Le Brésil, un développement contrasté

-----------------------------------------------

Les chiffres clés

  • Superficie : 8 547 000 km2 ;
  • Population en 2013 : 201 millions d'habitants ;
  • Taux de natalité : 16,5 ‰ ;
  • Taux de mortalité : 6,1 ‰ ;
  • Taux de fécondité : 1,9 enfants par femme ;
  • Espérance de vie à la naissance : 73,8 ans ;
  • Taux d'alphabétisation : 89 % ;
  • Population active par secteur : services, 59 % ; agriculture, 19 % ; industrie, 22 % ;
  • PIB par habitant en 2012 : 12 500 dollars US ;
  • IDH : 0,73 ; 85e mondial.

La fiche

Avec 8,5 millions de km2 (17 fois la France), le Brésil est le plus grand État d'Amérique latine. Les milieux naturels présentent une très grande diversité : forêt tropicale humide de l'Amazonie, région sèche du Sertao. Le pays dispose de gigantesques réserves naturelles (les mines de fer de la Serra de Carajas, mais aussi des mines d'or et de gaz naturel en Amazonie).
Pays le plus peuplé du continent sud-américain, le Brésil est marqué par un fort métissage lié aux vagues successives d'immigrants venus d'Europe, d'Afrique et d'Asie. Le Brésil est devenu un géant économique : c'est un grand pays agricole (café, canne à sucre, soja, élevage extensif) grâce à l'immensité du territoire et à la diversité des sols et des climats.
Mais c'est également une grande puissance industrielle moderne où l'on fabrique des avions (Embraer), des automobiles et des ordinateurs. Le cœur industriel se situe dans le sud-est du pays avec la région de São Paulo. Le Brésil est devenu un grand pays exportateur dont les clients principaux sont les États-Unis, le Japon et l'Europe. Il a créé avec ses voisins un espace commun d'échange : le Mercosur.
Pourtant, le Brésil est aussi un pays où les inégalités sociales sont très fortes et où extrême richesse et extrême pauvreté se côtoient en permanence. Les grandes villes brésiliennes symbolisent bien ces inégalités avec, d'une part, les buildings des centres-villes et les quartiers aisés des banlieues résidentielles et d'autre part, les favelas sans eau courante ni égouts d'autre part. Les différences sociales sont grandes aussi dans les campagnes : les paysans pauvres possèdent au mieux de très petites propriétés (microfundios) alors que les grands propriétaires de latifundios accaparent l'essentiel des bonnes terres. La réélection du président Lula da Silva en 2006 sera-t-elle de nature à engager le Brésil dans des réformes profondes, susceptibles de répondre aux besoins des plus pauvres ?
Le Brésil, pays des héritages
Les héritages coloniaux
• L'organisation spatiale du Brésil d'aujourd'hui est fortement liée aux héritages de l'histoire. Le Portugais Cabral découvre le Brésil en 1500. Il n'y fait qu'une brève escale sur la route qu'il s'était fixée, les Indes. La période coloniale qui a duré trois siècles a laissé des traces, comme le maintien de l'extraction minière et de l'économie de plantation.
• Le Brésil porte le nom du bois de braise pau brasil qui fut la première grande richesse exportée vers l'Europe. Depuis l'indépendance du pays en 1822, le pays a continué à exporter des produits agricoles et miniers. Ceux-ci ne représentent plus que 10 % du PIB aujourd'hui, mais ils restent très importants pour l'économie brésilienne. Le Brésil demeure un grand pays exportateur de produits bruts car l'excédent dégagé par ces ventes est essentiel pour le remboursement de sa dette.
Le président Lula a bien compris l'intérêt économique des exportations ; il a même autorisé en 2004 l'exportation de soja transgénique alors que la culture de ce produit est officiellement interdite au Brésil.
• Les inégalités sociales portent elles aussi les marques de la période coloniale. Les héritiers des colons portugais avaient pour seul but de s'enrichir rapidement. Aujourd'hui, les élites brésiliennes adoptent la même attitude en ignorant le sort des plus pauvres.
• Le développement économique du Brésil peut être découpé en plusieurs cycles successifs. L'économiste brésilien Cesto Furtado a bien montré comment l'économie du pays a reposé par le passé sur ces cycles. Les trois siècles de l'époque coloniale ont vu se succéder l'exportation de plusieurs produits : le sucre au xvie siècle, l'or à la fin du xviie siècle et au début du xviiie siècle, le café aux xixe et xxe siècles.
Chacun de ces produits a permis le développement de régions différentes : le Nordeste pour le sucre, le Minas Gerais pour l'or, la région du sud-est pour le café, et même l'Amazonie pour le caoutchouc (début du xxe siècle). Ces différents produits d'exportation étaient acheminés par un réseau de transports vers un port de l'Atlantique. Les traces de cette organisation sont encore bien visibles dans celle du territoire brésilien aujourd'hui. La région du Nordeste, par exemple, ne s'est jamais relevée du déclin du sucre et est devenue une des régions les plus pauvres du pays. En revanche, le Sudeste a su utiliser les capitaux du cycle du café pour engager un véritable développement industriel.
