La Russie d'aujourd'hui : une puissance en devenir

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Les chiffres clés

  • Population : 148 millions d'habitants ;
  • Capitale : Moscou ;
  • Monnaie : le rouble ;
  • Chef de l'État : Vladimir Poutine depuis 2000 ;
  • Chemin de fer : le transsibérien, 7400 km ;
  • Production mondiale : gaz, 1er ; pétrole, 3e ; blé, 4e ; acier, 4e ; automobile, 10e.

La fiche

Si la Russie n'est plus l'une des premières puissances économiques mondiales comme au temps de l'Union soviétique, elle demeure aujourd'hui l'une des 10 économies les plus importantes au niveau international (en 2005, 10e rang entre le Brésil et le Canada), avec des ressources naturelles inégalées, une population de plus de 148 millions d'habitants, des compétences scientifiques et techniques avérées et une croissance économique forte depuis l'année 1999. La Russie est membre du club des pays les plus industrialisés, le G8. La maîtrise du territoire par les transports est un enjeu fort pour ce pays immense. L'économie russe est en complète restructuration.
Les transports et les richesses naturelles
Un territoire partiellement maîtrisé
• Lors de l'éclatement de l'URSS, les nouveaux États indépendants ont déclaré leur souveraineté sur les infrastructures et les réseaux de transport. Ce partage soudain a obligé la Russie à adapter ses propres réseaux aux nouvelles frontières et à accepter de parcourir des territoires étrangers pour relier certaines grandes villes russes.
Un réseau perfectible mais cohérent à l'ouest
• La Russie possède un assez dense réseau de transports, organisé autour de quelques axes majeurs reliant Moscou et Saint-Petersbourg à la frontière polonaise d'une part, à Kiev (Ukraine) d'autre part et, enfin, à Rostov par le couloir de la Volga.
Le rail et la voie d'eau, atouts essentiels
• Le système soviétique avait privilégié le rail et la voie d'eau, lents mais bien adaptés aux transports lourds de matières premières. Le chemin de fer reste de très loin le principal mode de transport de marchandises et de passagers en Russie. Peu rapide mais économique, il met en relation toutes les villes du pays.
• Un système de canaux et de fleuves aménagés relie sur plus de 4 000 km la mer Baltique et la mer Blanche, au nord, à la mer Noire et à la mer Caspienne, au sud.
Les progrès de la route
• Le transport routier, par poids lourds, a connu une forte expansion avec l'ouverture des frontières vers l'ouest. Les grands axes, en particulier Moscou-Varsovie, ont du mal à supporter un trafic pour lequel ils n'ont pas été conçus. La Russie manque d'autoroutes et, pour beaucoup de liaisons secondaires, les routes sont mal adaptées (malgré la construction de 90 000 km de routes goudronnées en 13 ans).
• Les déplacements automobiles de particuliers augmentent régulièrement. On compte environ 1 voiture pour 8 habitants (contre 1 pour 2,5 en France). La production des firmes automobiles russes (VAZ, marque Lada et GAZ)a fortement augmenté ces dernières années.
La Sibérie, de plus en plus isolée
Transsibérien et BAM
• Construit de la fin du xixe au début du xxe siècle, le Transsibérien reste l'épine dorsale de la Sibérie. De Moscou à Vladivostok, les trains de passagers mettent environ une semaine pour parcourir les 9 300 km du plus long chemin de fer du monde. Dans les années 1980, la ligne a été doublée, au nord, par les 3 000 km du Baïkal-Amour-Magistral (BAM), destiné à mettre en valeur la Sibérie orientale et à ouvrir un nouveau débouché sur l'océan Pacifique. La rentabilité de ces immenses travaux est aujourd'hui très compromise. En effet, les liaisons vers le nord, par voies ferrées ou par pistes, ne sont plus guère entretenues.
• L'exceptionnel réseau de tubes mis en place pour transporter le gaz et le pétrole de Sibérie s'est encore développé : des projets sont envisagés en direction de la Chine, de la Corée et du Japon.
Les difficultés du transport aérien
• Avant 1991, la compagnie Aeroflot était, avec 4 000 avions, l'unique compagnie soviétique : elle desservait le plus grand nombre d'aéroports dans le monde. Elle assurait aussi bien des liaisons internationales (Tokyo, Paris, Londres, New York) que des liaisons intérieures pour les passagers et le fret.
• En 1992, l'Aeroflot a éclaté en 150 compagnies concurrentes qui ont dû faire face à des problèmes de rentabilité. Ces compagnies ont du mal à entretenir leurs avions. Le trafic s'est alors concentré sur les aéroports principaux, le prix des billets a augmenté et le trafic intérieur a été divisé par trois. L'aéroport le plus important est celui de Moscou, avec 20 millions de passagers.
Des richesses naturelles considérables
Les ressources énergétiques
