L'Europe méditerranéenne : l'Italie et l'Espagne

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Les chiffres clés

Fiches d'identité
Italie / Espagne
  • Superficie : 308 000 km2 / 504 750 km2 ;
  • Population : 58 millions d'habitants / 40,5 millions d'habitants ;
  • Densité : 190 habitants au km2 / 80 habitants au km2 ;
  • Indice de fécondité : 1,2 enfant par femme / 1,1 enfant par femme ;
  • Taux de natalité : 9,3‰ / 10‰ ;
  • Taux de mortalité : 10,1‰ / 9‰ ;
  • Espérance de vie : hommes : 75 ans, femmes : 82 ans / hommes : 75 ans, femmes : 83 ans ;
  • IDH : 20e rang mondial / 21e rang mondial ;
  • Capitale : Rome / Madrid.

La fiche

L'Italie est un pays de l'Europe du Sud qui se distingue par des contrastes climatiques très marqués et une topographie accidentée, à l'exception de la grande plaine du Pô, au nord. Le massif des Apennins gêne les communications par sa position de dorsale. Au sud, de nombreux volcans sont encore en activité (Vésuve, Etna, Stromboli). C'est la 4e puissance économique européenne et la 6e du monde. Pourtant, le pays est marqué par de forts contrastes régionaux : les régions du Mezzogiorno souffrent par exemple de gros retards, alors que l'Italie du Nord est motrice d'un point de vue économique.
Avec la 2e langue parlée dans le monde et la 8e économie, le royaume d'Espagne est le pays européen qui s'est le plus profondément transformé durant les vingt-cinq dernières années. Après la perte de ses colonies en Amérique latine et en Asie au xixe siècle, l'Espagne est sortie affaiblie d'une violente guerre civile (1936-1939). À l'issue de la longue période de dictature franquiste (1939-1975), elle est devenue un pays démocratique. En 1986, lors de son entrée dans la CEE, le revenu moyen par habitant s'élevait à 73 % de la moyenne communautaire. En 2006, ce taux est de 88 %. Ayant déjà assuré par trois fois la présidence de l'Europe communautaire, l'Espagne s'affirme comme une nouvelle puissance économique en Europe.
L'Italie
Population et villes
• Densément peuplée, l'Italie a longtemps été une terre d'émigration. Entre la fin du xixe siècle et le milieu du xxe siècle, près de 30 millions d'Italiens sont partis vers les États-Unis et le reste de l'Europe. L'exode rural, autre phénomène migratoire, a conduit, pendant la même période, de nombreux habitants des montagnes jusque dans les plaines. Ces mouvements migratoires concernent aussi les flux des régions du Sud vers les villes industrielles du Nord. Ils sont importants au regard de la population totale, passée de 26 millions d'habitants en 1861 à 59 millions en 2006.
• Du fait d'une croissance naturelle négative, l'Italie est devenu le pays le moins fécond du monde. Le taux de natalité de 9,3 ‰ est légèrement inférieur au taux de mortalité. Il s'agit là d'un phénomène de société lié en particulier au déclin de l'influence de l'Église, à l'enrichissement des ménages, à l'urbanisation et au travail féminin. La conséquence première est le vieillissement de la population. Aujourd'hui, l'Italie devient à son tour un pays d'accueil non seulement pour ses anciens émigrants (revenus au pays), mais aussi pour de nouveaux immigrants venant du sud de la Méditerranée, de l'est (Kurdes) ou du nord (Bosniaques, Kosovar).
• 75 % des Italiens sont des urbains. On trouve un réseau important de villes petites ou moyennes, bien réparties sur le territoire. Cinquante villes seulement dépassent 100 000 habitants et quatre, un million d'habitants. Rome et Milan sont les deux capitales de l'Italie : capitale politique et religieuse avec le siège de la chrétienté catholique pour la première, capitale économique pour la seconde. Rome accueille de grandes sociétés d'État et développe aussi des activités industrielles. Milan se classe dans les cinq premières villes européennes, loin cependant derrière Londres et Paris. C'est la capitale économique, avec sa Bourse, ses grandes banques et de nombreuses entreprises industrielles. D'autres villes comme Turin, siège de Fiat, ont des fonctions économiques importantes.
• Chaque ville italienne est marquée par son passé romain et médiéval, avec de nombreuses variations du fait de la construction des bâtiments Renaissance comme à Florence et Venise, ou baroques, comme à Naples et Rome. Les Italiens sont très attachés à leur cité et à leur région. Ce sentiment l'emporte parfois sur celui d'appartenance nationale. Les slogans des ligues séparatistes du Nord proposent la construction d'un mur au sud de Florence pour endiguer l'immigration provenant du sud du pays.
