Le continent européen, division et réunification (1945-2000)

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L'essentiel

En 1946, un « rideau de fer » (Churchill) coupe l'Europe en deux. La rupture entre l'URSS et les États-Unis consacre quelques années plus tard son partage en blocs antagonistes. À l'Est, le monde communiste s'organise dans le cadre d'un conseil économique (le CAEM) et d'une alliance militaire (le pacte de Varsovie). À l'Ouest, dix-huit États démocratiques se réunissent au sein de l'OECE pour se répartir l'aide financière du plan Marshall. L'année suivante, les Américains fondent l'OTAN, une alliance militaire dont la mission première est de contenir la menace soviétique. Dans le même temps, six États décident de renforcer leur coopération économique. En 1957 naît la CEE. Dans les années 1960, les deux blocs évoluent différemment. À l'Est, les relations restent tendues alors que la CEE s'agrandit à l'Ouest. À la faveur de la Détente entre les deux grands, des liens se tissent de part et d'autre du rideau de fer. Les deux Allemagnes se reconnaissent mutuellement et les accords d'Helsinki (1975) fixent les frontières nées de la guerre mondiale. Les difficultés de l'URSS l'empêchent de maintenir sa tutelle sur ses satellites. En 1989, les régimes communistes s'effondrent alors que la CEE s'affirme comme le premier marché économique mondial. Par le traité de Maastricht, elle se constitue en Union européenne. Ce nouveau projet jette les bases d'une réunification continentale fondée sur les valeurs de la démocratie et de l'économie de marché.
Chronologie indicative
  • 1946 : Discours de Fulton sur le rideau de fer (Churchill).
  • 1948 : Création de l'OECE.
  • 1949 : Création du COMECON ou CAEM (harmonisation économique des pays de l'Est).
  • 1951 : Création de la CECA.
  • 1957 : Traité de Rome instituant la CEE.
  • 1959 : Création de l'AELE.
  • 1968 : Création du marché commun entre les Six de la CEE.
  • 1975 : Accords d'Helsinki.
  • 1986 : Traité de l'Acte unique européen.
  • 1989 : Chute du mur de Berlin.
  • 1993 : Traité de Maastricht, naissance de l'Union européenne.
  • 1995 : L'UE s'étend à 15 États.
  • 2007 : L'UE s'étend à 27 États avec l'entrée de la Bulgarie et de la Roumanie.
  • 2013 : L'UE s'étend à 28 États avec l'entrée de la Croatie.

