Le classicisme

-----------------------------------------------

Les œuvres clés

  • 1634 : Académie française
  • 1648-1696 : Lettres, Mme de Sévigné
  • 1664 : Le Tartuffe, Molière
  • 1665 : Maximes, La Rochefoucauld
  • 1666 : Le Misanthrope, Molière
  • 1667 : Andromaque, Racine
  • 1668-1693 : Fables, La Fontaine
  • 1670 : Pensées, Pascal (posth.)
  • 1674 : Art poétique, Boileau
  • 1677 : Phèdre, Racine
  • 1678 : La Princesse de Clèves, Mme de Lafayette
  • 1688 : Les Caractères, La Bruyère

La fiche

Alors que l'esthétique baroque s'épanouit pleinement en Europe à la fin du xvie siècle et pendant la première moitié du xviie siècle, et cela dans tous les arts, que ce soit la littérature, mais aussi la peinture, la sculpture ou la musique, la France résiste quelque peu à ce courant artistique fondé sur l'excès, le mouvement et les métamorphoses. Parallèlement au baroque, tout au long du siècle, mais surtout à partir du règne de Louis XIV, la France voit s'imposer, en réaction, d'autres valeurs fondées cette fois sur la vraisemblance, l'équilibre et l'ordre : le classicisme marque de son empreinte le Grand Siècle français et aura un long retentissement sur les siècles suivants.
À partir de 1661, Louis XIV dirige seul la France. La monarchie absolue s'accompagne d'un pouvoir fortement centralisé et impose ses règles. Ainsi, le siècle voit se développer les académies en tous genres, et en particulier l'une des plus importantes et des plus prestigieuses : l'Académie française, qui voit le jour en 1634 sous l'action de Richelieu et qui est chargée de surveiller les productions littéraires et de réglementer l'usage de la langue.
Aux inquiétudes baroques, le classicisme répond par des certitudes, une harmonie et un ordre qui rappellent et représentent prestigieusement le pouvoir royal. Se développe alors un nouvel idéal, celui de l'« honnête homme », incarnation parfaite d'une civilité mondaine et morale.
Le théâtre
Les règles
Le Cid, tragi-comédie de Corneille, déclenche une vive querelle lors de sa création en 1637. Alors que la pièce triomphe, certains, comme Scudéry, lui reprochent son manque d'unité et de vraisemblance. Les goûts en matière de théâtre sont en train de changer et, à mesure que le genre prétend se défaire de sa mauvaise réputation et avoir plus de légitimité, les règles formulées par les théoriciens s'imposent aux dramaturges à partir de 1630. Richelieu, qui aime et encadre la production théâtrale, n'est d'ailleurs pas étranger à cette évolution.
• Les genres tendent à se différencier nettement : la comédie, par son personnel dramatique et son intrigue à dominante bourgeoise, se distingue de la tragédie, inspirée de l'Antiquité ou de la mythologie, et à chaque genre correspond son propre registre.
• S'inspirant des Arts poétiques d'Aristote et d'Horace, les théoriciens fixent les règles du théâtre classique : celui-ci doit obéir à la règle des trois unités – unités de lieu, de temps (vingt-quatre heures) et d'action. Il doit également respecter les bienséances : les personnages doivent être cohérents et tout ce qui pourrait choquer le public (violence, grossièreté, vulgarité) est interdit sur scène. Enfin, ce théâtre doit avoir le souci de la vraisemblance, afin de renforcer l'illusion théâtrale. Ces règles touchent en premier lieu la tragédie, le genre le plus reconnu et le plus noble de l'époque, mais finissent par s'appliquer également à la comédie.
Les créations : tragédie et comédie
• La tragédie répond à la grandeur et à la noblesse recherchées par le classicisme comme par le pouvoir royal. Corneille est le premier grand tragédien du siècle. Ses personnages sont des héros généreux, c'est-à-dire des êtres nobles qui ont le souci de leur gloire. Confrontés à un dilemme, un cas de conscience douloureux, ils sont déchirés entre leur honneur et leur bonheur et manifestent la force de leur volonté et leur grandeur d'âme avec éclat. Leur héroïsme n'est pas un devoir subi mais véritablement l'accomplissement glorieux de leur personnalité ; il en va ainsi de Polyeucte ou d'Auguste. En cela, Corneille manifeste un optimisme et une foi profonde en la grandeur de l'homme.
Au contraire, la tragédie de Racine semble beaucoup plus pessimiste. Racine est élevé dans la culture janséniste qui rappelle la faiblesse de l'homme sans grâce, les pièges de son amour-propre et son impuissance face au mal. Son théâtre est marqué de cette vision tragique du monde. Subissant le poids d'une fatalité inexorable, ses héros deviennent des sortes de monstres aveuglés par leurs passions. L'amour est toujours vu comme impossible ou interdit, source d'une souffrance cruelle et tyrannique pour l'amant(e). Phèdre obsédée par son amour pour Hippolyte provoque la mort de celui qui l'a repoussée, avant de finalement se suicider sous les yeux de Thésée. L'amour est donc une passion destructrice qui broie les personnages, de façon aussi bien pitoyable que terrifiante.
• La comédie acquiert ses lettres de noblesse avec Molière. Celui-ci crée la grande comédie, en particulier avec L'École des femmes en 1662. Molière, acteur et dramaturge, a été protégé par Louis XIV mais il est aussi vivement attaqué par de nombreux ennemis qui obtiennent, par exemple, l'interdiction temporaire de Tartuffe et celle définitive de Dom Juan. En effet, ses comédies, tout en reprenant des caractéristiques de la farce (grivoiseries, comique de gestes, personnages traditionnels, etc.), intègrent les règles classiques et sont souvent écrites elles aussi en alexandrins. Surtout, elles ont une portée satirique, elles peignent les mœurs de l'époque et en dévoilent les ridicules et les vices : pédanterie, hypocrisie, avarice, etc.
