La Seconde Guerre mondiale, guerre de nations ou conflit idéologique ?

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L'essentiel

Pour construire une « Grande Allemagne » rassemblant tous les peuples d'origine germanique et la doter d'un espace vital, Hitler entreprend dès 1935 une politique d'expansion territoriale pour laquelle il prépare son pays à la guerre (plan de quatre ans de 1936). Après avoir rattaché la Sarre, l'Autriche, les Sudètes à l'Allemagne, il s'attaque à la Pologne, provoquant ainsi le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Ayant conclu un pacte de non-agression avec l'URSS, il écrase rapidement la France pendant la « drôle de guerre ». En 1941, il se retourne contre les Soviétiques. Ses victoires éclairs sur tous les fronts lui permettent de dominer l'Europe (1942). En décembre 1941, le Japon détruit la flotte américaine du Pacifique à Pearl Harbor. Une seconde guerre s'ajoute à celle qui se joue en Europe. Usant leurs adversaires dans le cadre d'une guerre totale nécessitant d'énormes ressources, Soviétiques et Américains combinent leurs efforts pour renverser la situation à leur avantage. Marquée par l'échec allemand de Stalingrad, la reconquête de Guadalcanal et la chute de l'Italie, l'année 1943 est l'année du tournant de la guerre. Le débarquement en Normandie précipite l'effondrement de l'Allemagne prise en étau. L'invasion de l'archipel japonais est plus difficile. Pour écourter la guerre, Truman décide d'utiliser la bombe atomique (lancée sur Hiroshima et Nagasaki). Le Japon capitule. La fin de la guerre permet de découvrir l'horreur de la Shoah, tentative d'extermination du peuple juif.
Chronologie indicative
  • 1936, mars : Remilitarisation de la Rhénanie.
  • 1938, mars : Anschluss (annexion de l'Autriche par l'Allemagne).
  • 1938, septembre : Accords de Munich.
  • 1939, août : Pacte germano-soviétique de non-agression.
  • 1939, septembre : Déclenchement de la guerre.
  • 1940, juin : Armistice franco-allemand.
  • 1941, juin : Opération Barbarossa (attaque allemande contre la Russie).
  • 1941, décembre : Attaque de Pearl Harbor, guerre américano-japonaise.
  • 1942, juin : Bataille de Midway (victoire américaine sur les Japonais).
  • 1943, février : Capitulation allemande à Stalingrad ; les Américains prennent Guadalcanal.
  • 1944, juin : Débarquement en Normandie.
  • 1945, février : Accords de Yalta (Churchill, Roosevelt, Staline).
  • 1945, mai : Capitulation allemande.
  • 1945, septembre : Capitulation japonaise.

