La Russie : territoire et peuplement

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Les chiffres clés

Fiche d'identité
Superficie : 17 millions de km2 (30 fois la France)
Population : 148 millions d'habitants
Capitale : Moscou
Densité : 8,5 habitants/km2
Taux de natalité : 13,1‰
Taux de mortalité : 13,3‰
Taux de mortalité infantile : 7,3‰
Nombre d'enfants par femme : 1,6
Espérance de vie : hommes, 59 ans ; femmes, 72 ans

La fiche

La Russie et le plus vaste État du monde. L'éclatement de l'URSS en 1991 l'a installé dans de nouvelles frontières nationales qu'il lui a fallu assimiler. La nouvelle division de la fédération en 89 unités territoriales dotées de différents statuts (depuis 1993) manifeste sa volonté de réorganiser son espace et de prendre en compte la diversité des populations. Afin de sortir de la crise du postsoviétisme, la Russie devrait pouvoir compter sur une réserve de ressources naturelles qui fait d'elle l'une des premières puissances mondiales en matière d'hydrocarbures. Toutefois, les conditions dans lesquelles ces potentialités sont exploitables sont parfois proche de l'extrême. En outre, ces ressources constituent un enjeu stratégique car leur transport et leur commercialisation sont dépendants de pays de l'étranger proche, avec lesquels la Russie entretient parfois des relations délicates.
Un État-continent
De la Baltique au Pacifique
Un espace continental
La fédération Russie est un vaste espace continental et le plus grand État du monde avec 17 millions de km2 (soit 30 fois la France). À l'Ouest, entre la mer Baltique, la mer Noire et l'Oural, un paysage de plaines et de collines domine. La chaîne ancienne de l'Oural ne constitue pas une véritable barrière et, dès le xviie siècle, les Cosaques au service du Tsar la franchirent pour conquérir, en quelques années, l'immensité sibérienne jusqu'au Pacifique. Il restait encore à explorer, puis à équiper cette « terre qui dort » (Sibérie). Le premier transsibérien ne fut terminé qu'en 1903, et on continuait à prospecter et à cartographier les territoires du Nord-Est lors de l'effondrement de l'URSS. Au sud, une puissante barrière de montagnes jeunes, prolongement du système himalayen, enclave le territoire russe de l'Asie centrale au Kamtchatka, comme l'isole au Nord la banquise de l'océan glacial Arctique. La première des contraintes du territoire est donc la continentalité. La Russie ne dispose plus d'aucun grand port libre de glaces toute l'année.
Le Nord, espace pionnier
Le grand nord de la Russie reste un espace pionnier, occupé de façon discontinue, soit pour des raisons stratégiques, comme le port de Mourmansk sur la mer de Barents, soit pour exploiter des ressources minières : charbon de la Petchora, gaz de la plaine de l'Ob, minerai de Yakoutie. La fin de la planification et le désordre économique ont vidé une grande partie de ces espaces pionniers de leur population. La conquête du Nord est aujourd'hui largement à refaire.
Les « Suds »
La Russie a conservé une partie des riches terres agricoles et du bassin industriel Volga - Don. En bordure de la mer Caspienne, une petite région de climat quasi méditerranéen garde une fonction touristique, mais, au sud, les guerres civiles du Caucase ravagent le territoire, en particulier en Tchétchénie.
Les contraintes du milieu
Le froid
Le climat continental est celui de l'essentiel de la Russie d'Europe et de celui du sud de la Sibérie, autour de Novossibirsk. La moyenne des températures est de +20° C à Moscou en juillet et de -10° C en janvier. En Sibérie orientale, on relève des températures de +20° C en juillet et de -40° C en janvier. Les étés sont chauds et orageux, le printemps et l'automne sont courts, l'hiver est très froid. La principale contrainte agricole de ce climat, favorable aux cultures de céréales, de tournesols, de pommes de terre, est la brièveté de la période végétative, du dégel de printemps aux premières neiges d'automne. Au nord-est d'une ligne Saint-Pétersbourg - vallée de l'Ob, le sol est gelé plus de cent jours par an.
L'aridité
Les précipitations décroissent vers l'Est : au nord de la mer Caspienne existe un véritable désert ; au-delà de l'Oural, l'aridité rend les cultures difficiles. Cependant, le territoire russe possède de puissants fleuves (Dniepr, Volga, Ienisseï, Lena) alimentés par les eaux de fonte des neiges et capables de fournir, pour certains d'entre eux de l'énergie hydroélectrique en abondance.
Atouts et handicaps de l'immensité
La Russie «utile», où se concentre l'essentiel de la population et des activités, est constitué d'un triangle Mer Noire - Saint-Pétersbourg - Novossibirsk. Au-delà, vers l'est et le nord, le territoire recèle des ressources considérables, mais difficiles d'accès : bois au Nord, pétrole de l'Oural et de la vallée de l'Ob, gaz naturel et minerais métalliques de toutes sortes. En Sibérie, la moitié environ du territoire n'est joignable que par hélicoptère. L'espace russe n'est pas, contrairement à celui des États-Unis, un espace maîtrisé.
La diversité du peuplement
Un très vieux pays neuf
La Russie d'Europe, cœur du territoire
Les deux tiers de la population russe (148 millions d'habitants) résident à l'ouest de la Volga, sur 1/5 du territoire et, comme en France, plus de trois habitants sur quatre sont des urbains. Les villes de Russie d'Europe constituent un réseau ancien, hiérarchisé autour de deux capitales historiques qui ne cessent de croître. Moscou (10 millions d'habitants) a été le centre du pays dès le xve siècle et concentre l'essentiel des pouvoirs politiques, économiques et culturels. Saint-Pétersbourg (5 millions d'habitants) a fêté en 2003 le 300e anniversaire de sa fondation par Pierre le Grand. Elle fut capitale de l'empire russe jusqu'en 1918 et reste aujourd'hui un port et un centre industriel essentiels. Le long de la Volga, principal axe de circulation fluviale et couloir industriel, se succèdent des villes millionnaires : Nijni-Novgorod, Kazan, Samara, Volgograd.
Une dynamique spatiale inversée
Au sud de l'Oural, les grandes cités de l'acier et de la chimie, développées par la volonté d'industrialisation du régime soviétique (Oufa, Perm, Ekaterinbourg), sont en crise, comme le sont aussi, loin à l'est, les villes échelonnées le long du transsibérien : Novossibirsk, Krasnoïarsk, Irkoutsk, Vladivostok. La volonté soviétique de conquérir l'espace sibérien grâce à des cités industrielles et minières, des centres de recherche, mais aussi à des bases militaires et des établissements pénitentiaires a en effet cédé la place à une autre dynamique guidée par la loi du marché. Or, les industries lourdes éloignées sont celles qui ont eu le plus de mal à s'adapter à une économie de marché. La population reflue donc de la Sibérie, déjà très peu peuplée, vers la Russie d'Europe.
Diversité des peuples et des coutumes
L'URSS était un état fédéral, avec une grande diversité de peuples et de coutumes, mais la Russie l'est aussi : elle comporte 22 Républiques de tailles très diverses, chacune ayant son peuple, sa langue, son histoire, et 10 territoires pour les peuple du Nord. La situation du Caucase, véritable mosaïque ethnique, est à l'origine d'une guerre sanglante menée par l'armée russe contre les indépendantistes de Tchétchénie.
Une démographie de pays développé, des difficultés de pays en développement