Le « miracle brésilien » et ses conséquences
• Les dirigeants brésiliens qui se sont succédé au pouvoir ont tous œuvré à leur manière à faire du Brésil un pays moderne. Le président Kubitschek, élu en 1956, avait pour slogan de faire progresser le pays de « cinquante ans en cinq ans ».
• C'est avec la prise du pouvoir par Getulio Vargas en 1930 (jusqu'en 1954) que le pays entre dans la modernité. Celui-ci a fortement contribué à l'industrialisation du Brésil, au développement du secteur public et à une amélioration des conditions de vie des populations. Cette politique s'accompagne d'un vaste exode rural ; le Brésil devient urbain. Son successeur, Kubitschek, crée ex nihilo la nouvelle capitale, Brasilia, construite sur les plans de l'architecte Oscar Niemeyer. Un réseau de routes la relie au nord vers l'Amazonie et au sud en direction de Rio de Janeiro et de São Paulo. L'industrie automobile prend un premier essor.
• Même les régimes militaires qui dominèrent le pays de 1961 à 1985 ont repris à leur compte cette volonté de faire du Brésil un État moderne. Les militaires avaient le souci de développer l'occupation du territoire : c'est le temps de la colonisation de l'Amazonie et de la construction des grandes routes transamazoniennes. Ils ont également eu la volonté de développer l'indépendance énergétique du pays en créant par exemple le gigantesque barrage d'Itaïpu, qui fournit encore aujourd'hui 25 % de l'électricité du Brésil. Enfin, les militaires au pouvoir ont développé les industries de base (mécanique, pétrochimie) dans une période économique faste (« le miracle économique brésilien ») au cours de laquelle le PIB national progressait de 10 % par an. Pourtant, ce développement économique a eu de très graves conséquences environnementales : l'ouverture des routes, le défrichement, l'exploitation forcée des ressources minières ont entraîné des formes de pollution massive.
• Les responsables brésiliens qui ont succédé aux militaires n'ont pas su dynamiser suffisamment le pays. Les capitaux mobilisables n'ont pas permis de développer une industrie tournée vers la satisfaction des besoins nationaux. La concentration des richesses dans les mains d'une minorité, l'exploitation anarchique des ressources naturelles sont aujourd'hui facteurs de tension. Les disparités régionales minent l'unité nationale, les inégalités manifestes de revenus peuvent conduire le pays à des explosions sociales. Dans les grandes villes brésiliennes, le chômage et le sous-emploi créent une délinquance urbaine et favorisent les trafics divers.
Les inégalités sociales
Une société profondément inégalitaire
• Au Brésil, la répartition des richesses est l'une des plus inégales au monde. On compte ainsi un écart de 1 à 30 entre les revenus des 5 % de Brésiliens très riches et les 20 % les plus pauvres (dans la plupart des pays développés, cet écart est de 1 à 5).
Le revenu des plus pauvres n'a cessé de se dégrader, alors que celui des populations aisées a continué à progresser. Le Brésil est le pays des contrastes de richesse comme le montre l'opposition entre le luxe des villas de Rio ou de São Paulo et la misère quotidienne des paysans du Nordeste ou des favelas.
• Pour simplifier, le modèle social brésilien présente une opposition criante entre une élite riche et une population de masse pauvre. Pourtant, ce modèle est en mutation à cause de l'industrialisation, de l'urbanisation et du développement de la société de consommation. Les anciennes élites urbaines et cultivées se maintiennent, de même que les propriétaires fonciers qui s'investissent dans la politique locale. Mais les populations rurales restent très nombreuses et pauvres, en particulier dans certaines régions comme le Nordeste. Elles alimentent l'essentiel de l'exode rural. Parmi ces populations, les boias frias (« gamelles froides ») et les journaliers agricoles (volantes) constituent un véritable prolétariat rural, exclu des couvertures sociales. Les Indiens d'Amazonie sont parfois plus favorisés que ces populations rurales pauvres car ils sont propriétaires de leur terre.
En ville, le prolétariat urbain a beaucoup de mal à s'insérer dans le système économique. Beaucoup de citadins sont en fait dépendants du secteur informel de l'économie urbaine. Le Brésil d'aujourd'hui compte des classes moyennes plus nombreuses. Celles-ci sont attirées par le mirage de la société de consommation et envient le mode de vie des riches. Les classes moyennes ont souvent des attitudes hostiles vis-à-vis des populations pauvres dont elles n'ont pas les moyens de se protéger. Elles aspirent à la sécurité (lotissements protégés dont bénéficient les classes les plus aisées) et aux loisirs. Une nouvelle classe, celle des nouveaux riches ayant fait fortune dans les affaires, étale le luxe de sa fortune récente.