• La Russie est le 2e producteur mondial de pétrole et le 1er de gaz naturel. Ces ressources sont souvent difficilement accessibles, car situées en particulier au nord de l'Oural et en Sibérie. Des trois bassins houillers en exploitation (Petchora, Donbass, Kouzbass), seul le dernier offre de bonnes conditions de rentabilité. Mais les gisements de Sibérie orientale (Toungouska, Léna) constituent des réserves quasi inépuisables… à condition de créer des voies d'accès.
• Les ressources en pétrole sont limitées (environ 1/10e de celles du Golfe persique). Situés à l'ouest de l'Oural (Bakou 2) et dans la plaine de l'Ob (Bakou 3), les champs pétrolifères sont assez mal entretenus. Pourtant, le pétrole représente, selon les calculs de la Banque mondiale, un quart du produit intérieur brut et le tiers des recettes du budget de la Fédération russe.
• Le gaz naturel, situé en Sibérie occidentale, est en revanche une ressource d'avenir : la Russie possède le tiers des réserves mondiales. La société Gazprom a investi dans l'entretien des gazoducs qui permettent l'exportation du gaz vers l'Europe de l'Ouest.
• Les ressources hydroélectriques sont également importantes : barrages du Dniepr et de la Volga, puissantes centrales sibériennes sur l'Angara et l'Ienisseï qui permettent à la Russie d'être le 1er producteur mondial d'aluminium, à égalité avec les États-Unis.
• Les principales entreprises russes, par la capitalisation boursière, sont celles du secteur énergétique, notamment le géant gazier Gazprom, détenu en majorité par l'État, et les majors pétroliers Rosneft et Lukoil.
Les minerais
• La Russie possède la quasi-totalité des minerais métalliques : fer (Koursk, Oural, Yakoutie), bauxite, cuivre, zinc, nickel, platine, uranium, or. Les champs diamantifères (4e producteur mondial) de Yakoutie (Sibérie) sont exploités dans des conditions climatiques extrêmement rudes.
• Le problème majeur de l'espace russe est la distance : les ressources naturelles sont pour l'essentiel situées à l'est de l'Oural, dans des régions peu attractives à cause des conditions climatiques, alors que la population est plutôt concentrée à l'ouest. Cette situation pose le problème du transport et de la main-d'œuvre.
L'économie soviétique
L'héritage soviétique
• La planification soviétique avait privilégié, pour réaliser des économies d'échelle, mais aussi pour des raisons de prestige, la création de très puissantes régions industrielles spécialisées (les « combinats », les « CTP »). Par exemple, presque tous les camions soviétiques étaient produits par l'usine Kamaz, entre la Volga et l'Oural. Le Kouzbass, l'Oural ou le Donbass fournissaient l'acier et les alliages spéciaux ; la région de Bakou livrait les tubes et les machines pour l'industrie pétrolière.
• Ce système de spécialisation et d'échanges croisés s'étendait à l'ensemble de l'URSS, mais aussi aux pays du COMECON : le coton cultivé en Asie centrale était transformé dans la région de Moscou sur des machines fabriquées dans les pays baltes, les autocars provenaient de Hongrie, les avions d'entraînement de Tchécoslovaquie, et l'optique d'Allemagne de l'Est.
Aujourd'hui, de nouvelles structures industrielles
• L'effondrement du bloc soviétique, puis de l'URSS, a rompu les liens et désorganisé les échanges : de nombreuses entreprises se sont retrouvées sans clients ni fournisseurs. Surtout, le système bancaire, indispensable aux investissements et aux échanges en système capitaliste, ne s'est constitué que lentement. Il n'accorde encore que peu de prêts aux entreprises.
• Les régions d'industries lourdes périphériques ont donc été très touchées par la crise. Plus diversifiées, mieux reliées aux centres de consommation, les industries de la région centrale s'adaptent plus rapidement à la nouvelle donne économique, en particulier pour la production de biens de consommation. La transition a toutefois fait naître un grand nombre d'entreprises dynamiques, gérées de façon moderne – par exemple, dans l'industrie agroalimentaire ou les télécommunications, en particulier grâce au concours d'investisseurs étrangers.
L'agriculture
• L'agriculture russe a connu en quinze ans deux évolutions majeures. Les kolkhozes (fermes collectives) et les sovkhozes (fermes d'État) de l'époque soviétique ont d'abord été transformés en entreprises privées (1992), collectives ou individuelles. La seconde évolution touche la propriété de la terre, qui est désormais possible pour les particuliers. Les conditions climatiques ne permettent une mise en culture des terres que sur une période relativement courte. La dimension de la surface agricole utile et le facteur climatique expliquent sans doute que l'agriculture soit extensive plutôt qu'intensive comme c'est le cas en Europe occidentale.
