La Chine et l'Inde de l'Antiquité

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L'essentiel

Pendant la période de l'Antiquité, l'Inde et la Chine sont le berceau de grandes dynasties et d'empires au sein desquels naissent des philosophies qui imprègnent, encore aujourd'hui, les sociétés d'Extrême-Orient. C'est vers l'an 1 000 que la dynastie des Zhou apparaît en Chine. Celle-ci règne alors sur une société de type féodal. La vie intellectuelle est toutefois féconde et, vers le vie siècle av. J.-C., plusieurs écoles de pensée s'affirment :
  • celle des légistes, représentée par Han Fei ;
  • celle de Confucius qui souhaite confier l'administration de l'État à une classe d'hommes vertueux ;
  • celle de Lao-Tseu (le taoïsme) qui préconise au contraire une philosophie du « non-agir ».
En −221, Zeng fonde la dynastie des Qin qui donne son nom à la Chine. S'appuyant sur la pensée des légistes, il unifie le royaume. Ses successeurs, les Han, adoptent le confucianisme. Sous leur règne, la Chine développe son commerce, entre en contact avec l'Occident et s'ouvre au bouddhisme. Ce dernier vient de l'Inde. Fondée par les Aryens, la société indienne est organisée selon le système des castes. L'hindouisme y entretient la croyance en la réincarnation (transmigration des âmes) définie par les actes de la vie terrestre (le karma). Au vie siècle, le prince Gautama reçoit l'Éveil et fonde le bouddhisme. Pour se libérer de la souffrance et du cycle des réincarnations, il préconise le respect de nombreuses vertus. Le prince Açoka (dynastie des Maurya) se convertit au bouddhisme qui se répand alors dans toute l'Inde. Sous l'empire des Gupta (320-535), l'Inde antique atteint son apogée culturelle.
Chronologie indicative
Chine
  • −1 000 : Début de la première dynastie, celle des Zhou.
  • −570 : Naissance de Lao Tseu.
  • −551 : Naissance de Confucius.
  • −221 : Zeng fonde la dynastie des Qin.
  • −206 : Début de la dynastie des Han.
Inde
  • −556 : Naissance du Bouddha.
  • −544 : Le Bouddha atteint l'Éveil.
  • −327 : Incursion d'Alexandre le Grand au Panjab.
  • −322 : Les Mauryas accèdent au pouvoir ; Chandragupta Maurya fonde le premier empire indien.
  • −272 : Début du règne d'Açoka.
  • 320 : Chandragupta I fonde la dynastie des Gupta.
  • 375 : Début du règne de Chandragupta II ; âge d'or de la renaissance littéraire des Gupta.

