La préhistoire

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L'essentiel

La préhistoire recouvre toutes les périodes situées en amont de l'invention de l'écriture (datée vers −3 300). On peut y distinguer la très longue période qui précède l'apparition de l'homme, puis celle où celui-ci invente ses premiers outils. Pour les sociétés sans écriture mais connues par d'autres civilisations la possédant déjà, une phase intermédiaire a été définie : la protohistoire. Cette préhistoire est reconstituée à partir des traces et outils laissés par les premiers hommes ou hominidés. Ces traces permettent de distinguer les évolutions morphologiques qui conduisent jusqu'à l'homme actuel (Homo sapiens sapiens), mais témoignent aussi de leur capacité à se projeter dans le futur, à s'organiser en communauté et à communiquer pour se transmettre les acquis. Au Magdalénien, à travers les enterrements rituels et l'art pariétal, les hommes font preuve d'une pensée complexe capable de concevoir le « beau », la « mort de soi » et « l'au-delà », autant de caractéristiques qui différencient nettement l'homme de l'animal. L'archéologie de la préhistoire continue à repousser toujours plus loin les origines de l'homme moderne.
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Chronologie indicative
Chronologie indicative

La fiche

Avant le xixe siècle, les hommes se préoccupaient déjà de l'ancienneté de la création et de l'apparition de la Terre. Dans l'Antiquité et pendant le Moyen Âge, sous l'influence des auteurs judéo-chrétiens qui s'appuyaient sur les récits bibliques, elle était établie à 5 500 ans avant le Christ. Avec l'époque moderne, les savants ont tenté de la calculer sur la base de la géologie ou de l'astronomie, faisant alors fluctuer la date entre −7 000 et −3 500. La polémique éclata au xixe siècle, quand une nouvelle génération de chercheurs (parmi lesquels Darwin) se mit à l'évaluer en millions d'années. Il fallut attendre la découverte de la radioactivité pour fixer la formation de la Terre à 4,5 milliards d'années.
La naissance de l'humanité
La première question qui mobilise les préhistoriens est celle de l'origine de l'homme tel que nous le connaissons aujourd'hui. Sur quel critère définir un homme ? À partir de quand apparaît-il ? Existe-t-il une seule et même origine ou plusieurs ?
L'âge de la Terre et de la vie
• Par rapport aux temps historiques, la préhistoire est une très lente et longue maturation de la vie sur Terre puis du développement de l'espèce. L'accélération de l'évolution et des innovations à partir du xixe siècle masque en partie la lenteur du processus. Pour mieux comprendre la différence d'échelle temporelle, on peut imaginer l'histoire du globe représentée par la distance séparant le nez de la main lorsque nous étendons le bras : un simple coup de lime sur l'ongle du majeur suffirait à effacer toute l'histoire de l'humanité ! Sur une échelle d'une année, en situant l'apparition de l'homme au 1er janvier, le feu n'est maîtrisé qu'au mois d'octobre, l'agriculture néolithique apparaît au 30 décembre et la machine à vapeur (1780) est découverte le 31 décembre, à 23 h 20 !
• Sur la Terre âgée de 4,5 milliards d'années, la plus ancienne trace de vie remonterait à 3,8 milliards d'années. De longs millénaires sont encore nécessaires (500 millions d'années) pour voir apparaître une grande diversité de vies, une vie tout d'abord aquatique, avant de devenir terrestre (350 millions d'années), de permettre l'apparition des mammifères (250 millions d'années) ou des dinosaures (170 millions d'années).
Les premiers hominidés
• Les premiers hominidés remontent à 7 millions d'années si on se rapporte à Toumaï, dont le crâne a été découvert au nord du Tchad en 2001. Un an auparavant, Orrorin avait déjà porté l'ancienneté des hominidés à 6 millions d'années. Plus tardifs sont les australopithèques parmi lesquels Lucy (3 à 4 millions d'années). Bipèdes, ceux-ci savent déjà utiliser des objets comme outils.
• La famille des « hommes » proprement dit (Homo) apparaît entre 3 et 2 millions d'années. Leurs noms indiquent les capacités de ces premiers hommes : Homo habilis (2,5 à 1,5 millions d'années) fabrique des outils et semble doué d'un langage articulé, Homo erectus (homme de Tautavel, 1,5 millions d'années) taille la pierre et contrôle le feu. Cette capacité à maîtriser son environnement dans le cadre de projets futurs fait de ces individus des hommes à part entière.
Neandertal et Sapiens
• À peu près à la même époque (−120 000 ans), deux hommes apparaissent : Neandertal, dont la souche s'éteint vers −30 000 ans, se montre particulièrement habile : son outillage est varié, son mode de vie complexe et, surtout, il enterre ses morts avec soin, un comportement qui témoigne d'une croyance en une autre forme de vie au-delà de la mort.
• Son cousin (Homo sapiens sapiens ou Cro-Magon), qui lui survit jusqu'à nos jours, développe les mêmes qualités. Ses outils deviennent plus sophistiqués et il crée des décorations dont les fonctions esthétiques semblent se suffire à elles-mêmes. Toutes les caractéristiques de l'homme contemporain sont dès lors acquises.
Les marques de « l'humanité »
