La France du xixesiècle ou l'affirmation d'une nation moderne

-----------------------------------------------

L'essentiel

À l'aube du xixe siècle, Napoléon Ier met un terme à la Révolution. Dans le cadre d'un régime autoritaire, il unifie la France et y réglemente toutefois l'égalité de droit. Mais la lutte contre les monarchies européennes a raison de l'Empire et les Bourbons retrouvent leur trône en 1815. La restauration monarchique ne résiste pas au progrès des idées républicaines. Si Louis Philippe, « le roi des Français », parvient à amorcer la révolution industrielle, les révolutions politiques de 1830 et 1848 ont raison des Capétiens (Bourbons et Orléans). Élu président de la IIe République (1848), Louis Napoléon Bonaparte usurpe le pouvoir et rétablit l'Empire (1851). Son volontarisme politique permet de moderniser Paris et la France. Mais son règne s'achève sur une lourde défaite militaire contre la Prusse (1870). Entre une majorité royaliste divisée et l'insurrection de la Commune (1871), la IIIe République peine à s'imposer. À partir de 1880, malgré des crises graves (affaire Boulanger en 1889, affaire Dreyfus en 1898), les républicains mettent en œuvre les réformes qui démocratisent le pays (école obligatoire, laïcisation de la société, libertés fondamentales).
Chronologie indicative
  • 1804 : Sacre de Napoléon Ier ; édition du Code civil.
  • 1815 : Avènement de Louis XVIII.
  • 1830 : Trois Glorieuses, avènement de Louis Philippe Ier d'Orléans.
  • 1848 : IIe République.
  • 1851 : Coup d'État de Louis Napoléon Bonaparte.
  • 1867 : Réformes libérales.
  • 1870 : Guerre franco-prussienne ; chute de l'Empereur et proclamation de la République.
  • 1871 : Capitulation de la France ; Commune de Paris.
  • 1875 : Lois constitutionnelles de la République.
  • 1881 : Réformes républicaines de Jules Ferry (école obligatoire, loi sur les libertés).
  • 1889 : Crise boulangiste.
  • 1898 : Parution de J'accuse d'Émile Zola, affaire Dreyfus.

