Les arts plastiques au xxe siècle

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Les œuvres clés

  • 1902-1906 : La Montagne Sainte-Victoire vue des Lauves, Cézanne
  • 1905 : L'Estaque, Derain
  • 1905 : La Fenêtre ouverte sur Collioure, Matisse
  • 1907 : Les Demoiselles d'Avignon, Picasso
  • 1910 : Caoutchouc, Picabia
  • 1911 : Champ-de-Mars, La Tour rouge, Delaunay
  • 1917 : Fountain, Duchamp
  • 1919 : Carré blanc sur fond blanc, Malevitch
  • 1923 : Le Baiser, Brancusi
  • 1929 : L'Énigme du désir, Dali
  • 1937 : Guernica, Picasso
  • 1938 : Rythme, Sonia Delaunay
  • 1947 : Homme qui marche, Giacometti
  • 1954 : Agrigente, Nicolas de Staël
  • 1959 : Poubelles, Arman
  • 1960 : Monochrome bleu, Klein
  • 1973-1976 : Kocka, Vasarely
  • 1980 : Nu assoupi, Balthus
  • 1989 : Sans titre, Boltansky

La fiche

Le xxe siècle est une période de bouleversements en tout genre pour la conscience de l'homme moderne. Les traumastismes violents infligés par les deux guerres mondiales et par les autres conflits qui ont ponctué le siècle (guerre d'Espagne, guerres de décolonisation, etc.), mais aussi le développement de l'industrialisation et de l'urbanisation, l'exploration de l'inconscient, la multiplication et l'accélération des innovations, voire des révolutions, scientifiques et techniques, la mondialisation sont autant d'événements qui marquent en profondeur la société et qui se traduisent dans l'art.
Le xxe siècle, après l'avènement et la démocratisation de la photographie, semble marqué par la fin d'un art dont le but serait de représenter le réel. Finalement, c'est la notion même de création artistique qui est remise en question par les artistes modernes et contemporains qui s'interrogent en profondeur sur l'identité et l'essence de l'art. Paris continue à jouer un rôle central dans la création pendant toute la première moitié du siècle et voit naître bon nombre de mouvements novateurs. Même si, après-guerre, New York semble détrôner la capitale française et incarner l'innovation artistique, la France, par exemple avec la création du centre Georges-Pompidou, prétend continuer à représenter et favoriser les avant-gardes.
1905-1945
L'importance de la couleur
• Avec toutes leurs différences, Van Gogh et Cézanne, tous les deux injustement méconnus de leur vivant, connaissent une gloire posthume et leur génie marque profondément la peinture du début du xxe siècle. Le premier, peintre hollandais qui s'installe en France, compose une grande partie de son œuvre dans le sud de la France à la recherche de lumières et de couleurs plus intenses. Il travaille la peinture en touches empâtées et privilégie la couleur, à laquelle il attribue une signification symbolique.
C'est peut-être Cézanne (1839-1906) qui influence le plus les artistes du xxe siècle. C'est un admirateur de Delacroix, de Courbet, un ami des impressionnistes, et sa peinture se présente non seulement comme une synthèse de différents mouvements antérieurs, mais encore comme un dépassement. Il accorde le primat à la couleur et à ses nuances, aux dépens des contours, et traduit les formes et la lumière uniquement par elle, de là des motifs morcelés, géométriques et un abandon du point de vue unique qui donnent une vie et un mouvement si particuliers à ses toiles.
• En 1888, un groupe de peintres, inspirés par l'école de Pont-Aven, par le cloisonnisme de Gauguin et par l'art japonais, se rassemblent autour de Maurice Denis et Paul Sérusier : ce sont les Nabis, les « prophètes » en hébreu, parmi lesquels on peut compter Vuillard, Vallotton, et Bonnard à ses débuts. Ces peintres privilégient les aplats de couleurs. Le mouvement, cependant, s'essouffle à partir de la Première Guerre mondiale.
• Le fauvisme est le premier mouvement réellement novateur du xxe siècle. Au Salon d'automne de 1905, les toiles de Matisse, Derain, Dufy ou Vlaminck créent le scandale. Le nom que l'on attribue à ces peintres vient de l'exclamation d'un critique d'art qui, voyant une sculpture italianisante au milieu de leurs œuvres, s'écrie : « Donatello parmi les fauves ! » Le fauvisme consacre l'importance et l'autonomie de la couleur. Les couleurs, qui ne sont plus réalistes, contrastent de façon saisissante les unes avec les autres et expriment la violence de leurs sentiments.
Cependant, le groupe composé de peintres très différents éclate dès 1908, chacun expérimentant d'autres voies, Braque par exemple se tourne vers le cubisme.
• L'école de Paris désigne les artistes étrangers qui s'installent dans la capitale, à Montmartre ou à Montparnasse, à la veille de la Première Guerre mondiale. Ces peintres pratiquent une peinture figurative et se démarquent des avant-gardes, sans y être hostiles et sans céder à l'académisme. Parmi eux, on peut citer Modigliani, Soutine ou Chagall.
