L'Égypte, berceau de la civilisation occidentale ?

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L'essentiel

Pendant près de 3 000 ans, l'Égypte développe une civilisation remarquable tant par la maîtrise technologique dont elle fait preuve que par la richesse de sa spiritualité. Si les premiers pharaons font construire d'imposantes pyramides, c'est sous la xviiie dynastie (−1570 à −1320) que la civilisation égyptienne connaît son apogée. Particulièrement riche, leur mythologie développe les notions de résurrection, d'immortalité de l'âme ou de jugement dernier que l'on retrouve dans le judéo-christianisme. Akhenaton imagine même un culte solaire de nature monothéiste. Ces croyances suscitent la construction de tombes et de temples funéraires dans lesquels sont déposées les dépouilles momifiées de l'élite sociale et toutes les richesses dont les hommes pouvaient avoir besoin dans l'au-delà.
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Chronologie indicative© rue des écoles
Chronologie indicative
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La vallée du Nil pendant l'Antiquité égyptienne (1580-1085 av. J.- C.)© rue des écoles
La vallée du Nil pendant l'Antiquité égyptienne (1580-1085 av. J.- C.)

La fiche

« Don du Nil » (selon Hérodote), l'Égypte s'organise autour d'une vallée de 1 000 kilomètres de long pour une dizaine de kilomètres de large. Vers 3 000 av. J.-C., deux royaumes (de Basse et de Haute-Égypte) sont réunis (double couronne ou pschent) sous l'autorité de Narmer. Commence l'histoire d'une civilisation dont les monuments fascinent encore aujourd'hui. Par quels moyens techniques et humains, les pharaons ont-ils réussi à édifier leurs temples ? Leur religion fondée sur la croyance en une autre vie met en scène des légendes et des rites que l'on retrouve sous d'autres formes dans le monde occidental. Peut-on dire de l'Égypte qu'elle en est le berceau ?
3 000 ans d'histoire pharaonique
« Du haut de ces pyramides, quarante siècles vous contemplent », s'extasiait Napoléon Bonaparte lors de sa campagne d'Égypte (1798) ; quarante siècles, soit une durée deux fois plus longue que nos vingt siècles d'ère chrétienne !
Le temps des grandes pyramides (Ancien et Moyen Empires)
• La première dynastie remonte à −2 850. Mais c'est sous la iiie dynastie (−2 650) et jusqu'à la vie (−2 190) que sont construites les pyramides du plateau de Gizeh. Pour Djoser (−2 628 à −2 609 environ), l'architecte Imhotep construit la pyramide à degré de Saqqarah. Sous la ive dynastie (−2 575 à −2 467) sont érigées les grandes pyramides de Kheops (137 mètres de haut), Khephren et Mykérinos, ainsi que le Sphinx. Elles recèlent des chambres funéraires. Leur construction soulève encore de nombreuses questions.
• Sous la ve dynastie, la religion solaire (Amon Rê) devient religion d'État. L'administration se centralise et une écriture hiéroglyphique est mise au point. Après une phase de déclin marquée par de longues guerres, l'Égypte est à nouveau unifiée au cours de la xiie dynastie. Au Moyen Empire (−2 052 à −1 570 environ), de grands temples (Karnak) sont édifiés. Mais l'invasion des Hyksos (vers−1 650) met un terme à cette seconde période.
L'apogée du Nouvel Empire et la xviiie dynastie
• Pendant le Nouvel Empire (−1 570 à −715), l'Égypte, qui s'étend vers l'Euphrate et la Nubie, devient une puissance prépondérante du Proche-Orient. Elle connaît son apogée sous le règne d'Hatshepsout (de −1 503 à −1 483), une femme pharaon qui fit construire le temple de Deir el-Bahari, près de Louqsor. L'empire atteint sa plus grande extension sous son successeur Thoutmosis III. Le règne d'Aménophis III (de −1 413 à −1 377) est un temps de prospérité, mais la révolution religieuse tentée par son successeur (Akhenaton) et la reine Néfertiti plonge l'Égypte dans le trouble. Les pharaons de la xixe dynastie (Séthi Ier, Ramsès II) restaurent un temps l'autorité de l'Empire. Mais c'est un dernier souffle.
Le déclin et l'hellénisation
• Peu à peu, l'Égypte s'affaiblit et subit des invasions ou l'emprise des nouvelles puissances dominantes (éthiopienne, assyrienne puis perse). En 332 av. J.-C., elle est soumise par Alexandre le Grand. Sous la domination des Ptolémées, l'Égypte s'hellénise et, sur le modèle d'Alexandrie, devient un véritable centre scientifique du monde grec. En 30 av. J.-C., la domination romaine commence. Dernier membre de la dynastie ptolémaïque, la reine Cléopâtre VIIe n'est plus que le pâle souvenir de la splendeur égyptienne.
Mythes et croyances fondateurs
