La fin de la guerre froide, aube d'un nouvel ordre mondial (1975-1995) ?

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L'essentiel

Deux ans seulement après les accords d'Helsinki qui témoignaient de l'apaisement des relations Est-Ouest, l'URSS repasse à l'offensive. Sur tous les continents, elle soutient de nouveaux régimes marxistes. En Europe, le déploiement de missiles SS-20 rompt l'équilibre de la terreur. En 1979, l'armée soviétique entre en Afghanistan. C'est l'époque de la guerre fraîche. Paralysés par la révolution iranienne et affaiblis par le second choc pétrolier, les États-Unis tardent à réagir. Sous l'impulsion du Président Reagan (1980-1988), ils repassent enfin à l'offensive en finançant les guérillas antimarxistes, déployant des fusées Pershing en Europe et relançant la course aux armements (projet IDS). L'URSS peine à suivre, d'autant plus que Gorbatchev entreprend des réformes économiques (perestroïka) qui libèrent les mouvements d'opposition. Le retrait des forces militaires en Europe de l'Est favorise le renversement des régimes communistes (1989). L'URSS est elle-même atteinte par le mouvement d'émancipation des peuples et disparaît en 1991. Un nouvel équilibre mondial se met en place. Pendant un moment, l'ONU semble pouvoir jouer le rôle pour lequel elle a été instituée : de nombreux conflits s'achèvent sous sa médiation. Mais d'autres surgissent et l'émergence d'un terrorisme international pousse les Américains à user de leur hégémonie pour imposer un ordre conforme à leurs seuls intérêts nationaux.
Chronologie indicative
  • 1977 : Coup d'État marxiste (Mengistu) en Éthiopie ; déploiement des premiers SS-20 soviétiques en Europe de l'Est.
  • 1978 : Accords de Camp David entre Israël et l'Égypte.
  • 1979 : Intervention soviétique en Afghanistan ; révolution à Téhéran ; les sandinistes au pouvoir au Nicaragua.
  • 1983 : Reagan lance l'Initiative de défense stratégique (IDS).
  • 1985 : Gorbatchev lance la perestroïka.
  • 1987 : Traité de Washington sur le désarmement.
  • 1989 : Chute du mur de Berlin.
  • 1991 : Disparition de l'URSS ; début de la guerre en Yougoslavie.
  • 1992 : Traité de  Maastricht instituant l'Union européenne.
  • 1993 : Fondation de l'ALENA.
  • 1995 : Naissance de l'Union européenne.

