0 !
© Myr MURATET / MAIF
Quelque chose me dit que votre parcours est un peu unique en son genre ?
© DR
Après le bac, je ne sais pas trop quoi faire, je me dirige vers une fac d'histoire, d'avantage par passion que par raison. Puis, je m'inscris au DUT Information-Communication. Je passe un concours qui me conduit à une mission classique d'aide documentaliste pour la Bibliothèque de botanique au Muséum national d'Histoire naturelle. Un jour, je remplace une collègue. Ce qui me permet de m'orienter sur différentes missions, type bases de données, mécénat, communication et web. Fort du succès de cette expérience, je suis dopé pour passer d'autres concours et surtout faire des formations à distance. Et depuis je n'arrête pas. Comme j'effectue deux heures de train par jour, je potasse et j'enchaîne les diplômes (licence, master 1). Aujourd'hui, par exemple, je prépare un Master 2 de veille technologique. Je suis persuadé que la veille informatique s'impose peu à peu dans nos professions, comme manière de manager un projet.
Quelles sont vos missions ?
Je suis donc documentaliste à la Bibliothèque Sainte-Geneviève de Paris. Il s'agit de la bibliothèque universitaire, la plus importante de France, avec ses deux millions d'ouvrages. J'y suis chargé de projet numérisation. C'est-à-dire que je pilote le cahier des charges pour des appels d'offres. Je suis toute la chaîne de A à Z, pour tout ce qui concerne le passage de documents au format numérique, du contrôle qualité, en passant par le référencement, au catalogage en ligne, ou encore à la sélection. Je pilote également un projet de plate-forme mutualisée pour des universités parisiennes et je veille à ce que ces projets restent stratégiques. Après je m'occupe de ce que l'on appelle « l'archivage pérenne », c'est-à-dire que je fais en sorte que tous ces fichiers restent toujours visibles avant leurs transferts sur certains secteurs dans l'avenir.
Vous faites revivre des trésors culturels à travers l'informatique, mais le papier dans tout ça ?
Justement. Nous transformons des données pour les rendre assimilables, par le biais d'une conversion informatique. Mais cela va encore plus loin. Je pilote des missions d'impression à la demande. C'est une tendance qui nous vient des États-Unis, et que l'on commence juste à développer en France, le print on demand. Le principe est simple : à partir de notre catalogue, chaque lecteur a la possibilité d'imprimer de vieux ouvrages, pour une dizaine d'euros. Plutôt que de consulter un vieil ouvrage du xviiie siècle derrière un écran, il peut bénéficier d'une réplique de l'originale d'excellente qualité. Et nous pourrions même installer un distributeur : « Espresso Book Machine ». Comme un distributeur de café, mais avec des noms d'auteur à la place et un livre tout imprimé à la sortie. J'invite vos lecteurs à aller voir des vidéos sur le net, c'est insolite. Nous serons les premiers en France à développer ce concept.
Mais alors documentaliste est un métier du futur ?
Il tend à l'être, en effet. Il évolue et s'adapte aux technologies. Malheureusement, il reste de nombreux conservatismes et réflexes culturels ou parfois idéologiques à dépasser.
À ce propos, quelles sont les fonctions plus classiques ?
De manière générale, le documentaliste est dans l'information, dans la gestion des connaissances. Il possède une expertise en recherche documentaire. Il mène une politique d'acquisition des documents. Il catalogue et mutualise des données, puis il assure leur diffusion de manière à ce que celles-ci rencontrent ceux qui en ont besoin. On le retrouve beaucoup dans le secteur public, dans les bibliothèques, bien sûr. Mais il est aussi présent dans le secteur privé. Très orienté, formats et recherche numériques ou documents électroniques, il est de plus en plus demandé au documentaliste d'être au fait des nouveaux modes de communication. Le métier évolue.
© PHOVOIR
Qu'attend-on d'autre du documentaliste ?
C'est un métier où l'on communique beaucoup. Il faut donc être performant au niveau informatique, maîtriser l'environnement web et se former à Excel, au minimum. Il est important de savoir travailler avec un agenda, d'être organisé. Autre point fort : savoir parler anglais. Par exemple, les documentalistes scientifiques ne travaillent plus dans la langue de Molière, les publications scientifiques étant désormais toutes en anglais. Contrairement aux idées reçues sur les fonctionnaires, le goût de l'effort n'est pas négligeable. Enfin, une bonne ouverture d'esprit est une arme imparable pour évoluer vite et efficacement.
Alors que conseiller aux futures recrues qui débordent d'ouverture d'esprit ?
Prenez conscience que ce métier possède de multiples facettes. Soyez curieux et n'ayez pas peur du changement. Ne vous contentez pas uniquement de votre formation, elle est indispensable, mais il faut impérativement la compléter avec autre chose. Toutes les personnes qui développeront des compétences en HTML - PHP - Linux et en bases de données, vont bénéficier d'un atout considérable. Il semble important de faire attention aux activités qui disparaissent, type magasinage et archivage.
Vu le nombre de concours et de diplômes que vous passez, vous êtes certainement à même de parler de leur déroulement ?
Comme pour tous les métiers de la fonction publique, il existe différentes épreuves par catégorie. Pour intégrer le poste de documentaliste, on trouve différents grades et catégories. Les épreuves ne sont que trop rarement constituées d'un examen du CV et d'un entretien. La plupart du temps, il s'agit d'épreuves académiques (dissertations, notes de synthèses, résumés) qui prennent insuffisamment en compte les compétences professionnelles. Je recommande aux lecteurs de pousser jusqu'à la licence, puisque cela leur permettra de passer tous les concours pour évoluer dans le métier. Si vous souhaitez travailler dans le privé, n'hésitez pas à mettre votre CV le plus possible sur le net, c'est important d'avoir une bonne visibilité. Autre recommandation : attention à ce que l'on appelle les « concours à moustache ». Les administrations qui ont recruté des agents en CDD et qui peuvent les transformer en CDI vont être contraintes d'organiser des concours ouverts. Les personnes déjà en poste ont naturellement plus de chances car le profil du poste a été rédigé selon leurs propres compétences et car elles peuvent connaître les membres du jury… Voilà pourquoi il est très important de bien se renseigner sur les aptitudes exigées et ses concurrents avant chaque examen.
Une petite anecdote ?
J'ai eu entre mes mains des ouvrages rédigés par le célèbre anatomiste Georges Cuvier. Et j'ai retrouvé les traces de pattes de ses chats dedans. Des empreintes qui datent du début du xixe siècle. Incroyable non ?
En savoir plus :
Dossier réalisé par la MAIF, septembre 2011.
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