La Révolution française

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L'essentiel

Pour la France, le xviiie siècle est une époque de révoltes et de révolutions. Confrontée à des difficultés financières, la monarchie ne parvient pas à se réformer. Le blocage institutionnel provoqué par l'opposition parlementaire empêche toute réforme. Les guerres ruinent l'État, qui accable le royaume d'impôts. Les réformes inspirées des théories des physiocrates ou des libéraux échouent. Issues des Lumières, les idées nouvelles progressent et nourrissent les revendications des oppositions sociales ou politiques : souveraineté populaire, partage des pouvoirs, respect des libertés sont préconisés. Les cahiers de doléances rédigés en 1789 expriment ces souhaits ainsi que la remise en cause des privilèges. Convoqués à Versailles, les représentants du tiers état se constituent en assemblée nationale et déclenchent un mouvement révolutionnaire. La crise politique débouche sur la Déclaration des droits et devoirs du citoyen, mais entraîne la chute de la monarchie. Menacée, la République prend des mesures d'exception qui plongent le pays dans la Terreur. À la suite de ces dérives qui ont trahi les idéaux révolutionnaires, la réaction thermidorienne apaise la guerre civile.
Chronologie indicative
  • 1709 : Famine.
  • 1715 : Mort de Louis XIV ; régence du duc d'Orléans.
  • 1720 : Faillite de la banque de John Law.
  • 1723 : Avènement de Louis XV.
  • 1748 : L'Esprit des Lois de Montesquieu.
  • 1762 : Le Contrat social de Rousseau.
  • 1774 : Avènement de Louis XVI.
  • 1786 : Mauvaise récolte et famine.
  • 1788 : Banqueroute de l'État.
  • 1789, 5 mai : Convocation des États généraux.
  • 1789, 20 juin : Serment du Jeu de paume
  • 1789, 26 août : Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.
  • 1792, 10 août : Chute de la monarchie.
  • 1794, 9 thermidor : Chute de Robespierre ; mise en place du Directoire.
  • 1799, 18 brumaire : Coup d'État de Napoléon Bonaparte ; consulat.

