La Renaissance et les arts

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Les œuvres clés

  • 1503-1507 : La Joconde, Léonard de Vinci
  • v. 1515-1525 : aile François Ier, château de Blois
  • 1519 (commencé en) : château de Chambord
  • v. 1528-1540 : aile François Ier, château de Fontainebleau
  • 1530 : galerie François Ier, château de Fontainebleau
  • v. 1538-1545 : jubé de Saint-Étienne-du-Mont
  • 1540-1550 : salle de bal, château de Fontainebleau
  • 1540-1559 : le Louvre
  • 1547 : fontaine des Innocents, Goujon
  • 1560 : Monument du cœur d'Henri II, Pilon

La fiche

La Renaissance correspond à une période de grand renouveau intellectuel et artistique, qui émerge en premier lieu en Italie au xive siècle. À la fin du xve siècle et au xvie siècle, la découverte du Nouveau Monde, la redécouverte de l'Antiquité, de ses œuvres intellectuelles et artistiques, l'essor de l'imprimerie sont autant d'événements qui donnent aux hommes de l'époque eux-mêmes le sentiment d'une véritable « renaissance » de la pensée humaine. Les connaissances humaines s'enrichissent et se diffusent dans toute l'Europe avec un entrain et un enthousiasme sans précédent. La foi en l'homme, en ses progrès et en son épanouissement, se répand et s'exprime avec optimisme à travers l'humanisme.
Sur le plan artistique également, les bouleversements sont nombreux. Les artistes de l'époque redécouvrent eux aussi l'Antiquité : l'observation des sites archéologiques mis au jour, avec en particulier la découverte du Laocoon, le « chef d'œuvre des arts » selon Pline, mais aussi la lecture de textes scientifiques influencent considérablement les créations.
À l'image de Léonard de Vinci, les artistes sont des savants, des humanistes à part entière : ils exercent avec talent plusieurs arts et se nourrissent des apports des découvertes scientifiques, en particulier en anatomie et en géométrie, en renouvelant notamment les techniques de la perspective. Les arts en général sont donc marqués par une démarche scientifique et intellectuelle beaucoup plus méthodique et rationnelle qu'au Moyen Âge.
En France, le début du siècle voit le recul soudain de l'art gothique, jusque-là florissant. Les guerres d'Italie permettent de faire connaître et de transmettre la culture italienne renaissante, d'autant plus que les arts sont favorisés par le pouvoir royal, en particulier par François Ier qui souhaite rivaliser sur ce plan avec l'Italie. Fontainebleau devient grâce à lui un centre de création artistique de premier plan.
L'influence italienne
La redécouverte de l'Antiquité
• Les fouilles archéologiques, en particulier à Rome, se multiplient aux xve et xvie siècles. On découvre en particulier la Domus Aurea, la demeure de Néron, qui révèle de surprenantes peintures. Ces petits motifs ornementaux fantastiques et très raffinés portent bientôt le nom de « grotesques », car la demeure étant enfouie dans le sol, on pense au début qu'il s'agit de grottes. Les grotesques connaîtront en tout cas un grand succès dans les réalisations décoratives du xvie siècle et bien au-delà. De même, en 1506, on découvre le Laocoon, groupe sculpté antique qui représente une scène mythologique (le prêtre et ses deux fils enserrés par des serpents) et crée un véritable choc par la puissance, le mouvement et l'émotion qu'il dégage.
• Ces différentes découvertes, ainsi qu'une certaine émancipation par rapport aux traditionnelles représentations religieuses du Moyen Âge, renouvellent en profondeur la peinture et la sculpture de l'époque. Les thèmes d'inspiration changent et les artistes veulent davantage rendre les volumes et les formes anatomiques dans leurs œuvres. Enfin, la perspective est étudiée et traduite dans les peintures avec une rigueur scientifique, et se fonde sur des traités géométriques.
Les grands artistes
• L'Italie du xvie siècle connaît de nombreux artistes remarquables, mais s'il fallait n'en retenir que trois, ce serait sans conteste Léonard de Vinci, Michel-Ange et Raphaël. Le premier naît en 1452 en Toscane et meurt en 1519 en France, sous la protection de François Ier. Il est avant tout un savant, mais aussi bien sûr un peintre, un architecte et un sculpteur. Il a mené de nombreuses recherches et conçu bien des projets dans plusieurs sciences : optique, anatomie, botanique, etc. Il élabore aussi de nouvelles compositions de couleur pour réaliser ses toiles, qui s'imposent par leur atmosphère mystérieuse, souvent liée au fameux sourire énigmatique de ses personnages.
