L'évolution économique et sociale des pays développés de 1945 à nos jours

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L'essentiel

Les innovations de l'après-guerre dans les domaines de l'énergie, des communications et des matériaux stimulent l'offre et la demande économiques. Rapidement reconstruits et tirés par les États-Unis, les pays occidentaux connaissent une période de croissance exceptionnelle (les Trente Glorieuses) que la crise des années 1970 ne fait que ralentir. Les populations plus nombreuses (suite au baby-boom et aux flux d'immigration) et vivant plus longtemps voient leur niveau de vie s'accroître considérablement. Plongées dans une société d'abondance, elles s'équipent et améliorent leur confort de vie. Tandis que les agriculteurs tendent à disparaître et que la classe ouvrière recule, la société se tertiarise. Les cols blancs deviennent majoritaires et les femmes entrent massivement sur le marché du travail. Dans le cadre d'une nouvelle distribution internationale du travail, les pays développés semblent même se désindustrialiser. Les mutations sociales ont d'importants effets sur les comportements culturels. Les mœurs se libéralisent, la pratique religieuse baisse et la culture de masse se diffuse grâce aux nouveaux supports multimédias, à la démocratisation de l'enseignement et aux télécommunications. Les modes de vie s'uniformisent. Mais l'individualisme triomphant préserve les différences identitaires auxquelles chacun s'accroche.
Chronologie indicative
  • 1948 : Naissance de la cybernétique (Norbert Wiener).
  • 1953 : Première retransmission en direct par la télévision (le couronnement d'Elisabeth II).
  • 1954 : Naissance du rock'n'roll.
  • 1960 : Mise au point de la pilule contraceptive de Pincus.
  • 1962 : Ouverture du concile Vatican II.
  • 1963 : Naissance du mouvement hippie et du pop art (Warhol).
  • 1968 : Rassemblement de Woodstock.
  • 1969 : Neil Armstrong marche sur la Lune.
  • 1970 : Apparition de la micro-informatique.
  • 1975 : Invention du toyotisme.
  • 1977 : Invention du premier disque compact.
  • 1992 : Ouverture d'Internet.
  • 1994  : Entrée en vigueur de l'ALENA.
  • 2000 : Sommet de la bulle internet.
  • 2001 : Attaque terroriste à New York.
  • 2003 : France Telecom et Vivendi Universal annoncent des pertes record de 20,6 et 23,3 milliards d'euros.
  • 2006 : En France, entrée en vigueur de la Loi organique relative aux lois de finances (LOLF).
  • 2007 : Crise des subprimes.
  • 2008 : Crise financière qui se généralise.
  • 2013 : Adoption en France de la loi sur le mariage pour tous.

