Le classicisme : l'art du Grand Siècle

-----------------------------------------------

Les œuvres clés

  • 1643 : Angélique Arnaud, Philippe de Champaigne
  • 1644 : Paysage de campagne, le Lorrain
  • 1649 : Autoportrait, Poussin
  • 1660 : Les Reines de Perse aux pieds d'Alexandre, Le Brun
  • 1660-1664 : Les Quatre Saisons, Poussin
  • 1662 : Ex-voto de 1662, Philippe de Champaigne
  • 1665 : jardins de Versailles, Le Nôtre
  • 1667 : la colonnade du Louvre, Perrault
  • 1674 : Port de mer au lever du soleil, le Lorrain
  • 1698 : le Grand Trianon, Hardouin-Mansart

La fiche

On ne peut comprendre le classicisme français que dans ses rapports avec le baroque. Alors que le baroque triomphe dans la plupart des pays européens, en particulier dans les pays de la Contre-Réforme, la France représente un cas à part en revendiquant sa singularité par rapport à l'influence italienne et à l'expression d'un internationalisme triomphant, et en manifestant son goût pour la mesure et le rationalisme.
À cela, s'ajoutent une centralisation accrue du pouvoir en France et l'émergence du pouvoir de Louis XIV qui affirme avec force la puissance de la monarchie absolue et prétend contrôler mais aussi utiliser la création artistique afin de servir sa grandeur. Ainsi, la France ouvre au xviie siècle une voie originale : celle du classicisme, un mouvement qui s'inscrit dans la lignée de la Renaissance et se fonde sur l'admiration de l'Antiquité, le souci de la sobriété, de la clarté et de l'équilibre. Cependant, le classicisme ne renonce pas à certaines influences baroques, notamment à la fin du siècle, et bon nombre d'artistes se situent au confluent des deux mouvements, rendant difficiles les distinctions schématiques.
La peinture classique
Les maîtres du paysage classique : Poussin et le Lorrain
• Après une période baroquisante au début de son séjour à Rome, Nicolas Poussin s'impose comme un des maîtres du classicisme. Il refuse les excès baroques comme le naturalisme du Caravage ; la phrase suivante semble particulièrement bien définir les goûts de l'artiste classique : « Mon naturel me contraint à chercher et aimer les choses bien ordonnées, fuyant la confusion qui m'est aussi contraire et ennemie comme est la lumière des obscures ténèbres .»
L'artiste qui a vécu dix-sept ans à Rome s'est imprégné des chefs-d'œuvre de l'Antiquité. Les sujets de ses peintures sont empruntés à l'Histoire, à la mythologie ou à la Bible. Sa peinture se caractérise par des compositions harmonieuses et des paysages idéalisés, s'ornant de frondaisons et de monuments à l'architecture classique, qui tentent d'exprimer l'harmonie, certes précaire, de l'homme et de la nature, de la sensibilité et de la raison.
• On lui compare souvent Claude Gellée dit le Lorrain, qui a lui aussi longtemps vécu à Rome et qui pratique également avec une grande subtilité la peinture de paysages idéalisés. Lui aussi privilégie les scènes mythologiques. Il se distingue surtout par une attention accrue portée à la lumière et à ses variations, à l'aube ou au couchant. Il est en effet l'un des premiers peintres à avoir représenté le soleil de face.
L'atticisme
• Le terme « atticisme » désigne un style de peinture apparu en France, à Paris, à l'époque de Mazarin, et qui s'inspire de Raphaël comme de Nicolas Poussin et de Philippe de Champaigne, et s'oppose à la peinture de Simon Vouet. Il répond aux commandes de l'Église comme de riches particuliers.
• Ce courant est à l'origine de grandes créations religieuses mais aussi d'ensembles décoratifs, qui empruntent leurs sujets à l'Histoire et à la mythologie. Des artistes comme La Hyre ou Le Sueur créent ainsi des compositions ordonnées simplement et relativement statiques, fondées sur la ligne et l'harmonie des formes, refusant le mouvement, mais recherchant une grande pureté de style qui peut aller jusqu'à une certaine froideur, tant les personnages semblent un peu désincarnés.