• Michel-Ange (1475-1564) est lui aussi un artiste complet : sculpteur, peintre, architecte et poète. La carrière de l'artiste compte nombre de chefs-d'œuvre qui lui valent une grande renommée en Italie et en Europe de son vivant. Il orne le plafond de la chapelle Sixtine (le plus grand plafond jamais peint) d'une immense fresque narrant la Genèse, et le mur du fond du Jugement dernier. Ses sculptures, David, Moïse, les Esclaves, sont autant de réalisations impressionnantes de force et de maîtrise, et marquent un tournant dans l'histoire de la sculpture.
• Raphaël, enfin (1483-1520), est surtout connu pour ses peintures, mais il fut lui aussi sculpteur et architecte. Les œuvres de ce peintre en quête du Beau révèlent un talent de dessinateur extraordinaire, mais également une grande maîtrise de la couleur, comme peut en témoigner la Madone Sixtine. Il réalise également les fameuses fresques des Chambres du Vatican, avec en particulier L'École d'Athènes.
L'architecture
Le rôle de François Ier
• Si tout au début du xvie siècle quelques personnages éminents s'intéressent en France aux arts italiens et importent des objets de marbre ou des ornements pour embellir leurs demeures, il faut attendre le règne de François Ier pour que la Renaissance italienne exerce toute son influence et renouvelle la création française. Le roi admire les réalisations italiennes, qu'il découvre à l'occasion des guerres d'Italie, et il souhaite que la France rayonne du même prestige artistique.
• Il entreprend de raffiner les mœurs de la cour, et recommande ainsi la lecture du Courtisan de l'Italien Balthazar Castiglione, un manuel susceptible de servir de modèle de savoir-vivre aux Français. Dans cette perspective, il veut donner également à l'art un rôle de premier plan. Ébloui par le génie de Léonard de Vinci, il ramène avec lui l'artiste italien qu'il nomme « Premier Peintre, Ingénieur et Architecte du roi ». Il lui achète également la si célèbre Joconde, pour une somme déjà considérable à l'époque.
La Loire et la région parisienne
• Les premières réalisations architecturales de la Renaissance se trouvent dans le Val de Loire. François Ier fait bâtir au château de Blois une aile qui porte désormais son nom et comporte un remarquable escalier à vis ajouré. Il commande ensuite la construction du château de Chambord, à laquelle Léonard de Vinci prit vraisemblablement part, comme semblent en témoigner le plan du donjon et surtout l'escalier central à double révolution. Ce château grandiose révèle avec force le mélange réussi de l'influence italienne et d'une architecture française plus traditionnelle. La multiplication des tours, des tourelles et des pinacles qui dominent le château lui donne toute son originalité et son élégance presque féerique.
• Dans la suite de son règne, François Ier multiplie encore les réalisations, l'Hôtel de Ville de Paris, Saint-Germain, et aussi Fontainebleau, commencé vers 1528 et qui n'est pas un chef-d'œuvre d'architecture, mais qui reste fondamental pour sa décoration et pour l'école du même nom. Enfin, le dernier et le plus magistral des projets du roi est la création du corps neuf du Louvre, commencé seulement un an avant sa mort, en 1546.
L'expansion du mouvement
• Le Louvre constitue une réalisation majeure de l'époque et marquera durablement l'architecture française. Le château conçu par Pierre Lescot et Jean Goujon est un exemple remarquable de synthèse entre certains traits français et l'influence italienne perceptible en particulier dans les bossages, la superposition des ordres et les frontons sur consoles.
• Après l'assimilation des influences italiennes et antiques, le milieu du siècle voit véritablement s'épanouir l'architecture renaissante, dans toute la France, à Paris comme en province, et non plus seulement dans le sillage du roi. Les bossages et les ornements antiques se multiplient. Les architectes comme Pierre Lescot ou Philibert Delorme revendiquent l'héritage de Bramante, architecte italien emblématique de la Renaissance. Delorme est ainsi l'auteur du surprenant et élégant château d'Anet construit pour Diane de Poitiers. Le jubé de Saint-Étienne-du-Mont, à Paris, qui enjambe toute la nef et s'achève par deux remarquables escaliers en colimaçon est certainement aussi l'œuvre de Delorme et il est en tout cas caractéristique de cette architecture renaissante.
