Guide de haute montagne

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Ces hommes et ces femmes de montagne connaissent les voies d'accès, et veillent à la sécurité des alpinistes amateurs, dont ils ont la responsabilité. Pierre Labbre, 29 ans, en activité à Chamonix, ouvre les pistes aux passionnés, afin de leur permettre de décrocher tous les sommets.
© Pierre LABBRE
Comment résumer votre profession ?
Nous avons une véritable mission d'encadrement lors des randonnées à pied, qu'il s'agisse de moyenne montagne, ou de descente de canyons. Certains d'entre nous sont amenés également à enseigner les techniques de l'alpinisme, d'escalade et de ski de randonnée, de ski hors piste et de ski-alpinisme. Nous intervenons la plupart du temps auprès de privés qui veulent découvrir de nouveaux paysages. Le contact est, le plus souvent, très agréable et très enrichissant.
L'ENSA (École Nationale de Ski et d'Alpinisme) nous apprend que seuls 40 aspirants guides sont diplômés chaque année. Comment avez-vous réussi cet exploit ?
Je me suis donné les moyens de réussir. Le plus drôle, c'est que je ne suis pas du tout natif d'une région montagnarde. Je suis girondin. Durant ma jeunesse, j'ai dû me rendre 5 fois maximum aux vacances de sports d'hiver. Tout est parti de ma passion pour la randonnée et l'escalade, que je pratique depuis toujours de façon assidue. Un jour, j'apprends que la fédération française de la montagne et de l'escalade (FFME) monte une équipe régionale dans les Pyrénées. Ni une, ni deux : je mets mes qualités de grimpeur en valeur et je suis pris. Tout s'est bien passé, à tel point que je les ai accompagnés pour une expédition très formatrice de 5 semaines au Groënland. J'ai rejoint par la suite l'équipe nationale, avec laquelle je me suis formé sur différents sommets, dont un mémorable en Patagonie. J'ai décidé, après toutes ces belles aventures, de suivre la formation d'aspirant guide et deux ans et demi plus tard, je suis devenu guide.
Vous faites certainement rêver beaucoup de lecteurs à l'heure qu'il est. Quels conseils leur donneriez-vous ?
De sérieuses capacités physiques, techniques et morales sont exigées. Il faut évidemment être passionné, s'acharner, prendre son temps et toujours garder son calme. Il est important d'être fort psychologiquement et de savoir douter. Ce métier fait appel à une implication à long terme. Tant pour l'argent, le temps, les déplacements et toutes les privations qu'il demande. Je me suis aussi aperçu, en discutant avec des confrères, que beaucoup d'entre eux s'efforcent de ne pas être dépendants — financièrement — de la montagne. À l'aube de votre carrière, comme par la suite, vous ne savez pas ce qui peut arriver. Sachez vous protéger en cas de pépin. Ménagez-vous toujours une issue de secours professionnelle.
Justement, comment ne pas tomber dans l'impasse : que faire si ça ne marche pas ?
Il existe plein d'options : accompagnateur, pisteur secouriste, moniteur de ski, même s'il est aussi très difficile d'accéder à ce métier. Sans oublier des activités bien rémunérées comme le nettoyage ou la réfection sur corde de constructions de grande hauteur.
Comment accède-t-on à cette profession ?
Tout commence par un prérequis de 55 courses en montagne. Sans cette expérience, il est impossible d'accéder aux examens. Les candidats passent un test probatoire qui permet d'accéder au Brevet d'État aspirant guide. Lors de ces épreuves, vous êtes évalué sur votre expérience et sur votre niveau technique dans l'ensemble des disciplines que couvre l'alpinisme : neige, glace, rocher, terrain mixte, ski-alpinisme, cascade de glace… Une douzaine de semaines de formation à l'ENSA plus tard, vous voilà à présent aspirant guide. Une fois que vous décrochez ce titre, vous devez justifier de deux années d'activité, et rendre une liste de journées professionnelles. Il s'agit de formations pour vous présenter au concours de guide. L'examen en lui-même est constitué d'épreuves pratiques, qu'on appelle des modules. Une fois que vous obtenez tout ceci, c'est gagné. Il faut savoir qu'entre le moment où vous décidez d'épouser ce métier, et celui où vous y accédez, il peut s'écouler 7 ans ! J'insiste une nouvelle fois : il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus, mais croyez-moi, ça en vaut le détour.
À quelle fréquence travaillez-vous ?
En moyenne, les membres de cette profession travaillent 120 semaines par an. Quelques-uns d'entre nous exercent aussi à l'étranger durant les saisons creuses. Notre activité est surtout très importante en hiver et en été. Comme beaucoup de personnes de cette profession, je suis indépendant. Je déclare mes revenus à l'Urssaf. Célibataire, sans enfant à charge, je n'ai pas à me plaindre financièrement. Ce métier est beaucoup plus astreignant pour des pères ou des mères de famille. Il est souvent impératif de le concilier avec un autre poste en complément.
Quelles recommandations donneriez-vous aux chanceux qui partent skier pour les vacances, ou aux enseignants qui préparent leurs classes de neiges ?
Bon, les risques liés à la montagne sont incontournables, que chacun garde bien ça en tête. N'oubliez pas non plus que la plupart des accidents en milieu naturel sont provoqués par des personnes qui n'ont pas les moyens de leur ambition. Respectez vos limites. Et passez de bonnes vacances !
Dossier réalisé par la MAIF, février 2011.
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