Les désastres de la Grande Guerre (1914-1935)

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L'essentiel

En août 1914, les nations européennes se laissent entraîner dans la guerre. Chacun des deux camps est sûr de l'emporter rapidement, mais le conflit se prolonge. Après quelques mois de mouvements rapides des armées sur le front français à l'Ouest, russe à l'Est, les armées s'enterrent dans des tranchées. Sur des milliers de kilomètres, des fronts continus se mettent en place. Une guerre de position s'ensuit pendant trois ans. Les offensives en Champagne ou dans le détroit des Dardanelles en 1915, de Verdun et dans la Somme en 1916, ou au Chemin des Dames en 1917 produisent des hécatombes sans qu'aucune décision militaire ne soit acquise. L'année 1917 est marquée par des mutineries et des grèves. Une révolution emporte le gouvernement russe et met un terme à la guerre à l'Est. Mais le renfort des États-Unis permet aux Alliés de l'emporter sur le front de l'Ouest (11 novembre 1918). La victoire est lourde de désastres. Le coût financier et les désordres économiques ruinent l'Europe. Les Américains viennent en aide à l'Allemagne, mais la crise de 1929 réduit à néant tous les efforts consentis. Sur le plan politique, les démocraties semblent triompher. Les empires centraux sont démantelés ; mais les déceptions et désordres issus de la guerre favorisent l'émergence de régimes totalitaires en Russie (stalinisme), Italie (fascisme) et Allemagne (nazisme).
Chronologie indicative
  • 1914, 1er août : Début de la Grande Guerre.
  • 1914, septembre : Bataille de la Marne.
  • 1916 : Bataille de Verdun.
  • 1917 : Entrée en guerre des États-Unis ; révolution russe.
  • 1919, 28 juin : Traité de Versailles.
  • 1922 : Naissance de l'URSS.
  • 1923 : Occupation de la Ruhr.
  • 1924 : Établissement de la dictature fasciste en Italie.
  • 1929, 24 octobre : Krach boursier de Wall Street.
  • 1933, 30 janvier : Hitler nommé chancelier de l'Allemagne.

