Le cinéma français au xxe siècle : l'écriture du mouvement

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Les œuvres clés

  • 1895 : L'Arroseur arrosé, Lumière
  • 1902 : Voyage dans la lune, Méliès
  • 1923 : Cœur fidèle, Epstein
  • 1927 : Napoléon, Gance
  • 1930 : L'Âge d'or, Buñuel
  • 1932 : Zéro de conduite, Vigo
  • 1938 : Quai des brumes, Carné
  • 1939 : La Règle du jeu, Renoir
  • 1943 : Les Enfants du paradis, Carné
  • 1948 : La Belle et la Bête, Cocteau
  • 1951 : Le Plaisir, Ophüls
  • 1952 : Les Vacances de M. Hulot, Tati
  • 1959 : Les Quatre Cents Coups, Truffaut
  • 1960 : À bout de souffle, Godard
  • 1969 : Z, Costa-Gavras
  • 1976 : Le Juge et l'Assassin, Tavernier
  • 1981 : Diva, Beineix
  • 1988 : Le Grand Bleu, Besson
  • 1990 : La Discrète, Vincent
  • 1991 : Delicatessen, Caro et Jeunet
  • 1992 : La Sentinelle, Desplechin
  • 2000 : Les Rivières pourpres, Kassowitz
  • 2001 : Le Pacte des loups, Ganz
  • 2005 : De battre mon cœur s'est arrêté, Audiard

La fiche

La naissance d'un art
L'invention
• La France revendique avec fierté l'invention d'un art que l'on ne tarda pas à qualifier de « septième ». Âgé d'un peu plus d'un siècle, le cinéma d'aujourd'hui n'a plus grand-chose à voir avec celui du début du xxe siècle. Les budgets « à l'américaine » et les nécessités commerciales ont largement orienté cet art vers l'industrie et l'argent.
Pourtant, à l'image des premiers courts métrages de Méliès, il conserve le pouvoir de nous projeter dans un univers de fiction, de nous effrayer ou de nous émerveiller en nous donnant à voir des mondes d'une infinie variété : l'héritage de Renoir ou de Truffaut a encore de beaux jours devant lui.
L'ère du muet
• Rapidement, des artistes s'intéressent à cette invention révolutionnaire, synonyme de magie et de merveilleux. Ce n'est pas un hasard si le grand maître du muet du début du xxe siècle fut d'abord un magicien : Georges Méliès (1861-1938). Dès 1902, il réalise un film avec des effets spéciaux qui sont autant d'innovations techniques : Voyage dans la lune. Son talent pour la fabrication des décors et les trucages lui fit également réaliser des reconstitutions historiques qui firent grande impression, telles que Le Raid Paris-Monte-Carlo en deux heures.
• Dans un autre genre, le burlesque, d'autres figures se distinguent, tel Max Linder (1883-1925). Né et mort en France, ce cinéaste réalise une partie de ses films aux États-Unis, dont beaucoup sont des historiettes comiques au centre desquelles figure le personnage de Max. Ce type de comique inspirera grandement Charlie Chaplin.
Entre 1909 et 1919 se forme à Paris ce que l'on pourrait appeler « l'art des Temps modernes ». En marge des courants du cinéma américain, au moment où Charlot fait un triomphe dans toute l'Europe et même aux États-Unis, à l'heure où la guerre et son lot de restrictions minent la création cinématographique émerge un courant d'avant-garde dont les figures les plus marquantes sont le cinéaste et critique Louis Delluc (1890-1924) ainsi qu'Abel Gance (1889-1981), auteur d'un long métrage de cinq heures, Napoléon.
Dans le même temps, Jean Epstein (1899-1953) réalise des œuvres subtiles, de véritables « tableaux impressionnistes » (Cœur fidèle, 1923). Mais la postérité retient surtout l'œuvre de René Clair, habile mais pas toujours novateur dans ses films muets (Entracte, 1924). René Clair sera l'un de ces cinéastes qui feront la charnière avec le cinéma parlant.
