Le xixe siècle et les arts

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Les œuvres clés

  • 1814 : La Grande Odalisque, Ingres
  • 1819 : Le Radeau de la Méduse, Géricault
  • 1822 : La Barque de Dante, Delacroix
  • 1827 : La Mort de Sardanapale, Delacroix
  • 1833 : Le Lion au serpent, Barye
  • 1836 : La Marseillaise, F. Rude
  • 1849-1850 : L'enterrement à Ornans, Courbet
  • 1863 : Le Déjeuner sur l'herbe, Manet
  • 1869 : La Danse, Carpeaux
  • 1872 : Impression, soleil levant, Monet
  • 1874 : Opéra de Paris, Garnier
  • 1876 : Le Moulin de la Galette, Renoir
  • 1876 : Âge d'airain, Rodin
  • 1890-1891 : Autoportrait au Christ jaune, Gauguin

La fiche

Le xixe siècle correspond en France à une ère de profonds bouleversements. Différents régimes politiques se succèdent, parfois avec violence, tout au long du siècle. La Révolution qui a sonné le glas de l'Ancien Régime, puis l'exaltation et le désenchantement qui accompagnent l'Empire et sa chute, la Restauration, la monarchie de Juillet et les soubresauts de la République, le retour de l'Empire, les révoltes et les révolutions qui ponctuent le siècle, comme en 1830 ou 1848, sont autant de périodes et d'événements marquants pour la conscience française.
Les mutations sociales, culturelles et économiques sont profondes : les convictions religieuses qui fondaient la monarchie s'effondrent, la bourgeoisie s'impose comme classe dominante à mesure que la révolution industrielle gagne la France et que les valeurs matérielles sont en plein essor. L'art se fait bien entendu l'écho de ce bouleversement profond et suit l'évolution du siècle. La période voit donc se succéder plusieurs mouvements artistiques fort différents.
Du romantisme, qui proclame la liberté et l'épanouissement de l'individu et de ses passions, au symbolisme qui s'oppose clairement au réalisme, en passant par l'impressionnisme, le siècle est particulièrement fécond en ce qui concerne la création picturale et la France, de ce point de vue, semble dominer l'Europe. L'architecture connaît une évolution notable, marquée tout d'abord par un retour au néogothique puis par l'éclectisme qui annonce la modernité.
Le romantisme
Le préromantisme et le style Empire
• Le siècle des Lumières, déjà, en particulier dans sa seconde moitié, est marqué par l'émergence d'une sensibilité nouvelle. L'attention portée à l'individu et à son bonheur, l'expression de la sensibilité mais aussi le goût pour la nature, perceptibles par exemple dans les œuvres de Rousseau ou les romans de Bernardin de Saint-Pierre, sont les signes de ce qu'on a appelé le préromantisme.
Les toiles de Joseph Vernet, mais aussi certains tableaux tardifs de Fragonard mettent ainsi en scène une nature tempétueuse, avec des effets de lumière saisissants, alors que Hubert Robert développe une esthétique des ruines à travers ses peintures qui présentent des bâtiments souvent antiques en ruines et qui suggèrent ainsi la fuite du temps. Greuze, enfin, dans un registre tout différent, se concentre sur des scènes familiales édifiantes, dans des milieux en général relativement humbles. Ses toiles cherchent à émouvoir le spectateur en évoquant situations pathétiques et sentiments vertueux.
• Le romantisme se développe à la fin du xviiie siècle en particulier en Angleterre et en Allemagne, et touche tous les arts, la littérature comme la musique et les arts plastiques. En France, pour ce qui concerne la peinture, son épanouissement est quelque peu retardé par l'Empire et la survivance du néoclassicisme (David meurt en 1825). Cependant, des peintres comme Gros ou Girodet, tout en s'inscrivant dans la filiation de David, laissent pressentir par l'énergie du trait, par le choix de sujets d'actualité ou par la tension de leurs œuvres l'émergence du romantisme.
Le romantisme pictural
• En 1819, l'exposition du Radeau de la Méduse de Géricault marque véritablement un tournant en provoquant un scandale.
