Inégalités et développement en Afrique

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Les chiffres clés

Les indicateurs de développement en 2004
Population : Nigeria, 174 millions d'habitants ; Sierra Leone, 5,5 millions ; Éthiopie, 91 millions ; Afrique du Sud, 49 millions.
Pourcentage des moins de 15 ans : Nigeria, 44 % ; Sierra Leone, 42 % ; Éthiopie, 44 % ; Afrique du Sud, 28 %.
Population urbaine (en 2012) : Nigeria, 40 % ; Sierra Leone, 40 % ; Éthiopie, 17 % ; Afrique du Sud, 62 %.
Espérance de vie à la naissance : Nigeria, 52 ans ; Sierra Leone, 57 ans ; Éthiopie, 60 ans ; Afrique du Sud, 50 ans.
IDH (en 2012) : Nigeria, 153e rang ; Sierra Leone, 177e rang ; Éthiopie, 173e rang ; Afrique du Sud, 121e rang.
PNB/habitant en PPA (en 2012) : Nigeria, 2 800 dollars ; Sierra Leone, 1 400dollars ; Éthiopie, 1 200 ; Afrique du Sud, 11 600.

La fiche

L'Afrique est un gigantesque continent de plus de 30 millions km2, riche d'une extraordinaire variété de milieux naturels, de ressources minérales et énergétiques, mais aussi de cultures diverses. On trouve aussi dans ce continent les pays les plus pauvres du monde (le PIB par habitant du Mozambique est, par exemple, 400 fois plus faible que celui de la Suisse). L'Afrique est aujourd'hui le continent qui connaît la plus forte croissance démographique. Peuplé de plus de 900 millions d'habitants, le continent noir risque d'en avoir 1,2 milliard à nourrir d'ici à 2025. Cette situation est d'autant plus préoccupante que ce poids croissant de la population s'accompagne d'une intense mobilité, notamment vers les villes. L'espace africain semble accumuler les handicaps : les conditions naturelles sont souvent défavorables, le découpage territorial artificiel y encourage les conflits, les conséquences de la croissance démographique en modifient les données. L'Afrique est actuellement le continent le plus touché par le sous-développement.
Atouts et contraintes de l'espace africain
Les conditions naturelles
L'Afrique est, dans la plus grande partie de son territoire, marquée par un climat tropical, caractérisé par la chaleur et l'alternance d'une saison sèche est d'une saison de pluies (de plus en plus courte au fur et à mesure que l'on se rapproche des tropiques). Les contrastes climatiques sont plus forts entre le jour et la nuit qu'au fil de l'année. L'Afrique n'en offre pas moins des climats tempérés, avec les paysages méditerranéens de l'Afrique du Nord et de l'Afrique du Sud, et des climats montagnards, avec la partie de l'Afrique orientale qui s'identifie avec l'Afrique des haute terres, qui ne connaît ni paludisme ni trypanosomiase. L'Afrique possède donc toutes les nuances des climats chauds et de leur végétation, depuis la forêt dense et toujours verte du climat équatorial, jusqu'au désert, en passant par la savane tropicale et la végétation méditerranéenne.
Malgré ces diversités, les conditions naturelles sont en fait peu favorables : importance des déserts, lessivage et érosion des sols, formation de croûtes non fertiles. La disponibilité en eau détermine les implantations humaines et les activités. Là où l'eau manque, les activités pastorales dominent : quand la savane s'éclaircit pour devenir steppe, les cultivateurs laissent la place aux peuples nomades. C'est dans le Sahel (mot signifiant « rivage »), au contact du désert et de la savane, que se situent les villes anciennes, où se faisaient les échanges entre « le pays des Noirs » (Soudan) et les caravaniers arabes, venus du nord du Sahara. Là où l'eau est abondante, sur les rivages du golfe de Guinée et en Afrique centrale, le continent s'identifie aux forêts denses, parfois largement défrichées comme en Côte d'Ivoire. Mais l'Afrique est aussi le continent où se trouve le plus grand désert du monde : le Sahara. En outre, 40 % de la superficie du continent se caractérise par le manque ou par l'absence d'eau. La géologie du continent favorise toutefois la richesse minière (pétrole, minerais divers, diamants…)
Le poids des héritages
