Le néoclassicisme

-----------------------------------------------

Les œuvres clés

  • 1763 : La Marchande d'amours, Vien
  • 1772 : frontispice de l'Encyclopédie, Cochin (dessin) et Prévost (gravure)
  • 1775-1779 : saline d'Arc-et-Senans, Ledoux
  • 1775 : Louis XV en empereur romain, Pigalle
  • 1780 : Bélisaire demandant l'aumône, David
  • 1780 : Mercure, Pajou
  • 1781 : Voltaire assis, Houdon
  • 1784 : Le Serment des Horaces, David
  • 1784 : projet de cénotaphe à Newton, Boullée
  • 1804 : Le Sacre de Napoléon, David
  • 1804 : Les Pestiférés de Jaffa, Gros

La fiche

Le néoclassicisme est un mouvement né dans la seconde moitié du xviiie siècle dans une Europe qui semble se lasser des excès frivoles du baroque et aspire à un retour vers la simplicité, le naturel. Cet idéal, c'est à nouveau vers les Anciens, c'est-à-dire l'art gréco-romain, que les artistes vont le rechercher. En France, le style de Boucher ou de Fragonard devient une contre-référence. Rome, ses monuments, ses bas-reliefs, devient le séjour obligé de tous les peintres, sculpteurs et architectes épris, à l'image des philosophes des Lumières, d'un idéal rationaliste et humaniste.
Ce courant néoclassique va épouser le règne de Louis XVI, puis s'épanouir et se standardiser dans le style Empire, pour décliner dans une époque où l'exaltation du moi prendra le pas sur l'exaltation des vertus héroïques.
Les sources et les idéaux du néoclassicisme
L'influence italienne
• Le néoclassicisme trouve ses origines dans le royaume de Naples, sous le règne de Charles III. Celui-ci fit édifier par l'architecte italien Vanvitelli un palais colossal. Ce dernier est imprégné de l'art antique, disciple de Bramante et de Palladio, et sa construction aux formes résolument classiques dans le pays qui vit s'épanouir le baroque fait grand bruit et donne le signal d'une inflexion de l'art en Europe.
• Dans le même temps, le roi de Naples avait entrepris la mise au jour d'Herculanum en 1748. Les résultats des fouilles furent publiés avec précision et portés à la connaissance d'amateurs tels que le graveur Charles-Nicolas Cochin. Un peu plus tard, la découverte de Pompéi eut un retentissement similaire ; la décoration pompéienne exercera une influence non négligeable pour la décoration néoclassique – on parlera même du « style Pompéi ».
• En France, M. de Vandières, frère de Mme de Pompadour, est envoyé en mission en Italie, accompagné d'artistes tels que Cochin, et l'architecte Soufflot. Le voyage dure de 1750 à 1752 et influence radicalement les voyageurs. Devenu directeur des Bâtiments en 1754, Vandières, désormais marquis de Marigny, va tourner résolument le dos au goût « rocaille », jugé érotique, ornemental, excessif, et conduire l'art français vers un classicisme fondé sur le retour à la peinture « noble ».
• On peut enfin mentionner l'influence du Vénitien Piranèse, dont les gravures des Vues de Rome inspireront les architectes néoclassiques.
Un style caractéristique des idées des Lumières
• Le style néoclassique est à relier avec les idéaux du siècle des Lumières. Le philosophe et écrivain Jean-Jacques Rousseau prône ainsi un retour de l'homme à la nature, tandis que les encyclopédistes mettent la raison et la science au premier plan.
Cette alliance de sensibilité et de rationalisme, à laquelle s'ajoute l'idée que l'art antique constitue un modèle de perfection qu'on doit s'efforcer de restaurer dans le monde, favorise l'émergence de cette école artistique.
• L'esthétique rococo, avec ses excès, ses artifices et sa superficialité, est alors rejetée au profit d'un art aux lignes épurées et sévères, inspirées, dans la forme comme dans le fond, de l'Antiquité, dont l'étude pouvait permettre d'atteindre la simplicité de la nature. À partir de cette « syntaxe » antique, deux voies s'offrent aux artistes : représenter (pour les peintres) ou figurer (pour les architectes) des scènes antiques édifiantes, ou au contraire jeter les bases d'un monde utopique de vertu et de communion.
Le néoclassicisme français : diversité et unité
La peinture : pureté antique et idéaux révolutionnaires
• Vien s'impose comme l'un des précurseurs de la peinture néoclassique, avec son tableau La Marchande d'amours (1763), allégorie un rien mièvre, mais dont la pureté de composition, la simplicité des couleurs et le cadre sévère de la Grèce antique en font une œuvre phare dans le renouveau classique.