Doté d'un panthéon riche en divinités, la religion égyptienne est de type polythéiste. Elle recèle toutefois des traits originaux qui contiennent bien des principes propres au monothéisme judéo-chrétien.
La Genèse selon les Égyptiens
• La mythologie égyptienne des origines est difficile à cerner, car il existe plusieurs récits concurrents. Il en ressort qu'un principe créateur unique, que certains auteurs interprètent comme un premier monothéisme, Rê ou Thot selon les courants locaux, ayant pris conscience de son existence, émergea du Noun (une étendue intemporelle d'eau, métaphore probable du Nil). Dissociant les éléments du monde, il donne naissance à un couple de divinités : Tefnout (déesse de l'humidité) et Shou (dieu de l'atmosphère). Pour certains égyptologues, le Un devient ainsi Trois, émergence d'une trinité qui se retrouve dans le christianisme. De l'union de ce couple primordial (ou en même temps que lui selon d'autres versions) naît la Terre (Geb) et le Ciel (Nout), lesquels engendrent à leur tour des divinités parmi lesquelles Osiris, Isis et Seth.
L'immortalité de l'âme et son jugement
• Dieu civilisateur, Osiris transmet aux hommes l'agriculture et la connaissance. Jaloux, son frère Seth le tue, dépèce son corps et le disperse. Mais Isis recueille les restes de son frère et époux et parvient à le ressusciter des morts. Ensemble, ils conçoivent Horus. Ce mythe annihile la mort et proclame, à travers la figure d'Horus successeur de son père, le renouvellement des générations et la continuité de la civilisation pharaonique. Devenu maître du royaume des morts, Osiris se charge d'accueillir les défunts et de les juger selon les actes de leur vie (c'est la pesée des âmes). Ainsi, le principe du Bien et du Mal, la résurrection des morts, le Jugement dernier du monothéisme judéo-chrétien sont-ils déjà présents.
La révolution manquée d'Akhenaton
• Neuvième pharaon de la xviiie dynastie, Aménophis IV (−1 372 à 1 354 environ), rebaptisé Akhenaton, tente d'imposer le culte du disque solaire Aton. Il préconise la destruction des images des autres divinités. Soutenu par son épouse Néfertiti, ce pharaon hérétique met ainsi en place un véritable monothéisme solaire. Sa révolution ne lui survit pas : refusant le nouveau culte, les prêtres d'Amon restaurent la tradition après sa mort.
Un art monumental et des techniques sophistiquées
L'Égypte se distingue aussi par la splendeur de son art très riche.
Les pyramides et les tombes
• Symboles de puissance et témoignages d'une croyance en l'immortalité, les pyramides sont la manifestation la plus impressionnante du génie des architectes égyptiens. À l'instar des mastabas de Gizeh, du temple d'Abou Simbel et des tombes rupestres de la Vallée des Rois, elles sont autant d'écrins où s'exprime le génie des artistes : sarcophages sculptés, bas-reliefs, sculptures et peintures sont autant de merveilles de finesse et de maîtrise technique. Les tombes (dont celle de Toutankhamon) livrent également des trésors de mobilier, d'objets rituels ou de parures qui témoignent des mêmes qualités. Les Égyptiens maîtrisaient également les techniques de la momification.
Les temples
• Les temples de Karnak, Abydos ou Kom Ombo sont autant de défis à l'entendement. La salle hypostyle du temple d'Amon (Karnak) compte 134 colonnes papyriformes s'élevant à plus de 21 mètres de haut. Taillé en partie dans la montagne, le temple de Deir el-Bahari, construit pour la reine Hatshepsout, est doté de trois terrasses en gradin reliées par des rampes d'accès. Construit par les Ptolémées, le temple de Philae, situé sur une île du lac d'Assouan (où il a été transposé pour être sauvé des eaux), est aussi monumental qu'élégant dans ses proportions. De nombreux autres temples disséminés tout le long du Nil forment un patrimoine architectural aussi varié que possible.
Les sculptures
• Le Sphinx de Gizeh, les obélisques de Karnak taillés d'une seule pièce (celui érigé aujourd'hui sur la place de la Concorde mesure 23 mètres pour 230 tonnes), les statues de pharaons (l'une de Ramsès II pèse 83 tonnes), les colosses de Memnon (deux statues d'Aménophis III à Thèbes, hautes de 18 mètres et pesant plus de 1 300 tonnes chacune), de très nombreuses stèles commémoratives sont un témoignage éclatant de l'habileté des Égyptiens dans la taille et de leur maîtrise des techniques de transport de masses considérables.
Par ses savoir-faire autant que par ses croyances, l'Égypte apparaît dans bien des domaines comme l'inspiratrice des civilisations qui lui ont succédé dans le Bassin méditerranéen.

