Le baroque : un mouvement européen

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Les œuvres clés

  • 1600 : La Vocation de saint Matthieu, le Caravage
  • 1606 : La Mort de la vierge, le Caravage
  • 1621 : Marthe reprochant sa vanité à Marie-madeleine, Vouet
  • 1624-1633 : baldaquin de Saint-Pierre de Rome, le Bernin
  • 1625 : histoire de Marie de Médicis, Rubens
  • 1635 : la chapelle de la Sorbonne, Lemercier
  • 1638 : Le Tricheur à l'as de carreau, La Tour
  • 1644-1647 : La Transverbération de sainte Thérèse, Rome, le Bernin
  • 1656 : la place Saint-Pierre à Rome, le Bernin
  • 1683 : Milon de Crotone, Puget

La fiche

À l'humanisme triomphant de la première moitié du xvie siècle succède en Europe un sentiment de désenchantement et de grande incertitude, qui va se traduire par un vaste mouvement artistique et culturel : le baroque. Ce mouvement concerne tous les arts : peinture, sculpture, architecture, musique et littérature, et émerge tout d'abord en Italie avant de se propager dans le reste de l'Europe de la fin du xvie siècle au début du xviie siècle. Il se nourrit d'un profond sentiment d'instabilité, lié aux crises politiques et religieuses qui secouent la majorité des pays européens, mais aussi lié aux nouvelles découvertes scientifiques qui relativisent la place de l'homme dans l'univers, comme aux retours réguliers de grandes épidémies.
Nourri par ce sentiment d'insécurité, par une anxiété diffuse, l'artiste baroque se caractérise par sa volonté de liberté, d'indépendance, il accorde une large place aux pouvoirs de son imagination et veut étonner par sa virtuosité. Le terme vient probablement du portugais barroco et désigne à l'origine une perle de forme irrégulière, soulignant ainsi l'importance du mouvement et de l'« irrégularité » dans cette nouvelle esthétique.
Le terme a à l'origine une dimension péjorative, il qualifie ce qui est d'une « bizarrerie choquante ». Ce n'est qu'à la fin du xixe siècle qu'il entre dans le vocabulaire de l'histoire de l'art pour désigner les créations qui apparaissent après le maniérisme italien de la Renaissance jusqu'au rococo du xviiie siècle. Cependant, la France a résisté en grande partie à ce mouvement et s'est rapidement tournée vers une autre sensibilité artistique, qui, tout en se différenciant nettement du baroque, ne l'a pas ignoré, le classicisme. Les manifestations de l'art baroque sont donc en France relativement mesurées ou nuancées.
Les origines du mouvement
Le contexte historique
• Le baroque apparaît tout d'abord en Italie et il se caractérise en premier lieu comme une expression artistique liée à la Contre-Réforme. En effet, le concile de Trente (1545-1563) constitue l'acte majeur de la Contre-Réforme, ou Réforme catholique, par laquelle l'Église catholique entend réagir aux attaques des protestants en rétablissant sa discipline et en réaffirmant ses dogmes. Le concile redonne aux manifestations et aux rites catholiques toute leur importance et favorise ainsi une expression artistique de la foi catholique plus impressionnante et virtuose afin de revivifier la ferveur des croyants. Ce concile s'accompagne d'ailleurs aussi de victoires importantes de l'Église à cette même période : Henri IV abjure le protestantisme en 1593, les Turcs sont défaits à Lépante en 1571.
L'Église catholique entend ainsi réaffirmer et manifester sa puissance triomphante par des œuvres artistiques monumentales et plus luxueuses. L'art baroque peut donc d'abord être perçu comme une arme de propagande en faveur du catholicisme. Le baroque se déploie ainsi d'abord dans les églises afin de mettre en scène la foi de façon spectaculaire.
• Cependant, rapidement, il va se détourner de sa vocation religieuse et spirituelle première pour se diffuser dans toute la société et dans toute l'Europe, en particulier en Espagne et au Portugal, et par le biais de ces pays, dans les colonies d'Amérique du Sud, mais aussi dans les Pays-Bas catholiques, en Allemagne et en Autriche.