La libération de la forme : le cubisme
• Inspiré par Cézanne et le fauvisme, mais aussi par la découverte de l'art et des masques africains, un nouveau courant, le cubisme, apparaît vers 1907, en particulier avec Les Demoiselles d'Avignon, la création d'un jeune peintre espagnol qui fait figure de précurseur et dont l'œuvre sera monumentale : Picasso.
• Le cubisme, avec des artistes comme Picasso, mais aussi Braque ou Juan Gris, s'épanouit en France de 1907 à 1914. Il refuse les conventions de la représentation et l'illusion de l'imitation de la nature. Il superpose les plans et présente un même objet sous différents angles en même temps, donnant en fait l'impression de fragmenter, de décomposer les formes. Les êtres ou les objets – les natures mortes sont privilégiées – sont présentés comme des formes géométriques. Les couleurs se réduisent à des camaïeux de beiges et de bruns, en particulier dans la période centrale du cubisme, nommée phase analytique (1909-1912), précédée de la phase cézanienne (1907-1909) et suivie de la phase synthétique (1912-1914) qui est marquée par l'apparition des collages et le retour de la couleur.
L'exploration de l'inconscient
• Le surréalisme naît d'un mouvement de révolte profond face à la société qui a pu amener à l'horreur de la Première Guerre mondiale et, porté par le dadaïsme défini par le Roumain Tristan Tzara, il rejette les valeurs et les conventions sociales de l'époque. Le mouvement, qui a une origine littéraire, se fédère en France autour d'André Breton et de Philippe Soupault, en particulier avec le premier Manifeste du surréalisme de Breton, paru en 1924.
• Les poètes veulent explorer l'inconscient, le rêve et le désir, et se livrent à l'écriture automatique. Les artistes surréalistes, subversifs et iconoclastes, contestent la notion même d'œuvre d'art et soulignent les limites de la représentation. La récupération de débris pour des collages ou des assemblages, les photomontages se multiplient.
Picasso, Max Ernst, Joan Miró, André Masson, mais aussi le photographe Man Ray participent à l'aventure surréaliste dans les années 1920, suivis dans les années 1930 par Magritte ou Dali, tous tentant d'exprimer de façon symbolique leur inconscient.
L'abstraction
• L'abstraction naît juste avant la Première Guerre mondiale, avec principalement trois grands artistes : Mondrian (hollandais), Malevitch et Kandinsky (russes). Déjà en 1910, Picabia peint la première aquarelle abstraite nommée Caoutchouc. Influencée par Cézanne, les cubistes, les fauves, mais aussi par le futurisme italien, l'abstraction, en refusant l'art figuratif, pose avec force la problématique de la représentation du réel. Kandinsky fonde avec Franz Marc, à Munich, Der Blaue Reiter (« le cavalier bleu »), en 1911 et cherche à conférer une musicalité à ses toiles par le jeu des formes et des couleurs.
• Durant la guerre, dans un climat d'effervescence politique, l'avant-garde russe est particulièrement féconde. Malevitch, en particulier, crée le suprématisme, l'« état suprême de la peinture », noir, coloré puis blanc, et présente des formes purement géométriques, comme en apesanteur sur un fond blanc. Il en vient même à peindre une série de tableaux blanc sur blanc, dont un fameux Carré blanc sur fond blanc, en 1919, dont les deux nuances de blanc sont comme une représentation de l'infini.
En France, Robert et Sonia Delaunay s'attachent eux aussi à rendre le mouvement et à construire leurs œuvres par les couleurs. Ils correspondent à ce qu'Apollinaire nomme l'« orphisme », auquel peut se rattacher Fernand Léger.
La sculpture
• Par la puissance et la modernité de son œuvre, Rodin continue de marquer de son empreinte la sculpture du début du siècle. Il apporte son soutien à un jeune artiste roumain, émigré en France, Brancusi. Celui-ci crée des sculptures épurées, aux formes stylisées, à la matière polie, qui semblent s'inspirer de l'art archaïque ou préclassique.
• Le surréaliste Marcel Duchamp, quant à lui, s'inscrit dans la filiation subversive du dadaïsme de Tzara et conteste la notion même d'œuvre d'art et la valeur marchande de cette création, par exemple en ne signant pas ses réalisations. Inspiré par le développement de la mécanisation dans le monde moderne, il expose des ready made, des objets tout prêts, et va même jusqu'à présenter à une exposition en 1917 un urinoir intitulé Fountain.
• Giacometti, après avoir connu une période cubiste puis abstraite, participe lui aussi au surréalisme, dans les années 1930. Peu à peu, ses sculptures se caractérisent par un allongement des formes qui va se poursuivre après la Seconde Guerre mondiale jusqu'à la production de fines silhouettes, fragiles et angoissantes.
Depuis la Seconde Guerre mondiale, l'art contemporain
L'effervescence de l'après-guerre
• Les grands artistes de la première moitié du siècle, comme Matisse ou Picasso, poursuivent leur œuvre après la guerre. Matisse, installé dans le sud de la France, se tourne de plus en plus vers les papiers découpés, alors que Picasso poursuit, dans les années 1950, son dialogue avec les grandes œuvres du passé, en offrant des « réécritures » de Velazquez avec Les Ménines (1957) ou de Delacroix avec Les Femmes d'Alger (1955).