La fiche

De nombreuses crises et difficultés marquent le xviiie siècle français. Dès la fin du règne de Louis XIV, les conditions de la Révolution semblent réunies. Les crises successives suscitent des critiques du pouvoir royal, les idées nouvelles des Lumières se diffusent et les revendications gagnent toutes les couches de la société. Le siècle s'achève sur dix années de réformes, d'expériences et de coups de force qui ensanglantent le pays.
L'absolutisme en crise
Confronté à d'importants problèmes financiers, l'absolutisme s'avère incapable de se réformer. De crises en révoltes, le royaume s'enlise dans le marasme.
Fin du règne de Louis XIV
• La fin du règne de Louis XIV est marquée par la guerre de Succession d'Espagne (1701-1713). Dans un contexte de difficultés économiques aggravées par les mauvaises récoltes, le conflit est dur et ruineux. Il oblige le roi à lever de nouveaux impôts (la capitation dès 1695, le dixième ou dîme royale). La révolte des protestants (guerre des Camisards entre 1702 et 1705) n'arrange rien. L'endettement s'aggrave pendant la régence du duc d'Orléans. En 1715, John Law fonde une banque qui émet du papier monnaie. Elle devient banque royale trois ans plus tard et réussit à résorber la dette publique, mais le système s'effondre en 1720.
Crises financières
• Après quelques années de croissance, le règne de Louis XV le Bien-Aimé s'enlise à son tour dans les guerres (guerre de Succession de Pologne, guerre de Succession d'Autriche, guerre de Sept Ans) alors que la tentative d'instaurer la libre circulation des grains en supprimant les taxes intérieures échoue (1763) ; cet échec empêche de lutter contre la cherté du pain.
• Confié à des fermiers généraux, le recouvrement de l'impôt dont les nobles sont exemptés, se fait aux dépens du Trésor royal. Mais les ministres des Finances ne parviennent pas à réformer ce système fiscal. Toutes les réformes menées par Machault d'Arnouville, Necker, Calonne ou Loménie de Brienne, sont rejetées à peine engagées. Les efforts réalisés pour mettre en application les théories des physiocrates ou des libéraux n'ont pas plus de succès. En 1788, l'État est en situation de banqueroute.
Crises parlementaires
• Profitant de la faiblesse des souverains, le Parlement qui détient le pouvoir d'enregistrer les ordonnances royales entreprend de mener une politique d'obstruction systématique à partir de 1750. En 1770, la fronde parlementaire est totale. Le Parlement de Paris est en grève. Le chancelier Maupeou l'expulse l'année suivante (1771) et tente des réformes ; mais celles-ci sont interrompues par la disparition de Louis XV (1774). Louis XVI se lance dans de nouvelles dépenses (aide aux Américains dans le cadre de leur guerre d'Indépendance) sans parvenir à calmer l'opposition nobiliaire. Le blocage des institutions empêche la mise en œuvre de solutions viables.
Idées nouvelles et revendications
Le mouvement des Lumières propose des solutions qui justifient des revendications de plus en plus révolutionnaires.
Souveraineté populaire et partage du pouvoir
• Les philosophes des Lumières proposent d'asseoir la société sur de nouveaux principes. Dans l'Esprit des lois (1748), Montesquieu s'inspire du modèle anglais pour préconiser la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, seule garantie contre l'arbitraire. En 1762, dans Le Contrat social, Rousseau soutient que le pouvoir politique émane de la souveraineté du peuple et non du droit divin déjà contesté par Diderot dans l'Encyclopédie. Voltaire dénonce l'intolérance religieuse dans son Traité sur la tolérance (1763). Toutes ces idées, relayées par les salons et autres cercles où elles sont débattues, renforcent la détermination des mouvements d'oppositions sociales et politiques.
Les cahiers de doléances
• Confronté au blocage des institutions, Louis XVI convoque les États généraux, assemblée extraordinaire qui a vocation à transmettre au roi les revendications de ses sujets. Ces derniers sont invités à rédiger des cahiers de doléances dans lesquels apparaissent leurs préoccupations. Si la noblesse se montre attachée au maintien de ses privilèges, elle entretient avec la bourgeoisie le souhait d'accéder à un partage des pouvoirs et celui d'une libéralisation du régime dans le domaine économique. L'allègement de la pression fiscale et la suppression des droits féodaux constituent la réclamation la plus répandue dans le reste de la population (le tiers état).
Les États généraux
• Le 5 mai 1789, les députés des trois ordres (noblesse, clergé et tiers état) se rassemblent à Versailles. Malgré le doublement de leur représentation, les députés du tiers état sont déçus : le roi ne leur promet pas de réforme institutionnelle et refuse le vote par tête à la place du vote par ordre moins avantageux pour eux. Forçant le destin, ils jurent alors de ne pas se séparer avant d'avoir doté la France d'une Constitution (serment du Jeu de paume). Louis XVI laisse faire et invite les députés de la noblesse et du clergé à se rallier à la nouvelle assemblée ainsi proclamée Assemblée nationale.
La Révolution française
La proclamation d'une Assemblée nationale ayant pouvoir constituant est l'accomplissement d'une véritable révolution politique ; mais les difficultés économiques persistent et les rivalités plongent le pays dans le chaos.
L'échec de la monarchie parlementaire
• Après la crise de juillet 1789, période pendant laquelle les rumeurs alimentent les peurs dans les campagnes ou engendrent des émeutes à Paris (prise de la Bastille le 14 juillet), la nouvelle assemblée abolit l'Ancien Régime (abolition des privilèges dans la nuit du 4 août) et dote la France d'une Déclaration des droits et devoirs du citoyen (26 août) qui vaut pour Constitution en attendant le vote de celle-ci en septembre 1791. Une monarchie parlementaire se met en place, qui accorde au roi le pouvoir exécutif mais lui retire le pouvoir législatif au profit de l'Assemblée (Louis XVI devient « roi des Français »). Le pays est alors profondément réformé.
• La mobilisation des monarchies européennes, qui craignent pour leur propre couronne, pousse la France à la guerre. L'invasion du territoire et le manifeste du duc de Brunswick exigeant la restauration du roi dans ses prérogatives provoquent la déchéance de Louis XVI (10 août 1792) et la convocation d'une Convention chargée de donner à la France une Constitution républicaine.
L'expérience républicaine et la Terreur
• La jeune République signe son avènement par un succès militaire : la bataille de Valmy du 20 septembre 1792, remportée sur l'armée prussienne du duc de Brunswick. Jugé coupable de trahison, Louis XVI est condamné à mort et exécuté (21 janvier 1793). Mais l'opposition extérieure (première coalition rassemblée autour de l'Angleterre) et le soulèvement des Vendéens, opposés à la « levée en masse » et attachés à la religion catholique mise à mal par les révolutionnaires, contraignent la Convention à créer un Comité de salut public.
• La Constitution de l'an I (24 juin 1793) proclame le suffrage universel, le droit au travail, à l'instruction et à l'assistance. Mais, suspendue pour cause de guerre, elle n'est pas appliquée. Impopulaires et souvent contraires aux droits de l'homme, les mesures d'exception divisent les Républicains. Les libertés individuelles sont suspendues (5 septembre 1793) et la Terreur est mise à l'ordre du jour. Sous le contrôle des Jacobins (et de Robespierre en particulier), une dictature s'installe. Si les jeunes généraux de la République (Bonaparte, Hoche, Jourdan) contiennent la menace extérieure, la répression s'étend et fait d'innombrables victimes (parmi les Girondins, les Enragés et les Indulgents notamment).
La réaction thermidorienne
• Contre le gouvernement de la Terreur, une coalition se forme. Le 9 thermidor de l'an II (27 juillet 1794), Robespierre est arrêté ; il est exécuté le lendemain. Un nouveau régime plus modéré est instauré sous le nom de Directoire. L'exécutif est confié à cinq directeurs, le législatif à deux assemblées : le conseil des Cinq Cents et le conseil des Anciens. Le suffrage censitaire, ne donnant le droit de vote qu'aux plus riches, est établi. La Constitution de l'an III (septembre 1795) assoit le triomphe de la bourgeoisie, qui élimine l'opposition royaliste sur sa droite (5 octobre 1795) et celle des Égaux de Gracchus Babeuf sur sa gauche (1796).
Au terme d'un siècle mouvementé, le pouvoir a définitivement changé de main. L'absolutisme a vécu ; mais la démocratie n'est pas encore assurée.

