Les dynamiques territoriales de l'Union européenne

-----------------------------------------------

Les définitions clés

Cœur européen : espace le plus dynamique de l'UE, encore appelé mégalopole européenne, qui s'étend du bassin de Londres à l'Italie du Nord, en passant par les littoraux belges et hollandais et le couloir rhénan. Il correspond aux grandes concentrations urbaines, aux réseaux de transport les plus denses et cumule les pouvoirs politique, économique et financier de l'Union.
Périphérie intégrée : espace correspondant aux régions proches du cœur européen et qui en dépendent largement (Catalogne, Andalousie, Irlande). Elles possèdent un dynamisme propre. Il peut aussi s'agir des capitales d'un État (Madrid, Rome, Athènes).
Périphérie marginalisée : régions qui se trouvent le plus à l'écart du cœur européen, de son potentiel économique et d'innovation. On les trouve surtout à l'est et au sud. Les pays membres qui appartiennent à l'Europe centrale et orientale sont ainsi très en retard par rapport à la moyenne européenne. C'est vers eux que les aides européennes se dirigent, notamment en matière de transport ou d'équipement.

La fiche

L'Union européenne est composée de 28 États membres qui possèdent des régions d'un inégal dynamisme. Ainsi, la mégalopole européenne se présente comme le centre majeur de l'Union alors que des périphéries plus ou moins bien intégrées tentent de rattraper leur retard.
Malgré une intégration croissante, l'espace économique de l'UE est très contrasté. Les espaces centraux, fortement urbanisés, correspondent aux régions les plus riches. En revanche, les espaces les moins favorisés se trouvent d'une part en périphérie le long de la façade atlantique, d'autre part dans les campagnes méditerranéennes, dans les pays d'Europe centrale et orientale. À la suite de l'élargissement à 25 en 2004 puis à 27 en 2007 et enfin à 28 depuis le 1er juillet 2013, l'Union européenne doit faire face aux problèmes de l'inégal dynamisme des États membres. La politique communautaire a pour objectifs prioritaires une intégration des économies de ses membres et une diminution des inégalités entre les régions.
L'histoire de l'Union européenne montre que chaque phase d'élargissement a entraîné le développement économique des nouveaux pays adhérents. Comment se présentent les dynamiques territoriales de l'Union ? Comment peut-on les hiérarchiser ? Quelles sont, par ailleurs, les caractéristiques de ses zones de faiblesse ? Comment l'Union tente-t-elle d'atténuer les disparités régionales ?
Les pôles dynamiques de l'Union européenne
Des métropoles mondiales, des régions capitales : Londres et Paris
• Londres et Paris sont les deux grandes métropoles de l'Union européenne. Ce sont des centres politiques, économiques, financiers et culturels de première importance. Ces deux grandes capitales accueillent aussi de nombreux sièges sociaux de grandes entreprises européennes et mondiales. Avec plus de 10 millions d'habitants chacune, Londres et Paris dominent la hiérarchie urbaine, loin devant les autres grandes villes de l'Union.
• Paris est une des capitales les plus visitées du monde grâce à la richesse de son patrimoine culturel. Londres, avec la City, joue un rôle majeur à l'échelle européenne et mondiale comme grand centre financier. On a beaucoup remis en cause l'hypertrophie parisienne à l'échelle du territoire français. Aujourd'hui, il est admis que Paris doit rester attractive pour les entreprises européennes et mondiales afin de continuer à jouer un rôle majeur dans l'UE. Londres et Paris sont bien reliées au reste de l'Europe et du monde par un réseau dense de transports modernes (autoroutes, aéroports internationaux de Londres Heathrow, Roissy, Orly).
L'Europe rhénane : cœur de l'Union européenne
• L'Europe rhénane constitue l'épine dorsale de l'Union européenne. De Rotterdam à Bâle, la vallée du Rhin est une voie majeure de pénétration vers l'intérieur du continent. L'Europe rhénane constitue l'espace économique le plus dynamique de l'Union, regroupant le nord de la Suisse, l'Alsace, la Ruhr et le sud de l'Allemagne, la Flandre néerlandaise et belge.
• C'est incontestablement le cœur de la mégalopole européenne en liaison directe avec le bassin de Londres et l'Italie du Nord. Cet espace est bien irrigué par un réseau dense de voies de communication qui permet des déplacements faciles vers les marges occidentales et orientales de l'UE. L'Europe rhénane est à la fois une grande région économique et un centre financier structuré par un réseau de puissantes cités financières comme Francfort. Les villes de l'espace rhénan regroupent les sièges sociaux de grandes entreprises multinationales.
Les autres foyers dynamiques de l'UE et les périphéries intégrées
• L'Italie du Nord, la Bavière allemande, la région de Madrid et la Catalogne sont étroitement insérées dans le système économique de l'Union européenne.
Ce sont des régions polarisées par de grands centres industriels comme Barcelone, Turin, Madrid, Munich et Milan. Ces grands centres urbains sont aussi des espaces dynamiques pour toute une gamme de services de haut niveau. Les capitales politiques des pays européens (Dublin, Rome, Athènes) et de grandes capitales régionales comme Lyon ou Hambourg contribuent à l'affirmation de la puissance économique européenne. Les périphéries intégrées sont aussi des espaces dynamiques, parfois spécialisés. Les régions méditerranéennes sont, par exemple, surtout dominées par l'économie touristique. Elles peuvent accueillir parfois des investissements internationaux grâce à une fiscalité attractive et un environnement de qualité.