La fiche

L'Europe sort ruinée de la Seconde Guerre mondiale. Le déclenchement de la guerre froide la divise en deux blocs antagonistes qui se jaugent et s'affrontent pendant toute la durée du conflit Est-Ouest. Mais peut-on dire que l'histoire de l'Europe est conditionnée par les péripéties de la guerre froide ?
Divisions et structuration de l'Europe (1945-1962)
Premier champ de bataille du conflit mondial, le continent européen en sort anéanti, proie facile pour les deux grands (URSS et États-Unis) qui lui imposent leur ordre.
La bipolarisation européenne
• Dès 1946, Churchill s'inquiète du partage du continent européen en deux sphères d'influence (soviétique et américaine) : il parle de « rideau de fer ». La rupture Est-Ouest vient confirmer ce point de vue l'année suivante. Pour contenir la menace soviétique (doctrine Truman), les Américains offrent leur aide financière aux Européens (plan Marshall). Redoutant un impérialisme américain, l'URSS impose le refus de cette aide aux pays qu'elle contrôle. L'Europe est coupée en deux.
• Par le traité de Bruxelles, la France, la Grande-Bretagne et les pays du Benelux décident de coopérer sur le plan économique et militaire, tandis que l'OECE (Organisation européenne de coopération économique) réunit dix-huit États qui décideront de la répartition entre eux des fonds du plan Marshall.
L'organisation des deux Europes
• Rapidement, les deux Europes mettent en place des institutions visant à renforcer leurs liens. À l'Est, l'URSS crée le Conseil d'assistance économique mutuelle (CAEM). L'organisme vise à harmoniser les économies des pays membres. Créé la même année, le Kominform renforce les liens idéologiques des partis et pays communistes. En 1955, le pacte de Varsovie intègre les armées des pays frères dans une alliance militaire décalquée sur l'OTAN.
• Cette dernière organisation a été établie par le traité de l'Atlantique Nord en 1949, la même année que le Conseil de l'Europe, qui vise à rapprocher les démocraties libérales sur le plan juridique et culturel. Sur le plan économique, six États (France, République fédérale allemande, Italie et les trois États du Benelux) se constituent en communauté économique (CECA puis CEE). Le but de l'association est d'une part de favoriser la réconciliation des pays membres et d'aider à leur reconstruction par la voie de la coopération économique, d'autre part de les rendre plus aptes à résister à la puissance soviétique.
Les autres Europes
• Sept autres États (Royaume-Uni, Portugal, Danemark, Norvège, Suède, Suisse et Autriche) fondent en 1959 l'Association européenne de libre échange (AELE). Concurrente de la CEE, cette association vise les mêmes objectifs.
• Quelques pays restent en marge de ces grandes manœuvres communautaires : l'Espagne de Franco est laissée à l'écart pour des raisons idéologiques ; soumise à la pression de l'URSS, la Finlande est politiquement neutralisée. Bien que communiste, la Yougoslavie refuse de s'allier à l'URSS.
Détente et réconciliations européennes (1962-1975)
Sous la tutelle des deux Grands, les Européens reconstruisent leurs pays. À la faveur de la Détente, les liens tissés entre eux évoluent.
Réconciliations à l'Ouest
• En 1963, le traité de l'Élysée signé par de Gaulle et Adenauer scelle la réconciliation franco-allemande. Les deux États décident de se concerter et de rapprocher leurs politiques dans les domaines des relations extérieures, de la défense et de l'éducation. Ils deviennent les piliers de la communauté européenne qui se développe (marché commun de 1968, politique agricole commune en 1969, système monétaire européen en 1972). La disparition du général de Gaulle permet le rapprochement franco-britannique. La communauté s'élargit à l'Angleterre, l'Irlande et le Danemark (1973).
Détente européenne
• La Détente entre les deux Grands favorise l'apaisement des relations entre les blocs. Le chancelier ouest-allemand Willy Brandt met en œuvre une politique de rapprochement avec la RDA appelée Ostpolitik. Les contacts entre les deux Allemagnes se normalisent. Par le Traité fondamental de 1972, elles se reconnaissent mutuellement et entrent conjointement à l'ONU. Cette amélioration débouche sur les accords d'Helsinki (1975) : 33 pays d'Europe, l'URSS, le Canada et les États-Unis reconnaissent les frontières issues de la Seconde Guerre mondiale. Les accords prévoient aussi une coopération économique et technique, mais celle-ci reste difficile à mettre en œuvre du fait de l'incompatibilité des deux systèmes.
Tensions internes au bloc de l'Est
• Les relations entre l'URSS et ses satellites restent difficiles. Après les soulèvements de Berlin en 1953 et l'insurrection de Budapest durement réprimée en 1956, de nouveaux différents surgissent. La Roumanie s'oppose à la planification voulue par l'URSS dans le cadre du CAEM. Ses dirigeants développent une politique économique et étrangère semi-autonome. L'Albanie rompt avec Moscou et quitte le pacte de Varsovie en 1968. La même année, le dirigeant tchèque Dubcek tente de construire un « socialisme à visage humain ». Ses réformes sont désavouées par les Soviétiques qui font intervenir les troupes des pays frères.
Vers la réunification (1975-1999)
Tout se précipite dans les années 1980. Les deux blocs européens connaissent des évolutions inversées. La désatellisation des pays de l'Est ouvre la voie à la réunification de l'espace européen.
L'élargissement communautaire à l'Ouest
• Arrivée à maturité, la CEE voit son développement s'accélérer. Elle s'étend à de nouveaux pays : la Grèce en 1980, le Portugal et l'Espagne en 1986, la Suède, la Finlande et l'Autriche en 1995. Elle se renforce aussi sur le plan technique ou institutionnel : création d'une monnaie commune (l'ECU) et d'un Parlement en 1979, développement de projets industriels ambitieux (Airbus, Ariane) ou de recherche commune (Euréka).
• Par l'Acte unique ratifié en 1986 et les accords de Schengen signés dès 1985 mais mis en application par la Convention de 1990, la libre circulation des biens et des personnes fait disparaître les frontières entre les pays membres. Sur le plan international, la CEE devient un des trois grands pôles économiques mondiaux ; avec plus de 350 millions d'habitants, elle constitue même le premier marché de production et de consommation mondial.
La désatellisation de l'Europe de l'Est
• Dans le même temps, le bloc de l'Est implose. Les Soviétiques ne parviennent plus à contenir la contestation. En 1980, la Pologne connaît des grèves sans précédent et voit la création d'un syndicat libre (Solidarnosc). La normalisation du pays par le général Jaruzelski ne fait que retarder l'échéance. Les réformes engagées en URSS font tache d'huile dans les pays satellites. En quelques mois, les régimes communistes s'effondrent (1989). En Pologne, Hongrie, Tchécoslovaquie (Révolution de velours), la démocratisation se fait en douceur ; elle est plus violente en Roumanie ou en Bulgarie. Sous la pression d'une foule qui ne craint plus le régime est-allemand, le mur de Berlin est ouvert (9 novembre). Un an plus tard, l'Allemagne est réunifiée.
La nouvelle Europe
• Confortée par sa réussite économique (premier marché mondial), idéologique (victoire du capitalisme libéral sur le communisme) et politique (développement de ses institutions), la CEE décide de franchir une nouvelle étape. Par le traité de Maastricht (1993), elle se constitue en Union européenne dotée d'une monnaie unique, l'euro. Le nouveau projet vise à resserrer les liens entre les pays membres en termes de politiques étrangère, judiciaire et sociale. Libérés de la tutelle soviétique, les pays de l'ancien bloc de l'Est sollicitent leur adhésion à cette nouvelle communauté. L'Union européenne étend ainsi son horizon à tout le continent.
La réunification de l'Europe autour des valeurs de la démocratie libérale et de l'économie de marché est la matérialisation forte de la fin de la guerre froide. Celle-ci a conditionné toutes les étapes de la construction communautaire et les troubles qui ont marqué pendant cinquante ans l'histoire du continent.