Les mutations sociales
• Le Brésil est un pays en développement qui ne manque pas d'atouts. Parmi eux, la jeunesse de sa population constitue un avantage certain. Avec un rythme de croissance voisin de 1,3  % par an, le Brésil fait partie des pays à croissance démographique rapide.
La natalité a connu une baisse rapide, passant de 37 ‰ en 1980 à 19,9 ‰ en 2000. La mortalité a aussi fortement chuté, de 20 ‰ dans les années 1950 à 6,7 ‰ aujourd'hui. Les prévisions concernant la démographie du Brésil font état d'une augmentation forte de la population jeune.
En effet, si la natalité diminue, la mortalité infantile décroît également considérablement. Cela implique une demande forte en matière d'équipements scolaires pour les vingt prochaines années.
• Le Brésil est devenu un pays de citadins. Les 3/4 des Brésiliens étaient des ruraux il y a quarante ans ; les 3/4 des habitants du pays vivent aujourd'hui en ville. Dans certaines régions comme le Sudeste, le taux d'urbanisation peut atteindre 90 %. En ville, les femmes sont plus nombreuses que les hommes.
• La répartition de la population par secteur montre une diminution importante de la population agricole (de 66 % en 1960 à 23 % en 2004) alors que les services rassemblent 56 % des emplois. La mondialisation a transformé les modes de vie urbains, la journée d'une famille brésilienne des classes moyennes ressemblant à celle d'une famille européenne. Pourtant, avec la crise des secteurs publics d'éducation et de santé, l'école et les services hospitaliers privés pèsent lourd dans le budget familial.
Le Brésil, un géant économique ?
Les atouts du Brésil
• Le Brésil connaît de manière pratiquement continue une croissance économique importante depuis les années 1970. Il est aujourd'hui l'une des dix premières puissances économiques du monde. C'est un pays urbanisé, industrialisé, exportateur de produits manufacturés dont le poids mondial s'est accru.
• Un des ses principaux atouts est la présence d'un immense front pionnier que les Brésiliens continuent de vouloir maîtriser. L'immense territoire du pays recèle d'importantes réserves naturelles. Le gisement de minerai de fer de la Serra de Carajas fait du Brésil un des principaux fournisseurs de la planète. L'Amazonie n'a pas encore été complètement sondée et de nouvelles découvertes de minerais sont attendues.
• Le secteur agricole est une autre force du Brésil : il repose sur deux piliers, l'élevage et la culture du soja. L'élevage est traditionnellement une activité extensive. Le Brésil est devenu en 2003 (crise de la vache folle) le premier exportateur de viande bovine de la planète. L'extension de la production de soja a permis la création d'un vaste secteur agroalimentaire tourné vers la nourriture des animaux. Le pays s'est également lancé dans la culture du soja transgénique destiné à l'exportation, en particulier vers les États-Unis.
• Le tourisme, enfin, est un secteur en devenir. Les 7 000 km de plages tropicales, la richesse du patrimoine historique et culturel sont encore mal exploités par le tourisme international. On ne compte guère plus de 5 millions de touristes par an.
Quel avenir pour l'économie brésilienne ?
• Le Brésil est un espace qui reste à conquérir, en particulier dans le nord du pays. Les infrastructures sont insuffisantes et les dégâts environnementaux, importants. Mais le Brésil possède un véritable potentiel industriel. Dans le secteur aéronautique, la société Embraer, fortement soutenue par l'État brésilien, concurrence le canadien Bombardier, derrière les deux géants que sont Boeing et Airbus.
L'industrie automobile brésilienne a connu une forte croissance avec 1,3 million de véhicules produits en 2000. Associées aux grands constructeurs étrangers (General Motors, Volkswagen, Ford et Fiat), les firmes brésiliennes se lancent dans la production de véhicules hybrides. Le Brésil exporte sa production dans l'ensemble des pays d'Amérique latine.
• Toutes les dynamiques actuelles de l'économie brésilienne viennent s'inscrire dans « le changement de cap » promis par le président Lula. On peut donc considérer que le Brésil est un « pays émergent », qu'il est devenu une puissance économique, politique et diplomatique avec laquelle il faut compter. Le président Lula veut donner de son pays une image plus positive sur la scène internationale. Mais les défis à relever sont nombreux : réforme sociale avec création d'emplois et sécurisation des villes, programme « faim zéro » qui doit assurer aux déshérités trois repas par jour, distribution des terres, construction de centres de soin et d'écoles pour une population jeune, etc.

