Éducateur de jeunes enfants (EJE)

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Lorsque l'on évoque le métier d'éducateur de jeunes enfants (EJE), on oublie la dimension de travail social. Il s'agit pourtant du cœur de métier de ce spécialiste de la petite enfance. Par le jeu et les activités d'éveil, l'EJE permet aux tout-petits de s'épanouir et de se familiariser à la vie en société. Il intervient principalement dans les lieux de garde collectifs et les structures d'accueil de la petite enfance. Pour en apprendre plus, Léa Toutain, EJE en halte-garderie de la Ville de Paris, dans le 18e arrondissement, nous prend par la main et nous dévoile les coulisses de son lieu de travail, entre deux couches et un biberon !
Est-ce un métier que vous rêviez de faire depuis toute petite ?
C'est venu assez tardivement. J'ai obtenu un Bac L et suis rentrée en fac d'arts plastiques. Je me destinais pleinement à cette carrière. À côté, je travaillais en tant qu'animatrice dans différentes structures, pour financer mes études. Petit à petit, j'ai tourné le dos à mes ambitions artistiques, je m'épanouissais bien plus au contact des plus petits.
Je me suis alors mise en tête de trouver une formation en alternance. J'étais avide de terrain. J'ai intégré le Centre d'études et de recherches pour la petite enfance (CERPE) d'Aubervilliers. La formule m'a séduite : une semaine de cours par mois et le reste du temps dédié aux expériences dans différentes structures. Cette formation dure 3 ans. Aujourd'hui je suis EJE dans une halte-garderie du 18e arrondissement de Paris, dans laquelle j'effectue un stage d'un an de titularisation.
Quelles missions y menez-vous quotidiennement ?
Nos objectifs reposent sur trois axes fondamentaux : l'observation, le dialogue et l'échange. Nous accueillons l'enfant et sa famille. Nous favorisons l'adaptation des moins de 7 ans dans un milieu collectif. Pour cela, nous nous devons de mettre en place un environnement riche et motivant, de manière à contribuer à l'éveil des jeunes enfants et à leur apprentissage. En équipe, nous assurons la cohérence de l'action socio-éducative, toujours en coopération avec les parents. Parallèlement à cela nous développons des partenariats avec les professionnels du champ sanitaire, social et de l'Éducation nationale.
Comment se déroule une journée type ?
Nos semaines sont bien remplies ! Nous avons différents créneaux horaires. Une équipe arrive toujours avant les parents. Nous préparons l'espace, les jeux, les tables à langer, les tapis, etc. Nous accueillons les parents et leurs petits. Je travaille en section bébé. Nous devons donc remettre en question régulièrement les aménagements. Nous amenons les tout-petits à s'ouvrir à leur environnement et nous nous adaptons à leur évolution. Quotidiennement nous observons et répondons aux besoins de l'enfant et de la famille. Les journées sont rythmées par les siestes, les repas, les couches, les jeux, les lectures, les histoires, etc. Tout cela passe très vite, vous vous doutez bien que l'on n'a pas le temps de s'ennuyer !
Vous semblez vraiment investie dans ce que vous faites. Quels sont les « plus » de cette profession ?
Comme je le disais précédemment, notre qualité première est l'observation et l'adaptation, ça évite toute sorte de répétition. Nous apprenons chaque jour. Et hier ne ressemble pas à demain puisque nous accompagnons des bébés en constante évolution. Le fait de travailler dans l'éveil rend ce métier particulièrement dynamique. Pas le temps de se poser de questions, nous sommes dans l'action. Ce que je trouve formidable aussi et que l'on dit peu, c'est que l'on passe nos journées entières avec des êtres heureux. À cet âge-là, on est partant et demandeur pour toute activité. Je suis persuadée que cette innocence, ces petits enchantements simples sont contagieux.
Et les inconvénients ?