Le roman : Mme de Lafayette
La Princesse de Clèves est le grand roman classique. L'ouvrage paraît de façon anonyme en 1678 et connaît d'emblée un grand succès. Mme de La Fayette ne l'a pas signé et n'avouera jamais en être l'auteur – ce qui n'aurait pas convenu à une dame de son rang. Elle fréquente les salons les plus cultivés de son temps et est une amie intime de La Rochefoucauld qui l'a peut-être aidée dans la rédaction du roman. Le roman retrace la passion adultère d'une jeune femme mariée et vertueuse, qui ne cédera jamais à cet amour coupable qu'elle a même avoué à son mari.
La Princesse de Clèves marque en tout cas un tournant dans l'histoire du roman français. En effet, la romancière dépeint avec un certain réalisme la cour des Valois, l'intrigue se situant sous le règne d'Henri II. Afin de lui donner toute la vraisemblance possible, elle ancre ainsi la fiction dans un contexte historique authentique qu'elle décrit avec précision. On est alors loin de la pastorale ou des romans héroïques baroques. Par ailleurs, si l'intrigue amoureuse reprend certains motifs attendus de la littérature précieuse, Mme de La Fayette offre une analyse très fine du cœur et de la passion amoureuse mais surtout fait de la princesse une héroïne tragique qui semble échouer face à cette force qui la ravage.
Les moralistes
Pascal
• Marqué par la pensée janséniste, Pascal entreprend de rédiger une Apologie de la religion chrétienne. Cependant, l'œuvre reste inachevée et les fragments seront publiés de façon posthume sous le titre de Pensées. La prose des Pensées est un chef d'œuvre d'éloquence et offre une réflexion puissante sur la condition humaine. L'ouvrage révèle la « misère de l'homme sans Dieu », abusé par son amour-propre et cédant au divertissement, c'est-à-dire à toutes les distractions qui empêchent l'homme de percevoir sa condition, sa nature mortelle et de s'intéresser à son salut.
• Cependant, l'homme aussi misérable soit-il n'en reste pas moins une créature unique, aux yeux de Pascal, capable aussi de grandeur. L'homme n'est peut-être « qu'un roseau, le plus faible de la nature, mais c'est un roseau pensant », seul être de l'univers ayant conscience de lui-même : « toute notre dignité consiste donc en la pensée ».
La Fontaine
• Même s'il a pratiqué divers genres littéraires, La Fontaine reste surtout célèbre pour ses Fables dont il publie trois recueils et qui ont connu un grand succès dès leur parution. Courts récits qui mettent en scène des animaux la plupart du temps, elles s'inspirent au départ des fables de l'Antiquité, en particulier de celles d'Ésope. Cependant, le fabuliste donne véritablement vie à son bestiaire et déploie un art de la narration inégalé jusqu'à lui, donnant toujours l'impression d'une écriture vivante et souple. Ses fables prennent parfois l'allure de petits drames.
• La fable bien sûr a une portée morale, que celle-ci soit ou non explicitement formulée, et les animaux représentent des types humains. La Fontaine est un moraliste qui dépeint avec lucidité les défauts et les vices des hommes. Il aborde des sujets et des thèmes très variés (l'amour, l'ambition, l'amitié, la mort, etc.) et ne se contente pas de faire la satire de la cour du Roi Lion, image transparente de la cour de Louis XIV, même s'il en dénonce effectivement la violence et l'hypocrisie. Sa vision de l'homme est assez pessimiste et les morales de ses fables sont d'ailleurs parfois ambiguës ou contradictoires. Seule l'amitié et une sagesse amusée semblent réconforter le fabuliste.
La Rochefoucauld
• Ami intime de Mme de La Fayette, La Rochefoucauld fréquente assidûment les salons dans lesquels il se présente comme un esprit raffiné et d'une grande pénétration, semblant ainsi répondre à l'idéal de l'honnête homme prisé par le classicisme. Les maximes se présentent tout d'abord comme un jeu de société qui naît dans les salons. Cependant, La Rochefoucauld, qui s'est pris au jeu, se démarque par son style et par la profondeur de ses écrits et finit par en publier un recueil. La maxime est une brève affirmation générale, une réflexion morale saisissante.
• La Rochefoucauld fait ici œuvre de moraliste, c'est-à-dire qu'il étudie avec une lucidité impitoyable le cœur de l'homme. Il démonte les comportements humains, révélant l'omniprésence de l'amour-propre et dévoilant la comédie que jouent les hommes : « nos vertus ne sont, le plus souvent, que des vices déguisés ». Le moraliste énonce ainsi sous forme de paradoxes ou de formules lapidaires et brillantes, parfois avec humour, souvent avec ironie, des constats relativement pessimistes.
La Bruyère
• La Bruyère dresse lui aussi un portrait de la nature humaine, avec ses défauts, ses ridicules et ses passions, en choisissant également une forme fragmentée qui mêle portraits, réflexions et maximes. Il est l'auteur d'un livre unique : Les Caractères ou Mœurs de ce siècle, qui eut un immense succès. En effet, la société de l'époque se faisait un jeu et un plaisir de lire ces portraits-charges et de tenter d'identifier derrière la caricature le personnage qui était dépeint. Des « clés » de l'ouvrage circulèrent même à l'époque.
• Cependant, au-delà de l'anecdote, La Bruyère brosse une vive satire de la société dans son ensemble et en offre une critique qui semble anticiper sur le mouvement des Lumières. Avec une grande virtuosité stylistique, le moraliste porte un regard bien dur sur les comportements humains qu'il étudie, soulignant entre autres défauts la convoitise, la méchanceté et la lâcheté de l'homme.