Un État et des entreprises dynamiques
• Pays sans ressources naturelles majeures, à l'exception du gaz naturel de la plaine du Pô et de l'hydroélectricité alpine, sans minerai de qualité ni pétrole, l'Italie a cependant une économie dynamique. L'intervention de l'État date de l'époque de Mussolini (création d'AGIP, compagnie pétrolière, en 1926) et surtout des années 1950 avec la création de l'ENI (Entreprise nationale des hydrocarbures). De la même manière, afin de soutenir l'effort industriel, l'État italien et l'IRI (Institut de reconstruction industrielle créé en 1933) interviennent dans la sidérurgie et les chantiers navals, les entreprises mécaniques ou encore l'aviation. C'est le premier employeur italien, à l'origine d'une meilleure répartition des industries sur le territoire.
• Les réussites sont aussi liées à la volonté d'entreprendre. Les condottieri comme Giovanni Agnelli, mort en 2003, ou Carlo Benedetti ont été à la tête de grandes entreprises familiales (Fiat et Olivetti). Des dirigeants de moyennes entreprises acquièrent une renommée mondiale, comme Luciano Benetton, parti d'une modeste entreprise textile de Trévise. Dans les districts industriels du Centre et du Nord-Est (« Troisième Italie »), de petits entrepreneurs ont créé des ateliers dynamiques, les capannoni, tournés vers l'exportation. C'est là que se révèle l'ingéniosité de la main-d'œuvre, qui travaille aussi parfois dans le cadre d'une économie souterraine représentant plus de 27 % du PIB.
• L'économie du Sud est deux fois moins développée que celle du Nord. Le chômage y est deux fois plus important ; la société est gangrenée par la menace de la mafia en Sicile ou ses équivalents à Naples (la camorra) ou en Calabre.
Une économie dynamique
• L'Italie a réalisé de très importants progrès dans le domaine agricole, malgré la petitesse de la surface moyenne des exploitations et la permanence, même réduite, des latifundia (grandes propriétés) et du métayage. Les plaines littorales insalubres ou le delta du Pô ont fait l'objet d'une politique de bonification qui a permis l'accroissement de la production céréalière, en particulier de riz et de maïs. Au Sud, sur la Riviera et en Sicile sont cultivés agrumes et oliviers. La vigne, dans le Nord-Est, le Centre (Chianti) et les Pouilles alimente la première production de vin dans le monde en volume.
• L'industrie italienne est fondée sur quelques grands groupes industriels dans le domaine de la construction automobile (Fiat), de l'informatique (Olivetti), de la haute couture et de l'aéronautique. Le tourisme constitue un secteur économique très important, pourvoyeur d'emplois et de devises. Plus de 80 % des touristes sont des Européens ; un tiers sont des Allemands. Les littoraux, surtout en été, les Alpes (ski et activités estivales) et, secondairement, les villes d'art sont les premières destinations.
• La balance commerciale italienne est cependant déficitaire du fait de l'importation d'hydrocarbures et de produits agricoles. D'importants secteurs sont en difficulté à cause de la concurrence nouvelle, venue soit d'autres pays européens, soit des nouveaux pays industrialisés (en particulier asiatiques, qui concurrencent l'Italie sur son propre terrain : celui des machines, du textile et du design). L'exemple récent des difficultés de Fiat montre qu'aucun secteur n'est à l'abri. Enfin, malgré les efforts de rattrapage financés par l'État et l'Union européenne (fonds structurels), l'économie du sud du pays (Mezzogiorno) demeure très en retard par rapport à celle du nord.
L'Espagne
Les contraintes naturelles
• Occupant l'essentiel de la péninsule ibérique, l'Espagne est proche de l'Afrique (le détroit de Gibraltar l'en sépare) et possède à la fois des rivages atlantiques, bénéficiant d'influences humides au nord (environ 10 % du territoire), et méditerranéens, plus doux, à l'est, évoluant vers l'aridité au sud-est. L'ensemble du plateau central (la Meseta), aux altitudes moyennes élevées (plus de 650 mètres), est sujet aux violents contrastes thermiques dus à une dégradation du climat méditerranéen sous l'effet de l'altitude.
• Les caractéristiques montagneuses et l'étendue du territoire ont constitué des contraintes qui n'ont été surmontées que récemment, grâce au soutien de l'Union européenne pour le développement d'un système autoroutier rayonnant autour de Madrid et reliant les voies littorales de l'Est et du Nord aux réseaux des deux pays limitrophes (France au nord, Portugal à l'ouest). L'exposition universelle de 1992 a permis l'aménagement d'une ligne TGV qui traverse les plateaux centraux et relie Madrid à Séville.