La colonisation est en grande partie responsable de l'émiettement politique en 53 États (dont 47 sur le continent), dont les frontières ne respectent pas les limites ethniques, culturelles ou religieuses. Elle est aussi responsable du tracé des réseaux de communication, orientés vers l'extérieur du continent. La colonisation est responsable enfin de l'orientation générale des économies vers l'exportation de produits bruts. L'accession à l'indépendance n'a que partiellement modifié ces données. L'État africain est une création coloniale.
À partir de la fin du XIXe siècle, ce sont les métropoles qui imposent de nouvelles formes d'organisation politique aux territoires qu'ils ont conquis. Seules étaient maintenues celles des autorités anciennes qui acceptent de se soumettre et de collaborer avec l'occupant. La métropole impose ses administrateurs qui quadrillent l'espace, appliquent un droit venu de l'extérieur.
Au moment de l'indépendance, les nouveaux États prennent la succession des États coloniaux. Cela ne consiste nullement à restaurer les anciennes autorités précoloniales, mais à transférer aux élites les pouvoirs dévolus aux gouverneurs et aux administrateurs coloniaux. Si le travail forcé a été aboli en 1946, les populations africaines doivent toujours se soumettre. Toute velleité de protestation est soigneusement étouffée.
Aujourd'hui, rares sont les pays où la démocratisation et le multipartisme, imposés par l'extérieur au nom de la « bonne gouvernance » et d'une nouvelle diplomatie des droits de l'homme, permettent de voir émerger des gouvernements représentatifs et capables de redresser des économies démantelées de l'intérieur. La libéralisation politique brutale entraîne par ailleurs le développement des mécontentements et des frustrations qui agitent une population pauvre et sans perspectives.
La démographie africaine
Une croissance démographique forte qui se ralentit
Aujourd'hui, l'Afrique est le dernier continent à n'avoir pas achevé sa transition démographique. Les progrès sanitaires et les vaccinations ont fait largement baisser le taux moyen de mortalité, alors que les indices de fécondité demeurent parmi les plus élevés du monde : ils dépassent couramment 5 à 7 enfants par femme au Mali ou au Niger. Dans ces conditions, la population africaine est particulièrement jeune (plus de la moitié des Africains ont moins de vingt ans – moins de quinze ans en Ouganda).
La forte proportion de jeunes est certes un atout dans la pyramide démographique d'un pays par le dynamisme qu'elle apporte (contrairement aux processus de vieillissement des nations développées). Toutefois, le rapport inactifs - actifs est en Afrique particulièrement défavorable. Il s'est ainsi produit un décrochage entre emploi et croissance démographique. Aujourd'hui, les villes ne parviennent pas à absorber la main-d'œuvre qui arrive chaque année sur un marché du travail  – déjà saturé et en crise.
Par ailleurs, le taux de croissance moyenne de l'Afrique est le plus élevé du monde (2,81 % par an). Entre 1950 et 2005, la population africaine a été multipliée par 4,5. Cette pression démographique a poussé au déboisement et au développement excessif des pâturages. Il en est résulté un assèchement et une désertification progressive d'une grande partie du Sahel. Avec 900 millions d'habitants, l'Afrique est le 2e continent par sa population. Celle-ci vit de plus en plus en ville et exprime des demandes nombreuses et légitimes, en termes de paix, de sécurité, d'accès à un revenu décent, à la santé et à l'éducation de ses enfants. Le premier défi à relever pour les nations africaines est dans celui du développement humain. C'est à la fois un défi sanitaire, éducatif et économique qui doit prendre appui sur une diversification des activités.
Faim et pandémies