• Avec plus de 200 millions d'hectares de terres cultivables, la Russie est un des principaux producteurs mondiaux de céréales (8 % de la production mondiale de blé) et de pommes de terre. La production agricole russe, après avoir baissé fortement de 1992 à 1998, croît faiblement depuis 1999 ; mais grâce à la plus grande efficacité de la distribution et aux importations, la Russie ne connaît plus les pénuries alimentaires de l'époque soviétique.
La Russie, puissance en devenir
Une conversion difficile
• La conversion de l'économie planifiée à une économie de marché a été chaotique. Il n'y a pas eu de transition progressive, avec l'installation d'entreprises capitalistes sur des portions délimitées du territoire (comme en Chine), mais un changement brutal de système économique. Les anciens pays de l'Est associés dans le cadre du COMECON ont réorienté leur économie vers l'Union européenne, à laquelle certains ont adhéré.
• En Russie, la baisse des commandes de l'État (matériel militaire) a affecté les secteurs les plus performants sur le plan technologique : aciers spéciaux, moteurs d'avion, industries spatiales. Ces dernières n'ont survécu, malgré une fuite des cerveaux, qu'en vendant leurs technologies à leurs anciens concurrents (Boeing, Ariane) et en s'alliant avec eux pour des projets communs.
Un partenaire commercial qui commence à compter
• L'Union européenne est le premier partenaire commercial de la Russie et représente plus de 50 % de son commerce extérieur. Au sein de l'UE, l'Allemagne est le premier partenaire commercial, loin devant l'Italie et la France. La Russie est notamment le principal fournisseur d'énergie de l'Europe. Les pays de l'ex-URSS représentent désormais moins du quart du commerce extérieur russe.
• La balance commerciale russe est très excédentaire, du fait des exportations d'hydrocarbures. Les exportations russes ont progressé à un rythme rapide ces dernières années du fait de la hausse des cours du pétrole. La Russie exporte avant tout des matières premières, notamment du pétrole, du gaz et des métaux, pour près de 80 %. Les produits provenant de la pêche en Russie fournissent le quart des marchés mondiaux. La Russie exporte par ailleurs des produits manufacturés sur les marchés proches, ainsi que de l'armement (notamment en Chine et en Inde) – le pays étant, dans ce secteur, l'un des principaux exportateurs mondiaux. Selon l'OMC, la Russie figure au 8e rang mondial des exportateurs en 2006.
• Les 12 États issus de l'URSS, dont la Russie, ont institué, à partir de 1991, la Communauté des États indépendants ou CEI. Il s'agissait pour la Russie de créer une sorte de « marché commun » qui lui permettrait de conserver une sphère d'influence. En pratique, la CEI constitue une structure assez lâche de coopération économique (multiples accords commerciaux bilatéraux) et politique. Des sous-ensembles se sont par ailleurs constitués, comme l'union entre la Russie et le Belarus en matière douanière, ou la Communauté économique eurasienne.
• La Russie et l'Union européenne ont signé un accord de partenariat et de coopération en 1997. Leurs relations sont dominées par la problématique énergétique, l'Union européenne étant le premier client de la Russie, et la Russie le premier fournisseur de l'Union : les tensions entre l'Ukraine et la Russie en janvier 2006 ont mis en relief cette interdépendance et les préoccupations de sécurité énergétique qui en résultent pour plusieurs pays européens. Par ailleurs, la Russie fait partie de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC).
La place de l'État
• Après une première phase de transition durant laquelle l'État russe a été très affaibli, avec de nombreuses privatisations opérées dans des conditions opaques sous Boris Eltsine, l'État a retrouvé, avec Vladimir Poutine, une position de premier plan en Russie. L'État russe, touché par une certaine dérive autoritaire, a mis au pas certains hommes d'affaires (les oligarques qui s'étaient enrichis au moment des privatisations, par exemple avec l'affaire Ioukos) et a regagné le contrôle des principales entreprises énergétiques du pays, notamment le principal producteur de gaz, Gazprom. Il détient par ailleurs la principale banque du pays, la Sberbank.
• L'État russe reste marqué par un degré important d'interventionnisme, et par une forte corruption. La Russie est ainsi située, dans les classements internationaux, au même rang que certains pays africains, et ce malgré de nombreuses arrestations spectaculaires, notamment celles de plusieurs fonctionnaires haut placés de la Procurature générale (en 2006). L'importance de l'économie informelle et le rôle économique des mafias témoignent aussi de la faiblesse relative de l'État en Russie.