Le portrait
• Le grand portraitiste du siècle est Philippe de Champaigne. Représentant les grands, comme Richelieu ou le roi, il fait également des portraits d'hommes d'Église, et représente l'homme tout autant que le personnage officiel. Il crée des portraits saisissants de naturel et de vérité, et qui prennent l'allure de portraits intimes, car il s'attache à saisir l'essence de ses modèles, sans s'en tenir à leur apparence, et à écarter tout élément superflu. Son regard dénote une grande acuité et une volonté d'objectivité.
En remerciement pour la guérison miraculeuse de sa fille paralysée, il peint l'Ex-voto de 1662, qui révèle une profonde spiritualité dans les visages reflétant la noblesse et la ferveur de la foi.
La scène de genre
• Les trois frères Le Nain, Antoine, Louis et Mathieu, travaillent de concert, ils signent leurs œuvres simplement de leur nom de famille, et poursuivent le même projet. En dehors de portraits officiels et de commandes religieuses, ils restent surtout célèbres pour leurs scènes de genre, leurs tableaux consacrés à la paysannerie. Les Le Nain se consacrent ainsi à des scènes paysannes relativement réalistes, même si la misère des campagnes y est encore un peu idéalisée.
Leur sensibilité, leur sobriété, la lumière douce et les coloris sourds et subtils qui envahissent leurs toiles confèrent une grande poésie à leurs tableaux qui manquent peut-être un peu de naturel.
L'architecture classique et le pouvoir royal
L'architecture classique
• Face aux incertitudes du baroque, le classicisme se veut rassurant par la rigueur, l'ordre et l'équilibre de ses formes, qui se font comme un écho du pouvoir absolu et triomphant de Louis XIV. Celui-ci s'appuie donc sur l'esthétique classique tout en la favorisant et en assurant son triomphe.
Déjà, François Mansart, dans la première moitié du siècle, par son goût de l'unité et de la sobriété ornementale, par sa simplicité rigoureuse, annonce le classicisme, notamment dans l'aile Gaston-d'Orléans à Blois.
• Cependant, un événement fondamental dans les progrès du classicisme reste certainement la construction de la colonnade du Louvre. En effet, dans le but d'aménager la façade est du palais, Louis XIV fait appel au Bernin, l'artiste que s'arrache l'Europe et qui a refaçonné la Rome baroque, mais finit par refuser son projet, jugé trop coûteux et trop « baroque ».
C'est finalement le projet de Claude Perrault, le frère de l'auteur des Contes, qui l'emporte pour l'ornement de la façade. Celui-ci se caractérise donc par ses lignes horizontales, ses colonnes corinthiennes, sa sobriété et son fronton triangulaire typique de l'architecture antique.
• Le classicisme l'emporte sur le baroque. De façon générale, les villes sont marquées par la nouvelle esthétique. Les places royales, ornées en leur centre de statues du roi, aèrent le centre des villes et créent de nouvelles perspectives. Vauban, au service de Louis XIV, dessine des plans de ville rationnels et rigoureux, alors que Hardouin-Mansart conçoit à Paris la place des Victoires et la place Vendôme.
Le pouvoir royal
• Le pouvoir royal entreprend de contrôler, de centraliser, mais aussi de promouvoir les créations artistiques et urbaines, afin de servir son prestige et sa splendeur.
Ainsi, les académies se développent : l'Académie française en 1634, pour la langue et la littérature françaises, l'Académie royale de peinture et de sculpture, en 1648, ou encore l'Académie de France à Rome, créée en 1666 par Colbert. Colbert fonde également la manufacture royale des Meubles de la Couronne, plus connue sous le nom de Gobelins. Une des plus célèbres tentures réalisée par son directeur Le Brun est L'Histoire du roi, particulièrement précise et réaliste.
