Infirmière scolaire

-----------------------------------------------
L'école ne se limite pas au professeur. On y trouve beaucoup d'autres corps de métiers et parmi eux, celui d'infirmier scolaire. Très largement féminisée, cette profession s'inscrit dans une problématique générale de l'Éducation nationale qui consiste à promouvoir la réussite des élèves et des étudiants. Objectif : la santé des jeunes. Ces professionnels participent à la politique du pays en matière de prévention et d'éducation à la santé. Béatrice Gaulthier, Secrétaire Générale au Syndicat National des Infirmières Conseillers de Santé (SNICS), nous explique les enjeux de sa profession.
© Alexandre GIRAUD / MAIF
On entend souvent dire que les acteurs de ce métier le sont par véritable vocation, est-ce votre cas ?
Pour les autres je ne sais pas, mais en ce qui me concerne, tout est un peu arrivé par hasard. J'ai obtenu un Bac L et je me suis dirigée sans trop savoir pourquoi vers des études de psychologie que j'ai très vite abandonnées. Je me suis alors « rabattue » vers une formation d'infirmière, dont l'exercice pratique m'intéressait. J'ai découvert ce métier en l'exerçant. C'est par la suite que j'ai appris à l'aimer et que j'ai compris qu'il s'agissait d'un engagement solide à ne pas prendre à la légère. Je me suis aussi aperçue de ses limites liées à un potentiel non exploité. Et 18 ans après je ne regrette rien. Même si je suis détachée pour des raisons syndicales, je continue à me battre pour mes consœurs, pour mes confrères. Il s'agit d'une autre manière d'occuper le terrain et de promouvoir l'éducation à la santé. Ma motivation est intacte.
Pouvez-vous nous donner quelques chiffres ?
Aujourd'hui, 15 millions d'élèves se font soigner chaque année dans les infirmeries scolaires. C'est très facile à relever puisque nous avons à notre disposition le logiciel « Sagesse » qui nous permet de recenser tous les passages. On y indique les soins prodigués. Il s'agit d'une version moderne des carnets de l'infirmier. Voilà la preuve — s'il est besoin d'en apporter une — qu'il existe un vrai besoin en matière de santé pour la jeunesse. Et nous sommes là pour répondre à cette demande, tout en garantissant une véritable protection de l'intimité.
Existe-t-il une différence entre les infirmières de l'Éducation nationale et les autres ?
Ce sont les mêmes. Selon les chiffres du SNICS, 85 % des infirmières scolaires sont issues de la Fonction publique hospitalière. Nous avons la même formation, œuvrons avec la même exigence. Dans le milieu hospitalier, nos consœurs et confrères, délivrent plus de soins, ont des missions plus techniques et travaillent en équipe avec le personnel médical. En milieu scolaire, nous opérons en totale autonomie. Les soins que nous administrons le sont à notre initiative, c'est à nous de mettre en place un suivi, de l'encadrer… bien que nous collaborions avec tout un réseau de partenaires pédagogiques (enseignants, conseillers d'éducation et d'orientation, assistants sociaux, médecins, etc.). Nous sommes plus dans une démarche éducative. C'est-à-dire que le relationnel occupe une place prépondérante. Souvent cette rupture avec le rythme hospitalier est déconcertante. Ce fut le cas pour moi. Vous êtes à la disposition des élèves à plein-temps et devez peser le poids de chacune des décisions que vous prenez. Nous répondons purement et simplement aux objectifs essentiels de la santé à l'école. Il s'agit de notre cœur de mission.
Pouvez-vous évoquer vos missions justement ?
Notre tâche consiste quotidiennement à être à l'écoute, à accueillir, à apporter des soins et à venir en aide à toute personne qui nous le demande. Pour cela, nous devons régulièrement mettre à jour nos connaissances. Outre les séances individuelles, nous avons pour objectif de favoriser les apprentissages, le projet personnel et la réussite scolaire du jeune. Veiller à son bien-être et à son épanouissement. Cela passe — comme je le disais précédemment — par l'action au sein de l'équipe éducative, comme conseiller en matière de santé pour une prise en charge globale de l'élève.
Nous sommes sur place pour répondre et comprendre ce qui ne va pas bien. C'est de cette manière que l'on contribue à faire de l'école un lieu de vie et de communication, en prenant en compte : les conditions de travail, l'hygiène et la sécurité ou tout autre facteur de risques spécifique. L'intérêt d'être présent au quotidien, c'est de bien connaître la population scolaire. Évidemment, nous portons une attention particulière aux écoliers en difficulté. C'est à nous de favoriser par exemple l'intégration scolaire des jeunes handicapés ou de malades chroniques. Enfin, nous contribuons à la protection de l'enfance en danger. Finalement, nous sommes des adultes référents, présents pour répondre à toute sorte de demande des élèves.