L'œuvre révèle les aspirations d'une nouvelle génération de peintres et d'artistes, rejetant les carcans du classicisme et revendiquant une liberté nouvelle. Le Radeau de la Méduse s'inspire d'une actualité brûlante, un naufrage de 1817. La composition de l'immense toile est impressionnante, les attitudes tourmentées des personnages, les couleurs livides, la peinture des sentiments des mourants, de l'angoisse à la ténacité en passant par la résignation, donnent une puissance tragique à l'œuvre et semblent refléter le désarroi de toute la génération romantique, souffrant du « mal du siècle ».
• Dans la continuité de Géricault apparaît Delacroix. Le jeune peintre expose en 1822 La Barque de Dante et en 1827 La Mort de Sardanapale (dont le sujet est emprunté à Byron), qui confirment le succès d'une nouvelle peinture. Les formes tumultueuses qui retrouvent des accents baroques, la richesse des coloris, mais aussi la compassion, le goût pour l'actualité (par exemple dans Scènes des massacres de Scio) ou encore pour l'Histoire et l'exotisme (en particulier à partir de son voyage au Maroc, avec par exemple Femmes d'Alger dans leur appartement) sont autant de caractéristiques romantiques que l'on retrouve dans l'œuvre de Delacroix.
• On oppose souvent à cette époque les œuvres de Delacroix à celles d'Ingres, en particulier à son Apothéose d'Homère datant de 1827, le premier semblant donner le primat à la couleur, le second au dessin. Ingres se présente comme un héritier du classicisme, ses compositions sont très soignées et rigoureuses. À la recherche d'un style pur, il s'inscrit dans la lignée de Raphaël et privilégie effectivement le dessin. Son œuvre, qui peut sembler anachronique, reste cependant souvent mal comprise.
La sculpture romantique
• La sculpture néoclassique domine sous l'Empire, et le romantisme tarde à gagner ce genre.
David d'Angers est l'un des sculpteurs romantiques les plus connus. Proche du cénacle de Hugo, il a laissé de nombreuses effigies de ses contemporains romantiques, comme Hugo, Lamartine ou Géricault. Rude s'impose également en réalisant La Marseillaise qui orne l'Arc de Triomphe, sculpture très puissante, animée d'une vie intense et d'un souffle épique. Par ailleurs, Barye s'illustre brillamment dans la sculpture animale.
Réalisme, impressionnisme et symbolisme
Le renouveau réaliste
• Le réalisme s'affirme à partir des années 1840. Rejetant les conceptions esthétiques de l'Académie, il refuse aussi l'idéalisme romantique et prétend représenter des scènes empruntées à la réalité quotidienne, sans souci des conventions. Les artistes revendiquent une certaine « modernité », à mesure que la révolution industrielle s'accélère et que la société se transforme. Les paysans, les ouvriers ou les blanchisseuses deviennent alors les sujets des toiles.
Ainsi, L'Enterrement à Ornans, peint en 1849-1850, marque une étape importante. Courbet, qui veut « peindre vrai », y représente les habitants d'un village qui n'ont rien de noble et qui assistent à un enterrement bien « réel », alors que le format du tableau, immense, et sa composition, qui rappelle une frise antique, sont dans la lignée des peintures historiques monumentales.
• Ainsi, les peintres réalistes reprennent certains motifs ou certains traits des compositions anciennes, mais pour élaborer des œuvres qui affichent avec provocation leur modernité. Manet réalise Le Déjeuner sur l'herbe, inspiré du Concert champêtre de Titien, mais la nudité de la jeune femme, entourée d'hommes habillés, et les violents contrastes de couleurs choquent le public. De même, son Olympia, également inspirée de Titien, représente avec un réalisme très cru la nudité de la jeune demi-mondaine.
L'impressionnisme
• Les impressionnistes s'inscrivent eux aussi dans cette perspective. Manet ouvre ainsi la voie à une série de jeunes artistes, comme Monet, Renoir, Bazille, Sisley ou Pissarro que l'on qualifiera, au départ péjorativement, d'impressionnistes. Le terme a pour origine le fameux tableau de Monet : Impression, soleil levant, qui date de 1872. Refusant la recherche d'un beau idéal, ils veulent représenter le quotidien dans sa réalité ; ainsi ils vont peindre la vie parisienne, les cafés, les distractions populaires à l'époque, en particulier les guinguettes en bord de Seine, alors que les avancées techniques permettent le développement de la peinture de plein air.
