Le monde gréco-romain, source de la civilisation occidentale

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L'essentiel

La civilisation grecque connaît son apogée au ve siècle av. J.-C. S'illustrant contre les Perses lors des guerres médiques, Athènes impose sa domination aux cités voisines. Les réformes de Clisthène (−507) en font une démocratie, une cité dont les citoyens participent tous à la vie politique à égalité (isonomie). Dans ce cadre, les Athéniens s'illustrent dans tous les domaines de la science, des arts et de la philosophie. Malgré les efforts de son stratège Périclès, la guerre du Péloponnèse menée contre Sparte, sa rivale, provoque le déclin d'Athènes. Les Romains intègrent la Grèce à leur empire en −146. Fondée sur une armée efficace et bien encadrée mise au point pendant la République, ils conquièrent tout le Bassin méditerranéen et une part importante de l'Europe occidentale. La romanisation (diffusion du latin et du droit romain) et la christianisation reposent sur la citoyenneté romaine accordée aux peuples soumis, sur l'organisation de l'espace en un quadrillage efficace de routes et sur l'équipement des villes en établissements (civils et utilitaires) indispensables à leur bon fonctionnement.
Chronologie indicative
Grèce classique
  • −507 : Réforme de Clisthène (naissance de la démocratie à Athènes).
  • −490 : Première guerre médique (Marathon).
  • −480 : Seconde guerre médique (Salamine).
  • −461 : Première magistrature de Périclès.
  • −431 : Début de la guerre du Péloponnèse (jusqu'en −404).
  • −332 : Alexandre le Grand fonde son empire macédonien.
Rome
  • −753 : Fondation de Rome.
  • −509 : Début de la République.
  • −52 : Conquête de la Gaule.
  • −44 : Assassinat de Jules César.
  • −27 : Octave devient l'empereur Auguste (début de l'Empire).
  • 313 : Édit de Milan (le christianisme, religion officielle de l'Empire).
  • 476 : Chute de l'Empire romain d'Occident.

