Déclin ou rebond de la France au xxe siècle ?

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L'essentiel

En 1900, c'est la Belle Époque en France. Le pays rayonne sur tous les plans, politique, économique et culturel, et prépare sa revanche contre l'Allemagne. La Grande Guerre est une terrible épreuve qu'il traverse tant bien que mal et qui le laisse exsangue. La reconquête de l'Alsace-Lorraine l'a ruiné. Les efforts de reconstruction entrepris dans les années 1920 sont anéantis par les effets de la crise de 1929. Dans ce contexte de difficultés économiques, la menace fasciste (manifestation du 6 février 1934) favorise le rassemblement des forces de gauche au sein d'un Front populaire qui gagne les élections de mai 1936. Les réformes sociales que celui-ci met en place marquent la mémoire des Français, mais la Seconde Guerre mondiale balaie la République. Sous l'autorité du maréchal Pétain, le régime de Vichy collabore avec l'Allemagne et tente un retour à l'ordre moral. La Résistance permet à la France d'être déclarée vainqueur auprès des Alliés. Affaiblie, la France se redresse pourtant à la faveur des Trente Glorieuses. Elle perd son empire colonial mais se modernise. La crise de 1973 freine la prospérité retrouvée. L'expérience socialiste mise en œuvre par François Mitterrand puis les gouvernements de cohabitation maintiennent le pays au niveau de puissance moyenne, mais laissent l'opinion perplexe.
Chronologie indicative
  • 1905 : Loi de séparation de l'Église et de l'État.
  • 1914-1918 : Grande Guerre.
  • 1934 : Crise du 6 février.
  • 1936 : Gouvernement Léon Blum de Front populaire.
  • 1939-1940 : Drôle de guerre (défaite de la France).
  • 1940-1944 : Régime de Vichy (maréchal Pétain).
  • 1946 : Mise en place de la IVe République.
  • 1958 : Mise en place de la Ve République.
  • 1960 : La France devient une puissance nucléaire.
  • 1962 : Fin de la guerre d'Algérie.
  • 1968 : Crise de mai.
  • 1969 : Démission du général de Gaulle. George Pompidou est élu président.
  • 1981 : François Mitterrand élu président de la République.
  • 1986 : Première cohabitation (Mitterrand/ Chirac).

