La littérature francophone au xxe siècle

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Les œuvres clés

  • 1921 : Batouala, Maran
  • 1937 : Pigments, Damas
  • 1947 : Cahier d'un retour au pays natal, Césaire (écrit en 1939)
  • 1950 : Le Fils du pauvre, Feraoun
  • 1953 : L'Enfant noir, Laye
  • 1954 : L'Incendie, Dib
  • 1956 : Nedjma, Yacine
  • 1963 : Contes et Lavanes, Diop
  • 1968 : Le Soleil des indépendances, Kourouma
  • 1969 : La Répudiation, Boudjedra
  • 1972 : La Civilisation, ma mère !…, Chraïbi
  • 1973 : L'Étrange destin de Wangrin, Hampaté Bâ
  • 1974 : Remember Ruben, Beti
  • 1979 : Une si longue lettre, Bâ
  • 1987 : La Nuit sacrée, Ben Jelloun

La fiche

On appelle « littérature francophone » toute littérature d'expression française écrite par des écrivains non-français. Aussi est-il quelque peu abusif de ranger sous cette appellation tous les écrivains des DOM-TOM, dans la mesure où ils sont français. Nous nous permettrons cependant de le faire, tant la littérature antillaise, notamment au xxe siècle, est à part dans le paysage de la littérature française. À l'image des écrivains du Maghreb et d'Afrique noire, elle tente de retrouver sa culture, que la colonisation française avait étouffée ou dénaturée, en s'appropriant la langue qui leur fut jadis imposée.
La littérature québécoise, à côté de l'hégémonie anglophone canadienne, est également, à sa manière, une littérature identitaire, voire de résistance, preuve s'il en est du caractère indissociable d'une langue avec les racines de son peuple.
Littérature maghrébine
L'après-guerre : conquête d'une identité
• La littérature maghrébine prend son essor au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, parallèlement à l'émergence de mouvements nationalistes dénonçant les abus des colonisateurs, l'injustice sociale, la discrimination et l'intolérance. Dans les années 1950, des écrivains comme Mouloud Feraoun (1913-1962), Kateb Yacine (1929-1989) ou le Tunisien Albert Memmi (né en 1920) s'insurgent, à travers des romans d'un réalisme parfois cruel, contre l'impérialisme colonial.
• Ce qui fait la force de ces romans est l'absence de manichéisme : Feraoun, dans son récit autobiographique Le Fils du pauvre (1950), n'hésite pas à mettre aussi en cause la rigidité de la société islamique, repliée sur ses traditions. Ce grand écrivain, assassiné par l'OAS en 1962, est emblématique d'une génération d'intellectuels algériens de la première moitié du xxe siècle, tiraillés entre leur parcours « français » et leurs racines maghrébines.
Les années 1960-1970 : l'après-colonisation
• Au lendemain de l'indépendance des pays du Maghreb (Maroc et Tunisie en 1956, puis Algérie en 1962), les écrivains explorent, à travers leurs œuvres, les séquelles de la colonisation et s'interrogent également sur les problèmes d'adaptation de nations naissantes plongées dans le monde moderne, à l'image du roman du Marocain Driss Chraïbi (né en 1926) La Civilisation, ma mère !… (1972).
• L'écrivain relate avec humour, à travers le portrait d'une Marocaine, les problèmes d'un pays confronté au progrès. Par ailleurs, les thèmes traités par les aînés sont toujours présents sous la plume de cette génération d'écrivains, mais la violence et la recherche d'une écriture originale sont peut-être plus marquées.
Littérature maghrébine contemporaine
• De nos jours, les enjeux ont bien évolué, et les préoccupations sont désormais davantage d'ordre sociologique et philosophique. Des écrivains comme Fouad Laroui, à travers des récits pleins de verve et d'humour, interrogent, d'une façon plus générale, la question de l'identité et de l'altérité. L'œuvre de Tahar Ben Jelloun évolue également vers un élargissement de la réflexion sur l'émancipation et l'exil.
• Dans un autre registre, les écrivains maghrébins débattent aussi sur la question de la langue : faut-il conserver le français pour écrire ? n'est-ce pas une forme de trahison ?
Nombreux sont ceux qui se sont sereinement approprié une langue qu'ils considèrent, à l'image d'Abbdelaziz Kacem, « comme un butin ».
Littérature afro-antillaise
De Batouala à la « négritude »
• C'est en 1921 que paraît Batouala, véritable roman nègre, du Guyanais René Maran. Pour la première fois, un roman écrit dans un style authentique et personnel dénonce les abus et les absurdités de la colonisation. Bien que récompensée par le prix Goncourt, cette œuvre vaudra à son auteur, alors en poste dans l'administration coloniale, une radiation, et le livre ne lui apportera qu'un succès d'estime.
• La véritable naissance d'une littérature afro-antillaise a lieu en 1932 : le Martiniquais Aimé Césaire (né en 1913), le Sénégalais Léopold Sédar Senghor (1906-2001) et le Guyanais Léon-Gontran Damas, alors étudiants à Paris, prennent la tête d'un mouvement baptisé « négritude ». À travers des écrits dont certains seront publiés dans des revues fondées par Césaire, L'Étudiant noir et Tropiques, s'élabore la reconquête d'une identité et d'une culture nègres, détruites par l'esclavage et la colonisation.
• Souvent marquée par la révolte, notamment chez Césaire et son Cahier d'un retour au pays natal (1947), la littérature de la négritude ne dérive pas vers le racisme anti-Blanc : les écrivains imputent aussi aux Noirs eux-mêmes la responsabilité de l'asservissement africain.
Présence africaine