Depuis trente ans, la faim a diminué partout, sauf en Afrique. La ration alimentaire moyenne d'un Africain est de 2100 calories par jour et par personne ; c'est-à-dire qu'elle est inférieure aux besoins journaliers d'un individu, chiffrés à 2200 calories par jour. Actuellement, 1 Africain sur 3 est chroniquement sous-alimenté. Mais la faim et la malnutrition ne touchent pas tout le monde de la même manière : les enfants de moins cinq ans, les femmes enceintes et les personnes âgées sont particulièrement vulnérables. Ces carences alimentaires peuvent être liées à des événements dramatiques comme les catastrophes naturelles (sécheresse ayant provoqué une famine en Éthiopie en 2003) ou drames humains liés aux guerres civiles. La mortalité infantile (30 % au Niger contre 0,7 % en Allemagne) est considérable. Les maladies endémiques (choléra, maladies parasitaires, lèpre ou sida) font des ravages. Les 2/3 des adultes et 80 % des enfants atteints du sida vivent en Afrique. Il en résulte que l'espérance de vie moyenne des Africains et de 51 ans, alors qu'elle dépasse souvent 78 à 80 ans pour les pays développés.
Pauvreté et urbanisation
L'Afrique, continent maudit ?
Les performances de l'Afrique sont les plus faibles du monde. Le continent représentait 1/40e du commerce mondial en 1970, mais sa part a été réduite aujourd'hui à 1/100e. Bien qu'extrêmement riche en minerais divers, l'Afrique n'alimente guère qu'un vingtième de la production mondiale de métaux. Le développement est un processus qui, grâce à la croissance économique, permet de satisfaire durablement les besoins et les aspirations de sa population. On le mesure avec différents indices dont l'IDH. Sur les 25 pays ayant l'indice de développement humain (IDH) le plus faible, 23 sont Africains. L'Afrique sahélienne et subsaharienne est particulièrement touchée par la pauvreté. D'après la Banque mondiale, près de la moitié de la population africaine vit en-dessous du seuil de pauvreté. Cette situation ne cesse de s'aggraver; on comptait 185 millions de pauvres en 1985, il sont près de 450 millions aujourd'hui. Pourtant, des facteurs de changement se dessinent en Afrique. Tout d'abord, les grandes puissances, dont les États-Unis, ont pris conscience qu'abandonner l'Afrique à son sort n'est plus acceptable. Grâce à l'aide internationale, la situation peut toujours être inversée. Chaque fois qu'un État décide de s'attaquer à un problème, qu'il s'agisse de la pandémie du sida en Ouganda, de la question alimentaire au Sénégal ou de l'accès à l'eau comme au Sahel, les progrès enregistrés sont encourageants.
Le développement urbain
En Afrique, l'explosion urbaine et le développement des mégapoles ont été beaucoup plus tardifs que dans le reste des pays en développement. La population urbaine y est encore minoritaire avec environ 40 % de la population totale. Mais ce phénomène s'amplifie rapidement : le nombre total de citadins a été multiplié par 5 en trente ans et devrait représenter la moitié de la population de l'Afrique vers 2010.
Naturellement, la progression des villes s'est accompagnée d'une spéculation foncière débridée, ainsi que de la création d'un important habitat sous-intégré. Les quartiers des bidonvilles, où vivent près de 40 % des habitants, s'imbriquent dans les quartiers résidentiels et les quartiers d'affaires. Ces bidonvilles sont constitués de constructions fragiles, souvent illicites. Les réseaux d'eau potable sont rares et les conditions sanitaires très défaillantes. Par ailleurs, le chômage urbain explose. Il était de 10 % en 1975, de 18 % en 1990 et frôle les 35 % en 2005.
Mais, parallèlement, la ville s'impose comme un facteur de développement fondamental. Elle constitue un marché dont l'importance polarise et stimule les flux commerciaux et les activités agricoles et industrielles. Surtout, la ville suscite un secteur informel de l'économie, à partir de petits métiers, qui, bien que n'apparaissant pas dans les statistiques, permet de faire vivre une part importante de la population.
En revanche, la ville détruit progressivement les réseaux familiaux d'assistance, traditionnels en Afrique. Il est en effet difficile d'accueillir le grand-père ou la grand-mère malade dans un logement de trois pièces d'Abidjan déjà étroit pour une famille de cinq ou six enfants.