• Au lendemain de la guerre, d'autres artistes s'imposent et explorent des voies fort variées en affirmant leur identité propre.
Jean Dubuffet prône l'art brut, qui célèbre les « impulsions », les « spontanéités ancestrales de la vie humaine », et associe divers matériaux pour réaliser ses créations. Nicolas de Staël propose un dépassement de l'opposition entre abstraction et figuration, et crée à la fin de sa courte vie des paysages épurés et lumineux. Balthus semble peindre en défiant toute mode et s'inscrit plutôt dans la filiation de Degas, Cézanne ou Bonnard à travers ses tableaux intimistes. Soulages crée des œuvres où le noir domine, rythmé par des trouées lumineuses et animé par le geste créateur de l'artiste.
Des artistes venant de Copenhague, de Bruxelles et d'Amsterdam (comme Asger Jorn ou Pierre Alechinsky) se retrouvent à Paris et constituent un groupe : Cobra. Ces artistes mettent en avant l'acte créateur lui-même et laissent libre cours à leur liberté, leur spontanéité, leurs émotions par le biais de couleurs violentes.
Les avant-gardes
• Tandis qu'aux États-Unis se développe, dans les années 1960, le « pop art » avec la figure emblématique d'Andy Warhol, la réflexion des diverses avant-gardes en France porte sur le matériau moderne comme moyen d'expression de la modernité : Arman crée ainsi des œuvres en polyester et en plexiglas, tandis que son ami César Baldaccini – dit César – crée des « compressions » de divers objets de consommation comme des automobiles.
Arman et César appartiennent également à la mouvance des « nouveaux réalistes », fondée par Yves Klein (le peintre des monochromes bleus). Ce mouvement revendique un retour au réalisme, en réaction au lyrisme en vogue à l'époque, mais sans revenir au figuratif traditionnel : il s'agit de travailler sur des objets et des matières par « accumulation » (Arman) ou de lacérer une affiche de cinéma (Villeglé).
Jean Tinguely, en réaction à cette démarche, crée des sculptures dont les matériaux rappellent l'industrie, mais qu'il libère de leur caractère anecdotique en les peignant en noir et/ ou en leur donnant une nouvelle forme ou une nouvelle fonction (Eurékà, 1963-1964).
Le mouvement Support/ Surface, créé en 1969 par un groupe de peintres du sud de la France (Viallat, Cane, Dezeuze, etc.), conduit une démarche analogue à celle des nouveaux réalistes, quoique plus réflexive, revendiquant la peinture comme n'ayant d'autre but qu'elle-même. Le support (le châssis) et la surface (la toile) sont pris à la fois comme moyen et comme fin, déniant un sujet hors du tableau lui-même.
Parallèlement s'épanouit une génération d'artistes qui tentent de mettre en relation des théories scientifiques sur la vision, le mouvement et la peinture, à travers un « art cinétique » (du grec kinè, « mouvement »). Ce groupement d'artistes se baptisera GRAV (Groupe de recherche d'art visuel), dont les figures les plus marquantes sont Julio Le Parc ou Victor Vasarely. Les créations de ce groupe, né dans les années 1960, sont profondément liées à l'esthétique qui marquera la décennie suivante.
• Cependant, la figuration revient en force dans les années 1970 avec des artistes comme Aillaud, Schlosser ou Rancillac, qui trouvent dans la représentation figurative un moyen de dialoguer avec plus ou moins d'ironie avec le passé, à l'image du Déjeuner sur l'herbe, tableau dans lequel Alain Jacquet revisite la toile de Manet.
Avec les années 1980 se développe un art plus conceptuel. Le statut même de l'artiste, déjà fortement remis en question par Duchamp et ses suivants, devient problématique. La « technique » artistique – picturale, statuaire – est évacuée au profit de « bricolages » ou de « gestes » pour lesquels l'appareil interprétatif a au moins autant d'importance que l'objet représenté. L'artiste est désormais philosophe, sociologue, etc.
Parmi ces nouveaux artistes conceptuels, certains, issus de la deuxième génération après la Shoah, interrogent la mémoire, comme Christian Boltansky : dans une installation composée de boîtes de biscuits, de lampes et de photographies (Sans titre, 1989), l'artiste réinvente le mémorial. Les œuvres contemporaines interrogent également avec de plus en plus d'acuité l'image, son statut, sa force de manipulation. La vidéo est ainsi devenue un support privilégié.
• Ces tendances ne doivent pas faire oublier l'extrême diversité des trajectoires individuelles : Balthus, jusqu'à la fin de sa vie, s'en sera tenu à une peinture figurative ; Ribeyrolles aura jusqu'au bout peint des arbres ; Richard Serra s'est toujours « obstiné » à exprimer une certaine forme de spiritualité à travers des sculptures massives et pures. Il semble que les mouvements en « isme » soient moins nombreux aujourd'hui. Peut-être le monde contemporain est-il trop vaste et trop complexe pour être enfermé dans des querelles esthétiques parfois un peu stériles.
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