• En revanche, les anciennes régions industrielles (Écosse, Wallonie, Nord-Est français et nord de l'Espagne) ont connu des difficultés importantes et ont reconverti leurs activités. Elles bénéficient d'une population nombreuse et habile et reçoivent des aides européennes. Des métropoles comme Edimbourg, Lille, Dublin favorisent une politique attractive de développement des nouvelles technologies.
• Enfin, les régions d'agriculture d'exportation intensive et productiviste (bassin parisien et bassin de Londres, Bretagne, Danemark) se tournent vers les industries agroalimentaires et exportent dans le monde entier.
Les marges de l'Union européenne
Des espaces en transition
• Les Länder d'Allemagne de l'Est, les pays d'Europe centrale et orientale (Pologne, Slovaquie, pays baltes) qui appartiennent à l'Union européenne n'ont pas achevé leur transition vers une économie de marché. Ils connaissent encore d'importants retards pour l'agriculture et les activités industrielles. Pourtant, grâce à l'afflux de capitaux étrangers, notamment européens et aux aides de l'Union, ces pays s'engagent dans la modernisation de leur appareil productif et sortent peu à peu de la crise en s'intègrant progressivement à l'économie européenne et mondiale. Leur entrée récente dans l'Union doit leur permettre de rattraper leur retard car leurs productions peuvent accéder aux marchés de consommation de l'UE.
• Ces régions marginales bénéficient des crédits européens pour la construction d'infrastructures de transports rapides (autoroutes) qui vont favoriser leurs échanges au sein de l'UE et avec le reste du monde. L'intégration de ces nouveaux pays dans l'Union risque cependant de fragiliser certains secteurs d'activité, notamment l'agriculture, du fait des importants écarts de productivité avec les autres pays membres. Quelques États, comme la Slovénie, la République tchèque et la Hongrie, plus ouverts aux investissements étrangers, semblent mieux partis que les États baltes, la Slovaquie ou encore la Roumanie et la Bulgarie.
• À l'échelle régionale, les espaces centrés sur de grandes capitales européennes (Berlin, Prague, Budapest, Varsovie) ainsi que les régions frontalières proches de l'Europe occidentales sont mieux intégrés à l'économie communautaire. De manière générale, on peut dire que ces espaces aujourd'hui en transition sont appelés à se moderniser rapidement grâce aux fonds européens de développement.
Des régions isolées dans une économie marginalisée
• Souffrant de contraintes naturelles fortes (froid, pentes fortes, isolement, etc.) qui en rendent l'accès et la valorisation difficiles et coûteux, certaines régions ont subi durant les deux derniers siècles un exode rural et un déclin économique marqués.
• En France, les Ardennes, le Massif central et les Vosges, en Espagne, les zones montagneuses, en Italie, le Mezzogiorno, sont aujourd'hui des espaces marginalisés dans l'économie européenne. Ces régions abritent une population vieillissante et accueillent parfois des activités touristiques diffuses, des résidences secondaires, des stations de sports d'hiver. Elles sont devenues des espaces recherchés de détente pour les citadins, à condition qu'elles soient relativement proches des grandes villes et demeurent accessibles. Leur agriculture traditionnelle connaît un certain renouveau face aux déboires de l'agriculture productiviste (AOC, labels de qualité, agriculture bio).
• Sur un autre plan, le nord de la Scandinavie, les Highlands écossais restent des espaces très isolés et connaissent des conditions climatiques particulièrement rudes. Ces vastes régions peu peuplées sont souvent dédiées à l'élevage extensif. Le tourisme leur apporte un complément de revenu non négligeable. Pour améliorer leur accessibilité et favoriser le maintien de leur tissu économique, l'Union, par l'intermédiaire du FEDER (Fonds européen de développement régional), leur accorde des aides financières.
Le problème de l'élargissement de l'UE
Face aux eurosceptiques qui veulent limiter l'adhésion de nouveaux pays, un autre courant développe l'idée que l'UE sera d'autant plus forte qu'elle rassemblera de nombreux membres. En dépit des difficultés qu'elle a rencontrées pour intégrer dix pays en 2004 et deux nouveaux venus en 2007, l'Union est sollicitée par un certain nombre de pays qui frappent à sa porte.
Pour entrer dans l'UE, les candidats doivent satisfaire à différents critères politiques et économiques. L'adhésion de la Serbie, par exemple, ne pourra se faire sans l'abandon de ses revendications nationalistes tout comme l'a fait la Croatie qui a adhéré à l'UE le 1er juillet 2013 et qui a également effectué un important travail de lutte contre la corruption.
Par ailleurs, l'entrée dans l'UE de pays qui ne contrôlent pas totalement leur territoire et n'ont pas de frontières stabilisées, n'est pas encore d'actualité. Le développement de la démocratie est une des conditions essentielles pour rejoindre l'Union. Dans cette perspective, l'adhésion des pays récemment libérés des dictatures (Géorgie, Ukraine) ou de la Turquie reste prématurée. On peut dire qu'aujourd'hui, il est de plus en plus difficile à l'Union de répondre favorablement à de nouvelles candidatures car elle doit au préalable « assimiler » les récentes adhésions, alors même qu'elle ne parvient pas pour autant à régler ses problèmes internes.