La fiche

En 1900, la France connaît la Belle Époque. Elle rayonne sur le monde. Mais les bouleversements provoqués par les deux guerres mondiales la laissent exsangue. Par quels moyens la France a-t-elle pu rebondir pour se hisser à nouveau au rang de grande puissance ?
1900-1925, la revanche illusoire
Le rayonnement de la France à l'aube du xxe siècle augure bien de la revanche attendue sur l'Allemagne. Mais la victoire de 1918 ne lui profite pas.
La Belle Époque
• Le début du siècle n'est pas facile pour tous les Français. La condition ouvrière reste très dure et les mouvements sociaux de 1906-1910 sont sévèrement réprimés. La réussite nationale entretient pourtant le souvenir d'une « belle époque ». L'empire est à son apogée, la culture française rayonne, la science est féconde : Pierre et Marie Curie reçoivent le prix Nobel de chimie en 1903. Devenue laïque par la loi de séparation de l'Église et de l'État (1905), la République n'est plus contestée.
• Sur le plan international, la France fait face aux provocations allemandes au Maroc (les Allemands, qui rêvent d'annexer des territoires dans la région, encouragent les révoltes berbères contre le sultan Moulay Hafiz que la France soutient). Après avoir fait voter l'allongement du service militaire à trois ans (1913), elle s'apprête à prendre sa « revanche » sur l'Allemagne.
La victoire militaire
• La guerre éclate en août 1914. La France espérait un conflit court. Celui-ci se mondialise et dure cinq ans. Tous les courants politiques se rallient à la guerre : c'est l'Union sacrée. Les régions du Nord subissent l'invasion ou se transforment en champ de bataille. Pour financer l'effort de guerre, l'État recourt à l'emprunt. La guerre totale mobilise tout le pays.
• En 1917, l'épuisement de la population provoque une grave crise morale : des grèves éclatent à l'arrière, des mutineries ont lieu sur le front, un mouvement pacifiste émerge. La reprise en main des armées par le général Pétain et la détermination des partisans de la guerre à outrance (Clemenceau) parviennent toutefois à maintenir la cohésion nationale. Avec le soutien de ses alliés, la France gagne la guerre et récupère l'Alsace et la Lorraine.
La France meurtrie
• Le bilan de la guerre est toutefois désastreux. Sur le plan humain, pertes militaires et déficit des naissances provoquent un vieillissement prématuré de la population. Les régions les plus riches sont dévastées : 3 millions d'hectares de bonnes terres agricoles sont inutilisables, les mines du Nord sont sabotées. Pays créancier en 1914, la France se retrouve lourdement endettée. Le franc est affaibli. Le pays compte sur le paiement des réparations pour se redresser, mais les Allemands peinent à les payer. La victoire de 1918 est amère.
1925-1950, la lutte contre les fascismes
Le redressement des années 1920 est anéanti par la crise de 1929. De nouvelles menaces apparaissent, qui divisent les Français et les plongent dans de nouveaux conflits destructeurs.
La République face aux totalitarismes
• L'entre-deux-guerres est marqué par l'émergence de deux totalitarismes (le fascisme en Italie et le stalinisme en Russie). Ils séduisent certains Français (naissance du Parti communiste français lors du Congrès de Tours en 1920, par exemple) qui mettent en cause le régime républicain. La crise de 1929 accentue les tentations totalitaires (apparition des ligues fascistes). L'affaire Stavisky (un scandale financier) cristallise l'exaspération populaire. Le 6 février 1934, une manifestation instrumentalisée par les ligues dégénère en émeute (15 morts, 1 500 blessés). À peine constitué, le gouvernement Daladier est contraint à la démission.
Le Front antifasciste des années 1930
• Craignant un complot fasciste, les partis de gauche (parti radical, SFIO et PCF) forment un Front populaire. Cette alliance leur permet de gagner les élections de mai 1936. Le gouvernement de Léon Blum fait d'importantes réformes sociales et économiques : congés payés, établissement des conventions collectives, semaine de 40 heures, nationalisation des usines d'armement, révision du statut de la Banque de France, etc. Mais l'échec de sa politique économique et le redressement de la droite poussent Blum à la démission (1937). La menace d'une nouvelle guerre contre l'Allemagne occupe alors toute l'attention du gouvernement Daladier qui tente d'en retarder l'échéance (accords de Munich) et d'y préparer le pays.
Collaboration fasciste et Résistance : les années noires
• En six semaines (mai-juin 1940), l'armée française est balayée par sa rivale. Le 22 juin 1940, les Français signent l'armistice. Le maréchal Pétain instaure un régime qui lui permet de concentrer entre ses mains tous les pouvoirs politiques : c'est le régime de Vichy. Celui-ci entreprend une « révolution nationale » dans l'esprit d'une nouvelle devise : « Travail, Famille, Patrie ». L'idéologie défendue s'apparente au modèle fasciste italien. Dès octobre 1940, l'État français développe une politique de collaboration avec l'Allemagne.
• De nombreux Français refusent la défaite et le régime. Ils s'engagent dans la Résistance. Le général de Gaulle parvient à incarner cette « France combattante » qui participe à la victoire des Alliés et range le pays dans le camp des vainqueurs.
Les nouveaux enjeux
• La France sort grandie de ce nouveau conflit par son statut d'État vainqueur qui lui vaut un siège de membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU.
• Mais elle est divisée (l'épuration en témoigne durement) et ruinée. Il faut reconstruire le pays et ses institutions alors qu'une nouvelle puissance se dresse à l'Est : l'URSS. Faut-il s'entendre avec elle ou lui résister dans le cadre de la guerre froide et de la construction d'une communauté d'États européens ?
1950-1999, reconstruction d'une moyenne puissance
Après cinq années de réorganisation économique et de réformes institutionnelles (rétablissement de la république, droit de vote accordé aux femmes et nationalisations) ou sociales (création de la Sécurité sociale), la France entreprend de se redresser.
Reconstruire et décoloniser (1950-1962)
• S'appuyant sur les secteurs nationalisés et une planification incitative mise en œuvre par Jean Monnet, les gouvernements de la IVe République reconstruisent le pays. L'aide américaine (plan Marshall) participe de ce redressement. Le traité de Paris (1951) crée la Communauté économique du charbon et de l'acier (CECA) pour mieux coordonner les efforts des six pays membres de cette association qu'élargit le traité de Rome de 1957 (naissance de la CEE).
• À la fin des années 1950, la France entre ainsi dans une période de prospérité accompagnée par un baby-boom. Mais elle doit faire face aux revendications de ses colonies et s'enlise dans des guerres (guerre d'Indochine de 1946 à 1954 ; guerre d'Algérie de 1954 à 1962) qu'elle perd. Le démantèlement de l'empire marque la fin d'une époque fastueuse.
La modernisation sociale-démocrate (1962-1975)
• Les Trente Glorieuses, années de croissance et de développement, permettent à la France de se moderniser. Puissance nucléaire à partir de 1960, elle se dote d'institutions (Ve République fondée en 1958) et d'une monnaie (le nouveau franc en 1960) plus stables. Dans le cadre d'une politique budgétaire rigoureuse, elle développe son industrie (le monde rural recule), s'illustre dans certaines technologies nouvelles (l'aéronautique, par exemple, avec le Concorde). Elle se tertiarise, la classe moyenne s'étend et la société s'enrichit, ce qui permet de mener une politique de redistribution des revenus (mise en place d'allocations).
• Des poches de pauvreté subsistent pourtant, la croissance oublie les plus déshérités. La période est également marquée par la crise de mai 1968. L'ordre social est vivement contesté.
La gestion de la crise et de la mondialisation (1975-1999)
• La crise économique des années 1970 remet en cause le redressement de la France et affaiblit la majorité politique de droite. Le 10 mai 1981, François Mitterrand fait gagner la gauche socialiste. Les réformes auxquelles il préside (nationalisations, retraite à 60 ans, 39 heures hebdomadaires de travail) ne parviennent pas à enrayer les difficultés économiques. Dès 1986, la droite redevient majoritaire et doit cohabiter au gouvernement avec le président.
• L'impuissance de la classe politique à résoudre le problème du chômage et la précarisation d'une partie de la population entretiennent les alternances et le doute d'un électorat qui se réfugie dans l'abstention ou le vote des extrêmes. La France semble « en panne ». Elle est pourtant l'une des cinq puissances économiques et politiques mondiales.
Entre 1900 et 2000, la France a perdu la place internationale qu'elle occupait à l'aube du xxe siècle. Mais, après les désastres des deux guerres mondiales, elle a su rassembler les ressources nécessaires pour rester une puissance, certes moyenne, mais capable de se faire entendre sur le plan international.