La fiche

La civilisation occidentale puise ses sources dans l'antiquité gréco-romaine. Quel héritage devons-nous à ces deux civilisations ? Comment les petites cités grecques ont-elles pu surpasser en influence les grands empires (Perse, Égypte) qui l'entouraient ? Comment les Romains ont-ils réussi à maintenir l'unité de l'immense empire qu'ils se sont constitué ?
L'héritage de la pensée grecque
L'antiquité grecque est la période située entre la fin de la civilisation mycénienne (−1 200) et l'intégration de la Grèce à l'Empire romain (−146).
Le monde grec
• Entre 1 200 et 1 000 av. J.-C., les côtes de l'Asie mineure et les îles de la mer Égée sont envahies par les Grecs répartis en trois groupes : les Éoliens, les Ioniens et les Doriens. Ceux-ci fondent des cités-États indépendantes qui essaiment dans toute la Méditerranée en établissant des comptoirs commerciaux (comme Massilia ou Carthage). Ces Grecs ont une écriture commune empruntée aux Phéniciens, une religion, des sanctuaires (Delphes, Délos, Samos), des légendes (mythe d'Œdipe, les Atrides, l'Iliade et l'Odyssée d'Homère) et des jeux cultuels, dont les Jeux olympiques (depuis −776) sont l'exemple le plus célèbre.
• Leur histoire se découpe en quatre périodes définies en fonction de l'évolution de leur art : l'âge obscur (xieixe siècles), l'âge archaïque (viiievie siècles), l'âge classique (de −500 à −323) et l'époque hellénistique (−323 à −146). Les polis (cités) sont constituées d'une ville et de son territoire environnant. Elles sont dirigées par des rois (basileus), des aristocraties (oligarchies) ou des tyrans (dirigeants s'étant emparés du pouvoir par un coup d'État).
L'invention de la démocratie
• Au ve siècle (dit de Périclès), âge d'or de la Grèce antique, la cité d'Athènes assoit sa domination sur ses concurrentes à la suite des victoires qu'elle remporte contre les Perses à Marathon (−490) ou à Salamine (−480) au cours des guerres médiques. Par la ligue de Délos, les Athéniens rassemblent alors sous leur direction les autres cités grecques pour mieux résister aux menaces extérieures.
• Ils inventent également la démocratie. Par les réformes de Solon (−594) mais surtout de Clisthène (−507), les citoyens contrôlent la prise des décisions politiques. La nouvelle organisation se fonde sur l'égalité (isonomie) des citoyens (qui sont distingués selon leur lieu d'habitation et non leur naissance ou richesse) et le partage des pouvoirs. À l'Ecclésia (assemblée de tous les citoyens), ils votent les lois et l'ostracisme (exil des mauvais citoyens). À l'exception des stratèges (responsables militaires), les magistrats sont désignés par le sort, et tous ont ainsi la possibilité d'exercer les charges publiques. La notion de démocratie est toutefois à nuancer puisque métèques et esclaves, qui représentent près de 90 % de la population, restent exclus de la citoyenneté, de même que les femmes.
• Rivale d'Athènes, Sparte finit par organiser une ligue concurrente. La guerre du Péloponnèse (de −431 à −404) déchire les Grecs et provoque leur déclin progressif jusqu'au règne d'Alexandre le Grand (roi de Macédoine) qui leur impose sa domination. Jamais les Grecs ne se remettront de leurs querelles incessantes et de leurs divisions internes. En −146, ils sont défaits par les Romains et intégrés à l'empire que ces derniers sont en train de construire.
Philosophie, arts et sciences
• Leur faiblesse politique ne remet pas en cause le rayonnement culturel des Grecs. Maîtres de sagesse, les sophistes développent un enseignement de qualité fondé sur la dialectique et la rhétorique. Les philosophes (Socrate, Platon, Aristote, Épicure, Zénon) donnent naissance à de nombreuses écoles qui témoignent de la vitalité de la pensée grecque. Les sciences profitent de cette émulation intellectuelle. Autour de la bibliothèque d'Alexandrie, les découvertes se multiplient dans toutes les disciplines : géographie (Ératosthène), mathématiques (Euclide, Pythagore), physique (Archimède), médecine (Hippocrate), astronomie (Hipparque). L'art (sculptures de Phidias) et l'architecture (théâtres, temples, portiques) profitent de la même dynamique, laissant derrière eux un patrimoine d'œuvres dont les proportions se rapprochent d'un idéal de perfection (Vénus de Milo, série des éphèbes, Parthénon).
La romanisation de l'Europe
Moins intellectuels sans doute, les Romains imposent leur efficacité technique aux Grecs et fondent un empire qui structure pour longtemps une grande partie du continent européen.
De la République à l'Empire
• Sous la domination des rois étrusques du viie au vie siècle, Rome instaure la République vers −510. Lentement, la petite cité grandit. Son développement est toutefois difficile. En −387, une invasion gauloise menée par Brennus provoque la destruction de la ville. Mais cette longue période de gestation et d'affrontements militaires avec ses voisins est mise à profit pour renforcer et développer son organisation politique et militaire. Rigoureusement structurée, l'armée romaine s'affirme peu à peu comme une arme redoutable de conquête et d'expansion territoriale. Les guerres puniques contre Carthage (264-241 puis 218-201 av. J.-C. contre Hannibal) ou la conquête des Gaules (58-52 av. J.-C.) témoignent de l'efficacité des légions dans leurs manœuvres, les tactiques employées, leur encadrement rigoureux et leur discipline sévère.
• Après une période de troubles (guerres civiles), un système plus autoritaire (l'Empire) se met en place à l'instigation d'Octave Auguste (−27). Sous le règne de Trajan (98-117), il atteint sa plus vaste extension. La paix romaine (pax romana) s'étend tout autour de la Méditerranée puis à toute l'Europe du Nord-Ouest. À partir du iiie siècle, toutefois, l'autorité des empereurs s'affaiblit. Intrigues de palais, faiblesses de certains empereurs, révoltes populaires en ébranlent les fondations. La pression des peuples barbares sur les frontières (le limès) est difficile à contenir. Pour en faciliter l'administration, Dioclétien partage l'Empire en deux (en 286) et le codirige avec Maximien (dyarchie). Mais le maintien de l'Empire jusqu'en 476 est surtout le résultat des moyens efficaces qui avaient été mis en œuvre à ses débuts pour contrôler l'espace.
La maîtrise de l'espace
• Les Romains mettent en place les moyens nécessaires pour assurer la surveillance militaire de leur empire et sa prospérité économique. Ils le quadrillent d'abord de voies de circulation (300 000 km de routes) qui permettent aux légions de se déplacer rapidement et au commerce de se développer. Les villes sont reconstruites selon des plans en damier qui les rendent plus fonctionnelles et elles sont équipées des installations nécessaires à leur croissance. La construction de monuments utilitaires (aqueducs, ponts, fortifications, thermes, ports) est privilégiée. Les lieux de spectacle (théâtres et amphithéâtres) participent de la pacification. La romanisation des peuples consolide encore la maîtrise que les Romains ont du territoire impérial.
Droit romain, christianisme et culture latine
• Les Romains puisent leur force dans l'extension de la citoyenneté, une mesure qui conduit les peuples ainsi honorés à s'intéresser au sort de l'Empire. Dès 49 av. J.-C., Jules César accorde celle-ci aux habitants des villes. En 212, Caracalla l'élargit à tous les sujets libres de l'Empire. En accordant aux vétérans des légions des parcelles établies sur les frontières, les Romains assurent en même temps la défense de celles-ci. Partout, le droit romain (droit écrit) se substitue aux coutumes locales et consolide les liens entre les citoyens traités d'égale façon. La romanisation passe aussi par la diffusion de la langue romaine (le latin). Au ive siècle, le christianisme auquel s'est converti l'empereur Constantin reçoit droit de cité par l'édit de Milan. Devenu religion officielle, il s'impose à tous les ressortissants de l'Empire, définissant un autre élément d'unité culturelle.
L'Europe contemporaine vit encore sur l'héritage brillant de la civilisation gréco-romaine, dans lequel elle puise sa source.

