L'organisation géographique du monde

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Les définitions clés

Oligopole mondial : expression attribuée au géographe Olivier Dollfus, qui désigne la domination des grands centres mondiaux de puissance sur l'ensemble de la planète.
Triade : ensemble des trois pôles dominants de la planète ; États-Unis, Union européenne et Japon.
Pays émergents : situés dans le monde en développement, territoires devenus de grandes puissances industrielles, grâce aux investissements étrangers et à l'emploi d'une main-d'œuvre peu coûteuse.
Interdépendance des économies : relation d'échanges économiques entre deux ou plusieurs ensembles géographiques qui ne peuvent vivre les uns sans les autres. Les relations d'interdépendance associent les centres et leurs périphéries, mais relient aussi entre eux les trois pôles de la Triade.
Pays-atelier : pays comme la Chine ou l'Inde qui a choisi de se développer grâce à l'exportation d'objets manufacturés ou de services produits à faible coût.

La fiche

La chute du mur de Berlin et la disparition de l'empire soviétique ont amplifié un mouvement de mondialisation en forte expansion depuis le début des années 1950. L'organisation géographique du monde est dominée par l'interaction entre les différents acteurs mondiaux, la puissance des réseaux transnationaux et l'immédiateté des systèmes de communication de la formation. Le vieux rêve d'un monde unifié, sans barrières économiques et politiques, est-il en train de se réaliser, sous la pression des révolutions technologiques des transports et de l'information, à la faveur de l'effondrement du communisme et de l'ouverture plus ou moins forcée des économies de nombreux pays du Sud ?
L'explosion des échanges et l'interdépendance des économies
Des économies interdépendantes
Longtemps attachés, au nom de leur indépendance, à produire eux-mêmes la plus grande partie des produits nécessaires à leur consommation, la plupart des États ont vu leur économie s'ouvrir sur l'extérieur. Le commerce international de marchandises s'est fortement développé : en 1970, 14 % de la production mondiale était échangée, en 2005, 30 % du total. Les flux internationaux de capitaux ont connu une progression encore plus importante et se sont affranchis des frontières : l'IDE (investissement direct étranger) ne représente que 8 % du PIB des États-Unis, mais sa part est de 18 % en Chine, 47 % en Malaisie, pour culminer à 73 % à Singapour. Ce mouvement de mondialisation et d'interdépendance a des causes techniques, économiques et politiques :
  • la révolution des transports maritimes dès les années 1960 (navires géants, conteneurs, ports spécialisés) a fait chuter les prix des transports de marchandises ;
  • l'informatique et les transmissions par satellite facilitent aujourd'hui les mouvements de capitaux ;
  • la croissance des entreprises multinationales, délocalisant leur production dans les pays-ateliers du tiers-monde, utilisant les zones franches et les paradis fiscaux, a ôté aux États le contrôle d'une partie de leurs échanges extérieurs ;
  • la politique de déréglementation des transports et des mouvements de capitaux, menée aux États-Unis, puis en Europe a favorisé les échanges.
Dans le tiers-monde, l'ouverture économique a souvent été imposée par le Fonds monétaire international en échange de prêts.
Le village-monde de l'information et de la communication, des flux migratoires mal maîtrisés
La révolution des techniques informatiques (notamment Internet) met à la disposition des entreprises et des particuliers des réseaux d'échanges couvrant le monde entier. La répartition des emplois peut en être modifiée, notamment par l'extension du travail à domicile (ou télétravail) et la délocalisation de services. Par exemple, la plupart des éditeurs français ou européens font composer leurs ouvrages dans les pays du tiers-monde, en particulier l'Inde. La circulation planétaire de l'information est probablement celle qui a le plus d'effets sur les sociétés, quelles qu'elles soient. Si l'investissement délaisse certaines parties du monde, il n'en va pas de même pour l'information. Désormais, aucun point de la planète ne vit à l'écart de ces flux, qu'il s'agissent des informations quotidiennes, de la diffusion des idées, des croyances religieuses, mais aussi des produits qui en sont tirés. Désormais, la puissance d'un État se mesure aussi à la capacité à produire des informations pour le reste du monde. Les États-Unis ont, dans ce domaine, une influence de premier plan (world music).
Les migrations internationales désignent les flux d'un État vers une autre. Les migrations historiques les plus importantes, notamment à la suite des Grandes Découvertes, ont été à l'origine du processus de mondialisation. Mais c'est à partir du xixe siècle que les migrations sont devenues massives (de l'Europe vers le reste du monde) : entre 1850 et 1914, près de 50 millions d'Européens ont quitté leur continent, principalement vers les Amériques. Depuis la Seconde Guerre mondiale, les flux principaux émanent des pays en développement, à destination non plus des pays neufs, mais des pays riches. Entre 1950 et 1990, près de 50 millions de personnes ont quitté leur pays pour se rendre principalement vers les États-Unis (25 millions) et l'Europe (10 millions). Les différents pays d'accueil, quelle que soit leur politique d'immigration, s'efforcent de contrôler les flux migratoires. Cette tendance explique notamment la multiplication des clandestins, auxquels s'ajoutent, au gré des conflits mondiaux, les réfugiés politiques.
Les flux touristiques mondiaux sont très sensibles à la situation géopolitique du monde : les attentats terroristes du 11 septembre 2001 ont mis à mal le transport aérien, alors que des attentats ponctuels (Bali, Égypte, Tunisie) ont privés les pays concernés de ressources en devises.
Un espace-monde structuré
Réseaux mondiaux et lieux stratégiques
Les trois-quarts du tonnage des marchandises échangées entre États voyagent par la mer : minerais, céréales, pétrole, mais aussi produits manufacturés en conteneurs, voitures, bétails, etc. Trois façades littorales sont les pôles majeurs du réseau maritime mondial : le « Northern Range » en Europe du Nord-Ouest, le nord-est des États-Unis et le sud-est du Japon. Les pôles du transport aérien appartiennent eux aussi aux régions dominantes de la Triade: New York-Chicago, Londres-Paris-Francfort, Tokyo-Osaka. Une ceinture de voies aériennes et maritimes majeures s'établit ainsi, aux latitudes moyennes, autour de l'hémisphère Nord. Dans le domaine des voies maritimes, certains passages obligés revêtent une valeur stratégique essentielle. Ceci est principalement le cas des détroits par où passent les principaux trafics (en particulier de produits pétroliers) : détroit de Bab El Mandeb, détroit de Malacca; ou encore des canaux transocéaniques, comme ceux de Suez ou de Panama. Le contrôle des principales routes maritimes reste un enjeu géostratégique pour les grandes puissances et peuvent encore être sources de graves conflits.
Espaces maîtrisés et espaces à équiper
La puissance des pôles aériens et maritimes des grands États s'explique par l'importance de leur production, mais aussi par la qualité de leurs transports intérieurs. C'est le cas aux États-Unis, dans la mégalopole japonaise et en Europe du Nord-Ouest. En revanche, la plupart des pays en développement ne bénéficient pas de l'expansion du marché mondial (sauf en Asie) faute d'équipements de transports performants. Les ports y sont rudimentaires, et leurs réseaux ferrés, incomplets. L'Afrique est, à cet égard, le continent le plus démuni et le plus enclavé.
Un monde organisé mais inégalitaire
Les dominants : concurrence et connivence
Le monde est dominé par nombre restreint de grandes puissances et de grandes entreprises : on parle d'oligopole mondial. Les puissances dominantes sont concentrées en trois grandes zones géographiques que l'on désigne sous le nom de Triade. États-Unis, Union européenne et Japon produisent ainsi plus des 2/3 du produit national brut mondial. Au cœur de ces États, les pouvoirs économique, financier, culturel et politique sont d'ailleurs centrés dans quelques pôles très localisés : la pointe Sud de Manhattan (New York), la City de Londres, le centre de Paris et le quartier d'affaires de Tokyo (Shinjuku). Le PNB de la seule agglomération de Tokyo est le triple de celui de l'Inde.
Chaque pôle de la Triade possède ses aires d'influence. Ainsi, l'influence de ces centres est très forte sur les périphéries intégrées : au sein de l'ALENA, Canada et Mexique, pour les États-Unis, l'Europe centrale et de l'Est pour l'Union européenne et les « tigres » asiatiques pour le Japon. L'influence de ces grands centres mondiaux s'étend également à des périphéries plus lointaines : Amérique latine pour les États-Unis, Afrique pour l'Union européenne, Australie et Sud-Est asiatique pour le Japon. Ce partage de fait du monde est par ailleurs mouvant, et l'on voit apparaître, dans les pays en développement, de nouveaux pôles : Chine littorale, région de Rio-Sao Paulo au Brésil, Inde du Sud.
Les dominés: inégalités de développement et division
La volonté d'unité, au moins politique, du tiers-monde face aux pays développés (conférence de Bandoung en 1955) n'a pas résisté aux années de crise. On emploie plus volontiers aujourd'hui le terme de « Suds », pour désigner l'extrême diversité des niveaux de développement et des systèmes politiques. On y rencontre cependant partout, des degrés divers, les mêmes problèmes : endettement extérieur, démographie mal maîtrisée, formation scolaire et universitaire insuffisante, inégalités sociales criantes…
Au niveau mondial, la concentration des pouvoirs dans un petit nombre de centres de décision se poursuit. Plus ouvert aux échanges de marchandises et de services, plus structuré par des organisations régionales, le monde n'en est pas moins inégal. Avec la fin de l'affrontement Est-Ouest en 1989, bon nombre d'anciens conflits se sont apaisés. La paix est revenue en Amérique centrale, dans le cône sud de l'Afrique et dans le Sud-Est asiatique. En revanche, des « points chauds » continuent d'être les lieux d'affrontements territoriaux ou de guerres religieuses. On notera le Proche-Orient, l'Afrique des grands lacs… L'ONU tente d'apaiser les lieux de conflits en interposant ses troupes et en travaillant à la sécurité des populations.
Zoom
La répartition de la richesse dans le monde© rue des écoles
La répartition de la richesse dans le monde

