Technicien de police technique et scientifique

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Oui, ce métier existe dans la vraie vie, en dehors des séries télé ! Loin des caméras et des scénarios hollywoodiens, ces hommes et femmes œuvrent le plus souvent dans les laboratoires de la police technique et scientifique. Derrière chaque enquête, ces techniciens font avancer la recherche d'identification des auteurs d'infractions. En fonction de leurs spécialités, leurs champs de compétences portent sur la balistique, les empreintes génétiques, les stupéfiants, les incendies, la technologie… ou la sérologie, comme c'est le cas pour Philippe, 42 ans. Ce spécialiste du « bluestar », révélateur de traces et de morphologies sanguines, considéré comme une pointure par ses pairs nous dit tout sur son métier. L'engagement et le sérieux de l'expert, risquent de susciter pas mal de vocations. Dexter n'a qu'à bien se tenir…
© EdwBart / Fotosearch.com
Avant d'aborder votre métier plus sérieusement, j'imagine que les plus grands fans de séries policières se demandent à quel point les scénarios sont vraisemblables ?
C'est une question que l'on me pose très fréquemment. Je suis moi-même un grand amateur de ce genre de petites bêtises ! Car il faut être conscient que ça ne reste que de la fiction, quand bien même on vous garantit que les scénaristes collaborent avec les plus grands experts. D'une part, ces derniers n'ont pas le temps. Et d'autre part, tous les épisodes de vos sagas préférées sont truffés d'incohérences. Je suis très amusé, car je vois souvent les héros passer par des procédés irréalistes pour arriver à un résultat que l'on peut obtenir en quelques minutes. Et parfois, il arrive que les personnages œuvrent avec des technologies d'extraterrestres, que l'on n'est pas prêt d'avoir sous la main avant une bonne centaine d'années. Je dirais que sur l'ensemble d'un épisode il y a 80 % de bluff. Nous effectuons un travail sérieux vous savez, à mille lieues des génériques et des effets d'annonce.
Vous déplorez une méconnaissance du grand public quant aux corps de métiers de la police scientifique, comment l'expliquez-vous ?
Paradoxalement, au moment où notre profession connaît une explosion médiatique, le grand public n'a aucune idée de nos champs d'action et de nos enthousiasmantes découvertes. Personne n'évoque nos véritables missions. Je vous assure que nous formons des petits jeunes qui pensent réellement qu'ils vont se rendre sur les lieux d'une scène de crime, se rendre ensuite au labo, puis grimper en voiture — sirène et gyrophare en action — pour coffrer les méchants ! Le quotidien est moins musclé. Heureusement, sans quoi je ne verrai jamais mes enfants !
Quelle est la réalité au quotidien ?
Au risque de décevoir les lecteurs, nous ne portons pas d'armes sous nos blouses. En réalité, nos activités sont extrêmement compartimentées. Il existe trois pôles : L'Institut national de Police scientifique (INPS), l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) et la Sous-direction de la Police technique et scientifique (SDPTS) à laquelle j'appartiens. Mais là encore, dans cette branche, les missions sont très hiérarchisées. On entre en tant qu'agent spécialisé de Police technique et scientifique (ASPTS), au bout de quatre ans on aspire à devenir technicien (PTS) puis ingénieur. Nous œuvrons tous dans un seul but : apporter des preuves irréfutables à une enquête.
Nos missions sont extrêmement variées. D'abord, sur le terrain, nous effectuons les constats techniques. Cette phase consiste à rechercher, prélever et consigner les indices. Ensuite, la grosse partie du boulot, s'effectue dans les laboratoires ou dans les services d'identité judiciaire. Là, les équipes répondent aux réquisitions des enquêteurs et des magistrats par l'analyse des prélèvements. Nous jouons un rôle d'archivistes également, puisque nous gérons et développons les nombreux fichiers et logiciels utilisés par les services d'enquête. Pour ma part, j'assure pas mal de formations auprès de spécialistes des scènes de crime et de scientifiques des laboratoires.
Il faut être un scientifique chevronné pour s'engager dans une telle voie ?
Oui et non. Il faut un esprit scientifique pour évoluer et faire évoluer son métier. Par exemple, avec l'âge, je me tourne de plus en plus vers la recherche. J'ai envie de développer des méthodes et des techniques appliquées à la criminalistique, mais aussi à d'autres domaines technologiques. Mais l'apprentissage est long et je pense qu'il est aussi important d'être un peu vierge de certaines connaissances pour s'intégrer au protocole, spécifique à notre branche. Nous sommes engagés dans une voie qui nous est propre. Notre spécialisation est encore jeune et elle évolue tous les jours. Je n'ai jamais considéré cette profession comme un mélange un peu douteux entre le scientifique et le policier. Nous faisons avancer une enquête avec nos propres outils. Et pour cela les profils curieux, méthodiques, patients et blindés aux situations les plus extrêmes sont les mieux adaptés.