Zoom sur…

Abidjan, une grande ville africaine
• Ville principale de la Côte d'Ivoire, dont elle fut la capitale jusqu'au 21 mars 1983, (aujourd'hui Yamoussoukro), Abidjan n'était qu'un simple village de pêcheurs au début du XXe siècle et ne comptait encore que 22 000 habitants en 1939. Sa croissance s'est accélérée après 1950 en raison d'une série de circonstances favorables : la ville est devenue le débouché d'un vaste arrière-pays grâce à la voie ferrée du Mossi, qui la relie à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso ; le percement du canal de Vridi en 1950 a permis l'établissement d'un excellent port en lagune, Port-Bouët. La population, passée à 128 000 habitants en 1955, dépasse 4 millions aujourd'hui (agglomération) ; elle continue d'augmenter à la fois grâce à un fort excédent naturel en milieu citadin et à une constante immigration venues des campagnes. La ville compte une importante colonie européenne, et la majorité des citadins sont nés hors de la Côte d'Ivoire.
• Abidjan s'est développée dans le site assez incommode de la lagune Ébrié. Entre les deux baies du Banco et de Cocody est né le quartier moderne du Plateau. Il est le centre d'affaires, le siège de la fonction administrative, du grand commerce et des services, la résidence de la population à haut niveau de vie – qui s'est également installée à Deux-Plateaux, Marcory et Cocody. C'est la zone des grands buildings et des villas luxueuses. Les quartiers «africains», faits surtout de petites maisons bâties sur des concessions que délimitent des rues à angle droit, se sont étendus au Nord (Adjamé) et dans l'île de Petit-Bassam (Treichville), qui abrite également la plupart des industries. De nouvelles zones d'habitat populaire, quartiers-dortoirs parfois très pauvres, ont grandi à la périphérie de l'agglomération, ainsi que sur la flèche de sable en bordure de l'océan (Port-Bouët, Petit-Bassam, Koumassi, Yopougon, Abobo). La dispersion due au cadre physique rend difficiles et coûteuses les liaisons intra-urbaines, que ponts et autoroutes s'efforcent d'assurer au mieux.
• Outre son rôle administratif majeur (la ville demeure également le siège des ambassades), Abidjan est le plus grand centre industriel de la Côte-d'Ivoire. On y transforme les produits alimentaires locaux (cacao, café, huile de palme) ou importés (brasseries, minoteries), raffine le pétrole, travaille le caoutchouc (tiré de la culture de l'hévéa), les matières plastiques ou encore les produits chimiques. Les industries du bâtiment (ciment, construction, peinture), ainsi que les industries mécaniques et électriques (meubles, charpentes, montage de véhicules…) sont actives. Des installations modernes ont permis au port d'atteindre un trafic important, dans lequel le bois et les produits agricoles (cacao et dérivés, cafés et extraits, coton, fruits frais – ananas, bananes) ont pris une place de choix. L'aéroport international de Port-Bouët permet la multiplication des réunions et des congrès. Enfin, Abidjan possède une université (à Cocody), un musée de l'art traditionnel ivoirien, une bibliothèque nationale et divers centres de recherche scientifique (en particulier en agronomie).

Repères bibliographiques

Repères bibliographiques
S. Brunel, L'Afrique, un continent en réserve de développement, Bréal, 2004.
A.-M. Frérot, L'Afrique en question, Ellipses, 2004.
R. Pourtier, Afriques noires, Hachette, 2004.
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