La musique populaire au xxe siècle

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Les œuvres clés

  • 1925 : Saint Louis Blues, Louis Armstrong
  • 1937 : Caravan, Duke Ellington
  • 1939 : Boum !, Charles Trénet
  • 1940 : Nuages, Django Reinhardt
  • 1947 : La Vie en rose, Édith Piaf
  • 1950 : L'Hymne à l'amour, Édith Piaf
  • 1952 : Petite Fleur, Sidney Bechet
  • 1953 : La Mauvaise Réputation, Georges Brassens
  • 1954 : Le Déserteur, Boris Vian
  • 1956 : Heartbreak Hotel, Elvis Presley
  • 1959 : Ne me quitte pas, Jacques Brel
  • 1961 : Retiens la nuit, Johnny Hallyday
  • 1962 : Love me do, les Beatles
  • 1965 : Highway 61 revisited, Bob Dylan
  • 1973 : Mon frère, Maxime Le Forestier
  • 1976 : L'Homme à tête de chou, Serge Gainsbourg
  • 1979 : La Marseillaise, version reggae, Serge Gainsbourg

La fiche

Si la musique classique – ou savante – est née sur le vieux continent, l'essentiel de la musique populaire actuelle est due à l'influence anglo-saxonne, et notamment à la musique noire américaine. L'évolution de la musique au xxe siècle montre ainsi un brassage de plus en plus important des influences et des cultures, et reflète avec acuité l'évolution des mentalités, depuis la ségrégation jusqu'à la mondialisation, symbole d'une société qui accepte le brassage, mais court aussi le risque de l'uniformisation, comme certaines tendances de la World Music le font craindre.
Le jazz, du blues au free-jazz
Le chant des esclaves
• La musique jazz trouve ses origines dans la culture noire américaine. Ses sources sont diverses. À l'époque de l'esclavage en Amérique, les Noirs créent un répertoire de chants religieux choraux, qui disent leur foi en Dieu et en un monde meilleur : les negrospirituals et les gospels (anglicisme dérivé de good spell et signifiant « Évangile »).
La plus célèbre des chanteuses de gospel est sans doute Mahalia Jackson (1911-1972). Née à La Nouvelle-Orléans, elle fait des tournées dans toutes les églises du sud des États-Unis et enregistre son premier disque en 1937. Ces chants mêlent également des musiques traditionnelles européennes et des rythmes africains : le ragtime.
Mais la source principale du jazz demeure le blues, issu des chansons de travail (work songs). Ces chants, inspirés par le souvenir des mélodies africaines, rythment le travail des esclaves dans les plantations de coton du Mississipi. Après l'abolition de l'esclavage (1865), les Noirs, maltraités et victimes des lois ségrégationnistes, chantent leurs désillusions et leur malaise à travers le blues.
• Au début, la structure d'un morceau de blues est dépendante des paroles, mais le genre va peu à peu se codifier, en se construisant sur douze mesures et trois accords majeurs. Parallèlement, dans les années 1930, les thèmes d'inspiration vont évoluer, passant des récits « ruraux » à des chansons sur l'argent, l'alcool, la vie urbaine difficile, etc.
La véritable naissance du jazz a lieu à La Nouvelle-Orléans, en Louisiane. Le brassage des populations (Français, Espagnols, Irlandais, etc.) favorise le métissage des influences. C'est là que les premiers orchestres noirs débutent. En 1899, Scott Joplin publie son premier ragtime : Original rags ; toutefois, le premier disque de jazz est enregistré en 1917 par l'Original Dixieland Jazz Band et impose le terme « jazz ».
À partir de là, des orchestres se constituent, composés le plus souvent d'une section rythmique (basse, batterie, piano, généralement) et d'une section mélodique (saxophone et trompette). Le contraste entre les timbres des deux sections donne toute sa puissance aux formations de jazz, qui s'étofferont dans les années 1930 avec les big bands (grands orchestres), dont les plus connus sont celui de Count Basie ou celui de Duke Ellington. Les orchestres blancs voient aussi le jour (Glenn Miller).