Comment se déroule votre travail au quotidien ?
Mon travail est très particulier. En réalité, toute personne qui œuvre pour la police scientifique occupe une fonction dans un domaine très précis. Je suis spécialisé dans la détection des traces de sang. Le plus souvent, j'interviens sur des scènes de crime. Ma mission consiste à établir ce que l'on appelle le génotype d'un individu. Pour cela, j'utilise un luminol qui permet de détecter à l'œil nu des traces infimes, même minutieusement lavées. Ces taches sont en réalité de précieux indices et mon outil de travail de prédilection. Elles donnent beaucoup d'informations. Elles fournissent des renseignements sur la vitesse, l'angle, la direction d'un impact de balle ou l'utilisation de telle ou telle arme. Cette technique que je développe et fais évoluer chaque jour, permet d'établir le degré de violence d'un crime et peut appuyer un témoignage ou avérer des faits. Dans mon service, nous identifions les groupes sanguins, indexons et analysons les pistes pour vérifier la position et les gestes des personnes incriminées lors d'un meurtre par exemple. Nous confrontons ensuite les analyses aux descriptions enregistrées lors de mains courantes, de manière à confondre ou relaxer certains suspects. Évidemment, à ce niveau-là, nous intervenons sur des enquêtes très complexes. Nous n'en sommes pas encore à utiliser ce procédé pour des vols à l'étalage !
Gageons que bon nombre de lecteurs trépignent à l'idée de rejoindre vos rangs, comment se déroulent les concours ?
C'est de la vieille histoire en ce qui me concerne et tout a bien changé depuis que je les ai passés. D'après nos nombreux stagiaires en formation, le combat est rude ! Partout vous lirez qu'il faut le niveau du Brevet des collèges pour tenter les concours ASPTS(1). Il faut savoir que la réalité est tout autre. Nous formons aujourd'hui des Bac + 5 au métier d'adjoint. Avec ce niveau d'études, les candidats sont censés postuler aux examens d'ingénieurs… Toutefois, ce n'est pas le diplôme mais l'aptitude qui compte. Le recrutement dans les trois corps peut se faire via concours interne ou externe. Pour devenir technicien ou ingénieur de PTS(2), un candidat commence généralement par passer le concours d'ASPTS. Les concours sont alors plus abordables, car il y a moins de concurrence et même si ce n'est pas officiel. Le jury privilégiera toujours le terrain et l'ancienneté, ce qui me semble parfaitement justifié.
Il existe des épreuves de pré-admissibilité qui portent sur un test psychotechnique. Ensuite, pour l'admissibilité les candidats passent un QCM. Puis arrive enfin l'épreuve orale, où le candidat est face à un jury qui l'interroge sur sa vision du métier. Il faut y répondre sans trop réfléchir, être spontané, et ne pas mentir. De toute façon, il s'agit d'une profession où l'on ne peut pas tricher.
Êtes-vous en droit de nous livrer une petite anecdote ?
Je peux vous parler d'une vieille affaire, sans trop rentrer dans les détails. À l'époque, plusieurs services enquêtaient sur une quantité très importante de contrefaçon de parfum. Nos confrères s'entêtaient à relever une empreinte digitale d'un suspect, en vain. Nous avons finalement retrouvé, après avoir passé au crible les milliers de boîtes, des microtâches de sang qui nous ont permis d'identifier et de confondre la personne inculpée. Par la suite, nous avons appris que le prévenu s'était afféré à ne laisser aucune trace de doigt, sans se soucier de s'être coupé avec l'emballage de l'un de ses produits. Il ne savait pas que l'on pouvait être retrouvé avec son sang… Preuve que le crime parfait n'existe pas, tant qu'il existera des policiers patients !
En savoir plus :
  • Fiche métier « technicien(ne) de police technique et scientifique » sur Onisep.fr
  • Tout sur les différents métiers et concours de la police scientifique — www.emploi-scientifique.info
Dossier réalisé par la MAIF, avril 2012.
(1)Agent Spécialisé de Police Technique et Scientifique.
(2)Police Technique et Scientifique.
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