La fiche

Dès l'Antiquité, l'Asie voit se développer de grands empires, en Chine et en Inde notamment. Des écoles de pensée ou des religions voient le jour, qui marquent encore le monde contemporain. Peut-on dire que la période antique fut aussi brillante en Orient qu'elle le fut à la même époque dans le Bassin méditerranéen ?
La Chine
Les premières dynasties chinoises remontent au xvie siècle av. J.-C. avec les Chang. Les Zhou leur succèdent vers l'an 1 000 av. J.-C. Féodale, la société est alors dominée par des guerriers mais administrée par des religieux. De grands philosophes fondent leurs écoles de pensée.
La dynastie des Zhou
• Au xie siècle, les Zhou occidentaux établissent leur capitale à Hao et règnent sur la moitié nord de la Chine actuelle. État féodal, la terre royale est entourée des domaines des vassaux. Ce modèle centralisé se retrouve dans la manière de répartir la terre qui est organisée en parcelles carrées, elles-mêmes divisées en neuf parties égales. Les huit parcelles périphériques sont attribuées à des paysans unissant leurs efforts pour cultiver la parcelle centrale qui revient à un noble. Peu à peu, le pouvoir central s'affaiblit au profit des vassaux.
• De −770 à −256, sous les Zhou orientaux (qui sont chassés vers l'est par des tribus nomades et qui fondent une nouvelle capitale à Luoyang), de grandes principautés se constituent. L'affaiblissement du pouvoir des Zhou plonge la Chine dans une période de guerres permanentes, celle dite des « royaumes combattants » (−403 à −221), lesquels royaumes mettent un terme à la dynastie.
La naissance de la pensée chinoise
• Paradoxalement, c'est pendant la période d'instabilité de la dynastie des Zhou que naissent les plus importantes écoles de la philosophie chinoise. Après avoir occupé les plus hautes fonctions, ministre de la Justice puis Premier ministre, Kongfuzi, c'est-à-dire maître Kong, connu en Occident sous le nom de Confucius (551-479 av. J.-C.), se retire des affaires et se met à enseigner. Conseillant de s'appuyer sur l'expérience, il prône le respect de la morale politique et incite les princes à s'entourer d'une classe d'hommes vertueux.
• Incarnée par l'écrivain Han Fei, l'école des légistes préconise la construction d'un État fort et centralisé où la coutume serait remplacée par un corps de réglementations très strict.
• À l'opposé, Lao-Tseu enseigne comment se conduire de manière à ne pas contrarier l'équilibre naturel des choses (équilibre entre le yin et le yang). Il fixe ainsi les grands principes du taoïsme. Pour être en harmonie avec le Tao, l'homme doit pratiquer le « non-agir ». Sur le plan politique, Lao-Tseu prône le retour à une vie agraire primitive.
Les Qin et les Han
• En −221, Zeng se proclame souverain des six États qui survivent de la période des « royaumes combattants » et fonde la dynastie des Qin, celle qui donnera son nom à la Chine. L'écriture est normalisée et les poids, mesures et monnaies sont unifiés. Le royaume s'étend dans toutes les directions et, pour le protéger, l'Empereur achève la construction de la Grande Muraille. À sa mort (−210), Zeng est enterré dans un vaste mausolée près de Lintong, accompagné d'une armée de terre cuite de 6 000 soldats grandeur nature.
• La levée des impôts nécessitée par la défense de l'Empire produit des révoltes. La dynastie des Qin est renversée au profit de celle des Han (−206). Contre les légistes qui avaient triomphé sous leurs prédécesseurs, les nouveaux empereurs adoptent le confucianisme. Sous le règne de Wudi (de −140 à −87), l'équivalent du territoire de la Chine actuelle est soumis à l'ordre impérial.
• Une période de troubles marque le début de notre ère. Une fois la paix revenue, la Chine poursuit son extension vers l'Ouest (ier siècle), développe son commerce avec l'Occident (contrôle de la route de la soie) et découvre le bouddhisme. À partir du iiie siècle, à l'instar de l'empire romain à la même époque, l'empire chinois se divise. Au ive siècle, deux Chine coexistent, celle du Nord (capitale Pingcheng, aujourd'hui Datong) et celle du Sud (capitale Nankin).
L'Inde
En Inde, après les invasions aryennes et la période védique, une société de castes se met en place. Au ve siècle av. J.-C., le Bouddha répand son enseignement. De grandes dynasties fondent ensuite des empires qui dirigent la péninsule jusqu'à la fin du ve siècle de notre ère.