La fiche

Après un demi-siècle de crises et de guerres mondiales, les pays développés connaissent une longue période de prospérité sans conflit sur leurs territoires. En quoi cette pacification bouleverse-t-elle modes de vie et sociétés ? Peut-on parler de nouvelle révolution industrielle ?
Une troisième révolution industrielle ?
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, de nouvelles innovations transforment les sociétés occidentales qui connaissent une période de croissance exceptionnelle.
De profondes mutations techniques
• La reconstruction couplée à la reprise de la démographie crée les conditions d'une forte croissance économique. L'après-guerre est surtout marqué par de nombreuses innovations qui transforment le paysage économique. Dans le domaine de l'énergie, le nucléaire civil fait son apparition. Mais, plus souple d'utilisation, c'est surtout le pétrole qui supplante le charbon. Il devient matière première du plastique ou des textiles synthétiques et produit une révolution dans le domaine des transports (accélération des vitesses). L'électronique et la cybernétique envahissent les ateliers des entreprises et gagnent le secteur des services avec le développement de la bureautique. Le taylorisme se généralise à toutes les activités.
La révolution audiovisuelle et des médias
• L'innovation affecte également le domaine de la communication. La radio dans un premier temps, puis les moyens audiovisuels (télévision) et multimédias font circuler l'information plus vite. L'essor de la télécommunication par satellite dans les années 1970, puis le système Internet accélèrent encore le processus de diffusion et de stockage des savoirs. La publicité utilise ces nouveaux supports pour atteindre un plus large public. De nouvelles formes de distribution (les supermarchés) font leur apparition. La téléphonie mobile perce dans les années 1990.
Les Trente Glorieuses et leurs prolongements
• Croissance de la production et gains de productivité accroissent l'offre alors que la croissance démographique (baby-boom et immigration) et le développement du crédit stimulent la demande. Entre 1950 et 1975, avec des taux moyens de 5 % annuels (voire 10 % au Japon), les pays développés connaissent une période de croissance exceptionnelle. Le plein-emploi est assuré et le pouvoir d'achat augmente régulièrement. Plongés dans une société d'abondance dite « société de consommation », protégés par des États Providence qui s'efforcent de redistribuer les revenus, les ménages s'équipent en réfrigérateurs, automobiles, téléviseurs.
• Les chocs pétroliers de 1973 et 1979 ralentissent brutalement les performances économiques de ces pays ; mais la crise qui s'ensuit n'interrompt pas leur développement. Si la réussite est moins flatteuse, le niveau de vie reste élevé et les populations continuent de consommer pour acquérir les nouveaux produits que lui offre le marché (machines à laver, ordinateurs, voitures, etc.).
Une révolution sociologique
Parallèlement aux difficultés nées de la concurrence venue des nouveaux pays industriels, la société d'abondance que connaissent les pays développés engendre d'importantes mutations sociales et démographiques.
Les mutations socioprofessionnelles
• Pour répondre aux besoins de l'industrie, les sociétés occidentales continuent de s'urbaniser (plus de trois habitants sur quatre sont des citadins). L'exode rural vide les campagnes. Industrialisée, l'agriculture (qui représente désormais moins de 5 % des actifs) se fait « sans paysans ». Le monde ouvrier atteint son apogée dans les années 1960 avant de se réduire à son tour (moins de 25 % des actifs) au profit des « cols blancs » (employés, techniciens, cadres) du secteur tertiaire. La concentration des entreprises et le recul du petit commerce réduisent aussi le nombre des travailleurs indépendants. Les salariés représentent 80 % des actifs. Les femmes entrent massivement sur le marché du travail. D'abord comme ouvrières, puis, profitant de l'essor de l'enseignement secondaire et supérieur, les filles issues de la génération du baby-boom investissent bientôt les postes de responsabilités traditionnellement réservés aux hommes.
Les bouleversements démographiques
• Les sociétés occidentales connaissent aussi une croissance démographique sans précédent. Ainsi, la France passe-t-elle de 40 à 60 millions d'habitants, une augmentation de 50 % en un demi-siècle seulement ! Le baby-boom des années 1950 en est la première explication. Dans un premier temps, il provoque un rajeunissement des populations. L'augmentation de l'espérance de vie (passée de 59 à 75 ans) est un autre facteur de cette croissance. Mais l'effondrement de la fécondité qui marque la fin des années 1960 engendre alors un vieillissement de cette même population qui, désormais, se renouvelle à peine. L'immigration est un troisième facteur de croissance démographique. Celle-ci change profondément l'équilibre ethnique des populations nationales. La part des Hispaniques aux États-Unis (12 % de la population), celle des populations d'origine africaine ou asiatique en Europe est de plus en plus importante.
Des sociétés désindustrialisées ?
• Les sociétés des pays développés deviennent « postindustrielles ». Occupant près de trois personnes sur quatre, les activités de service sont devenues dominantes. Plus que des sociétés de consommation, elles s'affirment comme sociétés de loisirs au sein desquelles l'économie du bien-être (soin du corps, sport, tourisme, culture) génère de nouveaux métiers. La délocalisation des entreprises de production vers les pays du tiers-monde fait disparaître des pans entiers de l'industrie.
• Dans le cadre d'une nouvelle distribution internationale du travail, les pays riches se réservent les activités de recherche, de conception ou de commercialisation de biens qu'ils ne produisent plus eux-mêmes. Les populations les moins qualifiées s'y trouvent marginalisées. De nouvelles formes de précarité voient le jour et des poches de sous-développement apparaissent même dans ces pays du Nord.
Nouvelles pratiques socioculturelles
Les transformations de la société s'accompagnent de nouvelles pratiques culturelles. Les modes de vie changent et les mœurs s'en trouvent profondément affectés.
Le développement de la culture de masse
• La révolution des médias, le développement du temps libre et la démocratisation de l'enseignement accélèrent la diffusion d'une culture de masse apparue au début du siècle. Dès 1954, le rock'n'roll, musique alternative et contestataire, brise les frontières entre les pays et impose ses codes. Mais l'industrie du disque récupère vite le mouvement et organise bientôt les courants musicaux qui imprègnent chaque génération. Sous l'impulsion des studios américains (Hollywood) ou de la « nouvelle vague », le cinéma devient le véhicule d'une culture populaire internationale.
• Maisons de la culture, bibliothèques municipales, musées combinés à des manifestations périodiques (journées du patrimoine, fêtes de la musique) et des festivals démocratisent l'accès aux arts et enrichissent l'offre culturelle. Avec les collections de livres de poche bon marché, la lecture se généralise, même si elle entre aujourd'hui en concurrence avec les supports multimédias (cédérom, DVD, Internet).
L'uniformisation des modes de vie
• L'urbanisation, la généralisation de la voiture, symbole de la vie moderne, changent le cadre de vie et influent sur les comportements. Portée par les télécommunications, la consommation de produits de plus en plus standardisés uniformise les cultures : partout, les mêmes produits, les mêmes marques et les mêmes stars s'imposent.
• Le tourisme de masse qui se développe à la faveur de la réduction du temps de travail (on passe de 10 à 700 millions de touristes partant à l'étranger entre 1950 et 2000) accélère les processus d'acculturation et d'homogénéisation des manières d'être.
• Le triomphe de l'individualisme ne change rien à l'impact des phénomènes de mode. Mais la capacité des individus ou des communautés à innover, détourner les symboles ou à se bricoler une identité « à la carte » maintient des formes de différenciation et d'affirmation identitaire.
La libéralisation des mœurs
• Une véritable révolution des mœurs marque les années 1960. Né aux États-Unis, le mouvement hippie se propage dans tous les pays occidentaux. La remise en cause du conformisme fait tomber de nombreux tabous. La « révolution sexuelle » favorise l'émancipation des femmes. Unions libres et naissances hors mariage ne choquent plus. L'homosexualité s'affiche. Le nombre de divorces est en augmentation, les familles éclatent, se recomposent ou deviennent monoparentales. Les populations s'émancipent aussi vis-à-vis des institutions religieuses. La croyance devient une affaire privée et les pratiques religieuses reculent.
Dans les pays développés, la seconde moitié du xxe siècle voit une remise en cause des fondements des sociétés occidentales. La prospérité, qui rime avec une plus grande liberté, change les rapports des populations au monde, que celui-ci soit proche ou lointain, privé ou public.