Zoom sur…

Les courants révolutionnaires
La Révolution suscite l'émergence de nombreux courants politiques. Issus des départements du Sud-Ouest, les Girondins (Brissot) forment l'aile droite de l'Assemblée. Ils souhaitent la mise en place d'une fédération et plaident en faveur de la décentralisation du pouvoir. Ils s'opposent aux Jacobins (Robespierre) qui défendent une conception centralisatrice du pouvoir. Les Enragés (Hébert) exigent des réformes radicales en faveur des plus démunis et visant à la déchristianisation. Proches des Jacobins, les Indulgents (Danton, Desmoulins) sont ainsi désignés à partir de l'été 1793 quand ils se mettent à critiquer les excès de la Terreur et la politique radicale des Enragés. Les Babouvistes (Babeuf) veulent la suppression de la propriété privée. Ils sont considérés comme des précurseurs du communisme. Dans les rangs des royalistes, on distingue d'abord le parti des Émigrés, favorable au retour à l'Ancien Régime. Réfugiés à l'étranger, ils œuvrent à la restauration d'une monarchie absolue par la guerre extérieure. Les Feuillants (La Fayette) défendent une conception parlementaire de la monarchie, sur le modèle du système anglais.
Les physiocrates
Les physiocrates, comme Quesnay, Mirabeau ou Condorcet sont partisans des théories du laisser-faire chères aux économistes libéraux, tels qu'Adam Smith. Les physiocrates font reposer la prospérité du pays sur la paysannerie, considérée comme seule classe productrice de richesses.

Pour aller plus loin

À voir
  • 1789, Ariane Mnouchkine, 1974.
  • La nuit de Varenne, Ettore Scola, 1982.
  • Danton, Andrzej Wajda, 1983.
À lire
  • Les Chouans, Honoré de Balzac, 1829.
  • Quatre-vingt-treize, Victor Hugo, 1874.
À visiter
  • Musée de la Conciergerie, Paris.
  • Musée Carnavalet, Paris.
Repères bibliographiques
  • M. Antoine, Louis XV, Fayard, 1985.
  • J.-Ch. Petitfils, Louis XVI, Perrin, 2005.
  • D. Roche, La France des Lumières, Fayard, 1993.
  • M. Vovelle, La Révolution française, Armand Colin, coll. « Cursus », 1992.
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