Zoom sur…

La querelle des Anciens et des Modernes
Depuis la Renaissance, les auteurs de l'Antiquité sont perçus comme des modèles, comme des auteurs indépassables que les Français doivent tenter d'imiter. L'épreuve de vingt siècles semble consacrer le génie de ces auteurs qui ont acquis une gloire immortelle et s'imposent au-delà de toute mode. Les écrivains doivent tenter de rivaliser avec ces auteurs en s'inscrivant dans leur filiation.
Cependant, vers la fin du xviie siècle s'élèvent des contestations : les Modernes, dont Perrault et Fontenelle, soutiennent que la création de leur siècle est supérieure à celle de l'Antiquité. En 1687, Perrault lit même un poème particulièrement polémique à l'Académie : Le Siècle de Louis le Grand, dans lequel il se moque des Anciens et développe l'idée de progrès en littérature. Les Anciens, qui appartiennent vraiment à l'âge classique : Boileau, Racine, La Fontaine ou La Bruyère, sont scandalisés et répondent aux attaques des Modernes.
Même si Perrault et Boileau se réconcilient en 1697, la querelle des Anciens et des Modernes reprend au xviiie siècle autour d'une traduction d'Homère et, en tout cas, l'imitation perd de son importance. Les œuvres de l'Antiquité sont de plus en plus vues comme une étape dans l'histoire de la littérature et non comme un idéal.

Pour aller plus loin

À découvrir
Architecture : châteaux de Versailles et de Vaux-le-Vicomte, avec les jardins de Le Nôtre.
Peinture : Les Quatre Saisons, Nicolas Poussin, 1660-1664.
Musique : Atys, Jean-Baptiste Lully, 1676.
Repère bibliographique
  • Morales du Grand Siècle, Pierre Bénichou, Gallimard, 1948.
------------------------------------------------------------
copyright © 2006-2017, rue des écoles