Surveillant de centre pénitencier

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Le contraste que suscite le métier de surveillant de l'administration pénitentiaire est captivant. Exercer cette profession parait inenvisageable pour la grande majorité des citoyens. Pourtant, elle fascine autant les médias que les téléspectateurs avides de grands frissons. Pour mieux comprendre le quotidien malaisé de ces hommes, de ses femmes et leurs missions délicates, un membre du syndicat UFAP, surveillant à la prison de la Santé, à Paris, enthousiasmé par sa fonction et son potentiel, lève le voile sur l'envers des barreaux.
Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
C'est assez rare par les temps qui courent : j'ai choisi ce poste. Je suis fasciné par l'univers carcéral. Dans les films, dans les bouquins, les magazines… C'est ce qui m'attire depuis tout petit. Dès mon brevet, j'ai commencé à préparer les concours. Je voulais de l'aventure, sentir le terrain et faire bouger les choses. Cela fait plus de 15 ans que j'ai fait ce choix et je suis loin d'avoir fait le tour du métier.
Quelles sont vos missions précises ?
Avant toute chose, nous sommes chargés, mes confrères et moi, de la sécurité au sein de la prison de la Santé et de son fonctionnement, au jour le jour. Nous remplissons des missions de contrôle et de garde. Nous assurons la fouille à chaque entrée, chaque sortie de cellule. Nous nous chargeons de la distribution des repas. Les détenus sont privés de beaucoup droits, nous devons veiller à faire respecter cela, non sans un certain tact, une certaine diplomatie. Nous les surveillons donc de la façon la plus minutieuse qu'il soit.
Nous réceptionnons et lisons les lettres, contrôlons leur promenade, supervisons attentivement les tâches qu'ils accomplissent dans les lieux où ils travaillent (cuisine, atelier, bibliothèque, sanitaire) et, bien sûr, assistons au parloir. Nous faisons l'appel plusieurs fois par jour. Mais nous ne sommes pas ici que pour jouer le mauvais rôle. Il arrive parfois que nous ayons un impact positif durant la peine qu'ils accomplissent, en jouant un rôle de conseiller. C'est à nous que revient la charge de leur inculquer un quelconque espoir, pour les inciter à se former ou à travailler en détention. Préparer l'après, « la belle », comprenez : la liberté.
Pouvez-vous nous donner un exemple de journée type ?
Aucune journée ne se ressemble. Par exemple, aujourd'hui, nous réveillons les détenus avant 7 heures. Premier réflexe, s'assurer que tout le monde soit présent et bien vivant. Malheureusement, en dépit de toute la vigilance que nous apportons, il arrive que certains tentent de mettre fin à leur jour. Après l'appel, nous distribuons de l'eau chaude, du pain et de la confiture. En milieu de matinée, nous distribuons une ration de yaourt ou de fruit, juste avant les activités. Pendant plus d'une heure, les prisonniers passent une visite médicale, font du sport, prennent des cours, travaillent, assistent à des cérémonies religieuses.
Ils réintègrent leurs cellules, juste avant la distribution des repas. Il est plus de midi, nous contrôlons de nouveau chaque poste. Nous fermons de nouveau l'étage. En début d'après-midi, nous patrouillons, vérifions que tout le monde répond à l'appel, puis les préparons pour le parloir qui dure à peu près deux heures. De nouveau en cellule, nous remettons le courrier. Ils dînent entre 17 heures et 18h30. 19h30 sonne la fin de journée et la ronde de fermeture, chacun d'entre nous dépose ses clés. Commence alors la surveillance de nuit. Le moment le plus calme, mais celui aussi où nous sommes les plus vulnérables, puisqu'en effectif réduit.
Votre profession est assez médiatisée, vos conditions de travail sont décrites comme très éprouvantes. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi et nous énumérer les aspects positifs ?
Le rapport avec les détenus peut constituer le pire comme le meilleur aspect du boulot. Il n'est pas facile de garder le moral. Vous vous doutez bien que le cadre ne respire pas forcément la joie de vivre. La prison n'est pas un environnement de travail très réjouissant. Cette profession ne va pas sans des moments de tensions insoutenables, de stress, de pression, de danger. Je ne crois pas me tromper en disant qu'il s'agit du seul métier qui réunit tout cela.
Nous sommes confrontés à toute la violence et la misère qui existe. À la mort aussi. Vous n'avez pas idée des injures et des menaces que l'on prend en pleine figure. De plus, les conditions de détentions - donc de travail pour nous - sont inadmissibles dans la plupart des établissements, nous œuvrons en sous-effectif, je ne vous parle pas même pas de notre salaire. Ajoutez à cela, les conflits avec la Direction, avec les institutions dépassées par la réalité, c'est l'enfer à beaucoup de moments, soyons honnêtes.