La fiche

La guerre qui éclate en 1914 devait durer quelques semaines. Elle se prolonge, se mondialise et elle déstabilise l'ordre mondial. Sur ses ruines prospèrent des régimes totalitaires menaçants.
L'affrontement mondial (1914-1919)
Pendant cinq années, l'Europe est déchirée par un conflit dont les répercussions touchent le monde entier.
L'échec de la guerre de mouvement
• L'assassinat du prince héritier du trône d'Autriche-Hongrie, François Ferdinand (28 juin 1914) provoque l'embrasement. Par le jeu des alliances, les grandes puissances européennes entrent en guerre. Sur le front occidental, l'attaque allemande par la Belgique (plan Schlieffen) surprend les Français qui reculent. La contre-offensive lancée au début de septembre (bataille de la Marne) stoppe toutefois l'invasion et le front se fixe. À l'Est et dans les Balkans, les attaques russes et autrichiennes sont également repoussées. Sur tous les fronts, la guerre de mouvement échoue. Face à face, les armées s'enterrent dans des tranchées.
La guerre de position
• Pendant trois ans, chaque armée tente de briser le front continu des lignes ennemies. Meurtrières, les offensives butent sur la puissance de feu adverse. À l'Ouest, les Allemands cherchent la rupture par une guerre d'usure lancée sur Verdun (1916). Pour soulager cette zone du front, les Alliés répliquent dans la Somme par une grande offensive. Mais aucune des deux armées ne cède. En 1915, l'Italie rejoint le camp des Alliés, l'empire ottoman celui des puissances centrales. L'expédition des Dardanelles ouvre un nouveau front sur le flanc sud du continent européen.
• La lassitude gagne toutes les armées en 1917. En France, l'échec de l'offensive du Chemin des Dames suscite des mutineries. Le mal affecte l'arrière où des mouvements de grève apparaissent. En Russie, la révolution donne la victoire aux Allemands qui peuvent désormais concentrer tous leurs efforts sur le front occidental.
La victoire des Alliés, un bilan désastreux
• Au début de l'année 1918, les Allemands parviennent à relancer l'offensive. Mais les Alliés tiennent bon et l'arrivée des renforts américains (les États-Unis sont entrés dans la guerre en avril 1917) leur permet de gagner une seconde bataille de la Marne. L'Allemagne résiste encore à la contre-offensive, mais ses alliés s'effondrent tour à tour : les Turcs en septembre, les Autrichiens début novembre. Confronté à la perspective de la défaite, Guillaume II abdique. La République est proclamée (9 novembre) et l'armistice signé à Rethondes (11 novembre). L'Europe sort saignée à blanc du conflit.
Le désastre économique (1918-1935)
La guerre ruine l'Europe et déstabilise son économie pour longtemps.
L'Europe ruinée
• Avec près de dix millions de morts et dix-sept millions de blessés auxquels s'ajoute l'effondrement de la natalité, l'Europe paie un lourd tribut humain à la guerre. Amplifié par la grippe espagnole (un million de victimes), ce prix humain, qui réduit la population active des pays les plus touchés (la France et l'Allemagne), s'accompagne d'un désastre économique. Les destructions causées par les combats réduisent de 30 % le potentiel agricole européen, de 40 % le potentiel industriel. De nombreuses voies de communication sont coupées. L'endettement des États européens profite aux États-Unis qui détiennent désormais la moitié du stock d'or mondial. L'effondrement des monnaies ruine les rentiers et l'inflation baisse le niveau de vie des populations.
La question des réparations
• Pour financer la reconstruction, les vainqueurs comptent sur les réparations imposées à l'Allemagne par le traité de Versailles. Le montant en est fixé à 132 milliards de marks-or (l'équivalent de trois ans du revenu national de l'Allemagne de 1914). Confrontée à une crise économique, l'Allemagne peine à payer. L'intransigeance de la France qui fait occuper la Ruhr pour se dédommager (1923) favorise une hyperinflation dans ce pays. Le franc lui-même est affaibli. La récession allemande entraîne les économies de ses voisins à sa suite.
• Pour pallier à ce désordre économique, les Américains apportent leur aide dans le cadre des plans Dawes (1924) et Young (1929). Ces plans parviennent à réduire la dette allemande. Ils rééchelonnent les annuités de paiement et accordent aux Allemands un prêt de 800 millions de marks.
La crise de 1929 et ses liens avec la guerre
• Le déclenchement de la crise de 1929 est indépendant de la Grande Guerre. Mais sa diffusion en Europe lui est directement liée. Le retrait des capitaux américains et britanniques provoque la faillite du Kredit Anstalt de Vienne, de la Danat Bank et de la Dresdner Bank en Allemagne (1931). L'économie allemande s'effondre et le chômage atteint 6 millions de personnes en 1932. Cette nouvelle crise se propage rapidement aux pays voisins par la voie commerciale. Elle favorise également le succès politique du nazisme.
Les révolutions totalitaires (1917-1935)
La Grande Guerre semble donner la victoire à la démocratie. Sur les ruines des empires centraux, celle-ci s'impose un peu partout. De nouveaux modèles politiques qui lui sont opposés s'affirment pourtant.
La révolution russe et le stalinisme
• La prise du pouvoir par les bolcheviques (octobre 1917) ne fait pas l'unanimité en Russie. La guerre civile (1918-1921) y prolonge la Grande Guerre. Pour sauver leur révolution, les bolcheviques de Lénine et de Trotski (le chef de l'Armée rouge) instituent le « communisme de guerre » qui militarise l'économie et met en place des mesures dictatoriales. Leur victoire donne naissance à l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), une fédération d'États fondée sur les principes du marxisme : la propriété collective des biens de production et la dictature du prolétariat. Une démocratie de parti unique (le PCUS) s'instaure.
• Pour reconstruire le pays, Lénine lance la Nouvelle politique économique (NEP). Après avoir éliminé ses rivaux politiques (Trotski tout particulièrement), son successeur Staline y met un terme et entreprend la collectivisation de la société russe. Muselant toute opposition, il met en place un système totalitaire fondé sur la terreur d'État.
La révolution fasciste en Italie
• L'Italie est sortie exsangue de la guerre et humiliée de n'avoir pas obtenu les terres irrédentes (Trentin, Côte dalmate, Istrie) qu'elle revendiquait. La crise économique et sociale profite aux nationalistes rassemblés autour de Benito Mussolini. Usant de la violence et se jouant des hésitations des autres formations politiques, le parti fasciste intimide le roi lors de la Marche sur Rome (octobre 1922).
• Appelé au pouvoir, Mussolini réforme la loi électorale à son avantage et fait assassiner le député socialiste Matteotti (1924), son principal adversaire. Par les lois fascitissimes de 1925, il établit une dictature totalitaire. L'État est tout et l'individu n'existe que par celui-ci.
Le national-socialisme allemand
• L'Allemagne, elle aussi, sort humiliée de la guerre : par la défaite qu'elle juge imméritée (son armée n'a pas été vaincue sur le champ de bataille) et par le diktat du traité de Versailles qui la rend responsable de la guerre. Comme en Italie, la crise économique et politique que traverse le pays inspire les mouvements nationalistes.
• En 1920, Adolf Hitler fonde le Parti national socialiste allemand (NSDAP) dont le programme est centré sur l'abrogation du traité de Versailles. Le parti végète pendant dix ans. Mais la crise de 1929 justifie soudain les critiques d'Hitler aux yeux de nombre de ses compatriotes. Nommé chancelier en janvier 1933, il utilise ce poste pour établir un État totalitaire sur fondement racial.
La Grande Guerre n'a pas été qu'une hécatombe humaine ruinant l'Europe et lui faisant perdre sa primauté internationale. Les désordres économiques et les humiliations nationales qu'elle a générés sont à l'origine des trois régimes totalitaires qui trahissent les valeurs démocratiques qu'elle a tant peiné à diffuser.

