L'Afrique dans la mondialisation

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Les définitions clés

Apartheid : (littéralement « ségrégation »), politique de développement séparé des ethnies, pratiquée en Afrique du Sud jusqu'en 1994.
APD : Aide publique au développement. Financements en provenance des États riches et destinés à favoriser le développement des pays pauvres (notamment africains) dans le cadre d'une assistance alimentaire, sanitaire ou éducative.
FMI : Fonds monétaire international. Institution centrale du Système monétaire international, créée en 1944, dont la fonction est d'accorder des prêts aux États qui en ont besoin.
Moratoire de la dette : suspension des paiements liés au remboursement par les pays pauvres des dettes contractées auprès des pays riches ou des organisations monétaires internationales.

La fiche

L'Afrique rassemble l'essentiel des pays pauvres de la planète. Son poids économique et politique est faible. Les famines, les conflits et les épidémies sont préoccupants. Le continent africain apparaît en outre comme une périphérie quelque peu délaissée, à l'écart des grands courants commerciaux. Pourtant, l'Afrique fait preuve d'une grande capacité à survivre. Alors que les villes concentrent les activités et une part de plus en plus importante de la population, les campagnes sont en mutation profonde. La mondialisation de l'économie a tendance à concentrer les activités dans les trois grands pôles mondiaux de la planète (la Triade). Pourtant, l'Afrique participe également à l'économie-monde. Son réseau de communications et d'échanges la relie à un faisceau mobile et dynamique de flux humains, de marchandises et de services, contrastant singulièrement avec une vision trop pessimiste d'un continent complètement déclassé et marginalisé.
Des économies dépendantes
Des déséquilibres structurels
• Avec seulement 1 à 2 % du commerce mondial, l'Afrique vit en marge des grands courants d'échanges. L'essentiel de ses exportations est composé de quelques produits bruts, agricoles ou miniers, à destination des pays du Nord. La Côte d'Ivoire, par exemple, fournit du cacao et du café ; la Mauritanie, du minerai de fer ; le Nigéria, le Gabon ou l'Algérie, du pétrole et du gaz naturel. Si la concurrence est vive avec d'autres parties du monde, en particulier en Asie, la demande est aujourd'hui suffisamment forte pour soutenir les économies toujours plus avides de biens de consommation et de biens d'équipement.
• Pourtant, les profits engendrés par ces exportations n'augmentent que lentement : les prix sont fixés par les pays du Nord et les exploitations sont souvent aux mains de sociétés étrangères, qui rapatrient leurs bénéfices au lieu de les investir dans le tissu économique local. Les circuits de distribution sont également aux mains de grandes multinationales. Par ailleurs, l'Afrique importe des produits manufacturés destinés à équiper ses industries naissantes ou à satisfaire la demande croissante des sociétés africaines. La balance commerciale de la plupart des pays africains est donc très nettement déficitaire.
Une diversification difficile
• Le développement africain passe par une exploitation plus rationnelle des ressources et une industrialisation fondée sur les capitaux étrangers. Mais les investissements internationaux touchent encore très peu le continent (2 % des IDE). En effet, l'insécurité et l'instabilité politique rendent les investissements difficiles. Ceux-ci se concentrent prioritairement dans une dizaine de pays, en particulier au Maghreb et en Afrique du Sud.
• Certains pays tentent cependant de développer un secteur industriel lié à la transformation de produits bruts (agroalimentaire en Côte d'Ivoire, au Cameroun ou en Ouganda) ou en coopération avec les grandes firmes multinationales (automobiles en Côte d'Ivoire, en Afrique du Sud ou au Maroc). L'Algérie, en proie à des difficultés politiques graves, a choisi un développement autocentré, contrôlé par l'État. Le tourisme n'est une source de développement que dans certains pays qui mettent l'accent sur les espaces balnéaires (Tunisie, Maroc, Sénégal, Maurice, Seychelles) ou sur l'éco-tourisme (Kenya, Zimbabwe, Afrique du Sud).
• Les pays africains tentent bien de regrouper leurs forces. Sur 53 pays, 26 sont membres de communautés économiques régionales. Ils savent qu'ils ne pourront exister sur la scène économique mondiale que s'ils constituent des blocs commerciaux qui leur permettront de pallier leur faiblesse économique et l'insuffisance de leur marché intérieur.
L'endettement et l'impérieuse nécessité de l'aide
L'Afrique écrasée par la dette
• Selon la Banque mondiale, la dette de l'Afrique atteint plus de 400 milliards de dollars, ce qui représente 80 % de la richesse du continent ou encore 280 % des recettes d'exportation. L'Afrique subsaharienne, à elle seule, a reçu, entre 1970 et 2002, 294 milliards de dollars de prêts ; elle en a remboursé 268 au titre des intérêts, mais reste toujours débitrice de 210 milliards de dollars. Elle dépense plus pour le remboursement de sa dette que pour la santé et l'éducation. La dette extérieure du continent a été ainsi multipliée par 30 de 1970 à 1999, alors que le revenu par habitant stagnait.
• Les instances internationales (FMI) ou les États riches du Nord accordent des moratoires ou annulent purement et simplement la dette. En contrepartie, des programmes d'aménagement structurel (réduction du déficit budgétaire, diminution du nombre de fonctionnaires) sont imposés aux États africains. Lancée en 1996, l'initiative dite PPTE (pays pauvres très endettés) permet de soulager le fardeau de l'endettement en annulant une partie des créances publiques d'une quinzaine de pays soigneusement choisis pour leur capacité à appliquer un plan drastique de réformes internes selon des critères de « bonne gouvernance », telle que la conçoivent les pays prêteurs. La France et le Canada notamment annulent purement et simplement certaines de leurs créances.