Le cinéma français parlant
Avant-guerre
• Les premières démonstrations sonores n'ont lieu que tardivement en France, entre 1927 et 1928. Ceux qui formèrent l'avant-garde du muet sont déjà presque tous oubliés, tandis que les cinéastes du parlant de demain sont des inconnus. On peut dire que l'ère du parlant en France s'ouvre sur des scandales, par le fait de Luis Buñuel, qui, inspiré par les préceptes surréalistes, réalise tour à tour Le Chien andalou (1928) et L'Âge d'or (1930). Ce dernier film sera longtemps interdit à la diffusion.
Dans la mouvance de Buñuel émerge un autre « poète » du cinéma : Jean Vigo (1905-1934), qui donne au cinéma français deux chefs-d'œuvre, Zéro de conduite (1932) et L'Atalante (1934). Son esthétique picturale et poétique inspirera de nombreux cinéastes comme Marcel Carné (Quai des brumes, 1938), que l'on appellera plus tard les « réalistes poétiques ».
Parallèlement, un autre « peintre de la vie moderne », fils du peintre Auguste Renoir, élabore une œuvre filmique qui tente de restituer la beauté des hommes et des femmes de la société ouvrière d'avant-guerre. Ses films laissent entrevoir un monde au bord de la guerre (La Règle du jeu, 1939) et recherchent la poésie à travers des adaptations d'œuvres naturalistes du xixe siècle (La Bête humaine, 1938).
• Le cinéma d'avant-guerre est également marqué, dans un autre genre, par les films d'un écrivain méridional pour qui le cinéma parlant « n'est qu'un admirable moyen d'expression » : Marcel Pagnol, qui décrit avec un réalisme empreint de pittoresque Marseille et la Provence (César, 1936). Avec Sacha Guitry, il incarne une forme de réalisme « naturel » qui s'oppose au réalisme plus « travaillé » de Duvivier (Pépé le Moko, 1936).
L'essor du cinéma parlant conduit tout une génération d'acteurs à la célébrité : Gabin, Raimu (acteur fétiche de Pagnol), Arletty, Fernandel, Michel Simon, etc.
• Pendant la Seconde Guerre mondiale, tandis que réalisateurs et comédiens sont pour beaucoup partis à Hollywood poursuivre leur carrière et fuir l'occupation nazie, le cinéma français est marqué par l'impitoyable censure des Allemands, qui guettent toute allusion critique au nazisme. Dans cette période de production médiocre émergent cependant quelques joyaux comme Les Enfants du paradis, de Marcel Carné (1943), ode à l'amour, au théâtre, à la vie, aux acteurs.
Après-guerre
• Après la guerre, Jean Cocteau enchante un public encore en mal d'évasion et de merveilleux, avec La Belle et la Bête (1948). Pourtant, c'est dans la peinture réaliste de la société que Jacques Becker, « élève » de Renoir, va s'imposer comme une des grandes figures du cinéma d'après-guerre, avec entre autres réussites, son chef-d'œuvre Casque d'Or (1952). Dans le même temps, Max Ophuls adapte des œuvres de Maupassant (Le Plaisir, 1951) et une nouvelle de Louise de Vilmorin (Madame de…, 1953).
• En marge de cette veine réaliste s'épanouit le talent d'un grand cinéaste « intellectuel », qui construit une œuvre exigeante et rigoureuse : Robert Bresson. Son film le plus célèbre, Journal d'un curé de campagne (1950), est adapté du roman de Bernanos.
• En marge également, mais dans une veine comique et décalée, Jacques Tati invente un personnage burlesque et attachant, sorte de Charlot moderne : M. Hulot (Les Vacances de M. Hulot, 1952).
La Nouvelle Vague
• Le cinéma français rattrape ainsi son retard et résiste tant bien que mal aux productions américaines, grâce au soutien affirmé de l'État : en 1946 est créé le Centre national cinématographique (CNC), et une véritable « culture du cinéma » s'édifie, avec l'apparition de revues spécialisées comme Positif ou Les Cahiers du cinéma. Ces dernières favoriseront « la politique des auteurs », attribuant un véritable statut d'artiste à l'auteur d'un film, qui jusque-là n'était considéré que comme l'un des maillons de la chaîne de production. Cette politique accompagnera un mouvement qui marquera l'histoire du cinéma français : la Nouvelle Vague. Ce courant voit le jour en réaction au « cinéma de papa », genre témoin d'une certaine « qualité française », selon l'expression péjorative de Truffaut, et qui vit se prolonger les vedettes d'avant-guerre comme Jean Gabin ou Danielle Darrieux.