Les manifestations
• Liés à la Contre-Réforme mais aussi à un sentiment nouveau d'instabillité et d'incertitude, les traits caractéristiques du baroque sont donc le spectaculaire, la prolifération de formes exubérantes et mouvementées, la richesse du coloris et le goût de l'illusion et du trompe-l'œil afin de provoquer l'émotion et la surprise. L'église est, en premier, conçue comme un lieu de spectacle, destiné à transporter et à exalter les fidèles.
Les murs se chargent de marbres polychromes, de dorures et les statues se multiplient. De même, les coupoles se couvrent de fresques et les peintres y pratiquent souvent des peintures en trompe-l'œil, comme Andrea Pozzo qui réalise une immense fresque sur la voûte de San Ignazio à Rome représentant La Gloire de saint Ignace.
L'intérieur de Saint-Pierre de Rome se charge aussi de statues monumentales et d'un riche décor ornemental : le Bernin, peut-être l'architecte et sculpteur le plus représentatif du temps, réalise en particulier un colossal baldaquin aux colonnes torses, puis enrichit la place de la basilique d'une immense quadruple colonnade elliptique surmontée de cent quarante statues de saints. Les effets de perspective, les angles de vision surprenants sont particulièrement travaillés.
Les façades aussi expriment la sensibilité baroque en jouant sur les courbes et les contre-courbes convexes et concaves. L'architecture baroque privilégie particulièrement la colonne torse, les décrochements, les courbes et les lignes brisées. L'architecture urbaine est également marquée par le mouvement, les places constituent un espace théâtral d'une grande richesse : le Bernin réalise ainsi sur la place Navone une monumentale fontaine des Quatre Fleuves.
• La peinture connaît une évolution notable en Italie, marquée par deux courants antithétiques représentés par deux groupes d'artistes : d'un côté, le Caravage et les caravagesques, de l'autre, les Carrache. Tout en témoignant d'une certaine influence baroque, les Carrache, qui forment l'école bolonaise, annoncent surtout le classicisme et s'avèrent en décalage avec l'esprit de la Contre-Réforme par leur éclectisme et leur humanisme païen. Ils cherchent plus à plaire, en reprenant en particulier des motifs mythologiques, qu'à instruire.
Au contraire, le Caravage, après avoir peint à Rome, s'installe à Naples où il a un rayonnement important au sein de l'école napolitaine. Il pratique un « naturalisme » baroque et reprend les thèmes chrétiens, mais en les transposant dans un cadre réaliste. Il joue surtout sur de violents contrastes lumineux, et manipule avec une virtuosité inédite les effets de rupture entre parties éclairées et parties sombres, désarticulant ainsi avec une grande audace la composition de ses toiles et créant des scènes tout à fait singulières et frappantes. Le peintre aura une grande influence tout au long du xviie siècle dans le reste de l'Europe.
• La France, qui fait également partie des pays catholiques où la Contre-Réforme est active, résiste cependant à l'influence italienne et trouve une voie originale typiquement française : le classicisme. Cependant, cette singularité n'empêche pas la France de se laisser imprégner par cette sensibilité et de connaître tout de même un art baroque.
Le baroque en France
La peinture
• Il reste problématique de parler d'une peinture baroque en France, tant il est vrai que la plupart des peintres français expriment en même temps les aspirations contradictoires du siècle entre baroque et classicisme. D'ailleurs, même les artistes considérés comme classiques, y compris Poussin, ont souvent connu une période baroquisante.
Il faut également noter que la majorité des peintres français ont subi l'influence italienne et ont souvent séjourné, voire vécu en Italie. L'influence du Caravage se fait particulièrement sentir sur les débuts de Simon Vouet mais aussi sur Valentin de Boulogne ou Claude Vignon. Le naturalisme du peintre et ses jeux de lumière se retrouvent dans les œuvres de ces artistes.
