Le théâtre au xixe siècle : entre bouleversements et succès populaires

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Les œuvres clés

  • 1827 : Cromwell, Hugo
  • 1830 : Hernani, Hugo
  • 1833 : Les Caprices de Marianne, Musset
  • 1834 : Lorenzaccio, Musset
  • 1838 : Ruy Blas, Hugo
  • 1851 : Un Chapeau de paille d'Italie, Labiche
  • 1852 : La Dame aux camélias, Dumas fils
  • 1892 : Pelléas et Mélisande, Maeterlinck
  • 1896 : Ubu roi, Jarry

La fiche

Le théâtre, en tant que pratique sociale et culturelle, est rentré dans les mœurs au cours du xviiie siècle ; il a depuis longtemps perdu la réputation un peu douteuse dont il pouvait être entaché au début du xviie siècle. Il est désormais à la mode et compte un public important, notamment dans la bourgeoisie qui va peu à peu dominer la société française au xixe siècle et qui se délecte d'aller assister aux vaudevilles particulièrement prisés à l'époque.
À l'instar de la poésie et du roman, le genre théâtral est lui aussi bouleversé en profondeur par l'émergence du romantisme au début du siècle et il se fait le reflet de l'évolution importante de la sensibilité. Cependant, si cette période se caractérise par une grande fécondité du théâtre, le reste du siècle semble plus sage du point de vue de la créativité. Les différents mouvements littéraires ne trouvent qu'un faible écho dans la création théâtrale. Il faut attendre la fin du siècle pour assister à une nouvelle évolution notable du genre.
Le drame romantique
La révolution romantique
• Les bouleversements profonds sur le plan social et politique et l'émergence d'une sensibilité nouvelle à la fin du xviiie siècle forment un terreau propice à l'épanouissement du romantisme en France au début du xixe siècle. Portés par le vent de contestation qui souffle depuis la Révolution, les romantiques revendiquent une liberté nouvelle. Ils veulent en finir avec les règles classiques qui régissent le théâtre depuis le xviie siècle et qui ont été définies par Boileau dans son Art poétique de 1674, notamment avec ce fameux distique : « Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli/ Tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli. » Le théâtre classique impose en effet un certain nombre de règles : unités de temps, de lieu et d'action, mais aussi respect des bienséances et de la vraisemblance.
• Au nom justement de cette même vraisemblance, les romantiques rejettent ces règles qui leur semblent artificielles et prônent le mélange des registres au sein d'une même pièce afin de représenter le monde dans sa totalité, à la fois grotesque et sublime. Leurs intrigues ne sont plus fondées sur l'imitation et la reprise d'événements de l'Antiquité ou de la mythologie mais s'ancrent dans l'histoire européenne récente. Ils se placent sous l'égide non pas des tragédiens français mais de Shakespeare, comme en témoigne l'essai de Stendhal : Racine et Shakespeare. Le drame romantique est donc perçu lui-même comme véritablement révolutionnaire et l'un des premiers drames joués, l'œuvre d'Hugo Hernani, représentée en 1830, déclenche une grande polémique, donnant même lieu à ce qu'on a appelé « la bataille d'Hernani ».
• Ce théâtre, cependant, par la multiplication des lieux, parfois des intrigues, et par l'abondance de ses personnages, s'avère parfois difficilement jouable. Pour se libérer des contraintes scéniques, Musset en vient même à écrire un théâtre à lire seulement. Ainsi, Lorenzaccio est publié en 1834 dans un recueil intitulé Un Spectacle dans un fauteuil.
Le héros romantique
• Le héros romantique incarne les révoltes et le malaise, nommé « mal du siècle », des premiers auteurs romantiques. C'est un être déchiré, torturé, en proie aux passions mais souffrant aussi d'aspirations contradictoires. Ainsi, Lorenzaccio, dans le drame de Musset, joue les entremetteurs pour son cousin, le duc de Médicis, et vend en quelque sorte son âme au diable en se livrant à toutes les compromissions pour parvenir à assassiner le tyran. Mais les efforts du personnage pour instaurer une république restent vains et sa fin tragique marque l'échec de son trouble double jeu.
• Le héros romantique connaît souvent un destin tragique et souffre d'un amour malheureux. Il est aux prises avec un monde insatisfaisant, qui ne permet pas à ses aspirations ou à son amour de s'épanouir, et qui ne répond pas à son idéalisme. Ruy Blas, le héros de Victor Hugo, n'est qu'un simple valet amoureux de la reine d'Espagne. Profitant d'un piège tendu par Don Salluste et mentant sur son identité, il en vient à assumer avec intégrité la charge de ministre du royaume et à gagner les faveurs de la reine par son mérite ; mais un homme du peuple ne peut bouleverser la hiérarchie sociale et prétendre à gouverner : Ruy Blas sera donc finalement contraint au suicide.
• Le théâtre romantique offre ainsi un espace privilégié à l'expression de la nouvelle sensibilité, et les héros que sont Hernani, Ruy Blas ou Lorenzaccio représentent bien le héros romantique de cette première génération d'auteurs.
Du théâtre mondain au théâtre symboliste
Le vaudeville et le mélodrame
• Au cours du siècle, notamment sous le Second Empire, la bourgeoisie enrichie devient le plus fidèle public du théâtre. Les représentations deviennent alors des divertissements mondains et le théâtre est un lieu social où l'on se montre plus que jamais. Le vaudeville, forme théâtrale ancienne et qui mêle à l'origine comédie et chansons, est particulièrement apprécié. Son auteur le plus représentatif est Eugène Labiche, notamment avec son chef-d'œuvre Un Chapeau de paille d'Italie qui date de 1851.
Ses comédies offrent des caricatures plaisantes et enjouées du monde bourgeois. Elles jouent sur des ressorts comiques bien rodés, tels le quiproquo et les jeux de mots qui confinent parfois sous sa plume à l'absurde, et se trouvent servies par des péripéties cocasses et un rythme allègre qui peut prendre l'allure d'une course désordonnée. Labiche trouvera en Feydeau au tournant du siècle un de ses héritiers et tous deux continuent à rencontrer, aujourd'hui encore, un grand succès au théâtre.
• Le Second Empire connaît également un théâtre « sérieux », marqué par le réalisme et influencé par un esprit moralisant. Représentant les réalités et les questions sociales de l'époque (mariage, adultère, héritage, etc.), il peut prendre la forme du mélodrame. Un des grands succès de la période est La Dame aux camélias de Dumas fils, représentée en 1852.
Le théâtre symboliste
• Face au naturalisme, qui imprègne le roman de la fin du xixe siècle, notamment sous la conduite de Zola, se développe un mouvement aux aspirations radicalement opposées : le symbolisme. Le mouvement s'incarne essentiellement dans le genre poétique, marqué par le maître Mallarmé qui domine le genre à la fin du siècle. Cependant, le symbolisme trouve également une expression théâtrale, en particulier grâce à Maeterlinck.
• Le théâtre symboliste refuse tout réalisme et cherche avant tout à suggérer. Le décor ne fait qu'évoquer un lieu, le langage est précieux et recherché, et les pièces tentent d'exprimer les tréfonds de l'âme humaine et des vérités métaphysiques universelles. Maeterlinck, avec Pelléas et Mélisande, son chef-d'œuvre, crée un univers imaginaire et angoissant, qui exprime les aspirations mystiques du siècle finissant. Si le théâtre symboliste ne représente qu'un mouvement éphémère, il initie toutefois une rupture avec certaines conventions théâtrales qui peut préfigurer les bouleversements à venir du xxe siècle.
Alfred Jarry
• En 1896, Alfred Jarry fait représenter Ubu roi qui fait aussitôt scandale ; la première de la pièce se joue dans une ambiance pour le moins houleuse. Ce drame en prose peut apparaître comme une version comique du théâtre symboliste et se présente en tout cas comme une parodie du théâtre historique shakespearien ou romantique. La pièce, qui reprend les blagues de collégien de Jarry, s'inspire de Macbeth de Shakespeare mais multiplie les bouffonneries, recourt à un langage argotique (elle s'ouvre d'emblée par un fameux « Merdre ! »), et son « héros » est un « être ignoble », cruel et violent.
• Surtout, Jarry prétend remettre en cause en profondeur le théâtre classique et subvertit les notions de bienséance et de vraisemblance, les personnages s'apparentant à des sortes de marionnettes venant tout droit du théâtre de Grand-Guignol. La pièce agresse véritablement le public comme le théâtre lui-même.