La fiche

La Détente (1963-1975) avait apaisé les relations Est-Ouest. Pour autant, les États-Unis et l'URSS n'avaient pas renoncé à imposer leur ordre. Comment s'achève leur confrontation ? Peut-on dire que les États-Unis ont gagné la guerre froide ? La disparition de l'URSS permet-elle la mise en place d'un ordre mondial pacifié ?
La guerre fraîche (1977-1984)
Brutalement, en 1977, les Soviétiques mettent un terme aux négociations sur le désarmement qu'ils menaient avec les États-Unis. Sur tous les continents, l'URSS repasse à l'offensive. Mais le bloc de l'Ouest réagit alors que la donne change au Moyen-Orient.
Offensives soviétiques
• La guerre du Viêtnam a affaibli les États-Unis. Leonid Brejnev tente d'en profiter pour favoriser l'expansion communiste dans le monde. S'appuyant sur les troupes cubaines, il soutient les régimes marxistes qui s'installent en Angola ou au Mozambique (1975) ; il aide aussi Mengistu, le nouvel homme fort en Éthiopie (1977). En 1979, la victoire sandiniste au Nicaragua transforme ce pays d'Amérique centrale en nouveau Cuba tandis que l'Armée rouge envahit l'Afghanistan pour y maintenir le régime communiste local. L'Europe est elle aussi le théâtre d'un nouveau bras de fer. L'URSS y déploie des missiles SS-20, un arsenal qui déséquilibre le rapport de force militaire et crée de nouvelles tensions entre les deux blocs.
Les répliques américaines
• La révolution iranienne et le second choc pétrolier de 1979 accentuent les difficultés des Américains. Mais sous la présidence de Ronald Reagan (1980-1988) qui lance une véritable croisade contre « l'Empire du Mal », les Américains réagissent enfin : c'est la « guerre fraîche ». En Afghanistan (où ils arment des moudjahiddines), au Nicaragua (où ils aident les Contras) ou en Angola, ils soutiennent les guérillas anticommunistes ; en 1983, les marines débarquent même sur l'île de la Grenade pour y renverser un régime prosoviétique. En Europe, ils déploient des fusées Pershing II ; puis Reagan lance un défi technologique à l'URSS, projetant un programme « Initiative de défense stratégique » (l'IDS) qui mettrait le territoire américain sous la protection d'un bouclier antinucléaire. Le projet, que l'URSS ne peut suivre, rompt l'équilibre de la terreur.
La montée de l'islamisme
• Dans ce contexte, la donne change au Moyen-Orient. Les accords de Camp David (1978-1979), instituant la paix entre l'Égypte et Israël laissaient espérer la pacification de la région. L'instauration d'une République islamique en Iran (1979) puis le déclenchement par Saddam Hussein d'une guerre entre l'Irak et l'Iran (1980-1988) l'embrasent. La guerre civile éclate au Liban où l'armée israélienne intervient (1982) pour en chasser l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) de Yasser Arafat. L'absence de perspective de paix en Palestine favorise la radicalisation des opinions. L'action terroriste (attentats suicides de Beyrouth en 1983) et l'islamisme se développent, enfermant toute la région dans une situation de violence sans précédent.
La fin de la guerre froide (1985-1991)
Déstabilisée par ses problèmes intérieurs, l'URSS ne peut relever le défi lancé par les États-Unis. Accédant au pouvoir en 1985, Mikhaïl Gorbatchev lance un programme de réformes, mais le régime n'y survit pas.
Réformes en URSS
• Pour sauver le système communiste, Gorbatchev décide de réorganiser l'économie soviétique. Son programme de perestroïka (ou « restructuration ») vise à stimuler l'initiative individuelle, à décentraliser l'économie et à favoriser l'autofinancement des entreprises. Pour éviter qu'il ne soit détourné de ses objectifs, il inscrit ce projet dans la glasnost (ou « transparence »), opération qui conduit à libéraliser les médias. Un secteur privé apparaît et le pays commence sa mue, mais l'inflation et le risque de chômage instillent le doute dans l'esprit des populations.
Désatellisation du bloc soviétique
• Pour moderniser l'économie soviétique, Gorbatchev a besoin de capitaux. Il en demande aux Occidentaux qui se retrouvent ainsi en position de force. Suspendre la course aux armements et réduire les forces militaires stationnées en Europe sont les autres moyens mis en œuvre par Gorbatchev. En 1987, il signe le traité de Washington supprimant les euromissiles ; quatre ans plus tard, le traité START 1 (Strategic Arms Reduction Talks) instaure une véritable dynamique de désarmement.
• La décision de retirer les troupes stationnées dans les pays satellites, couplée aux réformes provoque une série de révolutions en Europe de l'Est. En 1989, la Hongrie ouvre sa frontière avec l'Autriche. Une brèche est ouverte dans le rideau de fer. En quelques semaines, les régimes communistes s'effondrent (Révolution de velours en Tchécoslovaquie, mais chute violente du couple Ceausescu en Roumanie) et le mur de Berlin tombe (novembre 1989). L'URSS se désengage aussi des pays du tiers-monde et son armée se retire d'Afghanistan. Sous le parrainage de l'ONU, les accords de paix se multiplient sur les lieux des anciens conflits périphériques de la guerre froide.
L'implosion de l'URSS
• Au printemps 1990, les pays baltes proclament à leur tour leur indépendance. L'URSS est menacée dans ses fondements. Pour sauver l'empire, les conservateurs du parti communiste tentent un coup d'État qui provoque la démission de Gorbatchev (août 1991). Mais l'armée ne suit pas les putschistes. Président de la République de Russie, Boris Eltsine proclame alors l'indépendance de celle-ci. L'URSS disparaît presque aussitôt (décembre 1991). Une Communauté d'États indépendants (CEI) s'institue sur ses ruines.
• La Chine, qui refuse au même moment la démocratie en réprimant durement sa jeunesse (massacre de la place Tienanmen), reste la seule grande puissance communiste (en plus de Cuba, de la Corée du Nord et du Viêtnam).
Nouvel ordre ou désordre mondial (1992-2006)
La disparition de l'URSS met un terme à la guerre froide. George Bush annonce la mise en place d'un nouvel « ordre mondial ». Mais de nouveaux conflits surgissent rapidement.
L'Europe restructurée
• La démocratisation des pays de l'Europe de l'Est et leur conversion à l'économie de marché les plongent dans une difficile période de transition. Les programmes d'assistance et les capitaux apportés par la Banque européenne de reconstruction et de développement (BERD) les aident à surmonter les principales difficultés. L'Allemagne est réunifiée (1990), la communauté européenne s'étend et se transforme (1995). L'intégration des pays de l'Est à l'OTAN (Tchéquie, Pologne et Hongrie dès 1999) ou à l'Union européenne (2004) unifie le continent.
• La paix, pourtant, ne s'étend pas partout. En 1991, la Yougoslavie implose sous l'impact des nationalismes, et la guerre embrase la région. L'ONU et l'OTAN ne parviennent pas à empêcher les massacres interethniques (massacre de Srebrenica). En 1999, la guerre du Kosovo oblige les forces de l'OTAN à bombarder Belgrade.
Guerre du Golfe et réformes de l'ONU
• Le 2 août 1991, l'Irak envahit le Koweït. L'ONU condamne l'opération. Au nom du respect du droit international, le recours à la force est voté par le Conseil de sécurité. Menée par les Américains au nom de la communauté internationale, l'opération « Tempête du désert » permet de libérer le Koweït.
• L'ONU se dote également de nouveaux moyens d'action. En 1988, elle définit le droit d'ingérence pour raisons humanitaires. En 1993, elle crée le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPI) qui se transforme en Cour pénale en 2002. Celle-ci peut engager des poursuites contre tout chef d'État jugé coupable de crimes contre l'humanité. L'ONU se veut la garante d'un ordre mondial fondé sur le droit. Elle tente aussi d'apaiser les relations internationales en développant son action civile et de coopération internationale.
• Née en 1995, l'Organisation mondiale du Commerce s'efforce de régir le commerce international. Les autres organismes civils (UNESCO, UNICEF, OMS, FAO, etc.) poursuivent l'œuvre pour laquelle ils ont été fondés.
Nouveaux désordres et pax americana
• L'ONU peine toutefois à imposer la paix. Outre les Balkans (1991-1999), de nouveaux conflits apparaissent : en Algérie (1992), au Rwanda (1994), en Tchétchénie (depuis 1994), au Darfour (2003) par exemple. Des États comme la Corée du Nord, l'Iran de Mahmoud Ahmadinejad ou Israël bravent ses résolutions. En outre, depuis septembre 2001, l'organisation Al-Qaida fait peser sur le monde de nouveaux dangers contre lesquels l'ONU n'est pas armée. Se considérant en état de guerre contre le terrorisme islamiste, les États-Unis s'en prennent au régime des talibans en Afghanistan puis, à l'insu de l'ONU, lancent une offensive contre l'Irak (2003).
• Sans rivaux sur la scène internationale, les Américains entreprennent d'agir dans le monde en fonction de leurs seuls intérêts et dans le cadre d'une diplomatie unilatérale qui discrédite l'ONU. La « paix américaine » s'impose, que seul limite le soutien financier et politique que les États-Unis attendent de leurs alliés traditionnels.
L'hégémonie américaine témoigne de la victoire acquise par les États-Unis dans le cadre de la guerre froide. Mais le nouvel ordre mondial n'a fait que déplacer les lignes de front d'une opposition Est-Ouest à une opposition Nord-Sud. En outre, la « paix américaine » ne signifie pas l'absence de guerre, laquelle aujourd'hui a seulement changé de forme.