Le swing, ou le jazz qui « balance »
• Le jazz se définit par un rythme particulier appelé « swing », balancement rythmique et syncopé, c'est-à-dire accentué sur les temps faibles de la mesure. Si le jazz peut être joué à partir de tous types d'instruments, il en privilégie certains, comme la trompette, la batterie, le saxophone, la guitare ou le piano. L'autre caractéristique du jazz est que son rapport à la partition initiale – quand il y en a une – est plus libre : le véritable musicien de jazz est capable d'improviser sur un thème harmonique ou mélodique. L'improvisation d'un musicien sur une grille donnée à l'intérieur d'un morceau est appelée un chorus.
• Dans les années 1930, c'est le swing qui domine. Ce genre se démarque du jazz plus traditionnel par un rythme à deux temps très marqué, qui permet de danser. La musique de Duke Ellington repose essentiellement sur ce beat (rythme).
C'est aussi dans les années 1930 que Louis Armstrong (1900-1971) connaît ses premiers succès. Ses tournées dans le monde entier avec les All Stars s'appuient beaucoup sur le swing. En France, dès les années 1930, le clarinettiste et saxophoniste Sydney Bechet est très populaire. Parallèlement, Django Reinhardt, guitariste autodidacte d'origine tzigane, fonde avec le violoniste Stéphane Grapelli le quintette du Hot-Club de France.
Du be-bop au free-jazz
• Pendant la Seconde Guerre mondiale, un nouveau style de jazz se développe, qui cherche à se démarquer de la discipline des big bands : le be-bop. C'est à travers des formations réduites, laissant davantage la place aux improvisations et à la virtuosité technique, que des talents tels que Charlie Parker (1920-1955) au saxophone ou Thelonious Monk (1917-1982) au piano ont pu s'épanouir. Le be-bop, également, s'affranchit progressivement des strictes règles harmoniques ; Dizzy Gillespie (1917-1993) n'hésite pas à introduire des dissonances dans ses solos.
• Le trompettiste Miles Davis (1926-1991), séduit par ce nouveau langage musical, joue aux côtés de Charlie Parker, puis s'impose comme le chef de file d'une nouvelle mouvance : le cool-jazz. Ce mouvement ne révolutionne pas le genre, mais en constitue une approche plus détendue, plus cool (« fraîche »).
• À la fin des années 1950, le saxophoniste Ornette Coleman lance une musique qui puise aux sources du jazz, mais en rejette toutes les conventions  : le free-jazz. Cette rupture coïncide avec les élans artistiques et les espoirs d'émancipation des Noirs dans les années 1960. Les plus grandes figures du free-jazz sont Archie Shepp, Albert Ayler (saxophone) ou Cecil Taylor (piano).
• Dans les années 1970, le jazz va se diversifier encore en puisant dans un genre qui n'aurait pas vu le jour sans lui : le rock, à qui le jazz-rock va emprunter les motifs rythmiques et harmoniques plus énergiques – mais aussi moins fins.
Du rock'n'roll à la New-Wave
Le rock'n'roll, « musique de Noirs jouée par des Blancs »
• Ce genre puise ses sources dans diverses musiques noires, telles que le blues et le gospel, mais aussi dans les racines de l'Amérique blanche pionnière avec la country. Il se définit par une instrumentation dominée par la guitare électrique accompagnée par une base rythmique énergique. Quand il naît dans les années 1950, il incarne une jeunesse qui a le goût de la provocation.
Le premier tube rock est sans doute Rock around the Clock, chanté par Bill Haley en 1954 ; mais la figure emblématique du rock'n'roll est à l'évidence Elvis Presley (1933-1977). Doué et beau garçon, mélangeant avec talent toutes les influences dans ses compositions, dansant avec sensualité, créatif dans son apparence vestimentaire, Elvis devient, avec une rapidité foudroyante, un véritable modèle pour la jeunesse américaine. Le phénomène, grâce à la diffusion de ses chansons par les radios américaines, s'étend rapidement en Europe, notamment en Angleterre.
