Professeur de musique

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Passionnée par la musique, Jehanne Drai s'est tournée vers l'enseignement. Après un travail de longue haleine, elle a réussi à atteindre son objectif et nous présente son parcours.
Vivre en musique et vivre de sa musique, en voilà une perspective réjouissante ! Attention, toutefois : la passion, et la pratique régulière de son instrument sont évidemment capitales, mais elles ne suffisent pas. Les conditions générales pour parvenir à intégrer le cercle convoité de l'enseignement sont strictes et escarpées. Pour bien les comprendre, Jehanne Drai, harpiste et professeur au Conservatoire de Courbevoie livre la marche à suivre, dans une interview sans fausses notes !
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« Je veux enseigner au conservatoire », on se le dit dès que l'on touche pour la première fois son instrument de musique ?
Oh non alors ! J'ai commencé à faire de la musique à l'âge de 7 ans et évidemment, j'étais très loin de penser à l'enseignement. Plus tard, j'ai su que je voulais vivre avec mon instrument de musique — la harpe — sans savoir ce que je pouvais faire avec. Et à 14 ans, j'ai décidé de m'y consacrer pleinement. J'ai obtenu un bac F11 (NDLR : aujourd'hui bac TMD(1), suivi le Conservatoire national de Région de Bordeaux, et obtenu une médaille d'honneur. Je suis ensuite passée par le Centre de formation de l'enseignement de la musique (CEFEDEM) et j'ai obtenu mon diplôme d'état (DE). J'enseigne aujourd'hui à mi-temps, 10 heures par semaine, au Conservatoire de Courbevoie (92). Je donne des cours à l'établissement d'enseignement musical faisant partie des écoles de l'Union des Conservatoires du Val d'Oise. Je dispense également des cours particuliers et je joue dans des orchestres, dans des formations de musique de chambre, j'accompagne des chœurs… je vis de et pour la musique.
À quoi ressemble une journée type ?
Prenons l'exemple du mercredi qui est une grosse journée. Chaque élève vient en cours avec ses méthodes, les leçons se succèdent. Les cours sont composés de la pratique de l'instrument, mais également de la lecture de notes, de chants, de rythmes, d'un peu d'histoire… Notre mission consiste à essayer de développer l'intérêt chez des personnes de tout âge, leur transmettre le goût de la musique, les ouvrir à d'autres horizons. On les encourage à jouer avec d'autres musiciens. Nous éveillons nos élèves à une culture musicale. J'aime bien les enregistrer, les pousser à l'improvisation. Je leur fais écouter beaucoup de choses, notamment des musiques actuelles. Chaque professeur a son approche. J'enseigne depuis que j'ai l'âge de 18 ans, alors finalement tout ce que l'on apprend se fait petit à petit avec les élèves, sur le terrain.
Vous n'avez aucune directive ?
Chacun fait à sa manière. Bien sûr, en début d'année, la direction convoque les professeurs et nous donne les grandes lignes. Par exemple « Tout sur l'oreille », « Privilégiez la pratique collective », « Poussez les à créer des projets »… mais en terme pédagogique, chacun sa sauce. Et heureusement. Imaginez, s'il n'existait qu'une manière d'enseigner. Une manière d'apprendre. Une manière de jouer. L'horreur !
Quels sont les critères pour devenir un bon professeur ?
Il faut jouer. Parce que la finalité, c'est la musique. J'essaie de pratiquer au moins deux heures par jour. Ce qui conduit à la qualité la plus importante : l'exigence. Vis-à-vis de soi-même, et de ce que l'on attend des élèves. Il faut éviter que ces derniers prennent le dessus. C'est vous le baromètre et c'est vous qui fixez les objectifs. Évidemment, comme tout ce qui à trait à l'enseignement, la patience est une règle de survie ! C'est valable aussi pour ce métier. Il faut se montrer « très » patient. J'insiste. Il est important aussi d'être malléable, de cibler les attentes des uns et des autres. Je m'efforce, jour après jour, d'être à l'écoute des jeunes instrumentistes, de comprendre leurs projets, de les encourager. Ce qui impose d'être créatif dans sa pédagogie. Je pense qu'il est important aussi de pouvoir donner des explications de plein de manières différentes. C'est se mettre au niveau et permettre d'éviter de rentrer dans des méthodes trop routinières.

Et quels conseils donner aux musiciens qui nous lisent et qui rêvent de faire comme vous ?