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La pierre de Rosette
Découverte en 1799 près de Rosette par un officier du génie français, cette pierre présente un décret rédigé en deux langues (grec et égyptien) et sous trois formes d'écriture différentes. En 1822, Jean-François Champollion parvient à trouver la correspondance entre les trois inscriptions et découvre ainsi la clé permettant de traduire les hiéroglyphes égyptiens.
Les pierres coulées de la Grande Pyramide
La méthode de construction des pyramides de Gizeh entretient encore bien des mystères et des débats. Depuis de nombreuses années, le chimiste Joseph Davidovits remet en cause l'idée que les Égyptiens aient taillé des blocs de pierre qu'ils auraient hissés ensuite le long de rampes géantes ceinturant le corps de la pyramide. D'après ce chercheur, ils auraient utilisé le calcaire de carrières proches du site. Mêlé à de l'eau et à d'autres ingrédients, ils en auraient tiré une boue qu'ils auraient coulée ensuite dans des moules comme on coule du béton. Longtemps contestée, cette thèse est relancée aujourd'hui par les travaux des professeurs Gilles Hug, de l'Office national d'études et de recherches aérospatiales (ONERA), Michel Barsoum, de l'université de Drexel (Philadelphie, États-Unis), et du physicien Guy Dumortier, des facultés universitaires Notre-Dame-de-la-Paix (Namur, Belgique).
Sur ce sujet, lire le dossier du magazine Sciences et Vie de décembre 2006.

Pour aller plus loin

À visiter
  • Les salles égyptiennes du musée du Louvre, Paris.
Repères bibliographiques
  • Christiane Desroches-Noblecourt, La Reine mystérieuse Hatshepsout, Pygmalion, 2002 ;
  • Françoise Dunand et Christiane Zivie-Coche, Dieux et hommes en Égypte −3 000 av. J.-C./ 395 apr. J.-C., Armand Colin, 2001 ;
  • Claire Lalouette, Histoire de la civilisation pharaonique, Flammarion, 3 vol., réédité en 1995 ;
  • Robert-Jacques Thibaud, Dictionnaire de mythologie et de symbolique égyptienne, Dervy, 1996.
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