• La Nouvelle Vague se caractérise par la volonté de filmer en extérieur, à l'heure où la technique permet des tournages plus légers, afin d'être au plus près de « la vraie vie » et de fuir l'artifice. Cette liberté est revendiquée également à travers la façon de jouer des acteurs, plus naturelle, plus « indécise ». Jean-Pierre Léaud, acteur fétiche de Truffaut, incarne cette nouvelle générations de comédiens. L'intrigue, enfin, des films de la Nouvelle Vague est également plus lâche, comme « volée » à la vie de tous les jours. Il s'agit en fait, comme l'illustre bien Truffaut dans La Nuit américaine, de remettre en cause le rapport de la fiction avec le réel. Les films les plus représentatifs de ce courant sont Les Quatre Cents coups de Truffaut, révélé au festival de Cannes de 1959 (en même temps qu'Hiroshima mon amour d'Alain Resnais) et À bout de souffle (1960) de Godard.
Après la Nouvelle Vague
Les années 1970
• À partir de là, et dans le contexte d'une libération des mœurs, se développe une décennie de cinéma d'une grande liberté, que Mai 68 va altérer : les cinéastes semblent être évalués à la mesure de leur engagement politique plus que pour leur talent artistique. Des œuvres « politiques » comme L'Aveu ou Z de Costa-Gavras font référence, amorçant les films de série « Z », entre divertissement et réflexion critique, comme Élise ou la Vraie Vie (1970), de Michel Drach. Mais entre ce courant et l'essoufflement de la Nouvelle Vague (dont il faut excepter Truffaut) subsiste un cinéma de qualité qui, tout en utilisant les ressorts dramatiques du cinéma américain, raconte des histoires « anecdotiques » émaillées de héros ordinaires, mais marquantes : Tavernier, avec Le Juge et l'assassin (1976) ou Claude Sautet (Vincent, François, Paul et les autres, 1975).
• Parallèlement se développe, dans des productions de qualité inégale, un système qui met en avant les vedettes plus que le film : le « star système ». Belmondo, Delon, Bardot, assurent avec leur seul nom le succès d'un film. Le cinéma entre de plain-pied dans l'ère industrielle et commerciale.
Les années 1980-2000
• Dans les années 1980, le cinéma connaît une certaine défaveur du public, en raison de la part grandissante de la télévision dans les foyers. La décennie est cependant marquée par de grands succès du cinéma français comme Diva de Beineix (1981) ou Le Grand Bleu de Besson (1988). Ces films témoignent d'un renouveau du film populaire et reflètent une génération à la fois séduite par le progrès technique et aspirant à un retour vers une certaine forme d'enfance.
• Dans les années 1990, un groupe de cinéastes et d'acteurs emmenés par Arnaud Desplechin s'esquisse. Le film fondateur de cette nouvelle tendance est La Sentinelle de Desplechin (1992). Avec Pascale Ferran, ils incarnent un cinéma qui, sans se détourner de la réalité sociale, impose leur sensibilité, reprenant à son compte l'héritage « romantique » de la Nouvelle Vague.
La décennie est également marquée par un retour à la tradition romanesque (Christian Vincent, La discrète, 1990), qui dérive parfois vers des récits brillants sur le plan de l'écriture, mais déconnectés de la réalité.
Cependant l'influence du cinéma américain continue de s'accroître. Libérés de leurs complexes nationaux, des réalisateurs n'hésitent pas à faire jeu égal avec les superproductions d'Outre-Altantique en construisant des fictions efficaces avec des moyens colossaux (Le Cinquième Élément, Besson ; Les Rivières pourpres, Kassowitz).
• Le talent de certains réalisateurs comme Jeunet (auteur de Delicatessen avec son complice Caro) s'exporte : on lui commande le quatrième opus d'Alien, qui sera une réussite. Plus tard, Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain (du même Jeunet) connaît un succès sans précédent en France et à l'étranger. Aujourd'hui, ce cinéma-là, à la fois populaire et de qualité, permet à des productions plus confidentielles et exigeantes de voir le jour.
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