Quelles sont les qualités impératives pour réussir tout cela ?
L'aptitude numéro un : être disponible et montrer qu'on l'est. Il est impératif d'aimer travailler dans le milieu de l'éducation. Il faut savoir amener un individu à apporter des solutions à ce qui lui pose problème. Et pour cela, il est conseillé de faire preuve de sang-froid. Il arrive que nous soyons confrontés à des situations effroyables. Par exemple, certaines collègues doivent faire face à des cas de maltraitance sur des tout-petits. C'est très délicat et c'est toujours au professionnel d'agir, pas à la femme ou à l'homme, pas à la mère ou au père que nous sommes. Autre qualité indéniable : s'imposer. Nous devons toujours agir de manière autonome. La santé des élèves est la seule priorité. Elle est plus importante que tout type d'évaluation ou d'obligation de résultat. Que chaque infirmier scolaire garde bien en tête que nous n'agissons pas pour la performance.
Quels sont les avantages et les inconvénients de votre profession ?
Il s'agit d'un métier plutôt gratifiant. Les relations avec les élèves sont souvent privilégiées. Seulement, nous souffrons d'un manque total de reconnaissance. Il faut beaucoup se battre. À chaque instant. On dirait que l'on ne veut pas nous accorder une vraie place dans le monde de la Santé. Pourtant nous avons une contribution capitale à apporter. Depuis le mois de mai 2012, nous avons enfin obtenu le décret sur l'intégration statutaire en catégorie A des infirmiers de la Fonction publique. Ce n'est qu'une première étape vers la reconnaissance de nos spécificités d'exercice au sein de l'Éducation nationale. Dès à présent, nous luttons pour accéder à une formation sur mesure qui nous apporterait une connaissance approfondie de notre milieu. Car aujourd'hui, un infirmier scolaire doit tout apprendre sur place.
Il existe une véritable carence dans l'adaptation à l'emploi. Je parlais d'autonomie plus haut, il s'agit aussi d'une contrainte. Car il est essentiel d'apprendre à développer cette responsabilité qui nous incombe. Mais il faut aussi s'adapter à une équipe, comprendre son fonctionnement, sa stratégie, posséder de solides connaissances des acteurs qui la forment. Tout cela ne s'improvise pas, encore moins lorsque des questions de santé sont en jeu. Voilà pourquoi une amélioration est obligatoire, ne serait-ce que pour apporter des réponses encore plus précises aux jeunes.
Un mot sur le concours ?
Il fait appel à des capacités d'analyse, de prise de décisions rapides, de connaissances disciplinaires propres au métier. Comme la plupart des concours de la Fonction publique il s'articule en deux temps : une épreuve écrite d'admissibilité et un oral d'admission. Pour se présenter, il est obligatoire d'être titulaire du Diplôme d'État (DE) d'infirmier. Concernant l'écrit, beaucoup de questions portent sur les matières figurant au programme fixé pour l'obtention du DE et sont abordées dans le cadre des missions que sera amené à remplir l'infirmier scolaire.
Idem pour l'oral, qui débute par un exposé du candidat de 10 minutes environ sur sa formation, son expérience professionnelle, ses attentes, ses projets. S'ensuit, une discussion avec le jury de 20 minutes environ. Cet échange se base sur les éléments présentés au cours de l'épreuve précédente et du dossier déposé lors de son inscription. Il s'agit là d'appréhender la motivation et la capacité de réflexion, les connaissances et l'aptitude du futur professionnel. Je rappelle à chaque candidat(e), qu'il s'agit d'un métier très humain et qu'il est essentiel selon moi de mettre en avant toutes les capacités qui vont dans ce sens.
Un mot de fin ?
Je terminerai juste par une phrase qui m'anime tous les jours : « La santé est une condition nécessaire à la réussite scolaire ».
En savoir plus :
  • Fiche métier « infirmier(ière) » sur Onisep.fr
  • Tout sur le métier d'infirmière scolaire : www.infirmiers.com
  • Syndicat National des Infirmier(e)s Conseiller(e)s de Santé (FNICS) — www.snics.org
Dossier réalisé par la MAIF, juin 2012.
------------------------------------------------------------
copyright © 2006-2018, rue des écoles