Zoom sur…

Les fusillés de 1917
Les mutineries de 1917 furent durement réprimées. En France, près de 3 500 condamnations furent prononcées par les conseils de guerre, dont 554 condamnations à mort (une cinquantaine furent effectives). Le cinéma et la littérature évoquent souvent la mémoire de ces mutins fusillés (voir sur ce thème Les Sentiers de la gloire de Stanley Kubrick, 1957 ou lire Un long dimanche de fiançailles de Sébastien Japrisot, 1991). Le discours de Lionel Jospin prononcé en novembre 1998, dans lequel le Premier ministre émettait le souhait que les soldats « fusillés pour l'exemple […] réintègrent aujourd'hui pleinement notre mémoire collective » soulève une polémique. Comment réhabiliter des hommes qui ont refusé de combattre ?
De fait, ce qui fait débat, c'est que les mutins de 1917 n'étaient pas des lâches qui refusaient de combattre. Nombre d'unités mutinées étaient composées d'hommes qui avaient été cités et décorés pour leur comportement courageux au feu. Épuisés par les conditions épouvantables de la guerre de tranchées, ils ne refusaient pas de se battre ; ils critiquaient plutôt la manière dont ils étaient sacrifiés.
À ce sujet, lire également :
  • N. Offenstadt, Les Fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective, Odile Jacob, 1999.
  • G. Pédroncini, Les Mutineries de 1917, PUF, 1967.

Pour aller plus loin

À voir
  • À l'Ouest, rien de nouveau de Lewis Milestone, 1930, d'après le roman d'Erich Maria Remarque.
  • Les Sentiers de la gloire de Stanley Kubrick, 1957, une dénonciation de l'absurdité de la Grande Guerre.
À consulter
Repères bibliographiques
  • R. Radiguet, Le Diable au corps, Poche, 1923.
  • P. Ory, Du fascisme, Perrin, 2003.
  • A. Prost et J. Winter, Penser la Grande Guerre, Le Seuil, 2004.
  • H. Rousso, Stalinisme et nazisme, histoire et mémoire comparées, coll. « Complexe », IHTP/CNRS, 1999.
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