La fiche

La France du xixe siècle connaît une grande instabilité (pas moins de huit régimes différents, quatre révolutions et deux coups d'État sans compter ceux qui ont échoué). Cette inconstance politique s'inscrit sur fond de révolution industrielle. En quoi ces bouleversements sont-ils constitutifs de la modernité de la France du xixe siècle ?
La stabilisation politique (1799-1848)
Après les troubles de la Révolution, entre monarchie ou république, les Français hésitent pendant près d'un demi-siècle.
Napoléon, continuateur ou fossoyeur de la Révolution ?
• Héritier de la Révolution dont il fut le serviteur, Napoléon Bonaparte déclare : « La Révolution est fixée aux principes qui l'ont commencée, elle est finie. » Par le Consulat (1799-1804), puis l'Empire (1804-1815), il instaure un régime autoritaire. Il détient tous les pouvoirs politiques. La centralisation administrative est totale ; police et censure surveillent la population. Avec le livret ouvrier, la classe ouvrière est étroitement contrôlée, le droit de grève est supprimé et l'esclavage est rétabli (1802). Une nouvelle noblesse s'établit.
• Napoléon n'enterre pas pour autant tous les acquis de la Révolution. Par le Code civil (1804), il confirme l'égalité des droits de 1789. Ses réformes économiques (création du franc germinal et de la Banque de France, unification des poids et des mesures), administratives (nomination des préfets et des maires) et religieuses (concordat de 1801 par lequel le catholicisme, « religion de la majorité des Français », n'est plus religion d'État) unifient le pays dans l'esprit de la Révolution. Pour gouverner, il s'appuie sur la bourgeoisie dont il garantit la propriété privée.
La restauration manquée
• Si l'Empire est populaire en France jusqu'en 1812, il mobilise contre lui des coalitions étrangères. Pour les abattre, Napoléon est contraint à la guerre et impose un blocus continental à l'Angleterre. Vaincu, il est déchu et, malgré l'épisode des Cent-Jours, les Bourbons sont rétablis sur le trône de France : c'est la Restauration.
• Louis XVIII ne rétablit pas pour autant l'Ancien Régime. La charte de 1814 lui octroie l'exécutif et un contrôle étroit du législatif, mais il ne peut revenir sur tous les acquis de 1789. Charles X, son successeur, s'y essaye, mais il bute sur un vaste mouvement de contestation. Les trois journées glorieuses de juillet 1830 le chassent du pouvoir au profit de son cousin, Louis-Philippe d'Orléans.
• Une monarchie parlementaire, la monarchie de Juillet, plus libérale se met en place. Pendant 18 ans, sous la direction de Guizot, elle modernise le pays, mais ne parvient pas à répondre aux aspirations de plus en plus fortes de l'opposition républicaine. À la faveur de la crise économique de 1846-1848, la monarchie est renversée.
Les échecs républicains (1830 et 1848)
• Les républicains voient leurs idées progresser dans l'opinion, mais le pouvoir leur échappe. En 1830, s'ils sont à l'origine de la révolution, ils se font déposséder de leur victoire par l'habileté de Louis-Philippe. Forts de cette expérience, ils fondent la IIe République en 1848. Mais les divisions entre modérés et socialistes profitent à Louis Napoléon Bonaparte : élu président de la République avec 74 % des suffrages, celui-ci s'empare du pouvoir par le coup d'État du 2 décembre 1851 et instaure le Second Empire.
La modernisation économique (1840-1871)
Les règnes de Louis-Philippe et de Napoléon III sont suffisamment longs et ces deux princes assez modernes pour permettre le décollage de l'économie nationale.
Les débuts de la révolution industrielle
• Sous la direction de ministres acquis aux idées nouvelles (Thiers ou Guizot), le pays s'équipe. Les premières lignes de chemin de fer sont construites. Le réseau ferré national passe de 600 à 1 850 km. Avec un rythme de croissance de 3,5 % par an, les revenus agricoles et le pouvoir d'achat augmentent et favorisent la hausse de la production industrielle. Mais la paupérisation de la classe ouvrière témoigne des limites du système.
La modernisation du Second Empire
• Napoléon III entreprend de moderniser la France par une politique d'intervention de l'État. Il achève son équipement ferroviaire, aménage des ports (Marseille, Le Havre), transforme Paris en construisant ses gares (Orsay, gare de Lyon, gare du Nord, etc.) et ses grands magasins (le Bon Marché, la Samaritaine). Napoléon III encourage la colonisation agricole des Landes et de la Sologne et la modernisation des structures bancaires (création de la Société Générale en 1859). Il assouplit la législation commerciale. En 1860, il signe le traité de libre-échange avec l'Angleterre qui limite les taxes douanières entre les deux pays.
La colonisation
• Cette modernisation s'accompagne d'annexions coloniales. Dès 1830 commence la conquête de l'Algérie. Les premiers établissements français au Gabon, en Côte-d'Ivoire, à Madagascar ou à Mayotte sont établis sous la monarchie de Juillet. La conquête du Sénégal s'amorce en 1854. En 1857, la grande Kabylie est occupée. Ces territoires fournissent matières premières et débouchés. C'est la première étape d'un processus d'expansion qui trouvera son apogée à la fin du siècle et achèvera la modernisation économique et politique de la France.
La démocratisation politique (1871-1900)
L'accession des républicains au pouvoir achève la mutation politique déclenchée un siècle plus tôt, en 1789.
L'échec libéral de Napoléon III
• Critiqué par les catholiques qui désapprouvent sa politique de soutien à l'unité italienne et par les industriels qui lui reprochent le traité de libre-échange de 1860, Napoléon III cherche de nouveaux soutiens politiques du côté des républicains. Dans ce but, il libéralise son régime. Aux ouvriers, il accorde le droit de grève (1864) ; au corps législatif, il cède l'initiative des lois (1869), puis charge Émile Ollivier de former un gouvernement représentatif de l'Assemblée. Mais la guerre contre la Prusse met un terme à l'expérience.
L'affirmation difficile de la République
• La défaite militaire subie à Sedan (1er septembre 1870) met fin à l'Empire. En pleine guerre, la République est proclamée. Mais le gouvernement du 4 septembre ne parvient pas à renverser la situation militaire et la France capitule. Elle perd l'Alsace et la Lorraine du Nord. Le refus de la capitulation plonge le pays dans la guerre civile. Un gouvernement révolutionnaire s'établit à Paris : c'est la Commune. La répression est sanglante. La paix civile rétablie, un régime d'ordre moral dominé par les monarchistes se met en place.
• Entre monarchie et république, les Français restent alors divisés. Le débat constitutionnel est long : il faut attendre 1875 pour que trois lois fondent enfin la IIIe République. L'exécutif est confié pour sept ans à un président ; dotées du pouvoir législatif, ce sont surtout les deux assemblées qui dominent la vie politique. Il faut toutefois attendre 1879 pour voir les républicains contrôler l'ensemble des institutions et les Français se convertir à la république.
La consolidation de la République
• À partir de 1880, les républicains peuvent entreprendre la démocratisation du pays. Les lois de 1881 rétablissent les libertés. En 1884, la liberté d'association institue le droit syndical. Les lois Ferry créant l'école obligatoire et gratuite (1882) démocratisent l'instruction. Celle-ci doit être un instrument de promotion sociale : elle diffuse les valeurs de la République et favorise l'unification nationale par l'usage du français au détriment des dialectes locaux interdits. Au nom de la liberté de croyance, des mesures de laïcisation de la société sont votées.
• Des crises ébranlent la République : menace d'un coup d'État par le général Boulanger (1889), scandale de Panama (1892), attentats anarchistes et assassinat du président Sadi Carnot (1894), affaire Dreyfus (1898). Mis en danger, le régime surmonte pourtant ces moments difficiles.
À l'aube du xxe siècle, la France est ainsi devenue une nation démocratique et développée. Elle est entrée de plain-pied dans la modernité.