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Les firmes transnationales
Les entreprises sont les principaux agents de l'économie mondiale. Celles qui sont présentes dans plusieurs États ont acquis un caractère transnational, qui s'affranchit des frontières tout en profitant des écarts des conditions de production et de commercialisation existant d'un pays à l'autre.
Aujourd'hui, les firmes transnationales sont des géants qui ont des stratégies à l'échelle mondiale et affichent des chiffres d'affaires supérieurs au PIB de nombreux États. Si plusieurs de ces firmes sont nées dans de petits pays ( ex. : Nestlé en Suisse), la plupart d'entre elles ont leurs bases dans les économies nationales dominantes (États-Unis, Japon, Royaume-Uni).
En 2005, on comptait 65 000 firmes transnationales qui possédaient près de 900 000  filiales à l'étranger et employaient 75 millions de personnes. Ces firmes emploient donc environ 5 % de la main-d'œuvre mondiale. Les 25 premières FMN (firmes multinationales) réalisent le quart de la production mondiale. Elles sont à la fois un outil puissant de l'intégration économique mondiale et de la domination des pays riches sur le reste du monde.

Repères bibliographiques

Atlas de la mondialisation, édition Autrement, 2005
G. Dorel, La Puissance des États, La documentation Photographique n° 8006, La documentation française, 1998
P. Cadène, Les Très grandes villes du monde, Sedes-CNED, 2000.
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