J'ai connu des structures – que je ne nommerai pas – où le manque de tendresse de la part de certaines de mes consœurs était navrant. Autre problème, j'ai remarqué que dans certains lieux, l'absence de communication était un frein majeur. Sans directives et sans recul, on perd du temps. Il est essentiel d'œuvrer avec un sentiment de cohérence. Je déplore globalement que l'on ne mène pas plus de réunions. Plutôt que de répéter la même chose à 10 personnes individuellement, dans le feu de l'action, je préfère le dire clairement en groupe, posément. À ce propos, il existe un outil pédagogique fabuleux que l'on appelle le Projet Éducatif. Il s'agit de présenter les grandes orientations de l'année et les problématiques soulevées par l'équipe. C'est un moyen de mettre en valeur les objectifs et les moyens que l'on a mis – ou que l'on va mettre en œuvre. Pour moi, il s'agit d'un support qui donne tout son sens au travail d'équipe, à l'accompagnement, à la parentalité et valorise notre travail auprès des jeunes enfants.
© ISTOCK
À vous écouter, la communication est essentielle. Quelles sont les autres qualités requises ?
Je ne voudrais pas faire preuve de discrimination en mettant en avant une aptitude à la place d'une autre. Bien évidemment, les qualités humaines sont essentielles et intrinsèques à cette profession. Pour ma part, j'évolue dans ce métier avec curiosité, patience, écoute et observation. J'ai remarqué autour de moi que mes consœurs sont persévérantes, parfois même entêtées. Et croyez-moi, ça peut-être une plus-value dans ce secteur ! Avant toute chose, peu importe les conflits avec les parents, les querelles entre collègues. Le cœur du métier, c'est l'enfant. C'est ce qu'il faut garder en tête quand on rentre dans ce métier.
Que conseillez-vous à nos lecteurs qui nous lisent et qui rêvent de marcher dans vos pas ?
Je leur conseille de multiplier les expériences auprès de jeunes enfants. Il est essentiel de voir le contexte, de sentir le terrain avant de s'engager. Les professionnelles sont généralement disponibles et pleinement disposées à livrer leurs trucs et astuces. Lorsque l'on en a la possibilité, je recommande de travailler bénévolement au début, c'est une bonne première approche. Très important, il est impératif d'observer les différentes tranches d'âges. Il n'est pas inintéressant de se renseigner également sur les différentes structures et sur l'univers bien particulier de l'accueil collectif ou social. De manière générale, je pense que chaque futur professionnel doit garder en tête qu'il entre dans le monde de l'Éducation et qu'il est essentiel d'en connaître le moindre rouage de manière à évoluer avec une vision globale.
Pouvez-vous nous éclairer sur les concours ?
Contrairement à d'autres postes de la fonction publique, nous passons des concours pour intégrer les écoles de EJE. Ceux-ci se déroulent en deux groupes d'épreuves écrites. La première est un test de niveau de culture générale. L'autre, consiste à vérifier les capacités d'analyse, de synthèse et les aptitudes à l'expression écrite du candidat. Vient ensuite l'oral. On se présente devant un jury composé d'un professionnel de l'enfance et d'un psychologue. Je recommande aux candidats de se montrer le plus sincère possible. Il est important de bien rôder son parcours et encore une fois de multiplier les expériences au préalable. Les examinateurs sont particulièrement sensibles aux parcours pratiques.
Une fois le concours en poche, c'est là que tout commence ?
Exactement, le candidat obtient le diplôme d'EJE, seulement après avoir validé ses quatre domaines de certification : Accueil et accompagnement du jeune enfant et de sa famille (400 heures), Action éducative en direction du jeune enfant (600 heures), Communication professionnelle (250 heures), Dynamiques institutionnelles, interinstitutionnelles et partenariales (250 heures). Ceci est valable pour des instructions classiques type Institut Régional du Travail Social (IRTS). Mais la formation peut également se faire en alternance et par contrat d'apprentissage, comme j'ai pu le faire. Je pense que tous les parcours sont valables.
Auriez-vous une petite anecdote à nous livrer en guise de conclusion ?
J'en ai plein. Mais celle qui me revient toujours à l'esprit, c'est lorsqu'un parent est venu me voir en fin d'année pour me remercier personnellement pour tout ce que j'avais accompli dans l'année pour son enfant. Il a insisté sur le fait que grâce à nous, il partait travailler la conscience tranquille. C'est vraiment gratifiant et important pour nous. Il m'a même offert un petit cadeau… j'aurais été touchée sans cela bien sûr, nous sommes incorruptibles !
En savoir plus :
Dossier réalisé par la MAIF, septembre 2012.
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