Zoom sur…

L'Amazonie
Selon le ministère de l'Environnement brésilien, ce sont presque 25 000 km2 de forêt qui disparaissent chaque année en Amazonie.
Au total, 550 000 km2 (soit la superficie de la France) ont été déboisés jusqu'en 2000. Le gouvernement brésilien veut créer des zones protégées afin de limiter le défrichement et la déforestation. L'Amazonie constitue en effet un espace incomparable par sa biodiversité. Sur les six millions de kilomètres carrés qu'elle occupe, le Brésil en possède la moitié.
Aujourd'hui encore peu peuplée (moins de 12 millions d'habitants), l'Amazonie constitue l'essentiel de l'espace pionnier du pays. Mais exploiter la forêt dans une perspective de développement durable demanderait des sacrifices que certaines populations pauvres ne sont pas prêtes à accepter. Pourtant, la destruction progressive de l'Amazonie, considérée à juste titre comme le « poumon vert » de la planète, aurait des répercussions désastreuses sur le climat.

Pour aller plus loin

Repères bibliographiques
  • H. Thery, Le Brésil, Armand Colin, 2005.
  • M. Rochefort, Les très grandes concentrations urbaines, DIEM, Sedes, 2000.
  • J. Beaujeu Garnier, « Le Brésil », article de l'Encyclopédia Universalis, 2005.
------------------------------------------------------------
copyright © 2006-2018, rue des écoles