• Cependant, à mesure que la photographie se développe, ce qui semble importer le plus n'est pas la description du réel mais la vision de l'artiste, son impression face au réel. Les impressionnistes sont donc sensibles à la relativité de la perception d'un même motif en fonction de certaines conditions (lumière, moment, saison). Un même sujet peut donc donner lieu à une série de toiles toutes différentes et qui traduiront à chaque fois une nouvelle impression.
• Surtout, les recherches scientifiques qui portent sur les couleurs et la lumière ouvrent de nouveaux horizons aux peintres. Délaissant le dessin qui délimite des contours, ceux-ci expérimentent les oppositions entre couleurs primaires et complémentaires, et utilisent des touches fragmentées de couleur pour créer les effets de volume et de composition, et exprimer une dynamique colorée capable de rendre une nature toujours changeante.
• Les impressionnistes n'ont jamais formé une école en tant que telle, chaque peintre garde ses singularités. Cependant, l'impressionnisme typiquement français reste un mouvement majeur de l'histoire de la peinture, et trouve son prolongement dans le néo-impressionnisme de Seurat ou de Signac.
Le symbolisme
• La fin du siècle se caractérise par l'apparition d'un nouveau mouvement : le symbolisme, qui, en réaction au naturalisme, gagne la littérature, en particulier la poésie, mais touche aussi l'art plastique.
S'opposant au réalisme, au positivisme, au matérialisme, mais aussi à l'impressionnisme, le symbolisme, qui émerge dans toute l'Europe, veut aller au-delà des apparences et traduire des idées, en se recentrant sur le rêve, l'imaginaire ou le monde de la pensée.
• Les deux maîtres français du symbolisme sont Puvis de Chavannes, grand décorateur qui pratique un art très dépouillé aux couleurs claires, et Gustave Moreau qui s'intéresse davantage à la couleur. On pourrait également rattacher à ce mouvement Gauguin et certains artistes de l'école de Pont-Aven. Le réel ne doit pas être représenté en tant que tel, mais l'artiste doit exprimer à travers lui, par analogie, le monde des idées.
L'architecture et la sculpture
Archictecture : l'éclectisme
• La seconde moitié du siècle est très féconde en réalisations architecturales. Le paysage urbain de Paris est profondément modifié, en particulier sous le Second Empire sous l'influence directe de l'empereur et du baron Haussmann, préfet de Seine, pour répondre aux nouvelles exigences d'hygiène et de circulation d'une capitale qui continue de se peupler.
Des axes larges et rectilignes sont percés et des bâtiments publics sont construits. L'architecture se fait le reflet de la modernité.
• Cependant, paradoxalement, cette modernité se traduit par l'utilisation et le mélange de styles anciens pour produire ce que l'on appelle généralement l'éclectisme. L'éclectisme s'inspire de styles empruntés à toutes les époques : de l'Antiquité au baroque, en passant par le gothique ou la Renaissance italienne. Par ailleurs, les architectes bénéficient des progrès techniques et des nouveaux matériaux, comme les armatures métalliques.
Une des plus grandes réalisations de l'époque est l'Opéra de Paris, conçu par Charles Garnier et achevé en 1874. Il exprime bien cet éclectisme : il est de style baroque pour la façade mais de style Louis XIII pour l'arrière.
Sculpture
• Le Second Empire voit émerger une tendance néobaroque avec en particulier un sculpteur comme Carpeaux. Celui-ci, élève de Rude mais aussi très influencé par Michel-Ange, est le plus fameux sculpteur de la période. Il réalise notamment pour décorer la façade de l'Opéra de Paris un groupe, La Danse, qui crée un véritable scandale et paraît obscène, par son réalisme, au public de l'époque.
• L'autre grand sculpteur de la fin du xixe siècle est Rodin (1840-1917), que l'on peut rattacher à l'éclectisme. Son œuvre est marquée par l'influence de la littérature. Ainsi, sa fameuse Porte de l'enfer, à laquelle il a travaillé toute sa vie, est inspirée aussi bien de Dante que des Fleurs du mal de Baudelaire. Il fut lui aussi marqué par l'œuvre de Michel-Ange comme peut en témoigner son Âge d'airain, à l'anatomie puissante.
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