Zoom sur…

L'adhésion de la Turquie
L'ouverture de négociations d'adhésion avec la Turquie en octobre 2005 est le résultat d'un long processus de rapprochement engagé depuis 1963. La demande turque se situe dans la logique des adhésions des pays méditerranéens (Grèce, Espagne et Portugal, puis Chypre et Malte), mais elle pose d'autres questions.
D'abord celle de la conformité aux critères politiques. À l'intérieur du pays, le respect des droits de l'homme, le traitement des minorités, le rôle politique de l'armée ont fait l'objet de nouveaux textes législatifs, mais leur mise en œuvre n'est pas correctement assurée. À l'extérieur, la Turquie doit trouver des solutions aux nombreux conflits avec ses voisins (la Grèce, Chypre, l'Arménie et ses voisins arabes).
Ensuite, en matière de rattrapage économique, bien que la Turquie soit déjà liée à l'UE par des accords douaniers, elle doit encore largement adapter son organisation économique. Son PIB par habitant est très bas (le tiers de la moyenne communautaire) et les disparités entre l'ouest et l'est du pays sont très importantes.
Enfin, l'adhésion de la Turquie pourrait encourager d'autres pays de la mer Noire (Géorgie, Ukraine, voire Moldavie et Arménie) ou de la Méditerranée (le Maroc avait déjà fait une demande en 1985), qui estiment leur candidature tout aussi justifiée.

Repères bibliographiques

  • Jacques Levy, Europe, une géographie, Hachette, 2003.
  • Jean Barrot, Bernard Élissalde, Georges Roques, Europe, Europes, espaces en recomposition, Vuibert, 2000.
  • Pascal Boniface, Quelles valeurs pour l'Union européenne ?, IRIS, 2004.
------------------------------------------------------------
copyright © 2006-2018, rue des écoles