Professeur dans l'enseignement agricole

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Il transmet des connaissances et des compétences liées à l'agriculture, l'environnement, et les services en milieu rural. Cet enseignement représente la deuxième communauté éducative en France. Professeur de biologie/ écologie au Lycée d'Enseignement Général Technologique et Professionnel Agricole de Bougainville (département de la Somme), Stéphanie Cailhol exerce sa profession depuis 3 ans. Cette jeune femme a accepté de retracer son parcours, tout en nous livrant ses incertitudes, propres au climat social actuel.
© PHOVOIR
Comment êtes-vous devenue professeur de biologie/écologie ?
Tout a commencé par un cursus purement scientifique : Bac S, classe prépa, fac de bio, doctorat. J'ai arrêté la recherche, car je ne supportais plus l'expérimentation animale. Puis, j'ai travaillé dans le secteur privé, dans un cabinet de conseil en ergonomie. Suite à un licenciement économique, un bilan professionnel a mis en avant mes compétences pour l'enseignement. J'ai donc passé les concours et me voici à mon tour de l'autre côté du pupitre depuis 3 ans.
Bien que vous n'ayez pas enseigné dans le général, pensez-vous qu'il existe une différence avec l'enseignement agricole ?
Oui. Les lycées agricoles sont des structures souvent plus petites, à échelle humaine. Souvent perdus au milieu des champs, ils sont de véritable « havre de paix ». La majorité des élèves sont internes et le lien qui les unit est fort. Il existe une véritable fraternité, une cohésion… Nos scolaires sont généralement fiers de leur identité, de leur appartenance à un lycée « vert ». Certes, ils ne sont pas tous là par choix. Ils ne sont pas tous passionnés, mais ils sont détendus et plutôt sympas.
Quels sont vos objectifs quotidiens ?
Mon premier objectif consiste à intéresser mes élèves. Faire en sorte qu'ils acquièrent une vision du végétal et de l'environnement qui puisse leur servir dans leur futur métier. Mais mon travail ne se limite pas à la préparation des cours et à la correction des devoirs. Je travaille en étroite collaboration avec d'autres enseignants. Nous communiquons beaucoup par mails afin de mettre en place des projets, préparer les cours pluridisciplinaires, gérer la gestion des salles de sciences… Si notre profession devait se résumer en trois mots, ils seraient : connaissance, intérêts et concertation.
L'enseignement agricole est-il le même partout à travers le pays ?
J'ai fréquenté d'autres lycées et j'ai eu le plaisir de constater que partout, la cohésion entre les confrères est la même. Bien évidemment, tout dépend des équipes et du proviseur. Les programmes sont nationaux, ils obligent à interagir avec les autres disciplines.
Un conseil aux plus jeunes qui rêvent d'épouser le métier ?
Travailler avec des lycéens demande beaucoup d'énergie, et la préparation des cours beaucoup de temps. La réalité est très éloignée de l'image « planquée » du prof qui passe son temps en vacances. Cette profession relève presque du one-man-show par moments. Les premières années, je bossais autant que pour ma thèse. Il faut être calé, aimer les jeunes, maîtriser son sujet. Mais on ne voit pas passer les années. On ne s'ennuie pas. Mon conseil aux étudiants : prenez conscience qu'il faut un maximum de dynamisme.
Et ces élèves qui vous demandent autant d'énergie, la conjoncture actuelle dans l'agriculture leur fait-il peur ?
Ils sont confiants. Ils se sentent prêts à monter leur exploitation ou à se mettre à leur compte. Pourtant, on leur présente la réalité telle qu'elle est. On les met face aux difficultés des systèmes de subventions par exemple. Ceci dit, dans l'enseignement agricole, nous ne formons pas que des agriculteurs. Tous nos élèves de filière Aménagements paysagers trouvent du travail très facilement.
Pouvez-vous nous parler des concours ?
Les concours sont ouverts aux candidats Bac +4, sur le papier. En réalité, une majorité de Bac +5, voire plus (niveau thèse) sont retenus. Les épreuves s'adressent à de futurs professionnels à la pointe de leurs disciplines. Les prétendants montrent lors du premier filtre, qu'ils font preuve d'un bon esprit de synthèse et d'analyse, ainsi que des capacités rédactionnelles. Par la suite, les futurs enseignants passent une épreuve orale et une épreuve pratique afin de mettre en avant leur compétence de pédagogue. Il faut savoir qu'il y a moins de concours que dans l'Éducation nationale, et par conséquent, moins de places. Mais je suis la preuve vivante que ces épreuves sont surmontables !
L'interview se déroule le jour des protestations nationales contre la réforme des retraites, avez-vous un mot à dire sur le sujet ?
Ces mouvements sociaux soulèvent beaucoup d'interrogations sur mes capacités à faire ce métier à partir d'un certain âge. J'ai 38 ans et je trouve aujourd'hui cette activité, bien que passionnante, très fatigante. Je crains de ne plus avoir d'énergie suffisante à partir d'un certain âge pour continuer à faire ce métier correctement. Je m'interroge sur les possibilités de reconversion. Quand on est fatigué, que faire ?
Dossier réalisé par la MAIF, novembre 2010.
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