Petite précision qui tombe sous le sens : on choisit ce métier par vocation. Soyez conscient que vous allez travailler de façon solitaire, des heures durant. Il est donc primordial de s'intéresser à tout ce qui tourne autour de l'instrument. Il faut intégrer le milieu de la musique, le connaître, le comprendre, y adhérer. Vous devez voir autre chose que le conservatoire, sortez ! Assistez aux concerts, parlez avec les musiciens. Multipliez les concours, les stages avec d'autres professeurs. Soyez rigoureux. Ne vous donnez pas de grands objectifs tout de suite, avancez pas à pas. Je ne freine personne. Vous n'avez pas besoin d'être le premier partout pour faire ce métier. J'ai le cas d'une élève qui a été longtemps malmenée par son professeur qui lui répétait qu'elle n'était pas douée et qu'elle n'y arriverait pas. À partir du moment, où elle a changé de cours, et que nous l'avons encouragé, elle s'est accrochée et ça a marché. Travail, rigueur et constance sont les maîtres mots que chacun devrait graver sur son instrument !
Après les encouragements, les parcours du combattant, à savoir les concours…
Et c'est là que tout commence. Tout d'abord, il faut être inscrit auprès d'un conservatoire au rayonnement régional. On se spécialise, on passe différents UV(2) qui permettent d'obtenir le diplôme d'une école nationale de musique (DEM(3)) ou d'un conservatoire (Certificat d'Aptitude à la fonction de professeur de musique), ils permettent d'intégrer un CEFEDEM(4). Les épreuves sont composées d'une audition, suivie d'un entretien avec le jury. Il faut être honnête, naturel et ne pas hésiter à montrer ses limites, lorsque c'est le cas. Ce n'est pas éliminatoire. Il existe également une partie écrite qui porte sur l'analyse d'œuvre, plus une dissertation philosophique, généralement sur l'art, le bien, le mal, le beau… Une fois obtenue, cette formation prépare au DE(5), que l'on tente au bout de 1 000 heures, soit deux ans. Le candidat donne un cours individuel, puis un cours en groupe devant un jury. S'ensuit une épreuve instrumentale. Il s'agit d'un projet mené avec une classe que l'on joue en public. Tout ceci, bien sûr, vient compléter les contrôles continus.
Est-ce que l'on trouve facilement du travail une fois le diplôme d'État en poche ?
Je ne vais pas mentir, ce n'est pas facile. Un temps complet correspond à 20 heures de cours par semaine. Malheureusement, il est très rare d'en trouver. Il m'est arrivée dans ma carrière de jongler entre plusieurs conservatoires répartis sur la région parisienne. Je vous laisse imaginer les trajets et les temps de transports à effectuer. Rajoutez à ça les cours particuliers et les nombreuses autres activités musicales annexes. C'est parfois sportif.
Quel est le statut d'un professeur diplômé ?
Le DE(6) obtenu, on ne se retrouve pas encore titulaire. Pour cela, il faut passer un autre concours qui a lieu une fois tous les trois ans. Il s'agit d'un dossier à constituer qui retrace toutes vos activités. Suivi d'un entretien avec un jury, constitué de maires, de syndicats et de professeurs de conservatoire. Au cours de cette épreuve, on expose un projet pédagogique. On nous pose des questions très générales sur la fonction publique, par exemple sur le nombre de départements, sur le rôle de chacun en collectivité… Une fois que l'on obtient ce concours, on peut demander à son conservatoire d'être titularisé. À titre indicatif, nous étions 35 à nous présenter pour celui que j'ai passé et seulement 9 à l'obtenir. Et encore, nous sommes harpistes, pour des violonistes par exemple, la sélection est encore plus impitoyable.
Existe-t-il encore d'autres concours ?
Oui, il existe plein de choses très différentes. Certains concours sont entièrement tournés vers l'enseignement aux personnes handicapées : le Diplôme Universitaire de Musicien Intervenant Spécialisé (DUMUSIS) et le Certificat d'Aptitude à l'Enseignement musical des Aveugles et Déficients visuels (CAEMADV). Mais encore le Diplôme Universitaire de Musicien Intervenant (DUMI) qui permet d'intervenir dans des écoles, associations, crèches ou hôpitaux. Également le CAPES(7) ou CAFEP(8) d'éducation musicale et de chant choral permettent d'enseigner dans les collèges et lycées. Enfin, il existe un DE de professeur de musique qui permet d'enseigner aux professionnels : le PEA(9) que l'on prépare via le Centre national de la Fonction publique territoriale (CNFPT).
Il y en a pour tout le monde !
C'est exactement ainsi que je comptais conclure. Chaque musicien a sa place. Il n'y a pas que les concours. On peut fonder sa propre école, créer ses propres stages. En fait, le plus important est de rester passionné par la musique. Encore et toujours.
En savoir plus :
Dossier réalisé par la MAIF, décembre 2011.
(1)Techniques de la Musique ou de la Danse.
(2)Unités de valeur.
(3)Diplôme d'études musicales.
(4)Centre de formation des enseignants de la musique.
(5)Diplôme d'État.
(6)Diplôme d'État.
(7)Certificat d'Aptitude au Professorat de l'Enseignement du second degré.
(8)Certificat d'aptitude aux fonctions d'enseignement du privé.
(9)Professeur d'enseignement artistique.
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