Zoom sur…

Réveil des religions ou recomposition du fait religieux ?
La baisse de la pratique religieuse, qui concerne 15 % environ des populations, semblait confirmer une laïcisation de la société occidentale. Mais de nombreux signaux tels que la popularité du pape Jean-Paul II, le succès des sectes, le néochamanisme amérindien ou les revendications islamistes suggèrent au contraire un retour au religieux. En fait, la manière dont les fidèles composent avec les Églises et leurs enseignements oblige à nuancer cette dernière analyse.
Prenant le relais des idéologies nationalistes ou marxistes en déshérence, le fondamentalisme islamique se présente plus comme relevant du fait politique que du fait religieux. Les sectes manipulent des individus fragiles à des fins dont la spiritualité est souvent exempte. Préfigurée par le mouvement new age, la religiosité se fait souvent « à la carte », chacun se façonnant une spiritualité indépendante des Églises dont la rigueur dogmatique n'est plus suivie à la lettre. La religion du xxie siècle est ainsi à l'image d'une société recomposée, aux influences plurielles, et n'augure pas forcément d'un repli traditionaliste.
Voir l'article « Le retour du religieux, un phénomène mondial » de Jean-François Dortier et Laurent Testot, paru dans la revue Sciences humaines, n°160, mai 2005.

Pour aller plus loin

À voir
  • Play Time, Jacques Tati, 1967.
  • Macadam Cow Boy, J. Schlessinger, 1969.
  • Trois hommes et un couffin, Coline Serreau, 1985.
  • La vie est un long fleuve tranquille, Étienne Chatillez, 1987.
Repères bibliographiques
  • A. Mattelart, La Mondialisation de la communication, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2005.
  • J.P. Warnier, La Mondialisation de la culture, La Découverte, 2003.
  • J. Fourastié, Les Trente Glorieuses, Hachette, 1979.
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