• En juin 2005, le G7 décide d'effacer 40 milliards de dollars de créances multilatérales auprès des institutions financières internationales, Banque mondiale, FMI, Banque africaine de développement. Sur les 18 pays pauvres bénéficiaires, 14 sont africains. Ces mesures d'annulation de la dette doivent permettre aux pays pauvres de libérer des fonds pouvant être employés à des investissements, en particulier en matière de santé et d'éducation.
L'Afrique et l'aide internationale
• Après avoir chuté à son plus bas niveau historique (0,2 % du PNB des pays de l'OCDE en 2002), l'aide publique au développement renoue avec les niveaux d'avant la guerre froide, et l'Afrique en redevient le premier bénéficiaire. Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) montre en effet qu'en matière de santé maternelle et infantile, d'éducation ou de lutte contre la faim, les « objectifs du millénaire » n'ont aucune chance d'être atteints en Afrique avant 2100 si le niveau actuel de l'APD (Aide publique au développement) se maintient.
• En 2002, à Monterey au Mexique, 189 pays, associés aux institutions financières internationales et à l'OMC, s'engagent à augmenter de manière significative l'aide accordée. Les pays de l'Union européenne souhaitent que l'aide publique au développement soit portée à 0,39 % de leur PNB en 2006, contre 0,33 % en 2002. Les États-Unis, qui sont le pays qui participe le moins à l'aide publique au développement avec 0,1 % de leur PNB (mais ils sont en volume les premiers contributeurs), décident d'augmenter leur participation de 50 % en trois ans.
• Parallèlement à cette aide financière, l'Afrique est la première zone d'intervention de nombreuses Organisations non-gouvernementales (ONG) qui agissent dans le domaine de la santé (Médecins du monde, Médecins sans frontières), de la lutte contre la faim et pour le développement de l'éducation. Le problème majeur de l'aide au développement est de veiller à ce que les fonds ne soient pas détournés. Le contrôle de son utilisation ne doit pas se heurter à la souveraineté des États. Le droit d'ingérence n'est valable que lorsque des peuples sont légitimement reconnus en danger et que l'État censé gouverner le pays est défaillant.
Marginalisation ou intégration ?
L'Afrique, une périphérie délaissée ?
• Le nouvel ordre économique mondial semble s'organiser sans l'Afrique. Malgré des ressources importantes et les potentialités d'une main-d'œuvre abondante, le continent africain reste en marge de l'économie-monde. Les flux financiers le touchent assez peu, l'industrialisation est balbutiante, comme en Afrique du Sud ou au Maroc.
• L'instabilité politique (comme en Côte d'Ivoire) est fréquente. Les guerres civiles se multiplient : pendant la « décennie du chaos » (Sylvie Brunel), entre 1991 et 2001, 35 pays africains sur 53 connaissent des affrontements internes. L'Afrique devient le continent des réfugiés et des déplacés : pendant cette période, 25 millions de personnes sont chassées de leurs foyers et dépendent d'une assistance extérieure pour survivre. L'aide humanitaire prend ainsi le pas sur l'aide au développement, alors que les besoins sont immenses.
• Pourtant, la situation tend à s'améliorer quelque peu. Depuis 2001, l'Angola s'est pacifié en devenant le 2e fournisseur de pétrole des États-Unis derrière le Nigeria. D'autres pays comme le Burundi, le Congo, la Somalie, la Sierra Leone, le Liberia ou le Soudan s'engagent dans des processus de réconciliation, soutenus activement par la communauté internationale. Les troupes de l'ONU pour le maintien de la paix et, désormais, des troupes africaines, s'interposent dans les zones d'affrontement.
• Par ailleurs, les États du Nord se livrent à des actions dites « de repentance » (traite des esclaves, violences coloniales, impérialisme économique) et se mobilisent pour l'Afrique.
Quelle Afrique pour demain ?
• Aucun des maux avancés par les « Afro-pessimistes » n'est irréversible. Le développement de l'Afrique passe par son intégration progressive à l'économie-monde. La jeunesse de la population pourrait être une force si le défi alimentaire était gagné partout. Les villes sont devenues des lieux qui entretiennent l'espoir. Certains pays s'en sortent mieux que d'autres : l'Ouganda et le Botswana conjuguent stabilité politique, inflation maîtrisée et croissance économique. L'Afrique du Sud, sortie de l'apartheid, est vouée à un avenir prometteur. La manne pétrolière immense peut aider à financer le développement.
• Pourtant, l'Afrique ne peut espérer s'engager sur la voie d'un véritable développement que si elle procure un pouvoir d'achat suffisant à ses paysans, qui continuent à constituer l'essentiel de la population active. Les pays africains ne pourront progresser économiquement que s'ils peuvent asseoir leur croissance sur un marché intérieur solide et compter sur leurs propres forces au lieu de miser sans cesse sur des exportations difficiles et fluctuantes, dans un monde où la compétition internationale est féroce. L'Afrique conserve toutes ses chances car sa population nombreuse, jeune et dynamique montre tous les jours sa capacité à surmonter les difficultés. Une coopération internationale forte et des stratégies nationales inspirées par l'intérêt général peuvent conduire en quelques années à un véritable décollage.