Zoom sur…

La bataille d'Hernani
Il s'agit d'une des batailles les plus célèbres et pourtant des moins meurtrières de l'histoire française. Une première pièce d'Hugo, Marion Delorme, est interdite par la censure en 1829. Aussitôt après, sans se décourager, Hugo rédige un nouveau drame : Hernani. La pièce, qui ne respecte pas les règles de la dramaturgie classique, est répétée à la Comédie-Française dans des conditions difficiles. Enfin, arrive le soir de la première représentation, le 25 février 1830. Les partisans de Victor Hugo, les jeunes artistes romantiques sont venus soutenir la pièce et les comédiens.
Balzac, Nerval, Dumas, Berlioz et aussi Gautier, vêtu de son fameux gilet rouge, sont là et acclament la pièce, étouffant toute critique. Cependant, la polémique se prolonge, car dès le lendemain les journaux font des comptes rendus très négatifs de la pièce et s'offusquent de l'intervention bruyante des romantiques. Les représentations continuent mais sont de plus en plus difficiles et sont souvent huées. Gautier a laissé un récit très précis de cette fameuse « bataille » :
« L'orchestre et le balcon étaient pavés de crânes académiques et classiques. Une rumeur d'orage grondait sourdement dans la salle ; il était temps que la toile se levât ; on en serait peut-être venu aux mains avant la pièce, tant l'animosité était grande de part et d'autre. Enfin les trois coups retentirent. Le rideau se replia lentement sur lui-même, et l'on vit, dans une chambre à coucher du seizième siècle, éclairée par une petite lampe, Dona Josepha Duarte, vieille en noir, avec le corps de sa jupe cousu de jais, à la mode d'Isabelle la Catholique, écoutant les coups que doit frapper à la porte secrète un galant attendu par sa maîtresse : « Serait-ce déjà lui ? C'est bien à l'escalier Dérobé… » La querelle était déjà engagée. Ce mot rejeté sans façon à l'autre vers, cet enjambement audacieux, impertinent même, semblait un spadassin de profession, allant donner une pichenette sur le nez du classicisme pour le provoquer en duel. – Eh quoi ! dès le premier mot l'orgie en est déjà là ? On casse les vers et on les jette par les fenêtres ! dit un classique admirateur de Voltaire avec le sourire indulgent de la sagesse pour la folie. »
Théophile Gautier, Victor Hugo, 1902, posthume

Pour aller plus loin

À découvrir
Opéra bouffe
  • La Vie parisienne, Offenbach.
Opéra
  • Pelléas et Mélisande, Debussy.
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