Ingénieur des services culturels et du patrimoine

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La France est une mine d'or en matière de richesse culturelle. Des professionnels s'affairent pour rendre ces richesses accessibles. À leur tête, les ingénieurs des services culturels et du patrimoine, spécialistes en construction, en protection, en gestion de l'accueil et en sécurité dans le domaine du patrimoine bâti. Qui sont ces hommes et femmes qui font perdurer notre héritage commun à travers le temps ? Stéphane, de la ville de Pontoise, nous ouvre les portes d'un univers précieusement gardé.
© Jeanne C / MAIF
Ingénieur des services culturels et du patrimoine. Un titre peu évocateur. Pouvez-vous nous expliquer en quoi cela consiste et comment on le devient ?
Il est vrai que l'intitulé de notre profession est assez vague. D'ailleurs, je ne me présente jamais ainsi. Généralement les personnes qui exercent cette profession ont effectué des études d'histoire ou encore d'histoire de l'art. C'est mon cas, mais il peut y avoir toutes sortes de parcours. Je travaille par exemple avec d'anciens biologistes ! Dans mon équipe, nous venons tous de milieux complètement différents. La seule chose qui nous anime conjointement est notre cœur de métier : partager et restituer l'histoire auprès du public.
Comment s'organise votre travail ?
À l'heure où je vous parle, nous sortons tout juste des « Journées du Patrimoine » qui d'années en années, nous demandent toujours plus d'efforts, tant le succès est grandissant. Donc la pression retombe un peu, ces temps-ci. Au jour le jour, nous œuvrons en binôme avec le réseau « Ville et Pays d'art et d'histoire » qui regroupe 130 villes. Je pilote les projets d'actions auprès du jeune public. Nous avons mis en place un outil très intéressant qui s'adresse à beaucoup d'interlocuteurs : le SIAP. Il s'agit d'un système d'information et d'aide pour les promotions, destiné aux personnels enseignants et aux professeurs des écoles. L'élaboration et la mise à jour de cet appareil, prennent beaucoup de temps. Autrement, nous travaillons en étroite collaboration avec beaucoup d'interlocuteurs, type offices du tourisme, collectivités, services, et même des entreprises privées parfois.
On parle souvent de vous comme des professionnels aux multiples activités, est-ce vrai ?
Oh oui ! Nous sommes sans arrêt sollicités et nos interlocuteurs sont tellement nombreux que nous n'avons pas le temps de nous ennuyer. Notre champ d'action est vaste : la protection et la sauvegarde du patrimoine, la formation d'évaluation et d'encadrement supérieur des équipes chargées de l'accueil du public et de la protection des biens culturels. Mais d'autres encore ont pour charge le contrôle technique, économique, financier et administratif des opérations portant sur le bien culturel public. Nous sommes affectés dans les grands musées, des bibliothèques, ou dans des services déconcentrés type Drac. On peut aussi nous trouver dans des administrations centrales…
Personnellement, c'est pour cette émulsion et cette diversité que je me suis orienté dans cette voie. S'il y a bien une chose qu'il faut retenir, c'est qu'il n'existe pas une manière d'exercer ce métier. Le service de la ville de Pontoise et celui de la ville de Lyon par exemple, n'ont rien à voir. Ni au niveau du fonctionnement, ni au niveau des missions. « Pourquoi ? » Mais parce que notre outil, notre matière première, c'est la culture d'un morceau de territoire. Heureusement qu'elle est si variée et pourtant unique et distincte. Finalement, c'est la diversité que nous défendons.
À qui s'adresse ce métier ?
Vous l'aurez compris, ce métier ne s'adresse pas aux personnes qui veulent un poste derrière un ordinateur. Je n'ai rien contre, mais il faut bien réaliser, que le B-A BA de cette profession, c'est le terrain. Les trois atouts essentiels d'un futur ingénieur sont : le goût de la gestion de projets, un véritable sens de l'accueil du public et un sérieux penchant pour la communication. Il faut être doté d'un certain courage également, parce que les places sont chères : en 2012 le nombre total de postes offerts était fixé à 20.
Quelles recommandations adressez-vous aux personnes qui se préparent aux concours ?
Je pense qu'il faut s'intéresser intrinsèquement à la culture. Au sens profond de ce terme. Je ne parle pas que du tas de cailloux, mais de pourquoi et comment il est arrivé là. Quel était l'état d'esprit de la civilisation qui l'a érigé ? Nous faisons partie d'un immense amoncellement de petits territoires qui ont tous leur particularité, leur unicité. J'adore entendre un ancien parler du « Pays d'à côté » qui se trouve à une poignée de kilomètres de chez lui. C'est parfaitement en accord avec ma vision de l'héritage culturel et c'est ce qui m'anime chaque jour. C'est le seul conseil que je me permettrais de donner à mes futurs confrères : toujours s'intéresser au patrimoine et à la culture des villes qu'ils traversent. La France est une mine d'or, en prendre conscience, c'est le premier réflexe à adopter pour entreprendre ce métier.
Et l'autre bon réflexe, consiste à bien préparer ses concours…
Mais figurez-vous que lorsque j'étais étudiant, je m'entraînais avant les concours à présenter la ville à mes amis. Ce n'est pas mal pour l'oral. À condition d'être admis. Et les épreuves d'admissibilité se déroulent en deux temps : dissertation sur une thématique culturelle, puis note d'analyse technique à partir d'un dossier composé de documents ayant trait au programme de restauration ou d'architecture et d'urbanisme. Là, je recommande aux candidats d'être béton sur toutes les disciplines se rapportant au domaine du Patrimoine et de bien montrer — sans tomber dans la démonstration prétentieuse — que l'on maîtrise son sujet sur le bout des doigts.
Puis vient l'oral, pendant lequel les heureux élus sont soumis à trois épreuves de 20 minutes chacune. Il s'agit d'une conversation avec un jury, d'un exposé sur un sujet de droit public et enfin un sujet sur la restauration ou techniques d'aménagement et de construction. Là, je recommande aux candidats de ne pas mentir. Si vous ne savez pas, n'inventez pas. Soyez vraiment le plus honnête possible. Seules la motivation et l'intégrité sont jugées, pas le fait d'être une machine qui possède des connaissances sur tout, mais ne sait pas les partager.
Pouvez-vous nous donner des exemples de sujets ?
Il est très important d'être au fait sur toutes les thématiques qui touchent l'accueil du public (la gestion de foule, la sécurité…). Sinon, on trouve des questions du type : Les collectivités locales ont-elles un rôle en matière culturelle ? Qu'est-ce que l'autonomie d'un établissement public ? Le rôle du directeur des affaires culturelles ? La responsabilité pénale des fonctionnaires ? Les fonctionnaires sont-ils inamovibles ? Généralement les sujets collent aux problématiques du moment.
En savoir plus :
Dossier réalisé par la MAIF, octobre 2012.
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