Le développement durable

-----------------------------------------------

En bref

Le développement durable, tel qu'il est défini par le rapport Bruntdland en 1987, est un développement qui correspond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs.
Cette définition dépasse la notion de développement :
  • en considérant l'environnement comme une ressource naturelle ;
  • en reconnaissant l'existence d'une ressource dont la reproduction échappe en partie au pouvoir des hommes ;
  • en avançant l'idée selon laquelle des considérations éthiques et une action politique doivent s'ajouter à une simple logique d'économie marchande.
Cette notion ouvre trois pistes de réflexion qui s'opposent fortement aux thématiques traditionnelles :
  • le court terme contre le long terme : la prise en compte des générations futures ;
  • le local contre le global : l'échelle est planétaire ;
  • le simple contre le complexe, du fait de l'échelle, des interactions multiples et de l'inertie des problèmes à considérer.

L'origine du concept de développement durable

La question de la relation entre l'économie et la nature est une préoccupation ancienne et qui a largement évolué dans l'histoire de la pensée économique.
Les physiocrates
F. Quesnay et les physiocrates postulent que « la nature est la mère de toutes les richesses ». Il en découle que le principe de matérialité fonde la valeur. Seule l'activité agricole est perçue comme source de richesse, toutes les autres activités étant considérées comme limitées à une simple transformation stérile.
Les auteurs classiques
• Avec les auteurs classiques, la pensée économique investit de nouveaux concepts que l'on peut intégrer à la genèse de la problématique du développement durable. C'est par exemple le cas de la théorie de la valeur, qui s'étend au-delà du principe de matérialité en intégrant, avec A. Smith (1723-1790), la distinction entre valeur d'usage et valeur d'échange, puis avec D. Ricardo (1772-1823), la distinction entre les biens reproductibles et les biens non reproductibles.
« Le mot valeur, on doit l'observer, a deux sens différents : parfois il exprime l'utilité d'un objet particulier, et parfois le pouvoir d'acheter d'autres biens […]. L'un peut être appelé « valeur d'usage », l'autre « valeur d'échange ». Les choses qui ont une grande valeur d'usage n'ont fréquemment que peu ou pas de valeur d'échange […]. Rien n'est plus utile que l'eau ; mais elle ne permet d'acheter presque rien […]. »
Adam Smith, Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations, 1776

« L'utilité n'est pas la mesure de la valeur d'échange […]. Si une marchandise n'était en aucune façon utile, […] elle serait privée de valeur d'échange, quelle que soit sa rareté et quelle que soit la quantité de travail que pourrait nécessiter sa production […]. Lorsque donc nous parlons de marchandises, de leur valeur d'échange, et des lois qui règlent leurs prix relatifs, nous avons toujours en vue les seules marchandises dont la quantité peut être augmentée par l'activité des hommes, et sur la production desquelles la concurrence opère sans restriction. »
David Ricardo, Principes d'économie politique, 1817

• On trouve également dans l'analyse de ces auteurs une représentation pessimiste du devenir de tout système économique à travers la théorie de l'état stationnaire. Ricardo démontre en particulier à travers l'exemple de la production de blé que la mise en culture inévitable de terres de moins en moins fertiles se traduit par des rendements décroissants. À terme l'accumulation cesse, tout comme la croissance, et l'économie entre dans un état stationnaire.
• On trouve enfin dans la pensée classique la loi de la population de T. R. Malthus (1766-1834), dans laquelle il énonce que la population croît en suivant une progression géométrique (1, 2, 4, 8,…), alors que la production des biens de subsistance suit une progression arithmétique (1, 2, 3, 4,…).
Zoom
Schéma de la loi de la population (Malthus)
Schéma de la loi de la population (Malthus)
Les auteurs néoclassiques
Les premières véritables prises en compte des questions environnementales viennent des économistes néoclassiques.
Des auteurs tels que A. Marshall (1842-1924), A. Pigou (1877-1959) ou bien encore R. Coase (né en 1910), ont permis, pour le premier, de mettre en évidence les externalités liées à l'activité économique et, pour les deux derniers, de réintroduire et/ou de corriger les effets négatifs induits par le fonctionnement de l'économie de marché.
Pour Pigou, la solution était de taxer les pollueurs, alors que pour Coase, il faut s'en remettre au marché selon un principe de négociation entre pollueurs et pollués.
Les analyses contemporaines
• Parmi les analyses plus récentes, il convient d'évoquer sans les développer :
  • « l'économie des ressources épuisables » de H. Hotelling (1895-1973) ;
  • la théorie des « ressources renouvelables » de Gondon (1954) ;
  • ou encore les travaux de S. Kuznets (1901-1985) à propos de la relation revenus/ inégalités.
Zoom
Courbe de Kuznets (1955)
Courbe de Kuznets (1955)
Zoom
Évolution du concept jusqu'aux analyses actuelles : les principales dates
Évolution du concept jusqu'aux analyses actuelles : les principales dates
• En résumé, s'il revient au rapport Brundtland d'avoir rendu publique la notion de développement durable, c'est incontestablement avec le sommet de la Terre de Rio que cette approche a été rendue accessible à un plus large public.
Une notion dont les contours font débat
Les principales oppositions autour du concept de développement durable peuvent être résumées par le tableau suivant.
Durabilité forte
Durabilité faible
Substituabilité
Progrès technique
Complémentarité
Capital naturel critique

• Dans la conception de « durabilité forte », l'approche se veut plus pessimiste, ou du moins prudente. Le capital naturel est défini selon deux caractéristiques :
  • d'une part l'irréversibilité qui vise à définir des seuils d'usage de l'environnement, destinés à éviter d'altérer irrémédiablement les ressources naturelles ;
  • d'autre part l'incertitude concernant les réactions et les évolutions environnementales, ce qui impose un principe de précaution.
• Dans la conception de « durabilité faible », l'approche est plus optimiste et moins radicale. Elle repose sur la conviction que le capital matériel peut épuiser les ressources naturelles puisqu'il permet de compenser leur disparition. L'idée centrale est que le progrès technique permet de repousser toujours plus loin les limites à l'exploitation des ressources naturelles.