Zoom sur…

La Commune de Paris
Le 18 mars 1871, au lendemain de la défaite contre la Prusse, le gouvernement de Thiers (installé à Versailles) décide de désarmer la garde nationale de Paris. Cette mesure déclenche une révolte des Parisiens qui refusent la capitulation. Quelques jours plus tard, une Commune insurrectionnelle est proclamée. Les réformes socialistes qu'elle entreprend, ses divisions internes et la guerre civile menée contre les forces versaillaises l'affaiblissent. Du 23 au 28 mai (« semaine sanglante »), les Versaillais entrent dans Paris et répriment violemment le mouvement. Entre la réaction patriotique de mars et les réformes révolutionnaires de mai, la Commune n'a pas réussi à préserver le soutien populaire sur lequel elle s'était établie à ses débuts.
Faut-il réhabiliter Napoléon III ?
Napoléon le Petit : en titrant ainsi un ouvrage hostile à l'empereur, Victor Hugo a orienté pour longtemps, de façon négative, le regard porté sur Napoléon III. Le souvenir d'un régime balayé par le désastre de 1870 a fait le reste. L'empereur mérite-t-il l'opprobre qui s'attache à sa mémoire ? Napoléon III a ses torts, mais son règne n'est pas aussi désastreux que son illustre adversaire, forcé à l'exil, a bien voulu le laisser accroire. À défaut de réhabilitation, il faut rendre à César ce qui lui appartient : la modernisation économique de la France, la rénovation de Paris, le rattachement de Nice et de la Savoie notamment.
À ce sujet, lire :
  • « Faut-il réhabiliter Napoléon III ? », dossier de la revue L'Histoire, n°211, juin 1997 ;
  • Victor Hugo, Napoléon le Petit, 1852.

Pour aller plus loin

À visiter
  • Musée Napoléon Ier au château de Fontainebleau.
  • Musée des Invalides, à Paris.
  • Château de la Malmaison, à Rueil-Malmaison.
Repères bibliographiques
  • L. Girard, Napoléon III, Fayard, 1986.
  • T. Lentz, Napoléon, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », 2003.
  • I. Backouche, La Monarchie parlementaire, 1815-1848, de Louis XVIII à Louis-Philippe, Pygmalion, 2000.
  • J. Leduc, L'Enracinement de la République (1879-1918), coll. « Histoire de la France contemporaine », 1991.
------------------------------------------------------------
copyright © 2006-2018, rue des écoles