Psychologue en milieu scolaire

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Face à certains troubles, enseignants et parents ont parfois du mal à trouver des solutions. Tout au long de la scolarité, il existe des professionnels pour accompagner les élèves en difficulté. Virgine Martin-Lavaud est l'un d'entre eux. Passionnée, elle nous livre un témoignage sur l'intérêt de la psychologie à l'école.
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Comme beaucoup de vos confrères, votre parcours est atypique…
En effet, je me suis intéressé très tôt à la psychanalyse, à la dimension liée à l'inconscient. J'ai donc mené un cursus universitaire pour exercer cette profession. Mais en cours de route, j'ai décidé de passer les concours de l'Éducation nationale, et je suis devenue enseignante pour payer mes études. J'ai donc différentes casquettes aujourd'hui : docteur en psychopathologie, psychologue clinicienne en titre et psychologue de l'éducation.
Justement, lorsque l'on exerce ce métier, se sent-on d'avantage « psy » ou « scolaire » ?
Pour ma part, je me sens 100 % psy. Nous sommes une aide dont les enseignants sont demandeurs : une classe déroutante, un échec scolaire, un enfant qui se bat, un autre qui refuse d'aller à l'école… l'enseignant nous sollicite. Il en parle à la famille, qui nous contacte. Nous la rencontrons systématiquement avant d'intervenir auprès de l'enfant. Les premiers responsables d'un petit sont ses parents. Il arrive que ces derniers refusent de rencontrer le psychologue. Dans ce cas de figure, on organise des réunions éducatives en présence de la famille, auxquelles nous participons avec d'autres interlocuteurs, tels que le médecin scolaire. Nous coopérons également à la scolarisation des enfants handicapés. Beaucoup plus « psy » que scolaire donc, puisque nous constituons une aide bien spécifique.
À quel moment êtes-vous sollicitée ?
À partir du moment où l'enseignant perçoit de la souffrance chez un de ses élèves, il va faire appel à nous. Notre avantage est de travailler en tenant compte à la fois du cadre scolaire et du cadre familial dans lequel l'enfant évolue. Prenons l'exemple de l'hyperactivité. Elle a été décrétée comme symptôme à part entière par la DSM(1), sorte de bible anglo-saxonne qui nomenclature les maladies. L'hyperactivité est donc devenue un mal que l'on peut théoriquement traiter avec des médicaments. Or, c'est une aberration de laisser croire aux parents que les médicaments vont tout régler. Notre mission ne se cantonne pas à définir une cause puis à médicaliser les élèves. Nous réfléchissons à l'aide la plus judicieuse à apporter, en tenant compte des angoisses de l'enfant, du stress de l'école, de son environnement… le tout toujours en lien direct avec les parents.
Le système d'intervention est-il le même partout en France ?
Absolument pas. Il existe autant de pratiques cliniques que de psy. Les interventions sont aussi variées que les parcours de chacun.
En parlant de parcours, pourriez-vous donner un petit coup de pouce aux jeunes lecteurs qui se destinent au même métier que vous ?
Il est capital de finir son cursus universitaire, à savoir licence, Master 1 et 2 en psychologie. À la suite de quoi je vous recommande de présenter le concours de l'Éducation nationale. Car aujourd'hui – on ne peut que le déplorer – l'État exige qu'un psychologue en milieu scolaire ait enseigné trois ans minimum. Nos députés estiment que la création d'un corps de psy en milieu scolaire n'est pas nécessaire… Il faut donc accepter d'être enseignant. Autant prévenir les candidats : il faut être très stimulé par l'objectif. Mais après, cela devient très intéressant. En plus du contact avec les élèves, je suis en lien avec énormément de professionnels : confrère, médecin scolaire, assistant social scolaire, orthophoniste, pédiatre, psychologue en milieu hospitalier, psychiatre, services sociaux… sur le plan des rencontres ce métier est très riche.
Quelles sont selon vous les bonnes aptitudes pour faire ce métier ?
Il est impératif d'aimer rencontrer les gens. Il faut ne pas être angoissé par la souffrance psychique. Notre profession nous confronte beaucoup à la désolation. Il ne faut pas se croire au-dessus des situations douloureuses. Lors du cursus universitaire, on conseille aux étudiants d'entreprendre une thérapie. Je ne saurais que recommander vivement d'y prendre part, et de commencer un travail sur soi.
Quid des concours ?
Ah ! Vaste sujet. L'incertitude totale règne. En théorie, les psychologues de l'Éducation nationale ont un statut de fonctionnaire d'État. Comme je l'ai précisé, pour exercer, il faut avoir enseigné trois ans dans une classe. Aujourd'hui il est impératif d'être titulaire de la licence de psychologie, et d'effectuer un stage d'un an de préparation au DEPS(2). Ceci concerne le premier degré, à savoir les classes de petite section au CM2. Cependant la réforme des enseignants au niveau Master compromet ce type de recrutement. Pour le second degré – comprenez les adolescents – il était jusqu'alors impératif d'être titulaire de la licence de psychologie et de réussir le concours du DECOP(3). Après cela, on demandait aux candidats d'effectuer deux ans de formation en tant que fonctionnaire stagiaire. Tout ceci ne fonctionne hélas pas de cette manière dans la vie de tous les jours. On assiste à un véritable vide dans le recrutement. Aujourd'hui, les enseignants attendent les réponses du Ministère. Est-ce que la France est prête à se doter d'un service public de psychologie de l'éducation comme cela existe chez nos voisins européens ou au Canada ?
Un mot de fin ?
Les syndicats et les associations professionnelles demandent au Ministère de l'Éducation nationale d'apporter des réponses au flou du recrutement. Certains de mes confrères ont actuellement un surcroît de travail. Pire encore, certaines écoles sont dépourvues de cette aide. Lorsque c'est le cas, on oriente les familles vers les CMPP(4), les CMP(5), qui dépendent de l'hôpital psychiatrique. Pour les deux, les listes d'attente sont énormes. Il arrive aussi que l'on dirige les tuteurs vers le libéral qui pose le problème financier, car comme les psychologues ne sont pas médecins, tout se fait à la charge des parents. Est-ce bien normal ?
Dossier réalisé par la MAIF, décembre 2010.
(1)Diagnostic and Statistical of Mental disorders
(2)Diplôme d'État de psychologie scolaire
(3)Diplôme d'État de conseiller d'orientation-psychologue
(4)Centres Médico-Psycho-Pédagogiques
(5)Consultations Médico-Psychologiques
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