La Renaissance et les lettres, de l'humanisme à la Pléiade

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Les œuvres clés

  • 1534 : Gargantua, Rabelais
  • 1540 : L'Heptaméron, Marguerite de Navarre
  • 1549 : Défense et Illustration de la langue française, du Bellay
  • 1555 : Élégies et Sonnets, Louise Labé
  • 1577 : Les Tragiques (paru en 1616), d'Aubigné
  • 1578 : Sonnets pour Hélène, Ronsard
  • 1580 : Essais (première édition, livres I et II), Montaigne
  • 1583 : Les Juives, Garnier

La fiche

Le xvie siècle s'ouvre sur une formidable espérance de renouveau intellectuel et artistique. Le perfectionnement récent de l'imprimerie par Gutenberg (v. 1440) permet une diffusion du savoir à travers toute l'Europe, la redécouverte des textes de l'Antiquité, et l'émergence d'une véritable culture occidentale. De plus, les guerres menées par François Ier contre l'Italie font découvrir à la cour du royaume de France l'extraordinaire richesse de l'art et de la littérature du Renascimento – la Renaissance italienne.
Désormais, les artistes ou les « clercs », stimulés par l'effervescence culturelle encouragée par le roi lui-même, se libèrent du carcan religieux et mettent leur pensée au service de l'homme : tandis que les peintres mettent en application sur la toile les progrès en matière d'anatomie ou de perspective, les écrivains traduisent des textes anciens, lisent, publient ou enseignent avec passion…
Dans une Europe plus que jamais ouverte à la connaissance de l'« autre », concrétisée par la découverte de l'Amérique, en 1492, les humanistes se prennent à rêver d'un siècle d'intelligence et de raffinement. Malheureusement, le xvie siècle est aussi celui des guerres de Religion – qui opposent catholiques et protestants – et de l'instabilité du pouvoir royal dans la seconde moitié du siècle. Au milieu de cette période qui oscille entre espoir et désenchantement, émergent deux mouvements littéraires majeurs : l'humanisme et la Pléiade.
L'humanisme
Une nouvelle approche du savoir
• S'il est possible de qualifier d'« humanistes » certains philosophes grecs de l'Antiquité, c'est dans l'Italie du xive siècle que l'on situe les premières figures de ce grand mouvement européen qu'allait devenir l'humanisme. Le poète italien Pétrarque (1304-1374), notamment, inspire, par la découverte de manuscrits d'auteurs latins comme Cicéron, le désir de revenir aux textes antiques. Le mot humanisme a d'ailleurs pour origine les humaniores litterae (l'étude des « lettres humaines », ou « qui rendent plus humain »), une discipline littéraire enseignée à Rome au xve siècle, par opposition aux diviniores litterae (étude des textes sacrés).
• Les humanistes sont donc initialement des hommes de lettres qui s'appliquent à faire leurs « humanités » (humanitas), c'est-à-dire étudier, commenter et enseigner la littérature ancienne profane – grecque et latine. Cette approche va peu à peu faire prendre conscience de l'importance de la langue originale, à une époque où des Grecs se réfugient en Italie avec de nombreux manuscrits et une culture déjà ancienne de l'exégèse.
Une nouvelle vision de l'homme
• Le goût marqué des érudits humanistes pour la philologie amène certains d'entre eux à prendre de la distance avec les gloses austères et souvent réductrices de quelques grands clercs plus « classiques ». Érasme (1469-1536), dans un « colloque » dialogué, Le Cicéronien (1528), fait ainsi la satire de ceux qui réduisent une langue ancienne au style d'un seul auteur, la privant du même coup de sa vivacité et de sa capacité à s'adapter aux mœurs d'une époque. Cette querelle reflète bien le rapport nouveau que les humanistes du xvie siècle entretiennent avec la culture. De la découverte d'un texte à celle de sa culture, il n'y a qu'un pas qu'ils s'empressent de franchir.
• C'est peu à peu toute une perspective nouvelle sur la place de l'homme dans le monde qui va s'élaborer. Les grands philologues comme Guillaume Budé (1467-1540) montrent que la lecture des Anciens n'est pas qu'un espace d'interprétations savantes : elle est un terreau irremplaçable pour l'analyse politique, juridique ou philosophique. Dès lors, l'humanisme devient un mouvement plus profond et plus ample qui place l'homme au centre des connaissances illimitées qu'il est désormais en mesure d'acquérir. Pour les érudits du xvie siècle, l'humanité se distingue du reste de la création par la culture ; l'homme est un être en devenir et en progrès perpétuels.
Les exigences de l'humanisme
• Pour assouvir ses ambitions, l'humaniste cherche à acquérir des connaissances dans tous les domaines pour devenir, à l'image des sages de l'Antiquité, un être complet, capable de mettre en perspective toutes les informations nouvelles. Dans Pantagruel, le père du héros, Gargantua, adresse une lettre à son fils qui reflète bien les aspirations humanistes à un savoir encyclopédique, des langues à la cosmographie, sans dédaigner l'art de la chevalerie et des armes.
• Cette érudition doit cependant se construire à travers un enseignement raisonné, qui prenne en compte les dispositions personnelles. Montaigne s'élève ainsi contre ceux qui « ont la souvenance assez pleine, mais le jugement entièrement creux ». De son côté, Rabelais, dans Gargantua, imagine l'abbaye utopique de Thélème : les règles de vie qui régissent cette communauté sont à l'opposé de celles des couvents traditionnels, et sa devise parle d'elle-même : « Fais ce que voudras. » Dans la réalité, l'instauration, inspirée par Guillaume Budé, du Collège des lecteurs royaux (aujourd'hui Collège de France), en 1529, s'oppose à l'enseignement rigide de la Sorbonne et dispense un enseignement gratuit de toutes les langues anciennes.
• Cette profonde remise en question des savoirs et des transmissions du savoir ne va pas sans une remise en cause des dogmes religieux eux-mêmes. La « relecture » de l'Évangile fait naître des figures telles que celles de Luther, dont les écrits sont à l'origine de l'affaire des Placards (1534), Étienne Dolet, philosophe et imprimeur brûlé pour avoir soi-disant nié l'immortalité de l'âme, ou Calvin, auteur en 1536 d'un des textes fondateurs de la Réforme : Institution de la religion chrétienne.
La Pléiade : sept poètes en quête de gloire
Les origines
• Sous l'égide de Dorat, quelques élèves du collège de Coqueret, mus par le même enthousiasme humaniste, créent « la Brigade » en 1553. Ce groupe réunit de nombreux adeptes parmi les lettrés désireux d'élever la poésie française au même rang que la littérature antique. Ronsard, dans ce foisonnant vivier culturel, sélectionne un « club » de poètes parmi les plus représentatifs et les plus talentueux, et baptise ce groupe « la Pléiade ». À l'instar de la constellation à laquelle les sept filles d'Atlas donnèrent leur nom, Ronsard et les siens se doivent d'être sept étoiles qui brillent au firmament de la postérité. C'est dire si les ambitions de ces jeunes poètes sont hautes !
Les ambitions
• En 1549, Joachim du Bellay publie un manifeste qui définira les ambitions et les exigences des poètes de la Pléiade : Défense et Illustration de la langue française. Ce titre-programme annonce bien ce que se proposent du Bellay et ses compagnons : il s'agit de défendre la langue française en la cultivant ; comme une langue n'est pas naturelle, les poètes n'hésitent pas à enrichir le lexique à partir du latin et du grec. À cet égard, la poésie s'impose comme un support privilégié ; il faut l'élever à la hauteur des grands genres de l'Antiquité, en faire la clé de voûte de la culture nationale. Dès lors, elle doit puiser ses sources chez les Anciens par l'imitation des genres – ode, élégie, épopée – ainsi que des thèmes (le motif du Carpe diem, par exemple). Ainsi, la Pléiade se nourrit de la poésie antique ou néoclassique (la forme du sonnet et le thème platonicien de l'Innamoramento furent ainsi hérités de Pétrarque, poète italien du xive siècle). Pour autant, elle ne se contente pas de traduire servilement tel ou tel auteur latin.
• S'il fallait trouver, au-delà des styles personnels, un point commun aux poètes de la Pléiade, ce serait un souci de diversité et de variété. Du Bellay, dans la Défense, ne dit pas autre chose, invitant le poète à « sonde[r] diligemment son naturel, et se compose[r] à l'imitation de celui dont il se pourra approcher de plus près. Autrement son imitation ressemblera à celle du singe. » Dans ce dialogue fécond avec les poètes de l'Antiquité, Ronsard, du Bellay et leurs adeptes nourrissent l'ambition démesurée d'accéder à une sorte d'Olympe littéraire : comme les dieux mythologiques qu'ils convoquent dans leurs poèmes, ils aspirent, par leur œuvre poétique, à l'immortalité.