La fiche

La Seconde Guerre mondiale oppose la Grande Alliance (démocraties anglo-américaines et URSS) aux puissances de l'Axe (Allemagne, Italie, Japon). Les nations du monde combattent sur deux champs de bataille distincts (Europe et Pacifique). Au-delà de la lutte pour la domination du monde, ces deux guerres conjointes n'opposent-elles pas davantage des conceptions idéologiques divergentes ? Les frontières entre les camps sont-elles encore nationales ?
La marche à la guerre (1935-1939)
De 1935 à 1939, Hitler mène une politique d'expansion qui conduit à un conflit voulu et préparé au nom de l'idéologie qu'il cherche à imposer.
Les objectifs d'Hitler
• Dès 1920, Hitler avait fixé les objectifs de son parti. Son livre Mein Kampf les précise en 1924. Au-delà de l'abrogation du diktat de Versailles, il envisage de construire une « Grande Allemagne » réunissant tous les peuples d'origine germanique. La puissance dont il rêve doit étendre son « espace vital » à l'est de l'Europe. L'Allemagne imposera également au continent un nouvel ordre fondé sur la supériorité de la race allemande et l'éradication des peuples jugés nuisibles, les juifs tout particulièrement. Pour mener à bien ce programme, Hitler fixe un objectif à son peuple : le plan de 1936 veut que l'Allemagne soit prête à faire face à une guerre dans les quatre ans.
Les manœuvres d'Hitler
• Dans les premiers temps, Hitler use de la diplomatie ou des divisions entre ses ennemis. Dès 1935, la Sarre est rattachée à l'Allemagne par voie de plébiscite. L'année suivante, la Rhénanie est remilitarisée. L'annexion de l'Autriche est plus difficile. Après avoir renoncé en 1936, il suscite un coup d'État dans ce pays dont les nouveaux dirigeants acquis à sa cause demandent leur rattachement au Reich. Celui-ci a lieu en mars 1938. Usant du chantage à la guerre, il obtient de Chamberlain (Angleterre) et Daladier (France) la restitution des Sudètes aux dépens de la Tchécoslovaquie (accords de Munich), État qui est démantelé l'année suivante. En évitant la guerre, Hitler accomplit son programme.
Le déclenchement de la guerre
• La récupération du corridor de Dantzig qui sépare la Prusse du reste de l'Allemagne fait courir à Hitler le risque d'une guerre sur deux fronts, contre les Russes à l'est, la France à l'ouest. Il négocie avec Staline un pacte de non-agression en échange du partage de la Pologne et la cession des États baltes à l'URSS. Le 1er septembre 1939, l'armée allemande entre en Pologne. Le 3 septembre, la Grande-Bretagne et la France lui déclarent la guerre. Le respect de l'ordre international en est la raison principale.
Les victoires de l'Axe (1939-1942)
Les puissances de l'Axe affirment très vite leur supériorité militaire et imposent leur ordre à l'Europe. Mais le conflit s'étend, une autre guerre se déclenche dans le Pacifique et les motivations idéologiques émergent.
La « drôle de guerre » (1939-1940)
• En moins d'un mois, avec la complicité de l'URSS qui y entre le 17 septembre, la Pologne est écrasée. Pour protéger la route du fer suédois qui alimente son industrie de guerre, Hitler envahit la Norvège et le Danemark. Surpris par le pacte germano-soviétique qui annihile tous leurs plans, Français et Britanniques suspendent toute offensive d'envergure. Réfugiée derrière la ligne Maginot, l'armée française attend. Le 10 mai 1940, les Allemands attaquent la France, envahissant au passage Pays-Bas et Belgique. La tactique de la Blitzkrieg (qui combine aviation et blindés) écrase l'armée française en six semaines. Le 22 juin, les Français demandent l'armistice. L'Angleterre reste seule face à l'Allemagne.
L'extension du conflit (1941)
• Rompant le pacte de non-agression, Hitler attaque l'URSS en juin 1941. Pour protéger son flanc sud et aider Mussolini, il a pris le soin d'annexer d'abord les Balkans (Yougoslavie et Grèce). Au printemps 1942, les Allemands sont aux portes de Stalingrad. Profitant de la situation en Europe, le Japon attaque la flotte américaine basée à Pearl Harbor (7 décembre 1941). L'Angleterre s'inquiète d'un conflit qui risque de réduire l'aide que lui accordent les États-Unis. Par la charte de l'Atlantique (août 1941), Roosevelt la rassure, énonçant la priorité qu'il fixe à la Grande Alliance (États-Unis, Angleterre et bientôt URSS) en train de se constituer : la destruction du nazisme. La guerre prend une coloration idéologique.
L'apogée de l'Axe (1942)
• En 1942, l'Allemagne domine l'Europe, qui se voit imposer un ordre nouveau à la construction duquel sont conviés tous ceux qui le veulent. Au-delà des appartenances nationales, tous ceux qui adhèrent aux idéologies nationalistes radicales collaborent.
A contrario, les partisans des démocraties libérales ou populaires basculent dans la Résistance. Chasser l'occupant est leur préoccupation première. Mais la nature du régime politique d'après-guerre se pose aussi, séparant les mouvements de résistance selon des lignes idéologiques nettes : communistes comme les francs-tireurs et partisans (FTP) en France ou non-communistes comme les gaullistes.
• Dans le Pacifique, le Japon s'empare des colonies sans défense des puissances européennes et tente d'y promouvoir des mouvements d'indépendance.
La victoire de la Grande Alliance (1943-1945)
La guerre totale qui embrase le monde donne l'avantage au camp qui dispose des plus grandes ressources. Le temps travaille en faveur des Alliés qui reprennent progressivement le dessus.
Le tournant de 1942-1943
• Malgré leurs succès, les Allemands n'atteignent pas leurs objectifs en Russie. L'immensité des territoires à contrôler dépasse leurs moyens. La capitulation de la VIe armée du général von Paulus à Stalingrad l'affaiblit. Victorieux en Afrique du Nord, les Anglo-Américains débarquent en Sicile et font céder l'Italie, qui sort de la guerre. La victoire aéronavale de Midway rend aux Américains la suprématie maritime sur le Japon.
La victoire contre l'Allemagne
• À l'Est, la bataille de Koursk marque le début de la reconquête soviétique. L'Armée rouge libère l'Europe de l'Est et y prépare l'après-guerre en favorisant l'émergence de gouvernements socialistes ou en assassinant leurs possibles adversaires politiques, comme à Katyn où sont massacrés 4 500 officiers polonais. Après avoir gagné la bataille de l'Atlantique, les Anglo-Américains débarquent en Normandie. Pris en étau, les Allemands reculent sur tous les fronts ; leur territoire est envahi au début de l'année 1945. Les 7 et 8 mai, ils capitulent.
La victoire américaine en Asie
• La reconquête du Pacifique est longue et difficile. Pour éviter la multiplication de débarquements meurtriers, les Américains adoptent la tactique du saute-mouton, bloquant les îles jugées secondaires pour les obliger à la reddition sans avoir à y débarquer.
• En avril 1945, ils atteignent le territoire japonais (prise d'Okinawa). Mais la détermination des Japonais est impressionnante. Les combats sur l'île d'Iwo Jima sont terriblement violents et meurtriers. Pour écourter une guerre qui s'annonce encore longue, Truman (qui a remplacé Roosevelt, décédé) décide d'utiliser la bombe atomique. Les villes d'Hiroshima (6 août) et de Nagasaki (9 août) sont rayées de la carte. La seconde bombe a surtout vocation à précipiter la capitulation japonaise (2 septembre) pour empêcher une occupation soviétique, Staline déclarant la guerre au Japon le 8 août pour en tirer des avantages territoriaux. Des enjeux plus idéologiques que strictement militaires transparaissent ainsi dans les choix tactiques des protagonistes de la guerre.
Le nouvel ordre mondial
Les vainqueurs mettent en place un nouvel ordre mondial organisé autour d'une Organisation des Nations unies (ONU) qui a vocation à préserver la paix, mais dont le fonctionnement permet aux deux grands vainqueurs (États-Unis et URSS) d'asseoir leur hégémonie. Au-delà des succès remportés par les nations alliées aux dépens des puissances de l'Axe, la victoire est celle des démocraties sur les fascismes. Mais les modèles (libéral d'un côté, communiste de l'autre) auxquels se réfèrent les Alliés sont trop antagonistes pour envisager de cohabiter longtemps de façon pacifique.