Zoom sur…

Vladimir Poutine
Vladimir Poutine, né en 1952 à Leningrad (aujourd'hui Saint-Pétersbourg), est le plus jeune dirigeant que la Russie, et même l'URSS, ait jamais eu. Arrivé au pouvoir dans des circonstances controversées – la seconde guerre de Tchétchénie déclenchée en septembre 1999 –, devenu président par une opportune démission de Boris Eltsine, le 31 décembre 1999, et une élection au premier tour en mars 2000 sur laquelle pèsent certains doutes, l'homme reste un mystère pour de nombreux observateurs.
Après une carrière au KGB, pour lequel il travailla en ex-RDA, il rejoint le maire de Saint-Pétersbourg, Anatoli Sobtchak, dans l'administration municipale au début des années 1990. Bon organisateur, il est appelé dans l'administration présidentielle en 1995. Après en avoir franchi rapidement divers échelons, il est nommé en 1998 à la tête du FSB, l'un des organismes successeurs du KGB, pour devenir, le 9 août 1999, un Premier ministre inattendu.
Poutine est aujourd'hui un dirigeant reconnu internationalement, il est invité dans le cadre du G8 et participe à de nombreuses réunions sur le plan mondial. Pourtant, l'opinion internationale, dans sa majorité, est opposée à la politique de Poutine en Tchétchénie. En effet, à la suite du démantèlement de l'URSS en 1991, la République autonome russe de Tchétchénie-Ingouchie a proclamé son indépendance. En décembre 1994, Moscou, qui veut préserver sa souveraineté, particulièrement sur les républiques musulmanes de la Fédération, et sécuriser les voies de transit du pétrole de la mer Caspienne, engage une intervention armée. Cet affrontement continue encore aujourd'hui.

Repères bibliographiques

  • G. Sokoloff, Métamorphose de la Russie, Fayard, 2004.
  • J. Channon, Atlas de la Russie, Autrement, 2003.
  • J. Radnanyi, G. Wild, La Russie entre deux mondes, La Documentation photographique, n° 8045, 2005.
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