Zoom sur…

Le pape Jean-Paul II et la désatellisation de l'Europe de l'Est
Karol Józef Wojtyla (1920-2005) est le premier pape slave de l'histoire, et le premier non italien depuis 1522 ! En 1994, Mikhaïl Gorbatchev dit de Jean-Paul II que celui-ci a joué un rôle crucial dans la révolution qui met fin à la guerre froide. Son élection en 1978, à la veille du vaste mouvement de grèves qui touche la Pologne en 1980, galvanise les opposants au régime. Le soutien public qu'il apporte aux dissidents du bloc soviétique pèse d'un point de vue médiatique et contribue probablement à contenir les réactions violentes des régimes communistes. Mais c'est surtout l'impuissance de ces derniers à résoudre leurs contradictions et à réformer le système qui explique la chute du mur de Berlin.

Pour aller plus loin

À voir
  • L'Aveu, Costa-Gavras, 1970.
  • L'Auberge espagnole, Klapisch, 2002.
  • Good Bye Lenin, W. Becker, 2003.
À consulter
Repères bibliographiques
  • D. Blanc, L'Union européenne, Ellipses, 2006 ;
  • F. Fejto, Histoire des démocraties populaires, Le Seuil, 1992 ;
  • A. Herbeth, La Construction européenne, coll. « Les Essentiels », Milan, 1996 ;
  • M. A. Prigent et M. Naigeon, L'Europe de l'Est depuis 1945, PUF, 1991.
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