Zoom sur…

Les limites de l'Union sacrée
L'Union sacrée est le rassemblement de toutes les forces politiques nationales derrière le gouvernement pour mener le pays à la victoire. Pour autant, les Français ne sont pas tous partis à la guerre « la fleur au fusil » ainsi que le laissent penser les images véhiculées par la propagande de l'époque. S'ils ont répondu à la mobilisation générale, les Français n'y ont souvent consenti qu'à contrecœur, surtout dans les milieux ruraux. Comment ont-ils tenu si longtemps ? L'argument du « consentement patriotique » défendu par les historiens de l'Historial de la Grande Guerre (Péronne), selon lequel le nationalisme et la volonté de gagner la guerre expliquent principalement cette acceptation, est repoussé par l'école de « la contrainte » qui avance plutôt la peur du gendarme ou des conseils de guerre. « Le consentement à la guerre est incontestable […] mais le rattacher à une "ferveur" de croisade est faire une erreur » écrit Antoine Prost, faisant valoir par ailleurs qu'il est vain de vouloir trancher entre contrainte ou consentement, d'autres explications entrant en ligne de compte.
À ce sujet, lire :
  • A. Prost, « La Guerre de 1914 n'est pas perdue », Le Mouvement social, n°199, 2002 ;
  • S. Audouin-Rouzeau et A. Becker, 14-18, Retrouver la guerre, Gallimard, 2000 ;
  • R. Cazals et F. Rousseau, 14-18, Le Cri d'une génération, Privat, 2003.

Pour aller plus loin

À voir
  • La Grande Illusion, Jean Renoir, 1937.
  • Lacombe Lucien, Louis Malle, 1974.
  • La Chambre des officiers, François Dupeyron, 2001 (film adapté du livre de M. Dugain).
À visiter
  • Historial de la Grande Guerre à Péronne.
  • Mémorial de Caen.
Repères bibliographiques
  • M. Bernard, La Grande Mutation. La France de mai 1958 à mai 1981, Livre de Poche, 2003.
  • S. Berstein, Léon Blum, éd. Fayard, 2006.
  • P. Moreau-Defarges, La France dans le monde au xxe siècle, Hachette, coll. « Les Fondamentaux », 1994.
  • H. Rousso, Le Syndrome de Vichy de 1944 à nos jours, Point Seuil, 2000.
  • Jean-François Sirinelli, La France de 1914 à nos jours, PUF, coll. « Quadrige », 2004.
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