Zoom sur…

La Shoah, crime contre l'humanité
Signifiant « désastre » en hébreu, le mot Shoah désigne le génocide perpétré contre le peuple juif par les nazis. Le mot génocide ne doit pas être employé à la légère. Il sert à désigner tout acte commis dans l'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux. Son caractère odieux tient au fait qu'un individu soit frappé d'extermination pour le seul fait de sa naissance, autrement dit du fait de son identité. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, les juifs, mais aussi plusieurs autres communautés comme les tsiganes, ont été victimes de cette forme de barbarie. Plus de cinq millions de juifs, soit près de la moitié de la communauté juive européenne de l'époque, ont été les victimes de ce génocide, caractérisé par son ampleur sans égale, par l'obstination des nazis à le mener à bien et sa mise en œuvre systématique dans les camps d'extermination créés à cette fin (Auschwitz) ou par les Eisengruppen (commandos qui opéraient sur le front russe).
Lors du procès de Nuremberg (1945-1946), l'horreur ainsi organisée au nom d'une idéologie donne naissance à la notion de « crime contre l'humanité », qui désigne « l'assassinat, l'extermination, la réduction en esclavage, la déportation et tout acte inhumain commis contre toutes populations civiles, avant ou pendant la guerre, ou bien les persécutions pour des motifs politiques raciaux ou religieux […] ».

Pour aller plus loin

À voir
  • Nuit et brouillard, Alain Resnais, 1957.
  • Le Jour le plus long, Ken Annakin, Andrew Marton, Bernhard Wicki, Gerd Oswald et Darryl F. Zanuck, 1962.
  • Mémoires de nos pères, Clint Eastwood, 2006.
À consulter
Repères bibliographiques
  • P. Levi, Si c'est un homme, 1948.
  • J. Littell, Les Bienveillantes, Gallimard, 2006.
  • L. Hart, Histoire de la Seconde Guerre mondiale, Fayard, 1976.
  • J. Keegan, La Deuxième Guerre mondiale, Perrin, 1990.
  • H. Michel, La Seconde Guerre mondiale, Omnibus, 2001
  • P. Vallaud, La Seconde Guerre mondiale, Acropole, 2004.
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