L'expansion coloniale

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L'essentiel

La colonisation menée par les États européens aux Temps modernes remonte au xvie siècle avec la conquête de l'Amérique. Longtemps faite au hasard des découvertes et menée au gré des problématiques soulevées par l'exploitation des nouveaux mondes, elle connaît un nouvel élan au xixe siècle. Justifiée par les besoins nés de la révolution industrielle et la recherche de nouveaux débouchés lors de la Grande Dépression (1873), elle donne naissance à de grands empires modernes (anglais et français en premier lieu). Pour éviter d'entrer en conflit, les Européens se définissent des règles de bonne conduite lors de la conférence de Berlin (1885). Selon le contexte local ou la personnalité des métropoles, l'administration des colonies se fait directement (possession) ou non (protectorat), par « association » ou avec le souci d'assimiler les peuples indigènes. Les territoires et peuples concernés en tirent quelques avantages (médecine, technique) ; mais les mauvais traitements et la volonté civilisatrice des Européens écrasent les sociétés traditionnelles. Certains peuples s'insurgent (Cipayes, Kabyles, Canaques) mais ils sont sévèrement réprimés. Coûteuse, la colonisation s'avère destructrice et moins rentable qu'espérée.
Chronologie indicative
  • 1492 : Découverte de l'Amérique.
  • 1821 : Indépendance du Mexique.
  • 1822 : Indépendance du Brésil.
  • 1830 : Début de la colonisation de l'Algérie.
  • 1842 : « Traités inégaux » entre la Chine et l'Angleterre.
  • 1857 : Révolte des Cipayes, l'Angleterre achève la colonisation de l'Inde.
  • 1867 : Le Canada devient un dominion (colonie britannique blanche de peuplement).
  • 1871 : Révolte de Kabylie (Algérie).
  • 1873 : Grande Dépression (crise boursière à Vienne et ralentissement de la croissance économique en Europe).
  • 1875 : Discours de Jules Ferry à l'Assemblée pour justifier la colonisation.
  • 1885 : Conférence de Berlin définissant les règles de la colonisation.
  • 1895 : Création de l'Afrique occidentale française (AOF).
  • 1898 : Bataille de Fachoda.