Une économie modernisée
• La dictature du général Franco a isolé politiquement et économiquement l'Espagne des démocraties voisines. Cette période d'autarcie a marqué le pays jusqu'à la fin des années 1950. L'Espagne a conservé un cadre très rural jusqu'à la fin des années 1960. Ce n'est qu'à partir des années 1970 que les industries de base, puis de biens d'équipement se développent, avec le soutien de la Banque mondiale et l'accroissement de la demande intérieure. C'est à ce moment-là que se sont implantées de grandes entreprises automobiles comme Volkswagen ou Renault, mais aussi Ford et General Motors, pour profiter d'une main-d'œuvre bon marché dans un pays de l'Union européenne.
• L'industrie automobile, avec 2,5 millions de véhicules produits en 2006, est devenue la première industrie du pays. Parallèlement, certaines activités se sont développées : les équipements de communication, le bâtiment, la transformation des produits de l'agriculture et de la pêche. À l'exception de quelques pôles de développement à l'intérieur du pays (Madrid, Saragosse, Valladolid), 80 % de la production industrielle de l'Espagne sont réalisés sur les littoraux.
• Les campagnes se sont transformées avec l'agriculture irriguée (aux dépens des cultures pluviales du blé, de la vigne et de l'olivier). Les cultures sont localisées soit dans les plaines littorales, soit sur le cours des grands fleuves grâce à la construction d'importants barrages. La production de fruits variés (dont les agrumes) mais aussi de légumes, était classique dans les huertas du Levant (région de Valence). Elle est maintenant généralisée sur tout le territoire et les produits espagnols alimentent l'Europe entière.
• Un climat méditerranéen chaud, des littoraux ensoleillés, des prix moins élevés que chez ses voisins et la richesse de son patrimoine culturel sont autant de raisons qui expliquent le succès du tourisme espagnol. Les flux majeurs sont originaires des pays du nord de l'Europe. La modernisation du réseau routier a aussi été déterminante. Le tourisme emploie 12 % de la population active et assure un important apport financier. Avec 52 millions de visiteurs, l'Espagne est le 3e pays touristique du monde après la France et les États-Unis. Le tourisme concurrence l'agriculture pour l'eau et pour l'espace, en particulier sur les littoraux méditerranéens.
Des déséquilibres spatiaux
• Le développement de chaque région est inégal. Le Nord, très industrialisé, s'oppose au Sud, plus rural et plus touristique. De ce fait, la population est très inégalement répartie sur le territoire. Ceci a amplifié le phénomène de vide de l'intérieur, à l'exception de la région centrale de la capitale, Madrid, au profit des périphéries littorales. Madrid et Barcelone, par leurs plans et leurs paysages, sont représentatives de deux Espagnes : celle de la centralisation du xvie siècle et celle dont les ressources proviennent du commerce maritime et des activités manufacturières.
• L'Espagne rejoint le modèle européen dans le cours des années 1970. Elle connaît alors une forte croissance urbaine et sa population cesse d'être à majorité rurale. L'exode rural a contribué à la croissance urbaine et à la transformation des paysages urbains avec la construction de grands ensembles à la périphérie des grandes villes et des villes moyennes. La population de l'Espagne est aujourd'hui urbaine à 76 %. À une échelle différente cependant, les contrastes sont forts dans la morphologie urbaine entre le centre représenté par le quartier historique et la Plaza Mayor d'une part, et les banlieues, qui se généralisent, d'autre part.
• Il faut noter que le sud de l'Espagne est aussi un lieu privilégié d'immigration clandestine, par le détroit de Gibraltar. La population africaine, quand elle réussit le passage, gonfle les flux de population pauvre dans les villes, trouve parfois à s'employer dans les exploitations agricoles ou migre vers d'autres pays européens.
• La Constitution de 1978 a entériné l'autonomie accordée à 17 entités territoriales historiques. Par cette Constitution, quatre communautés autonomes sont pourvues de deux langues officielles : la Galice, le Pays basque, la Catalogne et le pays de Valence. Le Pays basque et la Catalogne ont des pouvoirs législatifs et de police supplémentaires. Certains groupes nationalistes souhaitent obtenir l'indépendance de leur région et ont parfois recours à la violence.