Zoom sur…

Ode à la femme aimée ou célébration du poète ?
Vingt-cinq ans après son célèbre « Mignonne, allons voir si la rose… », Ronsard, poète désormais reconnu et vieilli (il a cinquante-quatre ans et mourra sept ans plus tard), reprend le motif du Carpe diem (« Cueille le jour »), déjà emprunté alors au poète latin Horace. La jeune femme à qui s'adresse cette fois l'auteur des Sonnets pour Hélène est sans doute Hélène de Surgères, suivante de Catherine de Médicis. Toutefois, elle est plus certainement une projection poétique de toutes les amours du poète.
«  Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
Assise près du feu, dévidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant :
« Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle. »

Lors, vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de Ronsard ne s'aille réveillant,
Bénissant votre nom de louange immortelle.

Je serai sous la terre et, fantôme sans os,
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos ;
Vous serez au foyer une vieille accroupie,

Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain :
Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie.  »
Ronsard, Sonnets pour Hélène, « Quand vous serez bien vieille… », 1578

Ce sonnet reflète bien le statut que Ronsard assigne à la poésie. Il s'agit moins ici de mettre en garde la femme aimée sur le caractère fugitif de sa beauté que de célébrer l'immortalité du poète. Tandis que la jeune femme est projetée dans un avenir anonyme, sombre et réaliste, Ronsard insiste sur l'immatérialité du poète et n'hésite pas, dès le premier quatrain, à associer la « louange immortelle » à son nom propre. D'aucuns trouveront que le « Prince des poètes » (surnom que Ronsard s'est donné !) ne brille pas par sa modestie, certes ! Mais l'autolouange est aussi l'expression du rôle quasi divin que Ronsard attribue à la poésie et, partant, de l'immense responsabilité qui incombe au poète.

Pour aller plus loin

À découvrir
Peinture : Les Ambassadeurs, Holbein, 1533 ; Portrait de François Ier, Le Titien, v. 1539.
Architecture : château de Chambord.
Cinéma : La Reine Margot, Patrice Chéreau, 1994.
Repères bibliographiques
  • L'Œuvre de F. Rabelais et la culture populaire au Moyen Âge et sous la Renaissance, M. Bakhtine, Gallimard, 1965.
  • Ronsard, le Roi, le Poète et les Hommes, D. Ménager, Droz, 1979.
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