• La littérature de la négritude prend un nouvel essor avec la publication en 1947 et 1948 des anthologies de Damas et Senghor. Dans le même temps est fondée une maison d'édition, Présence africaine, qui permettra aux grands auteurs africains d'accéder à la connaissance du public. À partir de ce vivier littéraire se confrontent toutes les mouvances et les générations de la littérature afro-antillaise. Ainsi, les aînés, Senghor ou Césaire, dialoguent avec la génération montante  : Bernard Dadié, Sekou Touré, etc. Présence africaine publie également de très jeunes écrivains comme Édouard Glissant ou Mongo Beti.
• D'âges et de styles différents, ces écrivains traitent cependant, jusqu'au début des années 1960, des thèmes similaires : l'homme noir déchiré entre deux cultures (Camara Laye, L'Enfant noir, 1953). De leur côté, Frantz Fanon ou Albert Memmi s'interrogent sur le complexe culturel du colonisé (Memmi, Portrait du colonisé, 1957).
Le désenchantement postcolonial
• Après la décolonisation, la littérature noire conserve son unité au moment où se constituent les États africains indépendants. Mais elle va refléter un certain désenchantement : les Africains ne semblent avoir qu'une indépendance virtuelle ; dans les faits, la colonisation est toujours présente, et les gouvernements africains sont minés par la corruption, que dénonce par exemple Mongo Beti dans Remember Ruben en 1974.
• Devant ce constat d'une incapacité des nations africaines à assumer leur destin, les écrivains tentent d'analyser, à travers des romans réalistes parfois violents, les causes du malaise qui mine la société africaine (La Carte d'Identité, de Jean-Marie Adiaffi, 1980). Une génération de femmes écrivains met également en évidence les tares d'une société qui maintient la femme dans un état d'asservissement et dénonce la polygamie. Ce sang nouveau apporté à la littérature africaine semble être aussi la voie par laquelle l'Afrique peut s'épanouir.
Littérature québécoise
La grande noirceur (1930-1960)
• La crise de 1929 et le conservatisme rigide installé par l'Église créent dans la société un climat étouffant. Dans ce marasme social et idéologique, émerge une littérature novatrice et éprise de modernité, qui, sous l'impulsion d'écrivains déjà reconnus comme Grignon (Un homme et son péché, 1933), tente d'échapper à la littérature identitaire qui fonde la littérature québécoise depuis plus d'un siècle et dont le roman de Hémon Maria Chapdelaine (parution posthume en feuilletons en 1914) est le plus représentatif.
• Les velléités de contestation des plus audacieux, flirtant avec le surréalisme, sont cependant ignorées ou conduiront à l'exil. Rien d'étonnant à ce que, dans la lignée du mythique Saint-Denys Garneau (1912-1943), des poètes comme Anne Hébert et Alain Grandbois forment « les poètes de la solitude ».
• Parallèlement, des romanciers vont ancrer davantage leurs récits dans la modernité, en privilégiant notamment le cadre urbain et en s'intéressant à la condition des ouvriers dans les usines (Bonheur d'occasion, Gabrielle Roy, 1945). D'autres donneront une place prépondérante à la vie intérieure des personnages et tenteront de donner à leurs récits un caractère plus universel (Ils posséderont la terre, Robert Charbonneau, 1941).
La « révolution tranquille »
• Le nom donné à cette période de liberté qui souffle sur les années 1960-1980 marque la puissance du changement des mentalités. Les écrivains, à la suite des chanteurs (Leclerc, Charlebois, etc.), traduisent la soif de renouveau et la remise en question radicale des valeurs qui jusque-là fondaient la société québécoise.
• Par ailleurs, les théories du Nouveau Roman français donnent lieu à une contestation des modèles littéraires dominants et à la recherche de nouvelles formes de narration. Le roman est « déconstruit », à l'image de La Vie en prose, de Yolande Villemaire.
• Paradoxalement, cette remise en question s'accompagne d'un retour à des thèmes identitaires ; le Québec et Montréal sont le cadre quasi exclusif des récits de cette période ; cependant, les thèmes qui parcourent la production littéraire de cette période (errance, alcoolisme, dépossession de soi, etc.) ainsi que la violence verbale et l'omniprésence des jurons (Le Libraire, Gérard Bessette, 1960) trahissent l'angoisse d'une génération qui a du mal à assumer son destin.
La fin des certitudes
• La période contemporaine, dans la continuité des décennies qui précèdent, est celle d'un rejet persistant des modèles littéraires classiques. Cependant, à nouveau, toute une génération remet en cause une certaine forme de « nationalisme » littéraire et, devant la poussée de périls ou de problèmes qui débordent le cadre régional – sida, nucléaire, homophobie, etc. –, des écrivains se tournent vers des récits plus ouverts sur le monde (Volkswagen Blues, Jacques Poulin, 1984).
• Dans le même temps, la littérature québécoise s'enrichit d'œuvres écrites par des « auteurs migrants » (Comment faire l'amour avec un Nègre sans se fatiguer, Dany Laferrière, 1985). L'heure est au métissage, et la « Nouvelle-France » semble prendre conscience de la richesse de sa population multi-ethnique.

Pour aller plus loin

Repère bibliographique
  • Le Nouveau Littré, « Le Vocabulaire de la francophonie », Éditions Garnier, 2006.
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