Zoom sur…

Milan, grande cité industrielle
Au cours de l'histoire, Milan a connu des fortunes variées. Cette ville a végété sous le régime autrichien après avoir vécu les périodes les plus brillantes au temps des Visconti et des Sforza (fin du xiie s.-xvie s.) avec le développement de la puissance manufacturière et marchande. Après des siècles d'accumulation de capital, Milan est bien placée pour s'assurer, dans le dernier quart du xixe siècle, la suprématie économique et financière dans le nouvel État italien. L'accroissement démographique est allé de pair : 242 000 habitants en 1861, 992 000 en 1930 ; l'agglomération atteint près de 4 millions d'habitants dans les années 2000. Des campagnes lombardes, l'aire de recrutement s'est étendue à toute l'Italie, notamment à la Vénétie, aux Alpes et au Mezzogiorno. Au-delà de ses annexes proches de Monza et Sesto-San Giovani, Milan a diffusé ses industries sur la haute plaine sèche, dans un rayon de 40 à 50 kilomètres que délimitent les villes-relais de taille moyenne, Novara (Piémont), Varèse, Côme, Bergame, Brescia.
Dans l'agglomération même, où l'industrie occupe 40 % des actifs, la construction mécanique et électromécanique, le textile, la confection et la chimie l'emportent, suivis par la papeterie, l'édition et l'alimentation. Toutes les fonctions milanaises sont d'importance nationale, et même européenne. Les sièges sociaux des grandes banques, des grandes sociétés industrielles, des affaires commerciales d'importation ou d'exportation font de Milan l'une des grandes places de commandement économique de l'Europe (elle est desservie par deux aéroports internationaux). Sa Bourse est la première d'Italie.
Barcelone, pôle économique et culturel
Barcelone est tout à la fois deuxième ville d'Espagne, capitale de la Généralité de Catalogne, métropole européenne et méditerranéenne. Elle doit cette place à sa population : 1,7 million d'habitants intra-muros en 2004 (la ceinture de banlieues double pratiquement ce chiffre). Cette place est aussi le reflet d'une économie forte. De grandes entreprises espagnoles et des filiales espagnoles de sociétés étrangères ont ici leur siège et leurs établissements pilotes. La chimie, le textile, l'alimentation, l'édition, l'automobile sont présents depuis longtemps : Bayer, Chupa Chups, Danone, Hachette-Salvat, Hoechst, Nissan, Planeta, VW-Seat, Zeta.
Autour de ces groupes productifs, une économie de services s'est développée et a gagné autonomie et rayonnement. La Caixa est le symbole de la puissance bancaire et d'un secteur riche en cabinets publicitaires, de design et autres bureaux d'études. L'activité portuaire, les mouvements de la gare de Sants et de l'aéroport de Prat, l'attraction des nombreux salons organisés par la Fira de Barcelone permettent de prendre le pouls d'une conurbation rayonnante et en expansion continue depuis un siècle et demi.
Une sorte de chaîne culturelle unit aux quatre points cardinaux de la ville la fondation Thyssen et le Musée catalan consacrés à l'art roman, le musée d'Art moderne installé dans un remarquable bâtiment du xviiie siècle, la rétrospective permanente consacrée à Gaudí et à l'Art nouveau (au cœur de l'édifice le plus emblématique et le plus inattendu, la cathédrale Sagrada Familia), le musée Picasso et les fondations Miró et Tàpies.

Repères bibliographiques

  • R. Ferras, France, Europe du Sud, Géographie universelle, Belin-Reclus, 1996.
  • A. Mesplier, Le Tourisme dans le monde, Bréal, 2005 (réédition).
  • J.-B. Charrier, « L'Italie », article de l'Encyclopédia Universalis, 2000.
  • M. Drain, « L'Espagne », article de l'Enyclopédia Universalis, 2000.
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