• Le rock d'Elvis va influencer en profondeur la musique anglaise et susciter des vocations : à Liverpool, un groupe de quatre musiciens va, dès 1962, susciter un vent de folie dans la jeunesse britannique. Ils enchaînent les succès tels Can't Buy me Love, Help, Hard Day's Night, etc., et leur seule présence sur scène provoque des évanouissements ! Parallèlement, les Rolling Stones, un autre groupe anglais, rivalisent avec les Beatles. Leur musique, plus révoltée dans le fond et la forme, est fondée sur des harmonies plus sommaires mais une rythmique plus sophistiquée, influencée par les rythmes afro (reggae, shuffle).
• À la fin des années 1960, certains groupes durcissent le son rock au moyen de guitares toujours plus saturées et de textes toujours plus révoltés. On appellera ce genre le hard-rock, dont le représentant le plus célèbre des années 1980 est sans doute le groupe australien AC/DC, mais dont les initiateurs furent des groupes comme Led Zeppelin et Deep Purple.
Pop-music, une éponge de toutes les influences
• Le terme « pop-music » est une contraction de l'expression anglaise popular music (« musique populaire »). Certains l'associent métaphoriquement au caractère éphémère de la bulle qui, en éclatant, fait « pop »… Quoi qu'il en soit, ce genre est peu aisé à définir en termes de caractéristiques musicales ; des tendances très variées de la musique sont classées dans cette catégorie.
À la différence du rock'n'roll, la pop-music se veut peut-être plus fédératrice et plus mélodique. La figure inaugurale de la pop est le groupe des Beatles, qui constitue une charnière entre les deux courants rock et pop. Dans les années 1960, leur rencontre avec le chanteur de folk Bob Dylan conduit ce dernier à donner une couleur « pop » à son œuvre, en ajoutant des guitares électriques et de la batterie.
• Avec Dylan, la pop, généralement consensuelle, retrouve des accents de révolte qui jusque-là étaient l'apanage du rock : on dénonce la guerre au Viêtnam (Listen in the Wind), la violence, etc. Le succès de Dylan fait s'ouvrir la pop à tous les genres, du jazz à la country. Certains tentent même l'expérience classique, avec des opéras rock comme Tommy, des Who, ou Bohemian's Rhapsody, du groupe Queen.
La mouvance pop est aussi associée au mouvement hippie, dans les années 1970. La pop se décline alors en divers genres issus du Flower Power (« pouvoir des fleurs ») : le folk-rock (Tangerine Dreams), le fusion-rock (Genesis, Pink Floyd), etc. Le grand concert de Woodstock en 1969, réunissant 500 000 spectateurs et des dizaines de groupes et musiciens célèbres (Jimi Hendrix, Deep Purple, Led Zeppelin, etc.) pendant trois jours, sous le signe « de la paix et de l'amour », reste le point d'orgue de ce mouvement.
• Dans l'Angleterre des années 1970 en proie à la montée du chômage, un mouvement fait exploser les conventions de la pop à coups de guitares saturées, de rythmes frénétiques et sauvages, de provocations visuelles ou textuelles : le mouvement punk. Sid Vicious, mort à vingt et un ans d'une overdose, reste la figure emblématique d'une musique identitaire, revendicatrice et provocatrice, dont le groupe les Clash, avec son énergique album London Calling, est le pendant le plus talentueux.
À la fin des années 1970, la pop se diversifie à nouveau avec le groupe anglo-australien les Bee Gees et un film phare, La Fièvre du samedi soir, qui marque le point de départ du disco. Réagissant à ce genre essentiellement fait pour les discothèques, des groupes britanniques comme U2 ou les Cure, davantage inspirés par l'« esprit punk », chantent leur révolte ou leur mal-être à travers des mélodies sombres ou, au contraire, fédératrices.