• Vien eut un disciple célèbre : Jacques-Louis David (1748-1825). Celui-ci, lauréat du prix de Rome, fait un séjour en Italie entre 1774 et 1780. Il y étudie les classiques, recopie des bas-reliefs antiques ; il s'imprègne complètement de l'esthétique et de l'esprit des Anciens et s'inspire d'un grand peintre français du xviie siècle : Nicolas Poussin.
En 1780, il termine un tableau dans le plus pur style néoclassique : Bélisaire demandant l'aumône, scène représentant l'infortune d'un général glorieux réduit à la mendicité. On dira de ce tableau qu'il incarne la veine « sentimentale » d'un genre trop souvent vu comme refusant l'expression des sentiments.
Mais c'est avec Le Serment des Horaces (1784) que David donne au style néoclassique son œuvre la plus emblématique à tous points de vue : pour la première fois, le peintre s'affranchit du cahier des charges de son commanditaire et fait une œuvre personnelle, exaltant le sacrifice de l'individu au devoir d'État.
L'exaltation de l'héroïsme patriotique s'allie ici à une grande rigueur dans la composition, voire à une certaine raideur : l'attitude des soldats semble inspirée des bas-reliefs romains. Les couleurs, quant à elles, sont étalées en surfaces unies afin de suggérer un relief, un « noble contour » (Winckelmann).
La sculpture : le modèle grec
• La sculpture a toujours baigné – au moins depuis la Renaissance – dans une inspiration « antique », aussi est-il plus difficile de discerner les spécificités néoclassiques de cette forme d'art. Cependant, l'œuvre de l'Italien Canova exerce une influence non négligeable sur un art encore marqué par les torsions baroques en France. De nombreux sculpteurs français se sont inspirés de ses œuvres mêlant grâce et puissance, avec une recherche de grande simplicité : il s'agit de se défaire du contraste des volumes en recherchant l'élégance du contour obtenue par la masse vue de profil.
• Cet idéal grec se combine chez certains sculpteurs comme Houdon avec un certain réalisme. Celui que l'on appela « le sculpteur des Lumières » fit en effet le portrait de philosophes comme Voltaire ou Rousseau, avec une grande précision dans le modelé, et une grande expressivité dans le rendu du regard – très difficile à obtenir en sculpture.
Pigalle (1714-1785) incarne quant à lui une charnière entre le baroque et le retour au classique : ses dernières œuvres (Louis XV en empereur romain) tendent vers un certain dépouillement qui tranche avec les œuvres généreuses et mouvementées de sa jeunesse.
L'un de ses élèves, Moitte (1746-1810), gardera de son maître le goût de l'antique : ses sujets sont sculptés dans des postures et des vêtements qui rappellent la statuaire grecque, mais Moitte, dans le pur style néoclassique, exalte des vertus contemporaines, empreintes de la rationalité scientifique des Lumières, à travers ses portraits de Rousseau ou Cassini.
Pajou, comme Houdon, laisse une œuvre représentative des idéaux du siècle des Lumières : ses scènes mythologiques reflètent l'inspiration antique, tandis que ses portraits de célébrités telles que Blaise Pascal montrent un attachement aux êtres qui favorisent les progrès de la raison et de la science. Comme Houdon, Pajou fut d'ailleurs membre de la loge maçonnique des Neuf Sœurs, loge inspirée par les idées des Lumières.
L'architecture : les bâtisseurs d'utopies
• Chez les principaux représentants de l'architecture néoclassique, le rationalisme prend des allures d'utopie. Étienne Boullée, Jean-Jacques Lequeu et surtout Claude-Nicolas Ledoux sont les figures emblématiques d'un art qui, inspiré des idéaux antiques, aspirait à un monde meilleur.
• Hanté par des formes géométriques pures, Ledoux dessine les plans d'édifices à la forme cylindrique et sphérique avec une prédominance de murs pleins qui leur confèrent une certaine raideur majestueuse, inspirée des héros de Plutarque. Cette sublimation du rationalisme, cette volonté de communion d'un peuple trouve son expression la plus significative dans son œuvre inachevée pour la ville de Chaux, à la saline royale d'Arc-et-Senans.