Une démographie en crise
La transition démographique de la plupart des peuples de Russie était terminée, et la population ne croissait plus que lentement avant l'effondrement de l'URSS. Depuis 1991, la crise ressentie a été telle que la population russe diminue. Le taux de mortalité a augmenté (15 ‰), particulièrement pour les hommes, dont l'espérance de vie aujourd'hui est à peine supérieure à celle d'un pays en développement. Les causes en sont la dégradation du système de santé, l'augmentation de la misère dans certaines couches défavorisées, l'alcoolisme. La natalité (9‰) a chuté par manque de confiance des jeunes couples dans l'avenir. Aujourd'hui, l'excédent naturel est négatif. La mortalité infantile est remontée à 6 ‰ soit 4 fois plus qu'en France
Une société en recomposition
Depuis l'effondrement du communisme, la société russe a connu une grande évolution. L'inflation, jusqu'alors inconnue dans ce pays, a fait brutalement chuté le pouvoir d'achat des salariés, en particulier des fonctionnaires. Le salaire d'un professeur ou d'un médecin hospitalier devient insuffisant pour faire vivre une famille avec deux enfants. Les retraités ont été encore davantage touchés. Le chômage s'est développé, et on a vu réapparaître, dans les grandes villes, des catégories sociales d'exclus que l'on croyait disparues : jeunes enfants, mendiants, SDF… La drogue, en provenance d'Afghanistan, la prostitution et le Sida se sont développés.
Les nouveaux riches
Inversement, les nouveaux propriétaires d'entreprises se sont enrichis considérablement. Services et commerces se sont multipliés, améliorant notablement un système de distribution qui était rudimentaire. Mais le prix des marchandises est élevé et n'est pas à la portée de tous. Au sommet de la société, quelques très grandes entreprises (Gazprom, numéro 1 mondial du gaz naturel) ont repris les secteurs les plus rentables de l'ancienne économie soviétique, enrichissant de façon insolente un petit nombre de nouveaux riches liés au pouvoir politique et parfois aux mafias. La corruption des élites et la fuite des capitaux vers l'étranger touchent aujourd'hui la société russe.

Zoom sur…

La Sibérie
La Sibérie est un prolongement de la grande plaine européenne couverte par la Taïga. Jusqu'au xviiie siècle, on a appelé Sibérie les territoires qui s'étendaient au-delà de la Volga. La colonisation des pays entre Volga et Oural en a fait reculer la limite au-delà de cette montagne. Celle-ci, sans constituer une vraie barrière puisqu'elle est aisément franchissable, marque cependant une frontière climatique : à l'est, les hivers sont plus rudes et plus longs. La Sibérie tout entière fait partie des « pays de l'avenir », pour reprendre l'expression de l'explorateur F. Nansen. La Russie tsariste, le pouvoir soviétique et l'État russe depuis la désagrégation de l'Union en ont fait une gigantesque frange pionnière. Dans quelle mesure les aménageurs parviendront-ils à faire passer cette Sibérie du stade de pays neuf, inégalement mis en valeur et colonisé, au stade de vaste région productrice de biens d'équipements et de consommation, apportant à la république de Russie la part que son étendue et le potentiel de ses richesses naturelles semblent devoir lui réserver ? La géographie et l'économie, mais aussi la politique peuvent contribuer à apporter une réponse.

Repères bibliographiques

J. Radvanyi, Les États post-soviétiques, Armand Colin, 2004.
J. Radvanyi, La nouvelle Russie, Armand Colin, 2004.
J. Radvanyi, Gérard Wild, La Russie, entre deux mondes, La Documentation Photographique, n° 8045, 2005.
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