Paradoxalement, ce métier peut être très valorisant. Une réinsertion réussie, des incivilités qui s'estompent, une rage qui s'éteint, une prise de conscience, une foi. Personnellement, j'aime bien ce cadre. Il est chargé d'histoire, il est rempli de vie. Il représente ce qu'il y a de pire dans la société et pourtant il peut s'y passer des choses bien. Parfois, une journée difficile se termine, pendant laquelle on s'est maîtrisé, dépassé, où l'on a agi avec justesse. Ce contrôle et cette discipline sont vraiment gratifiants.
Qu'est-ce qu'un bon gardien de prison selon vous ?
C'est un peu ce que je viens de dire à l'instant. Une personne qui reste maître de lui. Le bon fonctionnement d'une prison repose en grande partie sur les relations que l'on est capable d'entretenir avec toutes les personnes qui y vivent. Il faut être très ouvert d'esprit. Nous sommes en relation avec des publics très différents. Du petit malfrat qui n'a rien à faire là, aux grands délinquants / criminels. Nous devons nous adapter et observer. Le moindre fait inhabituel peut être annonciateur d'une situation inquiétante, d'un projet d'évasion, d'une tentative de suicide ou d'une agression. Un bon surveillant d'établissement est sans cesse aux aguets. Il doit être curieux, rigoureux et disponible.
Que conseillez-vous aux personnes qui se préparent à ce métier ?
Le problème c'est qu'il n'y a pas beaucoup de personnes qui veulent véritablement faire ce métier. Souvent, on le fait par dépit. Je ne juge pas cela. Je sais bien que la conjoncture est compliquée. Chacun s'en sort comme il peut. Mais même si ce n'est pas la profession rêvée, il faut s'appliquer. User de pédagogie, sans se laisser influencer par l'affectif, c'est très dur. Aux jeunes qui se lancent dans cette aventure, par goût de l'action, du danger ou de l'aventure, documentez-vous le plus possible. Il existe aujourd'hui beaucoup de témoignages intéressants sur l'univers carcéral. Il est important aussi, de ne pas idéaliser ce métier. Beaucoup de jeunes se découragent, car la réalité est plus insoutenable qu'il n'y paraissait. Un coup de poing dans la figure, un détenu qui tente de se supprimer, ça calme. C'est ça aussi la réalité du terrain. La règle d'or est de garder ses distances. Et trouver de quoi se canaliser : le sport, la méditation ou je ne sais quoi d'autre. Nous aussi on a besoin d'évasion !
Un mot sur la formation et les concours ?
Le brevet des collèges est nécessaire pour se présenter au concours de recrutement de surveillant. Il faut, en plus, respecter certaines conditions physiques, être âgé au moins de 19 ans, avoir un casier judiciaire vierge et la nationalité française.
Du fait du grand nombre de candidats, la sélection est devenue plus sévère et le niveau scolaire des candidats reçus plus élevé. Tous mes jeunes collègues sont au moins diplômés du Baccalauréat. Ce qui n'est pas mon cas, mais tout a bien changé. Une fois admis, les élèves surveillants passent 8 mois en formation rémunérée à l'ENAP, École nationale d'administration pénitentiaire d'Agen. Ils alternent cours et stages, avec évaluation, avant d'être titularisés.
Les jeunes diplômés peuvent être affectés dans l'un des 191 établissements pénitentiaires qui existent sur le territoire, y compris les DOM-TOM. Ils choisissent leur lieu de travail en fonction du rang de classement obtenu lors de la formation. Et c'est là que tout commence.
Quelles sont vos revendications ?
Contrairement à beaucoup d'idées reçues/ arrêtées, la lutte actuelle qui oppose les gardiens de prison aux institutions ne concerne pas les salaires. Nous n'en sommes même plus là. Nous voulons des effectifs en plus. Nous sommes épuisés, au bord du burn out. Les relations entre détenus et surveillants se cantonnent de plus en plus à de brefs échanges, froids et distants. Nous ne sommes plus qu'ennemis. Tous nos objectifs de réinsertion s'effritent peu à peu. Nous ne sommes plus que de la chair à canon ou au mieux des portes clés !
L'état des prisons est déplorable. Chez nous, on peut retrouver jusqu'à quatre personnes dans une pièce d'à peine plus de 10 mètres carrés. Certains dorment avec un matelas par terre. Et qui en paie les conséquences selon vous ? Nous. Alors on feint la surprise en haut lieu, cela fait grand bruit en ce moment, mais pour combien de temps ? À peine quelques jours et on oublie ceux qui sont en première ligne. Avec l'UFAP, nous nous mobilisons afin de contribuer à une réflexion sur un service public pénitentiaire moderne et rénové. On en est loin, mais je continuerai à me battre pour ce métier.
En savoir plus :
Dossier réalisé par la MAIF, janvier 2013.
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