Zoom sur…

La guerre de Troie
Événement légendaire rapporté dans l'Iliade d'Homère, la guerre de Troie oppose les Grecs aux Troyens. Les Grecs répondent à l'appel de Ménélas, roi de Sparte, dont l'épouse, Hélène, a été enlevée par un prince troyen, Pâris. Sous la direction d'Agamemnon, roi de Mycènes, les héros de la Grèce antique (comme Achille, Patrocle, Ulysse) viennent assiéger Troie. Au terme d'un siège de plusieurs années, la ville ne tombe que par la ruse. Dissimulés à l'intérieur d'un immense cheval de bois que les Troyens prennent pour un présent marquant la fin des hostilités, un groupe de guerriers s'introduit dans la ville, en ouvre les portes et la livre à la destruction.
Le panthéon gréco-romain
La religion des Grecs est polythéiste. Une kyrielle de dieux anthropomorphes, aux aventures multiples en compose le panthéon. Les Romains en ont repris les principales figures, les rebaptisant et adaptant leur histoire.
Quelques correspondances :
  • Zeus = Jupiter ;
  • Hades = Pluton ;
  • Ares = Mars ;
  • Héphaïstos = Vulcain ;
  • Héra = Junon ;
  • Poséidon = Neptune ;
  • Aphrodite = Venus ;
  • Athéna = Minerve ;
  • Dionysos = Bacchus ;
  • Déméter = Cérès ;
  • Hermes = Mercure ;
  • Héraclès = Hercule.

Pour aller plus loin

Repères bibliographiques
  • Paul Veyne, L'Empire gréco-romain, Le Seuil, 2005.
  • François Châtelet, Périclès et son siècle, Complexe, 1999.
  • Jean-Pierre Vernant, L'Homme grec, Le Seuil, 2000.
  • Pierre Grimal, La Civilisation romaine, Flammarion, 1998.
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