Zoom sur…

Le droit d'ingérence humanitaire
La question de l'ingérence humanitaire est apparue avec le développement de l'action humanitaire et des opérations menées par les ONG. On peut définir le principe du devoir d'ingérence humanitaire comme l'invocation, à l'encontre de la légalité des souverainetés nationales, de la légitimité des solidarités humaines. C'est au nom de ce principe que des organisations humanitaires commencèrent à revendiquer le droit de franchir des frontières clandestinement pour rejoindre, par exemple en Érythrée, des peuples que la guerre isolait du monde. C'est au nom de cette exigence morale qu'elles se sont arrogé le droit de dénoncer les gouvernements coupables d'atteintes massives aux principes humanitaires et aux droits de l'homme.
Le droit d'ingérence humanitaire, en théorie, c'est la reconnaissance par la communauté des États de la supériorité de cette légitimité sur la légalité internationale. En pratique, il s'agit d'une illusion politique et d'une fiction juridique. Illusion politique, car l'ingérence – qui implique l'action de s'installer dans un pays contre la volonté de son gouvernement – ne désigne que des situations où l'État est effondré ou a été vaincu (par exemple la Somalie, où nul gouvernement ne pouvait affirmer une quelconque souveraineté). Fiction juridique, car les résolutions 43/131 (en 1988) et 45/100 (en 1990) de l'ONU, dont on dit parfois qu'elles consacrent ce droit, ne font que reconnaître – ce qui est positif – le rôle des ONG, après avoir rappelé dans la majorité de leurs attendus le caractère primordial de la souveraineté nationale et le rôle prioritaire des gouvernements des pays concernés dans l'organisation des secours à leur population. L'ONU, qui s'est construite sur le principe de la non-ingérence, ne pouvait consacrer le principe inverse.
La pression globale des opinions publiques, via les médias, a considérablement élargi, depuis la fin des années 1970, le champ d'intervention humanitaire : jamais dans l'histoire autant d'organismes d'aide n'ont secouru autant de personnes. Loin de refléter l'augmentation des besoins, ce phénomène illustre à la fois l'essor et la reconnaissance internationale du mouvement humanitaire. C'est là que réside la véritable nouveauté.

Repères bibliographiques

  • L'État de l'Afrique, Jeune Afrique/ L'Intelligent, 2005.
  • F. Bart, L'Afrique, continent pluriel, CNEDSEDES, 2003.
  • H. d'Almeida-Topor, L'Afrique au xxe siècle, Armand Colin, 2003.
  • D. Tidiane, L'Afrique et l'Aide, ou comment s'en sortir, L'Harmattan, 2002.
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