Les enjeux du développement durable

Consommation énergétique…
• Au cours des 30 dernières années, la consommation mondiale d'énergie a doublé, passant de 5 milliards à plus de 10 milliards de tonnes d'équivalent pétrole (TEP). Pour la seule année 2005, la croissance de la demande mondiale d'énergie a été de 2,7 %, et le développement de l'économie chinoise explique pratiquement à lui seul cette évolution.
Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), en 2030 la demande mondiale d'énergie devrait s'élever à 16,48 milliards de tonnes. Même si les pays en développement sont responsables des 2/3 de cette hausse, il faut sur ce point particulièrement distinguer stocks et flux et rappeler que les pays de l'OCDE consomment la moitié de l'énergie mondiale pour une population qui ne représente que 15 % de la population mondiale.
• Conséquence logique, on estime que la part des émissions de CO2 imputable aux pays développés est de 70 %.
Les conséquences climatiques sont désormais connues, même si leur amplitude donne encore lieu à des débats. Selon les rapports du GIEC (groupement international des experts sur le climat), durant le xxe siècle, la température moyenne de la planète s'est élevée de 0,6°C, et les prévisions pour les années à venir ont de quoi inquiéter. Toujours selon le GIEC, à l'horizon 2050, la température devrait en moyenne croître de 1,4°C, selon les modèles les plus optimistes, à 5,8°C, pour les plus pessimistes.
… et risques environnementaux
• La pression continue sur les ressources renouvelables et non renouvelables, qu'il s'agisse des ressources énergétiques, de l'eau, de la déforestation, conduit la planète vers un double risque : un risque climatique majeur et un risque de conflit pour l'accès à ces ressources dont les besoins et la disponibilité évoluent en sens inverse.
Concernant le risque climatique majeur, le réchauffement de la planète a été évoqué. Il convient de rappelons à titre d'exemple que l'essor de la monoculture de soja au Brésil a fait perdre à la forêt amazonienne l'équivalent de trois fois la surface de la France au cours des dix dernières années. Les prélèvements dans les nappes phréatiques ont atteint un tel stade dans des pays comme les États-Unis ou la Russie que l'on sait dès à présent qu'ils ne pourront pas être renouvelés.
Concernant le risque de conflit pour l'accès à ces ressources, cette pression est déjà particulièrement sensible pour l'accès au pétrole. L'accès à l'eau est un autre enjeu imminent ; aujourd'hui un milliard d'hommes sont privés d'un accès aisé à l'eau potable.
Si le calendrier des sommets interétatiques sur la question révèle une prise de conscience de la nécessité d'une réponse globale, il est également manifeste que le passage des principes généraux aux actes est encore largement à faire.
Ainsi, les États-Unis et l'Union européenne ont pris des engagements importants lors de la signature du protocole de Kyoto en 1997, pourtant les États-Unis en 2001 ont décidé de ne pas ratifier le protocole, ce qui réduit considérablement la portée du processus engagé.

Zoom sur…

Le protocole de Kyoto
Faisant suite au sommet de la Terre, à Rio en 1992, qui a marqué la prise de conscience internationale sur les risques liés au changement climatique, le protocole de Kyoto, élaboré en 1997, exprime la volonté d'engagements quantitatifs et juridiquement contraignants.
Les pays signataires, c'est-à-dire les pays développés ou en transition vers une économie de marché (comme la Russie), ont globalement accepté une réduction de l'ordre de 5,5 % de leurs émissions de gaz à effet de serre sur la période 2008-2012 en considérant comme niveau de référence celui atteint en 1990. Les gaz à effet de serre entrant dans le protocole sont : le gaz carbonique (CO2), le méthane (CH4), les halocarbures (HFC et PFC), le protoxyde d'azote ou oxyde nitreux (N2O) et l'hexafluorure de soufre (SF6). L'entrée en vigueur du protocole de Kyoto (le 16 février 2005) a eu lieu lorsque 55 pays de la convention sur les changements climatiques (minimum requis) ont accepté la ratification.
La conférence environnementale de septembre 2013
Il ressort de la feuille de route de cette conférence une cinquantaine de mesures en faveur du développement durable dont :
  • faire de la transition écologique et énergétique un levier d'='attractivité et de développement qualitatif de l'emploi et de la formation ;
  • stratégie d'utilisation des ressources et des objectifs de long terme et un plan « déchets 2014-2020 » ;
  • créer le cadre favorable à l'amélioration du tri, par les citoyens comme par les entreprises et lutter contre les trafics illégaux ;
  • décliner l'économie circulaire comme un projet de territoires ;
  • garantir la transparence de la politique de l'eau pour le consommateur (faciliter et fiabiliser l'accès par le citoyen à des données sur l'eau facilement compréhensibles ;
  • améliorer l'efficacité de la politique de l'eau.

Pour aller plus loin

Site de l'ADEME (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) : www2.ademe.fr/
Site du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) : www.ipcc.ch/
Site de l'AIE (Agence internationale de l'énergie) : www.iea.org
Site du PNUD (Programme des Nations unies pour le développement) : www.undp.org
Lire : Gilles Rotillon, Économie des ressources naturelles, La Découverte, coll. « Repères », 2005.
------------------------------------------------------------
copyright © 2006-2017, rue des écoles