Ce qui définit un homme est donc cette capacité que possède un individu à se projeter dans l'avenir à travers la conception, puis la production d'un outil indépendant de lui-même ; sa capacité aussi à transmettre les informations qu'il acquiert et à les constituer en patrimoine qu'il transmet à sa descendance, créant ainsi un lien entre les vivants et les morts dont il peut entretenir le souvenir ou avec lesquels il entreprend d'établir des contacts.
Le feu et l'habitat
• Comme toute espèce, l'homme possède un territoire où il vit ; il y choisit un lieu de résidence lui servant de refuge face aux dangers de la nature et à ses prédateurs. Au fil du temps, il apprend à apprivoiser certains espaces et à les aménager. De l'arbre à la hutte, il investit ainsi les abris sous roche, puis les grottes. Dans ces espaces, il développe des stratégies complexes d'organisation de vie communautaire et de défense.
• La domestication du feu est une étape fondamentale de son développement puisqu'elle lui octroie une arme de dissuasion décisive contre les fauves et un outil de travail, pour durcir des pointes par exemple. La cuisson des aliments devient possible.
Les outils
• Le premier outil connu est un simple galet taillé. Une seule cassure suffit à produire un tranchant. Avec le temps, la technique s'affine : la pierre est progressivement taillée sur toutes ses surfaces (ce qui produit des bifaces) et aménagée afin de créer des pointes, des racloirs, des burins, puis des flèches que l'homme apprend à emmancher.
• L'invention du propulseur lui permet d'allonger la portée de son tir et d'améliorer sa sécurité en augmentant les distances par rapport aux proies. Cette invention témoigne d'une capacité à calculer et à évaluer des relations de causes à effets très abstraites. Le travail sur les os le dote d'une panoplie d'outils toujours plus fins (aiguilles).
L'art et les croyances
• En décorant ses outils, l'homme finit par leur attribuer une valeur esthétique ou symbolique. Il est difficile de savoir s'il réalise ses œuvres (sculptures, colliers et parures, gravures sur os ou sur pierre, peintures) par seule recherche du « beau ». Il fait toutefois preuve de préoccupations qui ne sont plus strictement primaires : la parure peut être une marque d'autorité ou de pouvoir ; associé à des sépultures et à des offrandes, l'art que pratiquent Neandertal et Cro-Magnon montre qu'ils sont, l'un et l'autre, capables de concevoir des mondes invisibles.
• La dimension matérielle de l'Univers se double ainsi d'une autre plus spirituelle. Les peintures de Lascaux ou de la grotte Cosquer restent mystérieuses : expression de pratiques magiques (tuer le gibier par anticipation), représentation de divinités (à l'instar des Vénus) ou figuration de visions liées à des transes chamaniques ? Toutes ces hypothèses sont encore discutées et ne peuvent être tranchées. Mais ces efforts pour tenter de maîtriser des forces inconnues définissent une des caractéristiques propres de l'humain : être le seul animal à savoir qu'il va mourir et à tenter d'apprivoiser ce grand mystère.
Actualité de la préhistoire
Découvertes récentes d'hominidés
• La récente découverte de Toumaï au Tchad (2001) n'est que la dernière en date d'une série de mises à jour qui témoignent d'un grand dynamisme de la recherche en paléonthologie. Entre 1994 et 2004, une dizaine de fossiles ont été trouvés dans les régions d'Afrique (Tchad, Kenya, Tanzanie principalement), découvertes qui ont reculé dans le temps l'ancienneté des hominidés, mais qui renforcent aussi la thèse du monogénisme de l'humanité (une seule souche, celle d'une « Ève africaine »). Cette thèse reste toutefois contestée par les partisans du polygénisme.
La grotte Cosquer
• En 1991, Henri Cosquer découvre près de Marseille une grotte dont l'entrée se trouve à 37 mètres en dessous du niveau de la mer, un accès difficile qui explique qu'elle soit restée inexplorée. Elle abrite plusieurs dizaines d'œuvres peintes et gravées datant d'environ −27 000 ans. On y découvre des animaux communs aux autres grottes peintes (bisons, chevaux, cervidés), mais aussi des phoques et des pingouins plus rarement représentés. Témoignages émouvants de la vie des hommes, plus d'une cinquantaine de mains y sont dessinées en négatif (en utilisant la main comme un pochoir) et en positif (les mains sont enduites de colorant et appliquées sur la roche).

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La disparition de l'homme de Neandertal
Les causes de la disparition de l'homme de Neandertal restent discutées. En janvier 2004, trente scientifiques ont publié leurs conclusions sur ce thème et avancé l'idée d'une variation climatique brutale. Dans la période considérée, ils ont en effet observé d'importantes variations de température. Elles auraient contraint Neandertal à migrer vers le sud, entrant ainsi en concurrence avec des populations aurignaciennes plus évoluées et mieux adaptées. Neandertal aurait pu être victime de guerres contre ces dernières ou de maladies épidémiques tropicales contractées auprès de ces populations concurrentes.
À consulter :
www.hominides.com.

Pour aller plus loin

Repères bibliographiques
  • Yves Coppens, L'Odyssée de l'espèce, EPA, 2003 ;
  • Yves Coppens (collectif), La Plus Belle Histoire du monde, Le Seuil, 1998 ;
  • R.E. Leakey et J.-P. Ricard, L'Origine de l'humanité, Hachette Pluriel, 2000.
  • André Leroi-Gourhan, Le Geste et la Parole, Albin Michel, 1964-1965.
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