La fiche

La colonisation moderne revient à placer un territoire et la population résidente sous l'autorité d'un État étranger dénommé « métropole ». Quelles en sont les conséquences pour les deux parties de cette association forcée ?
Les colonisations
La colonisation du monde par les Européens remonte au xvie siècle et à la conquête du Nouveau Monde. De cette époque jusqu'au xixe siècle, elle prend des formes variées, devient de mieux en mieux organisée et systématique.
Un processus ancien mais chaotique
• Pendant deux siècles, l'appropriation de territoires coloniaux par les Européens se fait au hasard des découvertes et est soumise à des actes juridiques comme le traité de Tordesillas (1494) qui établit le partage du monde entre Portugais et Espagnols. Qu'elle soit habitée ou non, le premier arrivé sur une terre peut y planter l'étendard de sa nation. L'exploitation des ressources (plantations, concessions), leur commercialisation par le biais de grandes compagnies de commerce ou le développement de comptoirs, le travail des populations indigènes (esclaves, péons contraints à un service de travail obligatoire) s'organisent peu à peu. Au début du xixe siècle, les initiatives se prennent encore au coup par coup. En 1830, la France se lance à la conquête de l'Algérie.
L'exploitation rationnelle et européocentrée
• Avec la révolution industrielle, des besoins nouveaux se font sentir. Le contrôle de territoires riches en matières premières devient affaire d'État. Dans son discours à l'Assemblée de 1875, Jules Ferry justifie la constitution d'un empire colonial français. Il met en avant le devoir civilisateur des Européens : « le fardeau de l'homme blanc » dit Kipling en 1899. Prétexte ou conviction, la mission civilisatrice que se fixent les Européens ne masque pas des objectifs plus intéressés. Il s'agit d'abord de contrôler les ports, des bases stratégiquement importantes au temps de la navigation à vapeur, les navires marchands européens pouvant y faire escale et charger le charbon nécessaire à leur propulsion.
• Au bout du compte, le but est d'exploiter les ressources naturelles et la main d'œuvre locale, de trouver des débouchés commerciaux, d'asseoir le prestige national ou de se constituer une armée de réserve en cas de conflit (les tirailleurs sénégalais ou algériens ont déjà combattu dans le cadre de la guerre franco-allemande de 1870). En 1885, la conférence de Berlin fixe les règles de la colonisation entre les puissances européennes.
La colonisation du xixe siècle et ses limites
• Le Royaume-Uni se construit le plus grand empire de l'époque (33 millions de km2 ; 500 millions d'habitants). Éclaté, il permet toutefois de contrôler toutes les grandes voies maritimes de la planète. L'Inde est le « joyau de la Couronne ». Avec 12 millions de km2 et 70 millions d'habitants, la France dispose d'un vaste empire centré sur l'Afrique noire (AOF et AEF) et l'Afrique du Nord (Algérie) ; elle est présente aussi en Indochine, en Amérique (Guyane et Antilles) et dans le Pacifique (Nouvelle-Calédonie par exemple). Les Pays-Bas s'implantent en Indonésie, l'Italie en Afrique de l'Est ; moins bien pourvues, l'Allemagne ou la Belgique possèdent aussi des colonies. En revanche, les empires espagnols et portugais reculent au profit de nouveaux États (toute l'Amérique latine accède à l'indépendance, le Mexique en 1821, le Brésil en 1822 par exemple).
• En Asie, la Chine en déclin se voit imposer des « traités inégaux » (1842) qui l'obligent à ouvrir son territoire aux produits commerciaux britanniques. L'Angleterre annexe Hong Kong. Américains et Français revendiquent les mêmes avantages, qui leur sont accordés en 1844. Ainsi la Chine est-elle soumise aux impératifs des Occidentaux ; elle garde toutefois son indépendance politique. En revanche, le Japon du Meiji (1867-1912) en plein essor échappe à la mainmise occidentale.
Le système colonial
Les métropoles organisent l'administration des territoires annexés. Mais les différentes colonies ne sont pas traitées de façon identique.
Modes d'organisation
• Les possessions sont administrées directement par le pays colonisateur. Ses gouverneurs et fonctionnaires imposent sa loi. Si la population indigène n'a pas les mêmes droits que les Français, l'Algérie, elle, est gérée sur le modèle des départements français. Dans les protectorats (Maroc, Tunisie, etc.), l'administration est indirecte. La métropole assure la sécurité et la défense du territoire ; les souverains locaux restent en place pour encadrer les populations indigènes et les diriger selon leurs traditions. Les dominions (colonies britanniques de peuplement comme le Canada dès 1867, la Nouvelle-Zélande ou l'Australie au début du xxe siècle) disposent d'un gouvernement autonome aux mains des colons.
Formes d'exploitation
• L'action coloniale prend des formes variées. Ce sont d'abord des investissements publics qui aménagent les territoires en vue de leur exploitation économique. En Chine, l'octroi de concessions permet aux métropoles d'imposer leur influence. Les colons exploitent les richesses naturelles dans le cadre de plantations ou d'entreprises privées. Cependant, l'industrialisation des colonies reste faible. Ces territoires fournissent surtout les produits tropicaux (sucre, coton, cacao) ou des minerais transportés vers l'Europe pour y être transformés par les entreprises nationales. Les missionnaires se chargent de christianiser les populations et de les alphabétiser. Le but avoué est de former des élites locales susceptibles de remplir des tâches subalternes dans l'administration coloniale.
Distinctions nationales
• Toutes les métropoles visent les mêmes objectifs ; dans le détail, des différences apparaissent toutefois. Contrairement aux Espagnols qui se sont mêlés aux indigènes d'Amérique (on y distingue un fort degré de métissage) et les ont hispanisés, les Anglo-Saxons maintiennent la distance. Ils préfèrent « l'association » entre la métropole et les élites de la colonie : c'est l'Indirect Rule. Les Français s'efforcent d'assimiler les peuples colonisés (leur faire adopter le mode de vie européen).
• Aux dépens des Amérindiens qu'ils déplacent ou exterminent, les Américains partent à la conquête de l'Ouest, intègrent la République du Texas (1845) et annexent tout le nord du Mexique (Californie, Arizona, Colorado) au terme de la guerre de 1847-1848. Dans le reste du monde, en revanche, ils n'annexent pas de territoires. Ils luttent au contraire contre un processus qui leur ferme l'accès aux marchés des colonies ; mais ils négocient avec les peuples indépendants des « concessions » ou des accords commerciaux.
Les effets de la colonisation
La colonisation a-t-elle des effets positifs ? Le bilan est contrasté et peu conforme aux intentions affichées à l'origine par les Européens.
Transferts de connaissances et infrastructures
• Les territoires et peuples annexés ont certes pu bénéficier de quelques apports avantageux : mise en place d'infrastructures de transport, création d'écoles ou d'hôpitaux. Les populations tirent profit des avancées de la médecine moderne ou de la technologie. Des puits sont creusés dans les régions sèches. L'alphabétisation donne accès à de nouveaux savoirs.
Travail forcé et ethnocide
• Mais les exactions ou mauvais traitements réservés aux populations colonisées sont monnaie courante. Malgré la condamnation officielle de l'esclavage, des colons sans scrupule rétribuent mal les indigènes et les font travailler dans des conditions souvent déplorables. Le travail forcé est fréquent. D'un autre côté, les efforts des missionnaires et des civilisateurs produisent des effets pervers : ils désorganisent les sociétés tribales et créent les conditions de l'ethnocide (destruction d'une culture). La concurrence des produits européens détruit les économies locales et ruinent les artisans et les agriculteurs indigènes.
Les conflits coloniaux
• La colonisation est la source directe de deux types de conflits. D'une part, elle crée des affrontements entre les métropoles qui convoitent les mêmes richesses ou se disputent les mêmes territoires. Français et Anglais s'affrontent à Fachoda (1898) ; au début du xxe siècle, les Allemands encouragent les troubles au Maroc pour nuire aux intérêts français. D'autre part, les peuples colonisés s'insurgent : les Cipayes (1857-58), les Kabyles (1871) ou les Canaques (1878) se soulèvent et subissent de sanglantes répressions. Les guerres de l'opium (1839-1842 et 1856-1860) sont des conflits anglo-chinois motivés par des raisons commerciales. Toutes ces guerres s'ajoutent aux dépenses consenties par les Européens pour administrer les colonies. Pour les États colonisateurs, le bilan comptable s'avère moins intéressant qu'espéré.
Expression de la domination d'un peuple sur un autre, la colonisation a servi les intérêts des nations industrielles et des colons. Elle a engendré pour les peuples colonisés plus de violences et de misères que de réels bénéfices.