• Le pouvoir monarchique mène ainsi une politique artistique et culturelle très prestigieuse, qui trouve son aboutissement suprême dans la plus grande réalisation du siècle : Versailles.
Versailles ou le triomphe du Roi-Soleil
• Le Vau, nommé Premier architecte en 1654, construit le château de Vaux-le-Vicomte pour le surintendant Fouquet. Le château, décoré par Le Brun et pourvu de magnifiques jardins par Le Nôtre, semble incarner le chef-d'œuvre du classicisme. Son luxe et sa beauté suscitent bientôt la jalousie de Louis XIV et entraînent alors la disgrâce de Fouquet.
Les trois artistes, Le Vau, Le Brun et Le Nôtre sont alors chargés de réaliser le futur palais du roi, à partir d'un pavillon de chasse réalisé pour Louis XIII en 1624. Tous les arts, sous la direction de ces remarquables maîtres d'œuvre, sont réunis dans le même but. Le château, dont la réalisation durera près de cinquante ans, deviendra l'incarnation la plus éclatante du triomphe du classicisme et du pouvoir du Roi-Soleil.
• Le Vau, puis Jules Hardouin-Mansart entreprennent la réalisation des bâtiments. Le chateau se développe de façon symétrique autour d'un axe central. L'immense façade de l'édifice est agrémentée de colonnes, de pilastres et de statues. Certes, le goût de la théâtralité et de l'ostentation exprimé par cette façade semble relever de l'esthétique baroque, cependant, l'ensemble garde une rigueur et une harmonie – une « mesure » – toutes classiques. Hardouin-Mansart compléta le projet initial et en particulier édifia le Grand Trianon et la galerie des Glaces.
• Le parc, conçu en harmonie avec le château, est dessiné et aménagé par Le Nôtre, qui réalise ainsi un parfait jardin à la française. De grandes lignes directrices composent un espace régulier, jouent sur les parterres géométriques et ouvrent de vastes perspectives. Les masses se répondent de façon symétrique et sont ponctuées de bosquets, de bassins et de statues. Les jeux d'eau, lors des grandes fêtes, constituent un spectacle éblouissant et féerique, qui rappelle là encore la sensibilité baroque.
• Le Brun est chargé de l'aménagement intérieur du château et exerce ainsi une certaine domination sur les arts décoratifs de l'époque. Tout l'édifice semble s'ordonner autour de l'appartement du roi, le Roi-Soleil étant au centre de tout. Une des salles les plus somptueuses du château reste la galerie des Glaces, ornée de riches décors en stuc doré et de fresques sur les voûtes.
François Girardon fut l'un des collaborateurs de Le Brun, et lui aussi reste un éminent représentant du classicisme. Son groupe Apollon servi par les Nymphes dans le bosquet d'Apollon prétendait rivaliser avec les œuvres de l'Antiquité. On pourrait également citer Antoine Coysevox lui aussi auteur de nombreux bas-reliefs et statues, dont le classicisme se mâtine d'accents baroques.
• Le château célèbre ainsi le culte du Roi-Soleil, servant de théâtre somptueux au respect strict et solennel de l'étiquette qui fait de la vie même de Louis XIV un véritable spectacle. La réalisation architecturale et artistique de Versailles, symbole suprême du classicisme, rayonnera en tout cas dans toute l'Europe.

Pour aller plus loin

À lire
  • Racine, Phèdre, 1677.
  • Mme de la Fayette, La Princesse de Clèves, 1678.
  • La Fontaine, Les Fables, première édition 1668.
À voir
  • G. Corbiau, Le Roi danse, 2000.
  • N. Companeez, L'Allée du roi, 1994.
Repère bibliographique
  • A. Chastel, L'Art français, Ancien Régime, 1620-1775, Flammarion, 1995.
------------------------------------------------------------
copyright © 2006-2017, rue des écoles