Pédopsychiatre

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Le Docteur Nicolas, 43 ans, psychiatre praticien hospitalier en pédopsychiatrie au sein de la Maison des Adolescents de Valence, a accepté de lever le voile sur ce métier encore confidentiel. Très peu exposé au feu des projecteurs, le champ d'action du pédopsychiatre demeure peu connu du grand public.
© Westend 61
Dans quel contexte exercez-vous vos missions et quelles sont-elles ?
Le pédopsychiatre peut travailler en libéral dans un cabinet, en privé donc. Mais on le trouve plus généralement en milieu hospitalier ou extra hospitalier. Dans ce cas, il est assimilé à la fonction publique, bien que non-fonctionnaire. Nous soignons les troubles mentaux chez l'enfant et l'adolescent. Nous intervenons à la demande des parents ou des professionnels qui en côtoyant ces futurs patients, ont décelé un changement dans leur comportement.
Il s'agit donc d'un véritable travail d'équipe ?
En effet. Dans mon cas, c'est-à-dire dans le service public, nous sommes amenés à exercer en étroite collaboration avec différents acteurs sociaux. Le « luxe » de l'hôpital est le caractère interdisciplinaire qu'il favorise. Je suis en contact quotidiennement avec des parents, des éducateurs spécialisés, des infirmiers, des professeurs… Dans le privé, pour des raisons économiques, il est plus rare de pouvoir coopérer avec autant de partenaires. Le libéral a souvent tendance à travailler de façon exclusive avec l'enfant, parfois même sans les parents. Il s'agit pourtant du même métier, avec une approche très différente.
Quelles sont les conditions d'un praticien en pédopsychiatrie ?
Nous avons la chance d'exercer un beau métier. Riche, prenant, qui apporte son lot constant de satisfactions. Malheureusement, les contraintes administratives sont de plus en plus lourdes. Cela entraîne une certaine forme de dégradation de la qualité de notre travail, au détriment — hélas — de nos patients. Comme la demande est énorme, nous sommes sur des flux tendus. Et ce n'est pas près de s'arranger, car nous subissons des mesures toujours plus contraignantes. Aujourd'hui, cette profession demande beaucoup d'engagement personnel. Nous endossons plusieurs casquettes, à la fois de management, financière et administrative. Il n'est pas rare de voir certains confrères qui traversent des moments d'épuisement. Avis aux futurs médecins, ne comptez pas vos heures !
Justement, que conseillez-vous aux nouvelles recrues ?
Je dis souvent à mes étudiants d'être curieux. De poser des questions. De multiplier les contacts avec le patient. De coller aux basques de tout le service hospitalier pour bien connaître son fonctionnement. Ce métier s'apprend par le partage, par les conseils de nos confrères et de nos maîtres. Il faut aussi savoir s'entourer des personnes aptes à partager. Que les jeunes soient rassurés, la formation est de plus en plus solide et offre l'opportunité de multiplier les expériences.
Quelles sont les qualités essentielles d'un bon pédopsychiatre ?
Il est capital d'avoir un jugement mesuré sur les informations que l'on est amené à entendre. Il ne faut pas oublier que l'on œuvre sur la subjectivité des individus. Ce qui n'a souvent rien à voir avec les faits. Chaque version varie en fonction des points de vue de chacun. Tout l'enjeu consiste à assimiler une vision interdimensionnelle. Il est capital d'apporter un regard modéré, pondéré. Pour cela, la capacité exigée est la curiosité. Autre aptitude indéniable : savoir créer un lien. Dans mon cas, c'est d'autant plus vrai que je manœuvre avec des adolescents. Je dois m'adapter à leur perception, leur langage. Notre mission consiste à appréhender les troubles. Ce qui passe systématiquement par une relation de bonne qualité. Enfin il est véritablement nécessaire d'être dans l'empathie, tout en sachant prendre le recul nécessaire pour ne pas être angoissé par la souffrance psychique. Notre profession nous confronte régulièrement à des situations difficiles.
À ce propos, pensez-vous que votre profession impose de suivre une thérapie ?
Il s'agit avant tout d'un choix personnel. Choix sans doute indispensable si on exerce avec une pratique psychanalytique. Les pratiques actuelles sont très variées : psychanalyse, psychiatrie biologique, thérapies comportementales et cognitives, thérapies familiales, thérapies de « soutien », etc. Pour ma part je n'ai pas entrepris de thérapie personnelle, ce qui ne m'empêche pas de m'interroger quotidiennement sur ma pratique et de confronter mon regard à celui de mes collègues et partenaires.
Pouvez-vous nous parler de la longue formation qui mène à votre poste ?
Formation médicale : six années de formation de base jusqu'au concours de l'Internat qui permet de choisir sa spécialité. Quatre années de spécialisation en psychiatrie jusqu'au doctorat. Par la suite j'ai été recruté en tant que Chef de Clinique Universitaire au CHU de Nancy avant de passer le concours de praticien hospitalier. Il s'agit d'une formation scientifique au départ, mais qui établit des passerelles avec les sciences humaines de part notre spécialité. Après dix ans passés en Lorraine, j'ai choisi un poste en 2004, pour exercer auprès des jeunes gens âgés de 13 à 20 ans. Il s'agissait d'un objectif que je m'étais toujours fixé. Aujourd'hui, j'œuvre donc au sein la Maison des Adolescents de Valence en tant que psychiatre praticien hospitalier en pédopsychiatrie. Nous sommes rattachés au Centre Hospitalier Le Valmont, de Montéléger.
Un poste qui ne doit pas manquer d'anecdotes ?
Il est vrai. Parfois certains comportements sont véritablement déconcertants. Je vois des parents par exemple qui consultent avec leur ado, et qui nous demandent : « Nous sommes en train de divorcer et nous venons vous voir pour savoir si notre fils ou notre fille ne souffrira pas. » Ce qui est incroyable, c'est de constater à quel point notre métier est au cœur des évolutions sociologiques. Le psy et le pédopsychiatre font partie de la vie. Aujourd'hui, les parents protègent envers et contre tout, leur progéniture de la souffrance. Certainement parce que l'enfant est le médicament de ses propres parents. Il est le centre du monde, donc le centre de nos angoisses. Ces jeunes subissent des pressions très fortes, qui ne sont pas sans répercussion sur leur développement. C'est complètement inédit dans l'histoire de la psychanalyse. Et c'est tout l'intérêt de notre profession : s'adapter aux évolutions de la société.
Dossier réalisé par la MAIF, juin 2011.
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