D'une façon générale, Ledoux réactive les ordres grecs (le dorique notamment) et donne à ses œuvres un effet plastique étonnant, mais il cherche aussi, avec des constructions s'ouvrant sur un environnement naturel, à redonner à l'homme une place plus proche de ses origines.
• Sous Louis XVI, l'architecte le plus fécond fut sans doute Alexandre Théodore Brongniart, qui construisit nombre d'hôtels du faubourg Saint-Germain à Paris, pour des aristocrates tels que le prince de Bourbon-Condé, et contribua à donner à ce quartier la physionomie d'une « nouvelle Athènes » qu'il a encore partiellement conservée.
L'art du mobilier et la décoration
• L'expression la plus marquée du néoclassicisme en art du mobilier est sans doute le style Louis XVI. Les ébénistes et ornemanistes délaissent les sinuosités et les galbes généreux de l'époque Louis XV pour un style inspiré par le goût pompéien, puis étrusque, avec notamment des vases et ouvrages en porcelaine dont les motifs « à silhouettes » sont directement inspirés des poteries étrusques. La ligne des meubles est désormais d'une grande rectitude et d'une grande sobriété, tandis que les éléments décoratifs tels que les cannelures évoquant les colonnes doriques ou le motif en forme de lyre sont préférés aux arabesques et guirlandes de l'époque rocaille.
• L'ébéniste le plus célèbre du règne de l'époque Louis XVI est Georges Jacob, qui, à partir du répertoire antique, parvient à mêler l'élégance et une certaine originalité. Riesener, ébéniste d'origine allemande, et élève d'Œben, incarne bien l'évolution du style baroque vers le néoclassicisme, avec notamment son utilisation subtile du bronze, qui décore et qui dissimule.
• De fait, l'Antiquité est partout et pénètre dans les appartements : on recherche les bas-reliefs à l'antique, les scènes bucoliques inspirées par l'amour de la nature, ou des décors « à la grecque », dans des teintes douces et mesurées, loin des coloris contrastés du baroque.
Le style Empire, néoclassicisme institutionnalisé
Une nouvelle syntaxe de la décoration
• Lorsque Napoléon devient empereur, le style néoclassique devient « officiel », diffusé et standardisé. Les palais et châteaux tels que ceux de Fontaineblau, Compiègne, l'Élysée, Rambouillet, etc., sont décorés selon des normes strictes de conformité à l'esthétique néoclassique.
Dans le même temps paraît le Recueil de décorations intérieures, de Percier et Fontaine (1801), ensemble de volumes qui codifient les exigences néoclassiques du style Empire, comme la symétrie dans la décoration, la relégation des meubles utiles au profit de meubles qui le sont moins, mais qui sont structurellement plus beaux comme la console, les tapis aux motifs et aux teintes adaptés à l'agencement des pièces, etc.
• Avec le style Empire, c'est une véritable syntaxe de la décoration qui s'établit, à partir de laquelle les propriétaires doivent composer. Le mobilier néoclassique tend aussi vers un certain goût pour l'allégorie mythologique, utilisée parfois avec naïveté et excès, parfois aussi avec originalité et finesse, par des ébénistes comme Jacob-Desmalters. Il s'agit en tous cas d'exalter la grandeur et le faste de l'Empire.
Les peintres de Napoléon
• En peinture, les exigences étaient différentes. Napoléon demandait aux peintres de délaisser les sujets antiques et mythologiques au profit de thèmes plus actuels.
Dans cette perspective, David, qui avait vu en Bonaparte un héros digne de ses idéaux antiques, peignit un tableau monumental, à la hauteur de la démesure de l'Empereur : Le Sacre de Napoléon. Peinte par l'une des figures du néoclassicisme, cette toile donne à son personnage central une stature héroïque et mythologique.
• Antoine Jean Gros (1771-1835) est également représentatif des exigences du futur empereur. Sa toile représentant Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa (1804) montre le général populaire et héroïque entouré de malades.
Un tel tableau montre bien que le style Empire, rattaché au départ au courant néoclassique, contient en germe la sensibilité romantique : avec Napoléon, la figure du héros s'incarne et s'actualise, tandis que les pestiférés, pathétiques et peu nobles dans leur souffrance, rompent avec l'héroïsme antique, toujours majestueux.
------------------------------------------------------------
copyright © 2006-2017, rue des écoles