• La sculpture du milieu du siècle révèle elle aussi une évolution importante et se tourne vers le maniérisme. Goujon sculpte la fontaine des Innocents en s'inspirant de l'art antique mais en donnant à ses figures des lignes ondoyantes et nerveuses. De même, Germain Pilon sculpte le groupe des trois vertus qui soutient l'urne du monument funéraire d'Henri II, contenant le cœur du monarque. Ces « vertus », par leur grâce, leur élégance longiligne, le drapé souple de leurs robes et leurs gestes précieux, caractérisent bien la sculpture maniériste qui se développe en France sous l'influence italienne et antique.
L'école de Fontainebleau
La décoration de Fontainebleau
• François Ier fait de Fontainebleau sa résidence à partir de 1530. Il crée là encore une véritable révolution en faisant venir pour décorer le château deux artistes maniéristes italiens : le Rosso et le Primatice, influencés par Michel-Ange, Raphaël et le Parmesan, surtout pour le second. L'école de Fontainebleau répercute à sa manière le maniérisme qui s'épanouit surtout dans la deuxième moitié du xvie siècle, en Italie principalement, et influence grandement les artistes de l'époque. De façon générale, le maniérisme se traduit par un allongement des corps, des formes, par une tendance à l'abstraction de la couleur et par un soin particulier apporté aux détails et aux ornements.
• Jouissant de la liberté que lui procure la confiance du roi, le Rosso, assisté par des décorateurs français, crée alors un art inédit, capable de rivaliser avec les réalisations italiennes. Il décore la galerie François Ier, qui relie le vieux château avec sa partie neuve, et réalise un ensemble allégorique qui offre une apologie du pouvoir royal. Le peintre mêle peintures et ornements en stuc, et, en outre, encadre les scènes peintes de décors très riches et très variés, qui s'enchaînent avec une profusion et une vitalité remarquables.
• À partir de 1540, après la mort de Rosso, le Primatice, aidé de nombreux collaborateurs dont Nicolo dell'Abate, est chargé de la décoration du château et réalise de grandes scènes mythologiques entourées de grotesques, en particulier dans la galerie d'Ulysse et dans la salle de bal. Les figures des dieux et des héros, souvent dénudées et très sensuelles, constituent une nouveauté en France et les ornements fabuleux, la décoration en général prennent là aussi une dimension essentielle. L'école de Fontainebleau, par son caractère original, rayonna largement en France comme en Europe. Malheureusement, nombre de ses réalisations ont été détruites, et nous n'en gardons trace que par le biais de gravures ou de dessins.
Les prolongements et la seconde école de Fontainebleau
• À partir du milieu du siècle, un foyer de création se développe à Paris, tout en restant fortement influencé par l'école de Fontainebleau. Les teintes froides et claires, le dessin maniéré et un goût pour les sujets érotiques sont autant de caractéristiques que l'on retrouve dans ces peintures dont il est parfois difficile de savoir si elles sont parisiennes ou bellifontaines, un certain nombre d'œuvres restant d'ailleurs anonymes. Parmi ces peintres, on peut citer les Cousin (le Père et le Fils), Antoine Caron, ou encore François Clouet, auteur d'une Dame à la toilette, présentant un thème qui connaîtra un grand succès et de nombreuses reprises : celui de la femme à sa toilette, présentée nue à mi-corps. Il met également à l'honneur avec Le Bain de Diane le thème du nu dans un paysage.
• L'expression « seconde école de Fontainebleau » désigne les peintres qui ont travaillé sous le règne d'Henri IV. Ces artistes et leurs œuvres, qui ont souvent disparu, restent assez mal connus. Dans l'ensemble, l'influence italienne est moins sensible que dans la première école de Fontainebleau, elle est remplacée par une influence nordique. Toussaint Dubreuil et Ambroise Dubois, originaire d'Anvers, réalisèrent des ensembles importants à Fontainebleau, remplaçant les couleurs froides par des teintes plus chaudes.

Pour aller plus loin

À lire
  • Montaigne, Essais, première édition 1580.
  • Ronsard, Les Amours, 1552.
  • La Princesse de Clèves de Mme de La Fayette est écrit au xviie siècle (1678) mais évoque la cour des Valois.
Repères bibliographiques
  • A. Chastel, Le Mythe de la Renaissance, 1420-1500, Genève, Skira, coll. « Art, Idées, Histoire », 1968-1969.
  • A. Chastel, La Crise de la Renaissance, 1520-1600, Genève, Skira, coll. « Art, Idées, Histoire », 1968-1969.
  • J. Delumeau, La Civilisation de la Renaissance, Arthaud, 1967, rééd. 1984.
  • G. Vasari, Les Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes, A. Chastel (dir.), Berger-Levrault, 1981-1989.
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