Invasions aryennes et Védas
• Venus d'Asie centrale, les Aryens apparaissent en Inde vers 1 500 av. J.-C. Ces envahisseurs gagnent progressivement le sud de la péninsule indienne où ils fondent de petites républiques ou royaumes organisés selon le système des castes. Organisation sociale très rigide, ce système fixe les individus à l'intérieur d'un groupe dont la cohésion est maintenue par hérédité et endogamie. L'ordre est préservé par l'absence de toute mobilité sociale entre les quatre groupes (ou varna) : les guerriers (kshatriyas), les prêtres (brahmanes), les paysans et marchands (vayshias) et les serviteurs (shudras). Les parias (parmi lesquels les intouchables) sont hors classes.
• Les Aryens sont aussi à l'origine des Védas, les écrits les plus anciens de la religion hindouiste, rédigés en sanskrit. Aux côtés d'une multitude de divinités auxquelles ils vouent des cultes variés, les hindous vénèrent tout particulièrement Shiva et Vishnou. Ils croient en la réincarnation (transmigration des âmes ou samsara), dont le résultat est déterminé par les actes des vies antérieures (le karma). Combinée avec le système des castes, cette religion structure la société indienne et oriente les comportements de chaque individu de manière très rigide.
Le Bouddha
• Au vie siècle avant notre ère, soucieux de s'affranchir du cycle des réincarnations, un jeune prince du nom de Gautama, qui se consacre à la méditation, reçoit l'Éveil. Il devient ainsi le Bouddha (c'est-à-dire l'Éveillé). Fort de cette expérience, il se met à prêcher et fonde une communauté de moines mendiants qui, à sa mort, codifie son enseignement. Pour lui, l'existence est faite de souffrances dont on peut toutefois s'affranchir en suivant « la Voie aux Huit Étapes ». Le respect des vertus prôné par cette Voie permet de se libérer de la souffrance et du cycle des réincarnations pour accéder au Nirvana, état d'éveil ou de conscience qui se situe au-delà de toute définition. Le bouddhisme se répand à travers toute l'Inde.
Les empires
• En −326, Alexandre le Grand s'empare du Panjab. L'Inde reçoit alors des influences grecques. Quelques années plus tard (−321), Chandragupta réalise la première unification de la péninsule indienne et fonde la dynastie des Maurya. Son petit-fils Açoka (de −273 à −232) crée le premier empire indien (capitale Palatiputra). Le rayonnement de cet empire est considérable, mais il ne survit pas longtemps à la disparition de son fondateur. Une très longue période d'instabilité et d'invasions successives y fait suite.
• Il faut attendre l'émergence de l'empire Gupta vers 320 de notre ère pour voir une nouvelle période de puissance et de prospérité s'établir en Inde : le sous-continent connaît alors son âge d'or sur le plan culturel et artistique. Sculptures et peintures murales témoignent de la grande maîtrise des artistes. Le poète Kalidasa crée des épopées et des pièces de théâtre. L'invasion des Huns et l'indépendance croissante des grands feudataires entraînent la disparition de cet empire vers 540.
Avec Confucius, Lao-Tseu ou le Bouddha, l'Asie de l'Antiquité voit ainsi se développer des pensées et des cultures dont l'influence est aussi importante que celles de la philosophie de Socrate ou de la révolution chrétienne en Occident.

Zoom sur…

Quelques aphorismes taoïstes (Lao Tseu)
  • « La vie est un départ et la mort un retour. »
  • « Choisis en politique le bon ordre. Choisis en affaire l'efficacité. Choisis pour agir l'opportunité. Ne rivalise point : tu seras sans reproche. »
  • « Quand l'œuvre des meilleurs chefs est achevée, le peuple dit : c'est nous qui avons fait ça. »
  • « Le plus grand conquérant est celui qui sait vaincre sans bataille. »
  • « Je traite avec bonté ceux qui ont la bonté ; je traite avec bonté ceux qui sont sans bonté. Et ainsi gagne la bonté. »

Pour aller plus loin

À voir
  • Asoka, du réalisateur Indien Santosh Sivan, 2001.
À visiter
  • Musée Guimet, le musée national des arts asiatiques, et son site www.guimet.fr.
Repères bibliographiques
  • Isabelle Robinet, Comprendre le Tao, Albin Michel, coll. « Spiritualités vivantes », 2002
  • H.-G. Creel, La Pensée chinoise de Confucius à Mao Tseu-tong, Payot, coll. « Bibliothèque scientifique Payot », 1955.
  • Alexandra David-Neel, Le bouddhisme du Bouddha, éditions du Rocher.
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