Ainsi Marthe reprochant sa vanité à Marie-Madeleine joue sur des effets de clair-obscur pour faire ressortir le visage des deux femmes et rend avec virtuosité le drapé des étoffes moirées qui parent Marie-Madeleine.
Simon Vouet fut longtemps considéré comme le père du renouveau de la peinture française, son œuvre témoigne d'un certain lyrisme avec ses effets de masse et de contrastes.
• L'influence du Caravage se fait également sentir chez un autre peintre majeur de l'époque : Georges de La Tour. Celui-ci, Lorrain dont on sait fort peu de choses, crée des peintures au naturalisme empreint de spiritualité d'une force saisissante.
Ses tableaux tour à tour diurnes et nocturnes, représentant aussi bien des scènes de genre comme Le Tricheur à l'as de carreau que des scènes religieuses comme Job raillée par sa femme, offrent toujours des scènes dépouillées dont tout décor superflu est absent et dans lesquelles l'éclairage concourt à la dramatisation et à l'expression d'une vie intérieure intense.
La Madeleine au miroir qui présente la jeune femme méditant éclairée par une bougie et posant sa main sur un crâne est un bel exemple des vanités si prisées au xviie siècle et qui rappellent à l'homme la fragilité de sa vie éphémère. Le peintre se distingue par sa singularité et pourrait également être étudié dans le courant classique, par la rigueur et la gravité de ses compositions.
• La peinture française connaît une autre influence, en particulier dans la deuxième moitié du siècle, celle de Rubens. En effet, Marie de Médicis avait fait appel au Flamand Rubens, représentant du baroque septentrional, pour décorer le palais du Luxembourg. Celui-ci réalise alors pour elle quelques-unes de ses plus grandes œuvres. Souvent animé d'un souffle épique, le style de Rubens se caractérise par une virtuosité et une fougue baroques. Le mouvement, la lumière et les couleurs sont libérés dans son œuvre et mis au service de spectacles souvent grandioses. L'influence de Rubens se fera ressentir en particulier dans l'œuvre de Coypel, qui privilégie les figures expressives, les mouvements et le coloris, et annonce déjà le xviiie siècle.
La sculpture et l'architecture
• La sculpture française résiste au baroque, les quelques artistes qui ont exprimé le mouvement l'ont fait avec nuances et tout en témoignant également de l'importance d'un goût plus classique pour la mesure. Ainsi, A. Coysevox est influencé par le Bernin. Ses bustes de Louis XIV et du Grand Condé, par le mouvement expressif des perruques et des draperies, rappellent les œuvres du Bernin. De même, Pierre Puget, qui a été formé en Italie, rappelle la force du génial sculpteur italien, en particulier dans Milon de Crotone, qui date de 1683 et qui représente avec une grande expressivité la souffrance de l'athlète en train de se faire dévorer par un lion.
• Les jésuites français répandent la Contre-Réforme en France et accordent beaucoup d'importance à l'architecture des églises. Ainsi, sur le modèle italien, se développent des ornements mouvementés sur les façades, des dômes et des coupoles, une décoration et un mobilier luxueux et chargés à l'intérieur des églises. En témoignent en particulier, à Paris, Saint-Gervais, Saint-Paul-Saint-Louis, la chapelle de la Sorbonne et l'église du Val-de-Grâce, ces deux dernières étant de Jacques Lemercier.
Les grands architectes que sont Le Vau et Mansart infléchissent le baroque vers le classicisme français en lui donnant ses plus grandes réalisations, comme le château de Maisons-Laffitte, le château de Vaux-le-Vicomte ou Versailles.

Pour aller plus loin

À lire
  • Tristan L'Hermite, Le Page disgrâcié, 1643.
  • Charles Sorel, Histoire comique de Francion, 1623.
Repères bibliographiques
  • Y. Bottineau, L'Art baroque, Mazenod, 1986.
  • G. de Cortanze, Le Baroque.
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