• Désormais, la pop recoupe toutes formes de goûts. Aujourd'hui, il semble que, lassés des possibilités techniques offertes par les synthétiseurs, les artistes reviennent vers plus d'authenticité avec des instruments acoustiques traditionnels (guitare sèche, piano), comme en témoigne, depuis les années 1990, le succès de l'émission « Unplugged », qui mit en lumière le talent de compositeur d'un certain Kurt Cobain, chanteur du mythique Nirvana.
La musique populaire en France
Jusqu'aux années 1960
• La chanson française du début du xxe siècle est marquée par les chanteurs issus du music-hall ou des cafés-concerts. Leurs chansons, soucieuses avant tout de divertir, reflétaient une certaine insouciance du « populo » parisien issu des cabarets d'Aristide Bruant. C'est Maurice Chevalier et Mistinguett qui incarnent le mieux cette période. Entre les deux guerres, la douleur des Français se reflète dans « la chanson réaliste », avec Fréhel, Piaf ou Damia, qui chantent la misère du Paris miséreux sur le mode pathétique ou « comique troupier ».
• Après 1945, les figures de l'avant-guerre sont boudées mais un artiste déjà connu à la fin des années 1930 confirme sa popularité par ses chansons pleines de fantaisie et de poésie : Charles Trénet (1913-2001). La France d'après-guerre connaît aussi l'influence des alliés américains. Le jazz influence durablement le paysage musical de la chanson française. Dans les boîtes de nuit du quartier de Saint-Germain-des-Prés, haut lieu intellectuel de l'après-guerre, s'épanouissent des talents comme Boris Vian, écrivain mais aussi grand trompettiste de jazz. Il écrit et chante de nombreuses compositions pour lui, mais aussi pour Juliette Gréco, qui lui doit ses plus belles chansons.
La France découvre dans le même temps les sonorités sud-américaines avec Ray Ventura et sa formation, qui remportent de nombreux succès. Mais vers 1950, la mode n'est plus aux grands orchestres, et Ray Ventura quitte la scène pour se consacrer à l'édition musicale ; il contribuera à lancer Georges Brassens (1921-1981). Celui-ci incarne, avec Léo Ferré (1916-1993), la veine anarchiste de la chanson.
Depuis les années 1960
• À la fin des années 1950, l'influence anglo-saxonne grandit et l'on ne compte plus les reprises de tubes américains de rock ou de twist par des chanteurs français, traduits avec plus ou moins de bonheur. On désignera ainsi sous le sobriquet de « yé-yé » la génération de chanteurs dont les textes étaient souvent émaillés de cette interjection. En 1960, Johnny Hallyday, avec son 45 tours Laisse tomber les filles, s'impose rapidement comme la figure la plus marquante – et la plus durable – de cette vague yé-yé, parmi d'autres comme Sheila, France Gall, etc.
L'influence américaine suscite aussi la multiplication de groupes de rock'n'roll comme Les Chats sauvages ou Les Chaussettes noires. À cette époque, la musique rock a son temple : Le Golf Drouot (fermé en 2000), scène où des groupes débutants ou déjà connus viennent se produire.
• Dans les années 1970, la chanson française vibre encore aux rythmes américains. La scène se partage entre la tendance folk (Cabrel, Le Forestier, Manset) et celle plus dansante du disco. Mais la figure de Serge Gainsbourg, présent depuis la fin des années 1950, continue de s'imposer, avec des œuvres qui marient avec bonheur toutes les influences, de la musique classique (L'homme à tête de chou) au reggae (Lola rastaquouère). Parallèlement, la chanson « à texte » continue de s'épanouir : Brassens, Ferré, Ferrat, Brel chantent leurs révoltes, et leur style musical n'est que peu influencé par les modes du moment.
La génération des chanteurs de la fin des années 1970 (Souchon, Cabrel) est toujours présente aujourd'hui, grâce à des styles qui s'adaptent avec subtilité aux goûts du moment. Depuis quelques années seulement, une nouvelle vague semble s'esquisser, que l'on nomme la « nouvelle scène française », avec un renouveau des groupes de rock chantant en français et des chanteurs qui parlent avec distance et ironie de la vie quotidienne et de notre société (Fersen, Delerm, Bénabar, etc.).
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