Zoom sur…

Les mandats
Il s'agit des territoires d'Afrique (Cameroun, Namibie, Tanganyka actuels, anciennes colonies allemandes) ou du Proche-Orient (Syrie, Liban, Palestine) confiés par la Société des Nations (SDN) au lendemain de la Première Guerre mondiale (1919-1920) à des États, la France et l'Angleterre principalement. Ces derniers les administrent au nom de la SDN et doivent les conduire à l'indépendance.
AOF et AEF
L'Afrique occidentale française (AOF), fondée en 1895, réunit huit territoires de l'Afrique de l'Ouest : Mauritanie, Sénégal, Niger, Soudan français (Mali actuel), Guinée, Côte d'Ivoire, Haute-Volta (Burkina Faso actuel) et le Dahomey (Bénin actuel). Fédérés, ils étaient dirigés par un gouverneur général. L'Afrique équatoriale française (AEF) fondée en 1910, comprenait le Tchad, l'Oubangui-Chari (République centrafricaine actuelle), le Congo et le Gabon.

Pour aller plus loin

À voir
  • Fort Saganne, Alain Corneau, 1983.
Repères bibliographiques
  • Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Présence africaine, 1955.
  • Frantz Fanon, Les Damnés de la Terre, La Découverte, 1961.
  • Raoul Girardet, L'Idée coloniale en France de 1871 à 1962, Pluriel, 1972.
  • Benjamin Stora, Histoire de l'Algérie coloniale (1830-1954), La Découverte, 1999.
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