Zoom sur…

Réformes de l'ONU
Organisation fondée par les États vainqueurs du second conflit mondial, l'ONU n'apparaît plus adaptée à la réalité du monde contemporain. Face aux menaces du terrorisme international, ses structures semblent totalement obsolètes. Droit d'ingérence (1988) et Cour pénale internationale (2002) sont des tentatives d'adaptation qui restent insuffisantes. L'un des sujets prioritaires concerne la réforme du Conseil de sécurité. Outre son élargissement (à 24 membres au lieu de 15), la question porte sur le nombre de membres permanents, leur identité et le maintien ou non de leur droit de veto. Quatre États sont pressentis (Brésil, Allemagne, Inde et Japon), mais les candidatures de l'Allemagne et de l'Inde sont contestées (respectivement par l'Italie et le Pakistan). Ces candidats seraient prêts à renoncer à un droit de veto qui serait maintenu pour les cinq membres permanents actuels. Toutefois les Américains restent rétifs à tout projet qui pourrait limiter leur liberté d'action.

Pour aller plus loin

À voir
  • Good Bye Lenin, Wolfgang Becker, 2003.
À consulter
Repères bibliographiques
  • M. Heurtaux, L'ONU, coll. « Les Essentiels », Milan, 1995.
  • F. Burgat, L'Islamisme à l'heure d'Al Qaida, La Découverte, 2005.
  • G.-H. Soutou, La Guerre de cinquante ans, Fayard, 2001.
  • G. Bush, Journal d'un président : 1942-2005, Odile Jacob, 2005.
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